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18 avril 1732 : mort de l'explorateur et astronome Louis Feuillée - Histoire de France et Patrimoine


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18 avril 1732 : mort de l’explorateur
et astronome Louis Feuillée
(D’après « Bulletin de géographie historique et descriptive », paru en 1895)
Publié / Mis à jour le jeudi 18 avril 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
Si dans le domaine astronomique Feuillée, fils de cultivateur, ne fit aucune découverte, il se montra observateur consciencieux, laborieux, persévérant ; si dans le domaine géographique son nom ne se rattache à aucune reconnaissance de terre nouvelle, il fut un des premiers à introduire exclusivement la méthode scientifique dans les grands voyages. Et le botaniste instruit qu’il fut se doubla d’un bon dessinateur complétant son oeuvre par des plans remarquables et de fort jolis croquis de plantes nouvelles.

Le Père Feuillée figure parmi ces hardis voyageurs, bien souvent des religieux, que Louis XIV, puis le Régent Philippe d’Orléans, à l’instigation de leurs sages conseillers, envoyèrent en mission scientifique dans les plus lointaines régions du globe. Les résultats de ces expéditions pacifiques valurent à la Frane un incomparable rayonnement culturel.

Louis Feuillée naquit le 15 août 1660 à Mane, près de Forcalquier, dans les Basses-Alpes. Ses parents étaient de très modestes cultivateurs vivant péniblement de leur travail. Nature un peu rude, grossièrement ébauchée, le jeune Feuillée montra de faibles dispositions intellectuelles ; il ne semblait pas destiné à sortir de son humble condition.

Mane était déjà une localité importante peuplée de 1300 habitants. L’un de ses enfants, Jacques Gaffarel, comptait parmi les érudits les plus distingués de son temps. Un couvent de Minimes y avait été fondé en 1613 par Melchior de Janson qui, dès 1601, s’était engagé, par acte passe à Aix chez le notaire Arnaud, à faire construire un couvent de Minimes, soit à Pertuis, soit à Mane.

Louis Feuillée. Gravure de Boettiger (1763-1825) réalisée d'après un tableau du peintre marseillais Joachim Guénin
Louis Feuillée. Gravure de Boettiger (1763-1825) réalisée
d’après un tableau du peintre marseillais Joachim Guénin

Le jeune Louis Feuillée entra à ce couvent comme frère portier. Alors que personne certes ne faisait attention à ce bouvier à peine dégrossi, il travaillait seul, avec énergie, avec ténacité, s’efforçant de vaincre la résistance de son intelligence restreinte. C’est ainsi qu’il apprit successivement, et en cachette, à lire, à écrire, puis les premiers éléments de la langue latine. Les religieux étonnés de ces progrès inattendus, s’occupèrent alors de son instruction et, pour lui permettre de la compléter, l’envoyèrent à Marseille, au couvent de leur ordre.

Lorsque le 2 mars 1680, Louis Feuillée fit, au couvent d’Avignon, profession dans l’ordre des Minimes, il était déjà un mathématicien émérite. Pendant son séjour à Avignon, le Père Charles Plumier lui donna également le goût des sciences naturelles et particulièrement de la botanique. Les années suivantes furent employées par lui à compléter ses connaissances scientifiques dont il n’allait pas larder à tirer parti.

En 1696, Louis Feuillée résidait au couvent des Minimes d’Arles. C’est de là qu’il adressa sa première communication à l’Académie des sciences et relative à une éclipse de lune. Pendant son séjour à Arles, le savant religieux dut entrer en relations avec un astronome de cette ville, Davizard, qui, à diverses reprises, entretint l’Académie des sciences du résultat de ses recherches.

Astronomes et mathématiciens ne manquaient du reste pas à cette époque en Provence : il nous suffit de citer le prieur Gaultier, à Aix ; Gallet, à Carpentras ; le Père Bonfa, à Avignon ; sans oublier Chazelles ou encore le Père Laval, futur collaborateur et ami de Feuillée.

L’année suivante (1697), louis Feuillée arrive à Marseille. Le 29 novembre, il observe au couvent des Minimes une intéressante éclipse de lune et il consigne dans son registre les résultats de ses remarques et de ses calculs. Au cours de l’année 1699 : le 1er janvier, observation de la conjonction de Mars avec Saturne ; le 7 mars, communication faite à l’Académie au sujet d’ « une étoile sur le disque de la lune » (dans l’analyse de cette communication, Louis Feuillée est déjà qualifié d’habile astronome) ; 15 mars, éclipse de lune étudiée avec le concours de Chazelles, de l’Académie des sciences, ingénieur des galères du roi ; 13 mai, observation de curieuses parhélies qui est transmise à l’Académie ; 23 septembre, éclipse de soleil, etc.

Les premières recherches du Père Feuillée attirèrent sur lui l’attention des savants, et, en 1700, il fut envoyé dans le Levant pour y déterminer les positions d’un certain nombre de ports. De ce premier voyage, nous n’avons, en fait de relation, que les quelques notes publiées par Cassini dans les Mémoires de l’Académie des sciences et une dizaine de pages dans l’un des manuscrits de la bibliothèque de Marseille. Arrivé en octobre 1700 à Smyrne, il fait, chez le consul, de Boyer, de nombreuses observations astronomiques ; il étudie notamment, le 3 octobre, l’occultation d’Aldebaram par la Lune et calcule le lieu vrai des satellites de Jupiter. Malheureusement, à partir du 13, le ciel se couvre, le vent du Sud-Est commence à souffler et les observations deviennent très difficiles.

À Constantinople, le voyageur est moins heureux encore : « Les pluies et les neiges, dit-il, continuèrent presque tout le temps que je fus dans cette ville. Le froid y était grand et je ne pus faire aucune observation pour en déterminer la longitude. »

Nous retrouvons Louis Feuillée à Salonique, au mois de mars 1701 ; il y reste jusqu’à la fin d’avril et passe alors dans les Cyclades, à Milo, dont il détermine la longitude et la latitude. Débarqué le 17 juin à la Canée, en Crète, il y est fort bien reçu par le consul, qui « lui fait toutes les honnestetés imaginables » et lui « donne une maison en particulier, affin que il soit plus en liberté pour faire ses observations ». De la Canée, il se rend le 30 juin à Candie, où il continue ses déterminations de géographie mathématique.

De la Crète, il se dirige vers la Tripolitaine, et, le 24 juillet 1701, il arrive à Tripoli. La peste, qui y régnait, rend son séjour fort périlleux ; elle ne l’empêche cependant pas de se livrer à ses travaux ordinaires, tant était grand son dévouement à la science. Malheureusement, comme il se proposait de continuer ses recherches astronomiques et hydrographiques en Tunisie et dans la Régence d’Alger, il se fait attaquer sur la route de Porto-Farina à Tunis, insulter, piller, et enlever la plupart de ses instruments. Cet accident imprévu mettait fin au voyage.

Rentré à Marseille, le Père Feuillée met en ordre ses notes, complète ses calculs et reprend le cours habituel de ses études. Toutefois ce premier voyage l’avait vivement intéressé, et il rêvait d’étendre à des régions plus éloignées ses futures explorations. Aussi, dès 1702, le voyons-nous solliciter du gouvernement l’autorisation de se rendre aux Antilles et sur les côtes de l’Amérique équinoxiale.

Les circonstances étaient assez défavorables, et le comte Jérôme de Pontchartrain, auquel il s’était adressé, lui répondit, le 17 décembre 1702 : « J’ai reçu votre lettre du 22 du mois passé, par laquelle vous m’informez du désir que vous avez de passer aux isles de l’Amérique, pour y faire des observations qui pourraient servir à perfectionner la géographie, l’astronomie et l’hydrographie ; j’approuverais beaucoup votre projet, si nous étions dans un temps où ce travail pût se faire avec quelque espérance de succès ; mais la conjoncture d’une guerre très vive dans laquelle nous sommes ne permet point d’en espérer et vous mettra hors d’état de prendre toutes les connaissances nécessaires pour rendre vos observations utiles ; cependant, si vous y êtes absolument déterminé et que vos mesures soient assez justes, je vous enverrai les ordres et les lettres dont vous avez besoin aussitôt que vous me le demanderez. »

Malgré cette fin de non-recevoir à peine déguisée, le Père Feuillée ne perdit pas courage : aucun retard et aucun danger ne pouvaient rebuter son ardeur scientifique. Heureusement, de Montmaur, intendant général des galères, lui accorda son précieux appui. De Montmaur avait reçu l’ordre d’embarquer sur un navire en partance un certain nombre de forçats auxquels le roi avait donné la liberté à condition qu’ils iraient servir pendant quelque temps aux Antilles, en qualité de soldats. Grâce à cette circonstance, le navire se trouverait en état de bien se défendre contre toute attaque de corsaire.

Journal des Observations physiques, mathématiques et botaniques de Louis Feuillée, publié en 1714
Journal des Observations physiques, mathématiques et botaniques
de Louis Feuillée, publié en 1714

Jérôme de Pontchartrain se rendit à ces raisons et accorda le 17 janvier 1703 l’autorisation et les recommandations demandées. Le 5 février, Louis Feuillée s’embarquait donc, pour ce voyage tant désiré, sur le navire le Grand Saint-Paul, commandé par le capitaine Ganteaume. Ce n’est que vingt-deux ans plus tard qu’il publia le récit de ses aventures et surtout les résultats de ses travaux dans le tome III de son Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques.

Il arrive le 11 avril en rade de Saint-Pierre, à la Martinique. De Machault était alors gouverneur et lieutenant général des Antilles françaises. Le voyageur lui remet les lettres d’introduction du comte de Pontchartrain et va s’installer chez les Dominicains. Le moment était mal choisi pour s’occuper tranquillement de recherches scientifiques, car on se trouvait en pleine période d’hostilités, et la défense de la Martinique donnait suffisamment de soucis à ceux qui en étaient chargés. De plus, Feuillée n’était pas acclimaté et il dut payer son tribut aux fièvres.

Son premier séjour à la Martinique dure 14 mois 18 jours, du 11 avril 1703 au 4 juillet 1704. Durant ce long espace de temps, nombreuses sont ses observations. Il complète les travaux de des Hayes en 1682 et se livre à d’importantes recherches. Un gentilhomme instruit, de la Chapelle Cotar, l’aide à diverses reprises, notamment lors de l’éclipsé de lune du 28 juin 1703.

Toutefois Louis Feuillée se lassait de ce séjour à la Martinique, prolongé outre mesure ; il désespérait de pouvoir mettre complètement à exécution le projet de voyage qu’il avait formé avant son départ de France. C’est sur ces entrefaites que s’offre à lui une occasion favorable, quoique fort aventureuse, de visiter la Terre Ferme. Une expédition de flibustiers s’organisait pour courir les parages de la côte américaine, sous les ordres du marquis de Sainte-Catherine, monté sur l’Ambitieux, navire armé de 60 canons et pourvu de 300 hommes d’équipage, Le Père Feuillée n’hésite pas ; il obtient d’être admis à bord du corsaire et c’est en cette étrange compagnie qu’il s’éloigne, presque furtivement, de la Martinique, le 4 juillet 1704, bravant les dangers de cette existence aussi mouvementée que nouvelle pour lui.

Sur une fragile barque de flibustiers, au milieu de dangers sans nombre, il regagne la Martinique par Saint-Domingue et l’île de Saint-Thomas ; le 30 mars 1705, il est de retour à Fort-Royal. Les incidents de ce voyage furent des plus variés : un jour, ce sont les flibustiers qui, à Sainte-Marthe, se prennent de querelle avec les Espagnols ; un autre jour, c’est une révolte à bord ; puis, le naufrage du vaisseau l’Hermione, à la sortie de la passe de Bocca Chica, etc., toutes ces péripéties n’empêchant pas Feuillée de se livrer à ses calculs.

Son second séjour à la Martinique est de 13 mois 12 jours, du 30 mars 1705 au 12 mai 1706 ; il se repose des fatigues de son voyage à la Terre Ferme et complète ses observations. Enfin, le 12 mai, il quitte la Martinique définitivement ; le navire qui le ramène en France rentre dans la rade de Brest le 21 juin.

Les dangers courus, l’audace et l’énergie dont le voyageur avait fait preuve, l’importance des résultats qu’il avait obtenus, achevèrent d’attirer l’attention du monde savant sur ce dévoué et infatigable travailleur. Les éloges qui lui furent adressés ne firent du reste que l’encourager à continuer ses travaux, car les manuscrits de la bibliothèque de Marseille nous le montrent, dès cette même année 1706, entreprenant une excursion scientifique au mont Ventoux.

Après une série d’expériences barométriques à Malemort et à Bédouin, il tente le 5 octobre l’ascension du mont Ventoux ; mais la neige l’empêche d’arriver au sommet et il doit s’arrêter aux deux tiers de l’ascension. À Marseille, il continue ses travaux ordinaires : relevé des taches solaires, examen de l’émersion des satellites de Jupiter, etc. Une note de lui nous apprend que, le 8 janvier 1707, il remet à Tourves les plans de Carthagène et de la Havane, ainsi qu’une carte de l’embouchure de l’Amazone, avec ordre de déposer le tout entre les mains de Cassini, chargé de présenter ces oeuvres cartographiques au comte de Pontchartrain. Le 17 avril, il observe au couvent des Minimes, à Marseille, une éclipse de lune, avec le concours de « M. Bereau, neveu de feu le Révérend Plumier », le célèbre botaniste provençal.

Cette même année devait le voir de nouveau sur la route de l’Amérique. Nommé mathématicien du roi, par lettres patentes en date du 25 septembre 1707, il obtenait en même temps l’autorisation de se rendre en Amérique pour y relever la position exacte des côtes du Chili et du Pérou. Le roi recommandait spécialement à tous les représentants de son autorité de l’aider dans la mission qu’il allait accomplir. La relation de ce voyage, qui a surtout fait connaître son nom, occupe les tomes I et II, ainsi que le commencement du tome III, du Journal des observations physiques ; elle comprend le journal de route proprement dit et l’Histoire des plantes médicinales du Chili et du Pérou.

Son voyage n’est pas de tout repos. D’abord ce sont les mâts qui sont brisés par la tempête, il faut les faire réparer à Malte : premier retard. Ensuite, la crainte des corsaires ennemis contraint le navire à des relâches prolongées. Branle-bas de combat à chaque bâtiment signalé à l’horizon ; finalement, des deux équipages, le plus effrayé n’est pas celui qui se prépare avec tant d’angoisse à une lutte suprême.

Louis Feuillée arrive le 22 mai à Santa Cruz de Ténériffe et en repart le 11 juin. Le baptême de la ligne a lieu le 1er juillet avec le cérémonial connu, et le Père Feuillée, peu amateur cependant de détails pittoresques, nous décrit les péripéties de cette traditionnelle solennité. Le navire entre le 14 août dans le port de Buenos Aires ; notre voyageur donne quelques détails sur celte ville, en détermine la latitude, et lève la carte du fleuve de la Plata, à son embouchure. Il gagne ensuite Montevideo, Valparaiso, Pisco, Callao, puis Lima où il séjourne jusqu’au commencement de l’année 1710, et est de retour en France, à Brest, le 27 août 1711

Dans son long récit qui tient deux volumes et la moitié d’un troisième, il nous donne bien peu de renseignements sur le sol, les habitants, le régime politique, le régime économique des pays traversés, mais en revanche, une quantité considérable d’observations astronomiques et de notes de géographie mathématique. Joignez-y quelques descriptions zoologiques et l’histoire des plantes médicinales du Chili et du Pérou, qui complète utilement l’œuvre.

La récompense d’un si beau voyage ne se fit pas attendre : le roi octroya au Père Feuillée une pension et, ce qui dut paraître plus précieux encore à cet infatigable travailleur, lui fit construire un observatoire dans le couvent même des Minimes. L’impression produite en Amérique par Louis Feuillée avait été également excellente, car nous trouvons une lettre écrite de Lima par le Père Augustin Sanz, général des Indes occidentales, au Père général pour demander que le Père Feuillée soit envoyé de nouveau en Amérique.

Monstre à un oeil né d'une brebis. Planche extraite du Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques de Louis Feuillée
Monstre à un œil né d’une brebis. Planche extraite du Journal des observations
physiques, mathématiques et botaniques
de Louis Feuillée

C’est à l’observatoire du couvent des Minimes que Feuillée passe les années suivantes, montrant en France la même ardeur aux recherches scientifiques que dans ses lointaines pérégrinations. Le 3 mai 1715, il observe avec le Père Laval une éclipse de soleil ; le 25 juillet, l’éclipse de la planète Jupiter par la Lune, et le 11 novembre, une éclipse de lune. Au mois de décembre, il étudie la conjonction de Saturne avec l’étoile de troisième grandeur placée sous la mamelle boréale de la Vierge. Il continue, en 1716, ses observations relatives à Saturne.

En 1717, c’est avec le Père Antoine Sigalloux, un astronome formé par lui et qui devait l’aider désormais dans ses travaux, qu’il suit les phases de l’éclipse de lune du 27 mars. La même année, nous relevons dans ses cahiers manuscrits de nombreuses notes sur la lumière zodiacale et sur l’évolution des taches solaires .

L’hiver de l’année 1718 fut rigoureux, car on lit dans ses notes, à la date du 30 mai : « Le thermomètre, dont je me suis servi jusques aujourd’hui ne me servit de rien pendant les grands froids de l’hiver dernier, car la liqueur étant descendue jusques dans la boule, on ne put plus déterminer la hauteur de la liqueur dans le tuyau du termomètre. »

Il décrit le 5 septembre un terrible orage qui causa à Marseille la mort de deux personnes : « Il arriva, dit-il, dans la maison du curé de la paroisse de Saint-Ferriol une catastrophe étonnante. Nous eûmes dans la nuit des tonnerres épouvantables qui ne cessèrent de gronder jusques à 9 heures du matin. Le dernier tomba sur le toit de la maison du curé, perça le plancher, rencontra dans son chemin la sœur du curé, la tua et renversa un prêtre qui était dans la même chambre, lequel fut si fort étourdi du coup qu’il en demeura plusieurs jours dans son lit fort malade. La même foudre ayant percé le second plancher au dessous des pieds de ce cadavre perça aussi le corps du curé, qui tomba roide mort ; ainsi le même coup tua le frère et la sœur. »

Au commencement de l’année 1720, à la suite de ses travaux excessifs, Louis Feuillée tomba assez gravement malade. À peine était-il remis que la peste le contraignit à quitter son observatoire.

L’Académie des sciences résolut, en 1724, d’envoyer aux îles Canaries un astronome pour déterminer la différence de longitude entre l’île de Fer, par laquelle on fait passer l’un des méridiens les plus usuels, et l’observatoire de Paris, et pour établir en même temps la situation exacte de cette-île et du pic de Ténériffe. Pour une mission aussi délicate et aussi importante, elle ne crut mieux faire que de désigner le Père Feuillée. Malgré son âge assez avancé (il avait alors 64 ans), le vaillant religieux accepta d’entreprendre encore une fois, dans l’intérêt de la science, un pénible voyage.

Le choix de l’Académie fut ratifié le 22 janvier 1724 par l’autorité royale, et l’abbé Bignon transmit à Feuillée le texte des instructions rédigées par Cassini et Maraldi en vue de ce voyage. Le voici :

« Les géographes français font passer le premier méridien par l’île de Fer, qui est la plus occidentale des Canaries, conformément à l’ordonnance de Louis XIII, rendue en 1634 sur l’avis des plus habiles mathématiciens de son temps.

« On a souhaité depuis ce temps-là de savoir la juste position de cette île par rapport aux méridiens les plus célèbres, tels que celui de Paris ; mais elle a été ignorée jusques à présent, les personnes qu’on y avait envoyées n’ayant pas pu y aborder, faute des officiers des vaisseaux qui aient voulu les y conduire ou à cause des guerres qui ont duré longtemps entre la France et l’Espagne.

« La conjoncture des temps étant présentement très favorable par la liaison qui est entre les nations, il serait très avantageux aux sciences et principalement à la géographie et à la navigation d’envoyer aux îles Canaries une personne accoutumée aux voyages de mer et exercée aux observations, telle que le Père Feuillée, mathématicien du Roi, qui a déjà donné dans les divers voyages faits au Levant et dans les Indes orientales des preuves de sa capacité et de son exactitude dans les observations astronomiques et physiques.

« Pour réussir dans ce voyage, il faut d’abord obtenir du Roi d’Espagne une permission d’y aller, avec ses ordres aux gouverneurs et officiers de ces pays-là de lui donner toutes les facilités nécessaires pour y faire des observations ; qui ne tendent qu’à la perfection des sciences et qui sont par conséquent utiles à toutes les nations.

« Cette permission étant obtenue, on lui procurera un embarquement sur quelque vaisseau qui ira de France à l’Amérique et il faudra donner des ordres précis aux officiers de ce vaisseau de le conduire à l’île de Fer, sans que pour quelque prétexte que ce soit, ils puissent le débarquer ailleurs, comme il est arrivé à des astronomes qu’on y avait envoyés.

« Après avoir fait ces observations, il ira, s’il est possible, à l’île de Ténériffe, pour y déterminer la situation de cette île, où quelques cartes marines placent le premier méridien. Il y observera la hauteur du pic, si renommé par les navigateurs, et y fera les observations astronomiques et physiques qui se présenteront. Il tâchera, en allant et en revenant, de passer à Cadix pour y déterminer l’extrémité occidentale de la Méditerranée, dont la partie orientale a déjà été déterminée par ses propres observations et celles de Monsieur Chazelles.

« Pour rendre ce voyage très utile, il sera nécessaire qu’il mène avec lui une personne capable de l’aider dans ses observations et qui sache dessiner les plans et les cartes de ces pays-là et tout ce qui concerne l’histoire naturelle.

« Il sera nécessaire de porter aux Canaries une lunette de 15 à 16 pieds, avec les verres et les tuyaux de fer-blanc ; un micromètre pour observer les éclipses ; un demi-cercle d’un pied de diamètre divisé en degrés et minutes, garni de deux lunettes, avec son support, pour lever les plans ; une chaîne de 10 toises de longueur pour mesurer les distances ; dix litres de mercure ou vif argent, avec six tubes de verre, pour observer la hauteur du baromètre sur le pic de Ténériffe et les autres montagnes des Canaries et connaître la hauteur de l’atmosphère.

« On compte que ce voyage ne durera que huit mois ; mais il pourrait être plus long par quelque accident imprévu. »

Chenopodium Quinoa. Planche extraite du Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques de Louis Feuillée
Chenopodium Quinoa. Planche extraite du Journal des observations physiques,
mathématiques et botaniques
de Louis Feuillée

Pour l’aider dans ces travaux, le Père Feuillée emmena avec lui Charles Verguin, fils d’un capitaine de brûlot et élève de son ami, le Père Laval ; son frère fit partie de la mission des académiciens dans l’Amérique équinoxiale pour la mesure de la terre.

C’est le 24 avril 1724, que le Père Feuillée quittait Marseille sur le navire la Femme volante. En sortant du port, le navire en aborda un autre et dans le choc eut son mât de beaupré cassé ; il fallut rentrer à Marseille d’où on ne put repartir que le 1er mai. La navigation fut un peu entravée par la crainte des corsaires barbaresques, et le 29 mai le navire arrivait à Cadix, où le Feuillée devait commencer ses observations scientifiques.

De retour en France le 19 décembre 1724. il ne publia pas le récit de cet important voyage, mais réunit tous les éléments de l’ouvrage qu’il projetait. Dans son manuscrit, nous trouvons en effet jusqu’à trois rédactions de son journal de voyage, une esquisse de l’histoire ancienne et moderne des îles Canaries, de jolis dessins des plantes recueillies, etc. Le Père Feuillée avait fait de grands progrès dans l’art de présenter d’une façon un peu intéressante la relation d’un voyage scientifique, et si son volume sur les îles Canaries avait paru, il aurait été de beaucoup supérieur à ses devanciers.

Au printemps de l’année 1726, Louis Feuillée fait un voyage à Paris, sans doute pour communiquer à l’Académie des sciences les résultats de son voyage aux Canaries, et il n’est de retour à Marseille que le 17 septembre. Il reprend ensuite le cours ordinaire de ses observations ; ses cahiers comprennent notamment, pour chaque jour, des observations barométriques et thermométriques.

Le 14 mars 1731, son journal manuscrit nous apprend que le Père Sigalloux a commencé ses observations régulières et que Feuillée « n’a pu le faire à cause de ses incommodités des jambes. » Les notes deviennent de plus en plus laconiques, presque illisibles. Elles cessent complètement le 11 juin 1731 ; l’âge et la maladie ont terrassé celui qui, toute sa vie, avait travaillé sans relâche. Les pages blanches qui suivent ont leur éloquence. Pourtant, le 8 août 1731, il remettait encore à l’Académie des sciences un mémoire « pour la découverte des longitudes tant par mer que par terre ».

Après quelques mois de maladie, Louis Feuillée succombait le 18 avril 1732, dans sa soixante-douzième année. Son existence avait été entièrement consacrée à la science ; il avait illustré son ordre, son pays natal et le couvent de Marseille où il avait passé le plus grand nombre de ses années.


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