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21 avril 1772 : mort de l’actrice de théâtre Justine Favart - Histoire de France et Patrimoine


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21 avril 1772 : mort de l’actrice
de théâtre Justine Favart
Publié / Mis à jour le jeudi 30 mars 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Née d’un père musicien de la chapelle du roi et d’une mère cantatrice de la chapelle de Stanislas roi de Pologne, douée d’une figure charmante, de beaucoup de talent et de grâces, elle obtint de grands succès lorsqu’elle débuta à Paris, en 1744, sur le théâtre de l’Opéra-Comique sous le nom de Mlle Chantilly

On s’accorde à dire que madame Favart était une des plus jolies femmes de son temps ; elle jouait la comédie, chantait et dansait à ravir, et quand la troupe dont elle faisait partie fut réduite, par un bon arrêt, à ne jouer que la pantomime, la jeune actrice trouva dans la flexibilité de ses talents le moyen d’avancer étonnamment les progrès de l’art qu’on appelle mimique.

Sa physionomie annonçait beaucoup d’esprit et tenait parole. On assure qu’il y a des scènes entières composées par elle dans les nombreux ouvrages qui ont paru sous le nom de son mari, et auxquels, dit-on encore, l’abbé de Voisenon avait part ; enfin, d’après bien d’autres on-dit, le ménage Favart travaillait toujours en trio. Quoiqu’il en soit, il est sorti de cette association de fort jolis ouvrages.

Justine Favart. Peinture de François-Hubert Drouais (1757)
Justine Favart. Peinture de François-Hubert Drouais (1757)

Mademoiselle Duronceray, tel était son nom de famille, naquit à Avignon le 14 juin 1727. Son père et sa mère étaient attachés à la musique de Stanislas, roi de Pologne ; elle arriva à Paris en 1744, et sous Ie nom de mademoiselle Chantilly, débuta bientôt à l’Opéra-Comique, dont Favart était directeur : il l’épousa, et le ménage accompagna le maréchal de Saxe qui faisait la guerre, en donnant place dans ses bagages à une troupe de comédiens. Favart faisait à sa suite des couplets sur la gloire et la victoire, les guerriers et les lauriers, qui étaient chantés par sa femme, répétés en chœur par les soldats de Raucoux et de Fontenoy, et dont les rimes furent d’une grande ressource à une nuée de vaudevillistes.

Le maréchal de Saxe, non content de battre les Anglais, voulut faire une guerre plus mystérieuse à Favart en devenant amoureux de sa femme. On assure que madame Favart fut sage, et valut par là une lettre de cachet à son mari : il y a des inconvénients à tout. A son retour à Paris, où le cours de ses succès au théâtre ne fut interrompu que par sa mort, elle forma la liaison, dont nous avons parlé, avec l’abbé de Voisenon ; liaison peut-être innocente, mais à laquelle la fatuité ou les imprudences de l’abbé ont donné une autre couleur ; quand il perdit madame Favart, il scandalisa tout Paris par ses extravagances, l’ostentation de son deuil et le bruit de sa douleur.

Les actrices d’opéra-comique de ce temps-là ne se bornaient pas à roucouler un air ou une romance : on voulait encore qu’elles jouassent la comédie ; et madame Favart représenta avec un rare talent Roxelane des Trois Sultanes, et tous les premiers rôles des ouvrages de son mari ou d’autres auteurs qui se disputaient ce charmant interprète. On représentait encore les soubrettes et les paysannes avec des robes damassées, des diamants et des gants blancs ; madame Favart osa paraître dans Bastienne avec un jupon de laine rayé, la coiffure d’une villageoise, des sabots et les bras nus. La critique fut terrible ; mais l’abbé de Voisenon la fit cesser en disant : « Voilà des sabots qui vaudront de bons souliers aux comédiens. » L’heureuse innovation n’eut plus que des approbateurs, et a été depuis perfectionnée.

Madame Favart dans La fausse suivante de Marivaux
Madame Favart dans La fausse suivante de Marivaux

La maladie qui enleva madame Favart à l’âge de quarante-cinq ans fut longue et douloureuse, et supportée par elle avec un grand courage. On parle encore de sa bienfaisance, de la sûreté de son amitié, et de mille autres qualités de son esprit et de son cœur.

Elle fit elle-même son épitaphe et la mit en musique, tout en s’occupant, jusqu’à l’avant-veille de sa mort, des soins les plus minutieux de son ménage. Voici les derniers mots que son époux Charles-Simon Favart consacre à la compagne de sa vie ; ces mots suffisent à peindre son caractère : « Isolée, retirée dans le sein de sa famille, elle ne cherchait point à faire sa cour ; elle s’occupait de sa profession. Sa harpe, son clavecin, la lecture étaient ses seuls amusements ; tout au plus cinq ou six personnes, recommandables par leurs mœurs, formaient sa société. Telle fut madame Favart. »




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