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22 juin 1646 : mort du dessinateur et portraitiste Daniel Dumonstier surnommé Dumonstier-crayon - Histoire de France et Patrimoine


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22 juin 1646 : mort du dessinateur
et portraitiste Daniel Dumonstier
surnommé Dumonstier-crayon
Publié / Mis à jour le samedi 22 juin 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
Considéré comme « le plus excellent crayonneur de l’Europe » et surnommé Dumonstier-crayon, Daniel Dumonstier, peintre et valet de chambre du roi, peintre de la reine Marie de Médicis et de Gaston d’Orléans, jouit, pendant près de quarante ans, d’une célébrité extraordinaire, ses mots crus et à l’emporte-pièce contribuant à sa renommée pour une part au moins égale à celle que lui valurent ses œuvres peintes et ses pastels

Plusieurs peintres et crayonneurs du XVIe et du XVIIe siècles ont porté le nom de Dumonstier. Les membres de cette famille eurent cette singulière fortune d’accaparer à leur profit la renommée artistique de tous les portraitistes de cette époque. De même que pour les Clouet, on a généralement groupé sous leur nom une foule d’œuvres anonymes, dues au crayon de leurs contemporains. Et puis on les a confondus entre eux, et on les confond encore le plus souvent dans les collections, parce qu’on est sans renseignements certains sur les premiers membres de la dynastie.

Geoffroy Dumonstier, grand-père de Daniel. Autoportrait
Geoffroy Dumonstier, grand-père de Daniel. Autoportrait

Leur généalogie est en effet assez embrouillée. Il semble cependant que le chef de cette famille est un certain Jehan, peintre miniaturiste, qui travaillait à Rouen, en 1501, à illustrer les manuscrits du cardinal d’Amboise. Il mourut en 1530. Son fils ou son frère, Geoffroy, également peintre miniaturiste, naquit à Paris au commencement du XVIe siècle. Il devint l’élève du peintre Florentin Rosso de Rossi, lorsque celui-ci vint, vers 1530, en France. Ils décorèrent ensemble le château de Fontainebleau. Geoffroy fit quelques peintures dans la galerie. On lui attribue quelques gravures ainsi que le dessin d’une verrière conservé au musée du Louvre. Il mourut en 1573.

II eut trois fils : Étienne, Pierre et Cosme. Étienne (vers 1540-1603) fut peintre et valet de chambre des rois de France, de Henri II à Henri IV, ainsi que de la reine Catherine de Médicis. Il fut enterré dans le cimetière de l’église Saint-Jean-en-Grève. Ses armes étaient d’azur à l’église ou moutier d’argent. Né vers 1545, Pierre, second fils de Geoffroy, fut, comme son frère aîné, peintre et valet de chambre de la reine Catherine de Médicis dès 1585. Il mourut en 1601.

Le dernier des fils de Geoffroy, Cosme, né vers 1550, est cité dès 1581 comme peintre et valet de chambre de Catherine de Médicis. À cette date, la reine Marguerite de Navarre l’avait fait venir auprès d’elle à Nérac. Il mourut à Rouen en 1605.

Étienne eut un fils, Pierre, second du nom, né à Paris en 1585, et qui mourut dans cette ville en 1656. Il avait visité la Flandre où, dit-on, il vendit à l’archiduchesse Isabelle les dessins de son oncle Étienne II. Il avait voyagé en Italie. C’est à Rome, en 1633, qu’il fit plusieurs dessins assez médiocres. Parmi les autres œuvres de cet artiste, il faut citer un joli portrait au crayon représentant M. de Nègrepelisse, daté de 1618. Pierre II fut peintre et valet de chambre du roi.

Jacqueline de Harlay, marquise de Villeroy (1577-1618). Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1610
Jacqueline de Harlay, marquise de Villeroy (1577-1618).
Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1610

Cosme eut plusieurs fils dont Daniel, qui fait l’objet de cet article, crayonneur le plus connu de toute la famille, que le père Pierre de Saint-Romuald nomma « le plus excellent crayonneur de l’Europe. ». En dépit du refroidissement général pour les crayons, et de la baisse marquée pour la portraiture de ce genre — décadence attestée par Pierre de l’Estoile —, Daniel Dumonstier jouit d’une célébrité extraordinaire. Son œuvre fut très considérable. L’historien d’art et marchand-collectionneur d’estampes Pierre-Jean Mariette (1694-1774), dans son Abecedario, nous donne sur lui les renseignements les plus vrais :

« Daniel Dumonstier était de race de peintres. Son père nommé Cosme, et son aïeul nommé Geoffroi, avaient manié dans leur temps le pinceau avec quelque réputation, mais Daniel s’en fit une beaucoup plus considérable par sa facilité à faire des portraits qui ne sortaient jamais de ses mains sans être très ressemblants. Il les faisait aux trois crayons ou au pastel. Il est étonnant le nombre qu’il en a fait. Il avait coutume d’en garder pour lui des copies, ce qui les a encore multipliés, et ce qui fait que les cabinets en sont remplis.

« Il n’y faut chercher ni touche savante, ni art, ni couleur, mais de l’exactitude et de la vérité. Il avait coutume de mettre sur ses portraits l’année et le jour qu’il les avait faits. Il serait à souhaiter qu’il eut écrit de même le nom des personnes. Ses portraits en seraient plus intéressants, mais c’est ce qui ne lui arrive presque jamais. Il était très curieux et d’une mémoire prodigieuse. Il n’avait rien oublié de tout ce qu’il avait lu. Son cabinet de livres était fameux et sa maison était le rendez-vous de la meilleure compagnie. Il était fort considéré à la cour. »

Malgré son peu d’étendue, cet excellent article donne, en quelques mots, tout ce que l’on peut dire d’important sur Daniel Dumonstier. Né le 14 mai 1574 de Cosme Dumonstier, peintre en portraits et très favori du roi Henri III, Daniel paraît avoir commencé très jeune la peinture. Trois dessins du Cabinet des Estampes, œuvre d’un commençant, barbouillés au pastel et signés D.M., semblent être de lui ; ils ne sauraient, en tous cas, être ni de Pierre, plus âgé et déjà connu en 1587, époque à laquelle furent dessinés ces portraits, ni de Cosme, ni d’Étienne, peintres de mérite. Le monogramme D.M. est donc vraisemblablement celui du jeune élève de 13 ans.

Madeleine de Souvré, marquise de Sablé (1599-1678). Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1621
Madeleine de Souvré, marquise de Sablé (1599-1678).
Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1621

En 1602, Daniel Dumonstier se maria, une première fois, avec Geneviève Balifre, dont il eut deux fils et sept filles, entre autres Étienne, qui devint bientôt le collaborateur de son père dans les crayons. La correspondance de Malherbe nous montre Daniel, alors âgé de 32 ans, se produisant avec éclat à la fin du règne de Henri IV, et occupé au mois de novembre 1607 des portraits du poète lui-même, de du Vair, alors premier président du parlement de Provence, du cardinal du Perron, de toutes les illustrations du temps dans tous les genres.

En 1613, Marie de Médicis lui confirma les droits de rachat, lods et vente de la terre du Plessis-Bertrand en Bretagne, que le roi lui avait donnés en 1612. Marie de Médicis appelle Dumonstier « nostre cher et bien amé Daniel Dumonstier, l’un de nos peintres ordinaires ».

Tallemant des Réaux lui consacre une de ses Historiettes, l’appelant Du Moustier : « Du Moustier était un peintre en crayon de diverses couleurs ; ses portraits n’étaient qu’à demi et plus petits que le naturel. Il savait de l’italien et de l’espagnol ; je pense qu’il aimait fort à lire, et il avait assez de livres. C’était un petit homme qui avait presque toujours une calotte à oreilles, naturellement enclin aux femmes, sale en propos, mais bon homme et qui avait de la vertu. Il était logé aux galeries du Louvre comme un célèbre artisan [ce mot exprimait encore, sous la minorité de Louis XIV, un excellent ouvrier dans les arts libéraux] ; mais sa manière de vivre et de parler y attirait plus les gens que ses ouvrages. Son cabinet était pourtant assez curieux : il y avait sur l’escalier une grande paire de cornes, et au bas : Regardez les vôtres ; et au bas de ses livres : Le diable emporte les emprunteurs de livres.

« Il y avait une tablette où il avait écrit Tablette des sots : le père Arnoul, confesseur du roi, qui était un glorieux Jésuite, lui demanda qui étaient ces sots. Cherchez, cherchez, lui dit-il, vous vous y trouverez. Un autre Jésuite s’y trouva effectivement, et lui ayant demandé pourquoi, sans se nommer, Du Moustier lui répondit en grondant, car il n’aimait point les Jésuites : Parce qu’il a dit que Henri IV avait été nourri de biscuits d’acier. À propos de livres, il contait lui-même une chose qu’il avait faite à un libraire du Pont-Neuf, qui était une franche escroquerie ; mais il y a bien des gens qui croient que voler des livres ce n’est pas voler, pourvu qu’on ne les revende point après. Il épia le moment que ce libraire n’était point à sa boutique, et lui prit un livre qu’il cherchait il y avait longtemps. Je crois que la plupart de ceux qu’il avait lui avaient été donnés.

Louis XIII. Dessin de Daniel Dumonstier réalisé le 28 mars 1622
Louis XIII. Dessin de Daniel Dumonstier réalisé le 28 mars 1622

« Il savait par cœur plus de la moitié de deux volumes in-folio de deux ministres, Aubertin et Le Faucheur, sur la matière de l’Eucharistie, et il les avait peints, et un autre aussi nommé Daillé. Du Moustier n’était catholique qu’à gros grains.

« Il avait un petit cabinet séparé plein de postures de l’Arétin. Outre cela il savait toutes les sales épigrammes françaises. J’ai vu un de ses cousins germains à Rome [Pierre Dumonstier, fils d’Étienne], du même métier, qui savait aussi mille vers comme cela. Il n’aimait pas plus les médecins que les Jésuites, et il les appelait les magnifiques bourreaux de la nature.

« Le premier président de Verdun [Nicolas de Verdun, premier président du parlement de Paris] désira de le voir ; un de ses amis le voulut mener. Je ne suis ni aveugle ni enfant, j’irai bien tout seul, répondit-il. Il y va ; le premier président donnait audience à beaucoup de monde ; enfin, il dit : J’ai mal à la tête. On fit donc sortir tout le monde ; il n’y eut que Du Moustier qui dit qu’il voulait parler à monsieur le premier président qui avait souhaité de le voir ; il vient et avait fait dire que c’était Du Moustier. Le premier président lui dit : Vous, M. Du Moustier ! Vous êtes un homme de bonne mine pour être M. Du Moustier ! Lui regarde si personne ne le pouvait entendre, et, s’approchant de M. de Verdun, il lui dit : J’ai meilleure mine pour Du Moustier que vous pour premier président [Verdun avait la bouche de côté] — Ah ! cette fois-là, dit le président, je reconnais que c’est vous. Ils causèrent deux heures ensemble le plus familièrement du monde.

« Quand il peignait les gens il leur laissait faire tout ce qu’ils voulaient ; quelquefois seulement il leur disait : Tournez-vous. Il les faisait plus beaux qu’ils n’étaient, et disait pour raison : Ils sont si sots qu’ils croient être comme je les fais, et m’en paient mieux.

Il avait peint M. de Gardes, capitaine des gardes du corps, par le commandement du feu roi : Autrement, disait-il, je ne m’y fusse jamais résolu, car il est trop laid. Il l’appelait le cadet du diable. Une fois qu’il était chez M. d’Orléans, Du Pleix, l’historiographe, y vint ; M. d’Orléans lui fit des compliments sur son histoire. Il n’y a, dit Du Pleix, que cet homme-là, montrant du Moustier, qui soit mon ennemi. — Votre ennemi ! répondit Du Moustier ; vous ne m’avez fait ni bien ni mal. À la vérité, je ne saurais souffrir qu’étant créature de la reine Marguerite, vous la déchiriez comme vous faites ; puis, elle est de la maison royale : si j’avais du crédit en France, je vous ferais châtier. Et puis, vous allez dire qu’autrefois en France tous les hommes étaient sodomistes, et ne se mariaient qu’après s’être lassés de garçons !

François de Montmorency, comte de Bouteville. Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1622
François de Montmorency, comte de Bouteville. Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1622

« Il avait mis sous le portrait de mademoiselle de Rohan : La princesse Gloriette, et sous celui du comte de Harcourt : Le parangon des princes cadets ; au bas de celui d’une madame de la Grillière, il avait écrit : Elle n’a oublié qu’à payer. »

Le 5 mai 1630, Daniel Dumonstier épousa sa servante, Françoise Hésèque, morte six ans après. Il nous la présente comme sa femme dans le portrait d’elle conservé aux Estampes, et provenant de Sainte-Geneviève. On lit, en effet, sur le portrait de Françoise Hésèque ce qui suit, de la main de Daniel : « Françoise Heseque faicte ce 8 de May 1629, commencée par mon fils aisné, corrigée et finie par moy D. Dumonstier. Depuis ma femme en second mariage, du 5 de May 1630, et trespassée le 5 d’octobre 1636. »

Ce mariage ne fut pas sans égayer la cour. Dumonstier n’était plus jeune en 1630. Né en 1574, il avait alors près de la soixantaine, et la jeune Françoise Hésèque eût pu plus raisonnablement épouser Étienne, l’aîné des fils de Daniel. Aussi bien Daniel était-il peu séduisant. Il eut trois fils et une fille avec elle.

Comme nous le disions plus haut, sa langue acérée, ses reparties, sa mémoire prodigieuse, lui avaient procuré plus d’amis et d’admirateurs que sa peinture en elle-même. D’après Tallemant, il savait de l’italien et de l’espagnol, beaucoup d’anecdotes réjouissantes, et divertissait ainsi ceux qui venaient poser chez lui. Il avait aussi le bon esprit d’embellir ses modèles ; il « disait, pour raison, ils sont si sots qu’ils croient être comme je les fais et m’en paient mieux ».

Quand il mourut le 22 juin 1646 d’une attaque de miserere, il était sans conteste le crayonneur le plus connu qui eût jamais été. Comme ses ancêtres, il était peintre et valet de chambre du roi, et ce titre lui était donné dans les actes authentiques à partir de 1604, date de la naissance de son fils aîné. Il fut enterré à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, lors d’un service auquel assistèrent trente prêtres. De ses fils, un seul, Nicolas, paraît avoir suivi la carrière de son père : il fut reçu à l’Académie de peinture le 4 janvier 1665, et était peintre et valet de chambre du roi. Il mourut le 16 septembre 1667 et sa veuve, Marie Gaspar, reçut la somme de 1 800 livres pour les services qu’avait rendus son mari en aidant à sauver, lors de l’incendie du Louvre, quelques peintures de la galerie.

Marguerite de Béthune, duchesse de Rohan (1595-1660). Dessin de Daniel Dumonstier réalisé vers 1625
Marguerite de Béthune, duchesse de Rohan (1595-1660).
Dessin de Daniel Dumonstier réalisé vers 1625

L’œuvre de Daniel Dumonstier, tout considérable qu’il ait pu être au XVIIe siècle, n’a point été plus épargné que les autres crayons du XVIe siècle, et la Bibliothèque nationale est à peu près seule aujourd’hui à en conserver un nombre important. Ces portraits vont nous servir à expliquer les procédés ordinaires du crayonneur, et les diverses manières employées par lui, à partir de son premier dessin.

Les trois portraits datés de 1587 et signés D.M. que nous évoquions précédemment, sont manifestement l’œuvre d’un très jeune débutant. Nous savons que le D.M. inscrit sur l’un d’eux ne prouverait pas grand-chose, et le nom des personnages dessinés nous est moins utile encore. Ce sont là, en effet, trois représentants de la famille Olivier de Surpalis, dont nous ne savons rien. Notre attribution de ces crayons à Daniel Dumonstier est donc encore une hypothèse ; mais, en procédant par élimination, nous avons vu que lui seul avait pu, en 1587, construire d’aussi médiocres choses.

C’est un frottis de pastel très lourdement écrasé et mêlé à de la pierre noire. Cependant le dessin n’en est point mauvais ; on sent déjà dans ces essais une main assez habile pour mettre une tête d’aplomb et des yeux à leur place. Le portrait d’homme est sensiblement mieux traité que ceux des femmes ; Antoine Olivier de Surpalis devait être ressemblant.

Les crayons provenant de la collection Béthune et qui entrèrent à la Bibliothèque entre la fin du XVIIIe siècle et 1861, date d’entrée au Cabinet de ceux de Sainte-Geneviève, sont de la seconde manière de Daniel Dumonstier. Le procédé est lourd et jaunâtre, procédant de ces pastels maladroits dont nous venons de parler, mais avec de l’habileté en plus et une pointe d’esprit qui dénote l’artiste. Quoi qu’il en soit, cependant, les dessins de cette manière sont loin d’être harmonieux ; si le dessin est correct et la ressemblance vraie, le coloris uniforme et plat donne bien raison à la phrase sévère de Mariette. La plupart des crayons de cette seconde manière portent une lettre majuscule, écrite postérieurement au dessin.

Françoise Hésèque, devenue la seconde épouse de Daniel Dumonstier en 1630. Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1629
Françoise Hésèque, devenue la seconde épouse
de Daniel Dumonstier en 1630.
Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1629

Les crayons venus de Sainte-Geneviève nous donnent la manière définitive de Daniel Dumonstier. Il y a dans toutes ces œuvres des inégalités incroyables, des merveilles d’habileté et des choses tellement lâchées, qu’on ne saurait, en dépit de la signature, les regarder comme étant de sa main. De 1620 à 1640, Dumonstier martela de plus en plus son procédé, et il en arriva à l’exagération la plus désagréable. Sous une influence peut-être venue des coloristes des Flandres, il accentua ses couleurs au point de donner aux dames des figures rougeaudes et avinées, dont il ne se rendait point compte, ce qui n’était plus ni l’art, ni le naturel. D’ailleurs, il est certain qu’il n’était point seul coupable, et que plusieurs de ces crayons avaient subi la collaboration de son fils aîné.

Daniel Dumonstier commençait d’abord par jeter une esquisse très poussée de son modèle, et la corrigeait jusqu’à ce qu’elle le satisfît complètement. Il faut reconnaître que peu de peintres ont eu cette facilité et cette habileté extraordinaire de l’esquisse. Alors commençait pour lui le travail qu’il entendait le moins bien : l’application du pastel. Il en plaçait successivement les couches, au fur et à mesure de l’avancement du travail ; mais les touches, très heurtées entre elles, et fort rapprochées par des coups d’estompe vigoureux, produisaient ce martelé dont nous. Et l’effet désagréable s’accentuait avec l’avancement du dessin ; terminé, le portrait prenait souvent l’aspect désagréable d’une plaque de métal battue de coups de marteau. C’est bien là ce que pensait Mariette : « ni touche savante, ni art, ni couleur ».

Pour être juste, il convient de reconnaître que ces crayons, conservés au Cabinet des Estampes, devaient être ceux-là mêmes que Dumonstier gardait par-devers lui, comme on garde encore, de nos jours, un cliché photographique. « Pour et par D. Dumonstier », portent la plupart de ces pastels, et cette mention doit nous rendre plus équitable. N’y avait-il pas, dans les œuvres terminées et vendues par l’artiste, plus de perfection, plus de réserve qu’il n’en mettait dans ses esquisses, uniquement destinées à ses albums ?

Un des reproches les plus sérieux, fait par Mariette à Dumonstier, était sa négligence dans les inscriptions de nom des personnages représentés. Il explique, cependant, sans s’en douter, cette négligence juste après l’avoir soulignée : « Il était très curieux et d’une mémoire prodigieuse ». Il est sûr que cette mémoire lui rendait inutiles les inscriptions sur les portraits conservés chez lui ; il se contentait d’y mettre une date précise : le nom lui était connu.

L'évêque d'Albi. Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1631
L’évêque d’Albi. Dessin de Daniel Dumonstier réalisé en 1631

Cependant plusieurs des portraits portent une lettre. Ceux de la seconde manière, avec leur lettre majuscule, étaient vraisemblablement destinés à la vente, mais la lettre avait été mise après la composition. Ceux de la troisième manière, provenant des collections de Sainte-Geneviève, avaient aussi une lettre en cursive à la plume, probablement mise par les fils de Dumonstier après sa mort. La preuve de cette inscription posthume pourrait bien être dans ce fait que plusieurs portraits n’en ont pas ; la mémoire des fils les servait moins bien que celle de leur père, et il leur était parfois impossible de mettre un nom au-dessus d’une physionomie.

La plus grande difficulté rencontrée dans l’identification des personnages anonymes de l’œuvre de Daniel Dumonstier provient de l’habitude curieuse qu’avait cet artiste de recoiffer ses modèles à 10 ou 15 ans d’intervalle. Plusieurs de ses portraits de femme portent cette mention : « recoueffée en... », soit souvent plus de dix ans après la date du dessin. Il arrive par là que la coiffure du modèle, loin de devenir un moyen de comparaison et de rapprochement pour les dates, n’est plus qu’un empêchement et une entrave. Telle dame jeune en 1625, ne l’est plus en 1640 ; mais si l’artiste change simplement la coiffure en bouffons pour la « recoueffer » à la mode de 1640, la physionomie n’ayant pas changé, il est souvent impossible de reconnaître la dame.

Il s’ensuit donc qu’il faut agir avec la plus grande réserve dans les identifications des portraits de Dumonstier, et le plus souvent, le travail terminé, mettre un point d’interrogation, si quelque portrait gravé ne vient apporter une preuve sérieuse en faveur de l’attribution décidée.


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