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5 février 1729 : mort du Père Truchet, génie de la mécanique adulé par Louis XIV - Histoire de France et Patrimoine


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5 février 1729 : mort du Père Truchet,
génie de la mécanique
adulé par Louis XIV
(D’après « Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise » paru en 1929
et « Le Figaro » du 31 décembre 1930)
Publié / Mis à jour le lundi 5 février 2018, par LA RÉDACTION

 
 
 
Aujourd’hui méconnu bien qu’ayant brillé à l’Académie des sciences durant 30 ans, le mécanicien remarquable, hydraulicien de valeur et dessinateur de talent Jean Truchet s’attire la faveur royale lorsque, âgé de 19 ans et ignorant qu’il travaillait pour Louis XIV, il s’illustre en réparant les deux premières montres à répétition venues d’Angleterre, contribuant ensuite à la magnificence de Versailles et exerçant notamment aux côtés de Vauban

Quand Colbert proposa à Louis XIV, en 1666, de fonder l’Académie des sciences, il comptait bien pouvoir se servir des savants pour faire progresser l’industrie. Dans l’histoire de l’Académie pour l’année 1671, on lit : « On ne négligea point le sensible de la mécanique [partie de la mécanique traitant des mécanismes et des machines]. Diverses machines renvoyées à l’Académie par ordre de M. Colbert furent examinées : telle fut, par exemple, une machine pour nettoyer les ports et une autre pour broyer ou moudre les grains. MM. Niquet et Couplet continuèrent aussi à faire exécuter des modèles de machines les plus en usage dans les différents arts. » Ces modèles étaient payés sur les fonds des bâtiments. Plus tard, on obligea les inventeurs des machines approuvées à fournir un modèle. C’est ainsi que se constitua le cabinet des machines de l’Académie.

En 1675, Louis XIV, lui-même, fait savoir à l’Académie qu’il veut qu’elle travaille incessamment à un traité de mécanique, où la théorie et la pratique seraient expliquées d’une manière claire et à la porté de tous. On décrirait dans l’ouvrage même les machines en usage dans la pratique des arts soit en France, soit dans les pays étrangers. L’Académie se mit à l’œuvre.

Portrait du frère Sébastien Truchet en 1703, paru dans Revue de l'histoire de Versailles et de Seine-et-Oise en 1929
Portrait du frère Sébastien Truchet en 1703, paru dans Revue de l’histoire
de Versailles et de Seine-et-Oise
en 1929

Quand Louis XIV eut décidé qu’il y aurait à Versailles des jets d’eau merveilleux, l’Académie des sciences s’occupa plus particulièrement d’hydraulique. L’histoire de l’Académie note en 1678 : « Les eaux de Versailles dont la beauté était un spectacle tout nouveau dans le monde et qui devenaient encore tous les jours plus surprenantes, avaient mis en vogue la science des eaux, et les mathématiques, toutes sauvages qu’elles paraissent, se rendaient utiles aux plaisirs et à la magnificence d’un grand roi. Les jets d’eau ont besoin du secours de la géométrie. »

De son nom civil Jean Truchet, le Père Sébastien — qu’on nomme souvent Sébastien Truchet — est né à Lyon le 13 juillet 1657 d’un marchand « fort homme de bien » et d’une mère très pieuse. Son père mourut de bonne heure, et il fut élevé par sa mère qui lui fit donner une bonne instruction. Tout enfant, il faisait, paraît-il, de petites machines. L’abbé Pernéty raconte que c’est la vue du cabinet de M. de Servières qui décida des occupations du jeune Jean et qu’il sentit que son génie le portait aux mécaniques.

Il y avait, en effet, à Lyon, un de ces cabinets dont nous venons de parler, le cabinet Grollier de Servières. Enrichi par plusieurs générations, ce cabinet a été décrit dans un volume orné de planches, qu eut trois éditions en 1719, en 1733 et 1751. C’était une collection qui comprenait des ouvrages de tour, des pièces d’horlogerie et des machines diverses. Fontenelle nous dit qu’il n’y avait rien de plus célèbre en France que ce cabinet, rien que les voyageurs et les étrangers eussent été plus honteux de n’avoir pas vu. Aussi, quand Louis XIV passa deux mois à Lyon en décembre 1658 et en janvier 1659, visita-t-il le cabinet de Servières. Ce ne fut pas une visite banale, car le roi y vint deux jours de suite. Il s’intéressa donc vivement aux modèles que le Père Sébastien étudia un peu plus tard passionnément.

Entré à 17 ans aux Carmes de Lyon sous le nom de frère Sébastien de Saint-Jean, le jeune Truchet fut envoyé à Paris, au couvent de la place Maubert, pour y faire sa philosophie et sa théologie. Cette dernière ne le détourna point de la mécanique, et il s’affirma comme excellemment doué pour la mécanique, occupant ses loisirs à construire de ses mains de petites machines de son invention. Sa réputation à cet égard ne tarda pas à se répandre en dehors même des murs du couvent.

Il n’avait encore que dix-neuf ans lorsqu’un incident tout fortuit vint décider de son avenir. Louis XIV tenait du roi Charles II d’Angleterre deux montres à répétition alors d’invention toute nouvelle qui eurent besoin d’être réparées. L’horloger du roi, Martinot, après une infructueuse tentative, ne parvint même pas à les ouvrir. Sur ses propres indications, on remit les montres au jeune Carme de la place Maubert qui, non seulement se fit un jeu de les ouvrir, mais sut, en outre, les remettre en parfait état de fonctionner. Cette circonstance ne resta pas ignorée du roi qui, à dater de ce jour, ne cessa plus, le cas échéant, de recourir aux talents de ce petit moine, si habile mécanicien.

Colbert, informé de ce que le Carme avait fait, le fit venir un jour à sept heures du matin. Le Père Sébastien arriva un peu ému de cette convocation ; mais Colbert lui fit en présence de Mariotte et d’un autre académicien, des compliments, lui alloua une pension de 600 livres en l’invitant à s’appliquer à l’étude de l’hydraulique. Truchet suivit les conseils, ou plutôt les ordres de Colbert, mais il étudia également la chimie avec Homberg dans le laboratoire du duc d’Orléans et l’anatomie avec du Verney.

Il s’en fallait au reste de beaucoup que ces talents ne fussent capables de s’exercer que dans le seul domaine de l’horlogerie, ou, plus généralement, de la mécanique de précision ; ils pouvaient s’attaquer à tous les problèmes que pose l’utilisation des forces physiques. Jamais il n’était fait appel en vain au Père Truchet quand il s’agissait de résoudre de tels problèmes, et l’on ne comptait plus ses inventions dans tous les genres, qu’il s’agît d’engins puissants en vue de manœuvres de force aussi bien que des plus fins mécanismes.

Voici, à ce propos, un fait qui mérite d’être retenu : lorsque Louis XIV s’avisa de doter sa magnifique résidence de Versailles du parc qui est resté pour nous un objet de constante admiration, le roi, ne pouvant se contenter des chétifs arbrisseaux qui se rencontrent dans les jardins des modestes maisonnettes, de construction récente, de la banlieue parisienne, fit rafler les plus beaux arbres dans un rayon d’une vingtaine de lieues pour en faire l’ornement de son parc. La plus grosse difficulté d’une telle opération résidait dans le transport de ces arbres.

Ce fut le Père Truchet qui vainquit cette difficulté en imaginant à cet effet l’engin connu sous le nom de « diable » — à cause de sa force — ou de « triqueballe à levier ». La machine se compose de deux roues très hautes reliées par un fort essieu, et d’un grand levier faisant corps avec une pièce de vois. On bascule le levier en arrière, ce qui amène le corps de l’arbre près de l’essieu. La cime de l’arbre est alors attachée à l’extrémité du levier, et l’ensemble se trouve en équilibre. Des palonniers permettent de tirer le tout sans que les chevaux soient gênés. N’est-il pas piquant que ce soit à cet excellent religieux que nous soyons redevables de ce diable ? Ce n’est d’ailleurs pas seulement en cela, comme on va voir, que le Père Truchet a pu contribuer à la création de cette merveille qui a nom « Versailles ».

Schéma du mécanisme d'une montre à répétition de la fin du XVIIe siècle
Schéma du mécanisme d’une montre à répétition de la fin du XVIIe siècle

Aucune des branches de l’art de l’ingénieur, tel qu’il existait alors, n’était étrangère au Père Truchet et, chose curieuse, de l’ingénieur militaire aussi bien que de l’ingénieur civil. En 1685, nous apprend le Recueil de machines approuvées par l’Académie royale des sciences (1735), il présenta à l’Académie une machine pour suspendre des lunettes astronomiques de grande longueur. Il apporta des progrès sensibles à la construction des bouches à feu et fit montre d’un talent supérieur pour la fortification, à telles enseignes même que Vauban n’hésita pas, en diverses circonstances, à le prendre pour direct collaborateur. Le Mercure de France rapporte en effet que « le Maréchal de Vauban a rendu souvent ce témoignage qu’en travaillant aux plans des fortifications des places, il se servait utilement des conseils du P. Sébastien, l’envoyant souvent chercher, pour passer des journées entières dans son cabinet à conférer sur cette matière importante, comptant bien sur sa discrétion et sur son fidèle attachement aux intérêts du Roi. »

Mais ce fut surtout à titre d’hydraulicien qu’il lui fut donné de se distinguer comme ingénieur. Il prit une part non négligeable à l’installation de ces grandes eaux de Versailles, destinées à avoir une renommée mondiale, et fut l’auteur de la fameuse cascade de Marly. On s’est demandé souvent qui avait bien pu faire les projets des bassins et de la rivière de Marly, hésitant entre Le Nôtre et Mansart. Mais Le Nôtre était trop âgé, et c’est Mansart (avec la collaboration de L’Assurance), qu’on a considéré comme le seul architecte des jardins de Marly après 1694.

Il semble qu’on ait oublié une indication donnée par le Mercure au moment de la mort du Père Truchet. Voici le texte en question : « M. Baillif, entrepreneur des bâtiments du roi, ayant reçu ordre de construire la grande cascade de Marly sur le dessein du F. Sébastien, il supplia S. M. d’ordonner à ce religieux de demeurer sur les lieux, non seulement pour l’aider de ses conseils, dans l’exécution, mais encore pour la construction des machines nécessaires à la fourniture des matériaux dans tous les ateliers, avec la précaution particulière de ne pas endommager les bosquets qui étaient à côté des bords de la cascade, ce que le roi avait expressément recommandé.

« Pour y réussir, le P. Sébastien fit placer sur la longueur des bords de la cascade des madriers avec des rainures, dans lesquelles des roulettes, sur lesquelles étaient attachés des traîneaux, montaient généralement tous les matériaux ; et cela par le moyen d’un tourniquet que deux hommes faisaient jouer avec facilité, et qui faisaient descendre alternativement les traîneaux d’un côté, tandis que de l’autre, d’autres traîneaux remontaient. Le roi qui vit l’effet de cette machine en fut très satisfait, et donna des louanges à l’inventeur. »

Le projet de cascade était bien dû au Père Truchet. D’ailleurs, quand on relit les ordres très nombreux donnés par le roi pour les bassins de Marly, qui ont été modifiés nombre de fois, notamment en 1700, on acquiert la conviction que ces ordres qui contiennent des indications précises sur les diamètres des tuyaux, sur des détails d’exécution, ont été inspirés par un technicien de l’hydraulique, et Louis XIV en avait précisément un sous la main.

Les succès remportés par lui dans cette spécialité le désignèrent pour devenir une sorte de conseiller permanent pour tout ce qui concernait l’amélioration des voies fluviales sur toute l’étendue de notre territoire, apparaissant ainsi, en quelque sorte, comme l’ancêtre des inspecteurs généraux des ponts et chaussées dans ce que nous appelons aujourd’hui le service de la navigation intérieure.

Par cette fertilité d’invention, le bon religieux était arrivé, sans l’avoir le moins du monde recherché, à jouir de la pleine faveur du roi qui lui avait ménagé un logement à Versailles pour avoir recours à lui dans toutes les occasions où il pouvait avoir besoin de ses conseils. Mais sincèrement modeste et détaché de toutes les vanités de ce monde, le Père Truchet ne chercha jamais à se prévaloir de cette faveur ni à en faire bénéficier les siens.

En 1699, l’Académie des sciences fut réorganisée sur des bases plus larges. Le règlement signé par Louis XIV le 26 janvier indique dans son article II que l’académie sera toujours composée de quatre sortes de membres — les honoraires, les pensionnaires, les associés et les élèves —, et dans son article III que les honoraires seront tous régnicoles — terme juridique ancien désignant les habitants naturels d’un royaume —, et recommandables par leur intelligence dans les mathématiques et dans la physique, desquels l’un d’eux sera président. Le règlement ajoute qu’aucun des honoraires ne pourra devenir pensionnaire.

Vue de la cascade de Marly au début du XVIIIe siècle. Gravure de Jean Mariette (1660–1742)
Vue de la cascade de Marly au début du XVIIIe siècle. Gravure de Jean Mariette (1660–1742)

Le Père Sébastien, dont la réputation grandissait de plus en plus, fit partie des membres honoraires. Il était nommé le troisième, venant après le président, l’abbé Bignon, et le marquis de l’Hôpital. Par dérogation au règlement de l’Académie, le roi accorda peu de temps après sa nomination, une pension annuelle de 1000 livres à notre religieux.

Dès son entrée dans l’Académie, Jean Truchet présente une « machine faite pour prouver la proportion de la chute des corps » — machine décrite dans l’Histoire de l’Académie royale des sciences, année 1699, et à la fin des mémoires de la même année. Il s’agit d’un petit canal en forme de spirale, fixé sur un paraboloïde de révolution. Ce canal est calculé de telle sorte que les boules d’ivoire qui y sont placées mettent le même temps à parcourir une spire, de telle sorte que deux boules situées à un même moment sur un méridien restent pendant le mouvement l’une au-dessus de l’autre. Les études faites pour cet appareil montrent que le Père Truchet n’était pas seulement un mécanicien ingénieux, mais un mathématicien.

À partir de 1705, le Père Truchet fut occupé de travaux qu’on lui demanda de faire en Auvergne. Il est notamment chargé de rendre navigables la Trantaine, une partie de la Rue et de la Dordogne en enlevant des roches et en régularisant les lits de ces rivières. Envoyé tous les ans en Auvergne de 1707 à 1710, il ne fut pas toujours enchanté d’y aller et répondit assez souvent qu’il travaillait pour le roi ou que la saison n’était pas favorable pour se rendre dans les montagnes.

Durant ses voyages, il fut intéressé par tout ce qu’il voyait. En 1705, il refait à Clermont-Ferrand, au Puy-de-Dôme et au Mont-d’Or, les expériences sur le baromètre. À Riom, il s’occupe des fontaines. Il fait des projets de niches de saints pour l’église de Bort. Il répare des petites usines détruites par une inondation. Il compare les mesures agraires de l’Auvergne à celles des environs de Paris. Il étudie la vaisselle de hêtre qu’on fabrique dans les forêts. Enfin, il dessine, et d’une façon absolument remarquable, les outils des bûcherons, des charbonniers et des sabotiers.

Adjoint à Sauveur pour enseigner les mathématiques d’abord au duc de Chartres, puis aux petits-fils du roi, il toucha de près au monde de la Cour sans jamais s’y mêler. Ce fut un sage dans toute la force du terme. Louis XIV voyait très fréquemment Truchet, qui travaillait pour lui ; il lui demanda en 1709 s’il ne pourrait faire des tableaux mouvants comme il en existait déjà à cette époque. Toujours heureux de complaire au roi, le Père Truchet fit des tableaux mécaniques qui dépassaient de loin ceux qu’on avait vus jusqu’alors.

Le duc d’Orléans avait donné au Père Sébastien 3000 livres pour les travaux du canal d’Orléans. Le Père les employa à installer dans son couvent de la place Maubert une galerie de modèles mécaniques dont s’émerveillèrent les contemporains, et, lorsque le directeur des postes, Pajot d’Ons-en-Bray, voulut organiser chez lui une galerie analogue, ce fut encore au Père Truchet qu’il s’adressa en vue de sa réalisation.

Pajot avait à Bercy tout un atelier, un chimiste, un dessinateur et des ouvriers pour l’exécution des machines qu’il faisait reproduire ou qu’il inventait. Il n’y avait, dit Grandjean de Fouchy dans son éloge, aucune machine singulière, aucune pièce nouvelle d’horlogerie, d’hydraulique, etc., de laquelle il n’eût au moins un modèle. En 1717, le tsar Pierre le Grand vint en France et alla visiter la galerie de la place Maubert et celle de Bercy. Le Mercure de France nous raconte cette visite au couvent en ces termes :

« Le Czar étant venu à Paris voulut voir le cabinet des machines dont il avait tant entendu parler, et surtout les plans de navigation, les études sur les canons et mortiers du P. Sébastien. Ce prince y employa trois heures de temps, examinant avec beaucoup de satisfaction toutes ces choses, dont il souhaita avoir des copies que le Père eut l’honneur de lui présenter dans la suite. Avant que de sortir de ce cabinet, ce prince par bonté et pour marque de confiance, témoigna au P. Sébastien qu’il souhaitait de se rafraîchir et qu’il lui ferait plaisir de lui présenter du pain et du vin du couvent, ce qui fut exécuté ; le Czar trouva tout bon, enfin ayant agréé que le Père lui versa d’une bouteille de vin exquis dont M. d’Ons-en-Bray lui avait fait présent, ce Prince but à rasade à sa santé, et voulut que le Père en fît autant à la sienne et dans le même verre que le Czar emplit lui-même ; et après que la Père eut bu, le Czar but encore une fois dans le même verre. »

Le 22 mai 1717, d’après Dangeau, Pierre Ier alla à Bercy visiter la maison de Pajot d’Ons-en-Bray où Truchet lui fit voir beaucoup de ses machines. Dangeau rapporte encore que le roi visita le 25 juillet 1717 le cabinet de Bercy « où le maître de la maison a rassemblé, avec beaucoup de dépense et de curiosité, tous les modèles de machines, qui sont comme autant de chefs-d’œuvre de mécanique. Ces raretés sont placées en différentes armoires dont la disposition intérieure se change d’un moment à l’autre par des ressorts secrets qu’a inventés le fameux Père Sébastien, Carme de la place Maubert, qui a travaillé depuis plus de vingt ans à perfectionner ce cabinet ».

Dans la dernière partie de sa vie, le Père Truchet s’occupa surtout, à la demande du Régent, de l’amélioration des voies fluviales. Il examina la possibilité de réunir la Loire et la Seine par les vallées de la Juine et de l’Essonne. Il étudia en 1716 le projet d’un canal pour relier la Somme à l’Oise. En 1718, le duc de Lorraine, Léopold Ier, visita la galerie de Truchet et, dès son retour à Nancy, demanda à son beau-frère le Régent d’autoriser le religieux à venir étudier un canal entre la Moselle ou la Meuse et la Saône. Le Père fut fort bien traité par le duc qui l’envoya chercher à Paris en carrosse à six chevaux par Bavillier, maître de mathématiques, et le fit dîner à sa table pendant son séjour à Nancy. En 1723, le Père fit partie d’une commission qui examina un projet de canal autour de Paris, de l’Arsenal du Roule.

Gravure allemande (colorisée) de 1698 représentant un artisan mécanicien au travail, par Christoph Weigel (1654–1725)
Gravure allemande (colorisée) de 1698 représentant un artisan mécanicien
au travail, par Christoph Weigel (1654–1725)

Ingénieur du duc d’Orléans, le Père Truchet devait être aussi celui de sa fille, l’abbesse de Chelles. Une seule fontaine, celle de Sainte-Bathilde, alimentait Chelles tout entier ; mais elle était fort éloignée du couvent et il fallait transporter l’eau tous les jours. Le Père fit un projet de canalisation. Une machine élévatoire et des conduits souterrains donnèrent au couvent de l’eau en abondance. Il alla très souvent à Chelles : on l’appela pour la confection du terrier de l’abbaye ; il fit frapper les médailles de l’abbesse. Un abbé de Bretagne lui envoya même du beurre et du sel « pour la table de son Altesse Royale, Madame l’Abbesse de Chelles ».

On voit par ailleurs par sa correspondance, que le Père Truchet construisit des pompes pour le Jardin des plantes, pour les châteaux de Betz, de Montataire, de Villeroy, pour la duchesse de Lauzun à Passy, pour le comte d’Évreux au faubourg Saint-Honoré, etc. Il fit également des pompes à incendie pour le Palais-Royal. Il n’abandonna jamais les travaux d’horlogerie : ses notes contiennent des études sur la transmission à distance du mouvement des aiguilles d’une horloge. Il travailla en 1721 à une grande machine d’horloge des Invalides. On trouve encore dans ses papiers l’idée d’une machine pour observer l’effet de l’air changeant sur les ressorts de montres et un projet de montre ovale avec une aiguille dont la longueur varie suivant la position.

Outre son talent remarquable dans les arts mécaniques, le Père Truchet était un excellent homme. Toute la cour le traitait avec une grande déférence. Bien des gens sollicitèrent son appui. On dit de lui qu’il était simple comme ses machines. Bien qu’ayant beaucoup vécu dans le monde et malgré les propositions qui lui furent faites, il ne voulut pas abandonner son couvent, et mourut dans sa cellule le 5 février 1729 à côté de ses chères machines. Les Carmes ne conservèrent pas sa galerie et vendirent ses modèles et ses collections. Les machines qu’il avait réalisées pour le cabinet de Pajot furent données à l’Académie des sciences, mais celle-ci ne garda pas son cabinet de mécanique qui forma les premières collections du Conservatoire des Arts et Métiers.

On pourrait être tenté, après un tel exposé, de se demander comment un silence aussi complet a pu se faire autour du nom du savant religieux. L’explication en paraît simple : c’est surtout par leurs écrits que les bons ouvriers de la pensée se survivent à eux-mêmes, leur nom continuant à attirer les regards en tête de leurs ouvrages ; or, le Père Truchet n’a presque rien écrit ; ses œuvres ont pris à peu près exclusivement la forme de réalisations matérielles tombées dans le domaine de la pratique courante, sans qu’aucun nom n’y ait jamais été attaché.




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