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Château féodal : vie, éducation des vassaux, condition féminine et esprit de famille

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Histoire des Français
L’Histoire des Français : systèmes politiques, contexte social, population, économie, gouvernements à travers les âges, évolution des institutions.
Château féodal : vie, éducation
des vassaux, condition féminine
et esprit de famille
(D’après « Histoire générale de France depuis les temps les
plus reculés jusqu’à nos jours » (par Abel Hugo), Tome 3 paru en 1839)
Publié / Mis à jour le dimanche 24 mai 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Dans le système féodal, tandis que le seigneur propriétaire, souvent absent d’une demeure au sein de laquelle il ne se réfugiait que dans les temps de péril et se trouvait alors confronté à l’oisiveté, allait chercher au dehors la guerre et les aventures, son épouse, elle, y restait, maîtresse, châtelaine, représentant son mari, chargée, en son absence, de la défense et de l’honneur du fief, un témoignage contemporain nous faisant voir combien les sentiments domestiques, l’éducation des enfants, les liens de famille ont alors acquis, dans l’isolement du château féodal, d’importance et d’intérêt

La résidence des seigneurs propriétaires de fiefs était toujours un château fortifié. Ceux même qui possédaient des villes fortes et y résidaient, avaient, dans l’intérieur, une habitation particulière entourée de fortifications et placées de manière à pouvoir communiquer facilement avec la campagne.

Le château féodal s’élevait ordinairement sur quelque colline isolée et d’un abord difficile ; son enceinte, formée de hautes murailles crénelées, flanquées de tours de distance en distance, était presque toujours entourée d’un large fossé ; on n’y entrait que par un pont-levis et en passant sous une porte défendue par une lourde herse et de fortes barrières ; quelquefois le fossé était double, ainsi que la herse et le pont-levis.

Ruines du château féodal de Montaigut-le-Blanc (Puy-de-Dôme)
Ruines du château féodal de Montaigut-le-Blanc (Puy-de-Dôme)

Dans la grande cour formée par les murailles d’enceinte, se trouvaient le puits, la citerne, le colombier, la basse-cour, les écuries, les étables et les bâtiments d’habitation pour les hommes de guerre et de service. Cette cour était quelquefois divisée en plusieurs parties par des murailles crénelées, défendues par des fossés et où s’ouvraient des portes précédées de ponts-levis. Au milieu, ou, suivant les localités, dans la partie la plus facile à défendre, s’élevait le donjon, entouré d’un fossé profond, et qui servait de demeure au seigneur et à sa famille.

Ce donjon, dont les murailles avaient de six à dix pieds d’épaisseur, renfermait aussi les archives et le trésor du seigneur châtelain : il était de forme ronde ou carrée, divisé en plusieurs étages ; il s’élevait beaucoup plus haut que les tours et les murailles du château, qui pourtant déjà dominaient au loin la campagne. On a remarqué que dans le nord et dans l’ouest de la France le donjon et les tours des forteresses féodales étaient presque toujours de forme ronde, tandis que dans l’est et dans le midi la forme carrée ou triangulaire était la plus usitée.

Le seigneur châtelain vivait au milieu de sa famille, entouré des hommes et des jeunes gens attachés à son service, et complètement isolé de ses voisins, les autres possesseurs de fiefs. À cet isolement se joignait une complète oisiveté. Chez les peuples anciens et modernes, autres que ceux qui ont adopté le régime féodal, les hommes de toutes les classes, ceux même des classes supérieures, sont occupés, soit par les affaires publiques, soit par des rapports fréquents et de divers genres avec les familles voisines ; ils surveillent la culture de leurs terres, s’occupent de faire valoir les produits de leurs troupeaux, s’adonnent à la chasse, à la pêche, à la surveillance de quelque établissement où l’industrie ajoute à la valeur des produits de leurs propriétés.

Dans l’intérieur du château féodal, le propriétaire n’avait rien à faire ; la culture de ses terres, l’élevage de ses troupeaux, étaient abandonnés à l’intelligence de ses serfs : il n’avait ni activité industrielle, ni activité politique. « Jamais, écrit François Guizot dans son Histoire de la civilisation, on n’a vu un tel loisir avec un tel isolement. Les hommes ne peuvent rester dans une situation semblable, ils y mourraient d’impatience et d’ennui. Le propriétaire du château n’a pensé qu’à en sortir ; enfermé quand il le fallait absolument pour sa sûreté ou son indépendance, il est allé, aussi souvent qu’il l’a pu, chercher au dehors ce qui lui manquait, la société, l’activité. La vie des possesseurs de fiefs s’est passée sur les grands chemins, dans les aventures. Cette longue série de courses, de pillages, de guerres, qui caractérise le Moyen Âge, a été en grande partie l’effet du genre de l’habitation féodale, et de la situation matérielle au milieu de laquelle ses maîtres étaient placés. Ils ont cherché partout le mouvement social qu’ils ne trouvaient pas dans leur intérieur. »

Cette vie isolée fut sans doute ce qui porta les grands possesseurs de fiefs à s’entourer de nombreux officiers, et à se former une petite cour. On trouvait au Xe siècle, dans le château d’un puissant seigneur suzerain, non seulement la plupart des offices de la cour impériale : le sénéchal, le maréchal, l’échanson, le fauconnier, mais encore des offices nouveaux ; des pages, des varlets, des écuyers de toutes sortes, écuyers du corps, écuyers de la chambre, écuyer de l’écurie, écuyer de la panneterie, écuyer tranchant, etc. Par la suite même, ces offices furent donnés en fiefs.

L’usage, introduit parmi les vassaux, d’envoyer leurs fils chez leur suzerain, afin qu’ils fussent élevés dans sa maison, était une manière de leur faire obtenir, dès leur jeunesse, la bienveillance de leur seigneur. De son côté, le suzerain, en ayant auprès de lui les fils de ses vassaux, s’assurait de leur fidélité pour le présent et de leur dévouement pour l’avenir. Ce qui n’était qu’un usage devint une règle.

Dans les Mémoires sur la chevalerie de Sainte-Pelaye, on peut « Et convient (dit un ancien manuscrit’) que le fils du chevalier, pendant qu’il est écuyer, se sache prendre garde de cheval ; et convient qu’il serve avant, et qu’il soit subject devant seigneur ; car autrement ne cognoistroit-il point la noblesse de sa seigneurie, quand il serait chevalier ; et pour ce, tout chevalier doit son fils mettre en service d’autre chevalier, afin qu’il apprenne à tailler à table et à servir, et à armer et habiller chevalier en sa jeunesse. Ainsi comme l’homme qui veut apprendre à estre cousturier ou charpentier, il convient qu’il ait maistre qui soit cousturier ou charpentier, tout ainsi convient-il que tout noble homme qui aime l’ordre de chevalerie, et veut devenir et estre bon chevalier, ait premièrement maistre qui soit chevalier. »

Ce fut en effet dans les châteaux, où la présence de ces jeunes vassaux, s’acquittant de services de tous genres, élargit le cercle de la vie domestique, que les cérémonies de l’admission à l’ordre de chevalier dont nous allons bientôt parler, se firent avec le plus d’éclat et de solennité.

La féodalité. Détail d'une planche extraite d'Histoire de France (Tome 1) par Gustave Gautherot (1935)
La féodalité. Détail d’une planche extraite
d’Histoire de France (Tome 1) par Gustave Gautherot (1935)

L’organisation de la société féodale a eu une grande influence sur la civilisation. La vie domestique, l’esprit de famille, et particulièrement la condition des femmes, se sont développés plus complètement plus heureusement. François Guizot pense que parmi les causes principales de ce développement il faut compter la situation du possesseur de fief dans ses domaines et la vie de château. « Jamais dans aucune autre forme de gouvernement, dit-il, la famille réduite à sa plus simple expression, le mari, la femme et les enfants ne se sont trouvés ainsi serrés, pressés les uns contre les autres, séparés de toute autre relation puissante et rivale.

« Dans les divers états de société autre que la société féodale, le chef de famille avait, sans s’éloigner, une multitude d’occupations, de distractions qui le tiraient de l’intérieur de sa demeure, empêchaient du moins qu’elle ne fût le centre de sa vie. Le contraire est arrivé dans la société féodale. Aussi souvent qu’il est resté dans son château, le possesseur de fief y a vécu avec sa femme et ses enfants, presque ses seuls égaux, sa seule compagnie intime et permanente. Sans doute, il en sortait fort souvent, et menait au-dehors une vie brutale, aventureuse ; mais il était obligé d’y revenir. C’était là qu’il se renfermait dans les temps de péril.

« Quand le possesseur de fief d’ailleurs sortait de son château pour aller chercher la guerre et les aventures, sa femme y restait, et dans une situation toute différente de celle que jusque-là les femmes avaient presque toujours. Elle y restait maîtresse, châtelaine, représentant son mari, chargée, en son absence, de la défense et de l’honneur du fief.Cette situation élevée et presque souveraine, au sein même de la vie domestique, a souvent donné aux femmes de l’époque féodale une dignité, un courage, des vertus, un éclat qu’elles n’avaient point déployés ailleurs, et elle a, sans nul doute, puissamment contribué à leur développement moral et au progrès général de leur condition.

« Ce n’est pas tout. L’importance des enfants, du fils aîné entre autres, fut plus grande dans la maison féodale que partout ailleurs. Là, éclataient non seulement l’affection naturelle et le désir de transmettre ses biens à ses enfants, mais encore le désir de leur transmettre ce pouvoir, cette situation supérieure, cette souveraineté inhérente au domaine. Le fils aîné du seigneur était, aux yeux de son père et de tous les siens, un prince, un héritier présomptif, le dépositaire de la gloire d’une dynastie.

« En sorte que les faiblesses comme les bons sentiments, l’orgueil domestique comme l’affection se réunissaient pour donner à l’esprit de famille beaucoup d’énergie et de puissance. Qu’on ajoute à cela l’empire des idées chrétiennes, et l’on comprendra comment cette vie de château, cette situation solitaire, sombre, dure, a pourtant été favorable au développement de la vie domestique, et à l’élévation de la condition des femmes. »

Un auteur du XIe siècle, l’historien de la première croisade, l’abbé Guibert de Nogent, qui a écrit aussi l’histoire de sa vie, nous a laissé, en traçant la peinture de ses premières années, un tableau précieux des mœurs de son temps. Ce qu’il dit de sa mère et de lui-même, ses écrits sur ses premières années, font voir combien la vie et les habitudes féodales avaient donné aux femmes de fermeté, de noblesse, et avec quels sentiments fins et délicats l’honneur du sexe, la dignité de l’épouse, les devoirs de la mère, les droits de la veuve, étaient soutenus et remplis. Le fragment qui va suivre renferme aussi des renseignements curieux sur l’éducation des enfants destinés à une autre carrière que celle des armes.

« Je te rends grâce, Dieu de miséricorde et de sainteté, de m’avoir accordé une mère chaste, modeste et infiniment remplie de ta crainte. Quant à sa beauté, je la louerais d’une façon bien mon daine et insensée, si je la plaçais autre part que sur un front armé d’une chasteté sévère... Le regard vertueux de ma mère, son parler rare, son visage toujours tranquille, n’étaient pas faits pour enhardir la légèreté de ceux qui la voyaient...

« Et, ce qui se voit bien rarement, ou même jamais chez les femmes d’un rang élevé, autant elle fut jalouse de conserver intacts les dons de Dieu, autant elle fut réservée à blâmer les femmes qui en abusaient. Et lorsqu’il arrivait qu’une femme, soit dans sa maison, soit hors de sa maison, devenait l’objet d’une critique de ce genre, elle s’abstenait d’y prendre part ; elle était affligée de l’entendre, tout comme si cette critique était tombée sur elle-même...

« C’était bien moins par expérience que par une espèce de terreur qui lui était inspirée d’en haut, qu’elle était accoutumée à détester le péché ; et comme il lui arriva souvent de me le dire, elle avait tellement pénétré son âme de la crainte d’une mort soudaine, que, parvenue à un âge plus avancé, elle regrettait amèrement de ne plus ressentir, dans son cœur vieilli, ces mêmes aiguillons d’une pieuse terreur qu’elle avait sentis dans un âge de simplicité et d’ignorance...

« Le huitième mois depuis ma naissance était à peine écoulé, quand mon père mourut. Quoique ma mère brillât encore d’un grand éclat d’embonpoint et de fraîcheur, elle se résolut à demeurer dans le veuvage. Et combien fut grande l’opiniâtreté qu’elle mit à accomplir ce vœu ! Combien grands furent les exemples de modestie qu’elle donna !... Vivant dans une crainte extrême du Seigneur, et avec un égal amour de ses proches, surtout de ceux qui étaient pauvres, elle nous gouvernait prudemment nous et nos biens...

La formation des pages. Enluminure extraite de La fleur des hystoires par Jehan Mansel (manuscrit BnF n°53 du XVe siècle)
La formation des pages. Enluminure extraite de
La fleur des hystoires par Jehan Mansel (manuscrit BnF n°53 du XVe siècle)

« Sa bouche était tellement accoutumée à rappeler sans cesse le nom de son mari défunt, qu’il semblait que son âme n’eût jamais d’autre pensée ; car, soit en priant, soit en distribuant des aumônes, soit même dans les actes les plus ordinaires de la vie, elle prononçait continuellement le nom de cet homme ; ce qui faisait voir qu’elle en avait toujours l’esprit préoccupé. En effet, lorsque le cœur est absorbé dans un sentiment d’amour, la langue se moule en quelque sorte à parler, comme sans le vouloir, de celui qui en est l’objet.

« Ma mère m’éleva avec les plus tendres soins... À peine avais-je appris les premiers éléments des lettres, qu’avide de me faire instruire, elle se disposa à me confier à un maître de grammaire... Il y avait, un peu avant cette époque, et même encore alors, une si grande rareté de maîtres de grammaire, qu’on n’en voyait pour ainsi dire aucun dans la campagne, et qu’à peine en pouvait-on trouver dans les grandes villes... Celui auquel ma mère résolut de me confier avait appris la grammaire dans un âge assez avancé, et se trouvait d’autant moins familier avec cette science, qu’il s’y était adonné plus tard ; mais ce qui lui manquait en savoir, il le remplaçait en vertu...

« Dès le moment où je fus placé sous sa conduite il me forma à une telle pureté, il écarta si bien de moi tous les vices qui accompagnent ordinairement le bas âge, qu’il me préserva des dangers les plus fréquents. Il ne me laissait aller nulle part sans m’accompagner, ni prendre aucun repos ailleurs que chez ma mère, ni recevoir de présent de personne qu’avec sa permission. Il exigeait que je ne fisse rien qu’avec modération, avec précision, avec attention, avec effort...

« Tandis que les enfants de mon âge couraient çà et là, selon leur plaisir, et qu’on les laissait de temps en temps jouir de la liberté qui leur appartient, moi, retenu dans une contrainte continuelle, affublé comme un clerc, je regardais les bandes de joueurs, comme si j’eusse été un être au-dessus d’eux...

« Chacun, en voyant combien mon maître m’excitait au travail, avait espéré d’abord qu’une si grande application aiguiserait mon esprit ; mais cette espérance diminua bientôt, car mon maître était tout à fait inhabile à réciter des vers ou à les composer selon les règles. Il m’accablait presque tous les jours d’une grêle de soufflets et de coups pour me contraindre à savoir ce qu’il n’avait pu m’enseigner lui-même...

« Quoiqu’il me retînt avec une si grande sévérité sur toute autre chose, mon maître faisait paraître bien clairement et de toutes sortes de manières qu’il ne m’aimait pas moins que lui même. Il s’occupait de moi avec une si grande sollicitude, il veillait si assidûment à ma sûreté, que la haine de quelques-uns pouvait compromettre ; il apportait tant de soins à me préserver de l’influence des mœurs dépravées de quelques hommes qui m’entouraient ; il exigeait si peu que ma mère s’occupât de me vêtir d’une manière brillante, qu’il semblait remplir les fonctions, non d’un pédagogue, mais d’un père, et s’être chargé non du soin de mon corps, mais du soin de mon âme.

« Or, j’avais conçu pour lui un tel sentiment d’amitié, quoique je fusse pour mon âge un peu lourd et timide, et quoiqu’il eût plus d’une fois, sans motifs, marqué ma peau délicate de coups de fouet, que loin d’éprouver la crainte qu’on éprouve communément à cet âge, j’oubliais toute sa sévérité, et lui obéissais avec je ne sais quel naturel sentiment d’amour. C’est pourquoi mon maître et ma mère me voyant attentif à rendre à chacun d’eux le respect que je leur devais, cherchaient par maintes épreuves à découvrir auquel des deux je préférais obéir, en me commandant l’un et l’autre à la fois une même chose.

« Enfin, une occasion s’offrit, où sans que l’un ni l’autre s’en mêlât en aucune façon, l’expérience se fit de la manière la moins ambiguë. Un jour, que j’avais été frappé dans l’école (l’école n’était autre chose qu’une salle de notre maison ; car mon maître, en se chargeant de m’élever seul, avait abandonné tous ceux qu’il avait instruits jusque-là, ainsi que ma prudente mère l’avait exigé de lui ; consentant d’ailleurs à augmenter ses revenus, et lui accordant une considération particulière) ; ayant donc interrompu mon travail pendant quelques heures de la soirée, je vins m’asseoir aux genoux de ma mère, rudement meurtri et certainement plus que je n’avais mérité.

Mère confiant son enfant à un maître chargé de l'instruire. Enluminure extraite de Miroir historial (manuscrit n°5080 de la Bibliothèque de l'Arsenal) par Vincent de Beauvais (vers 1335)
Mère confiant son enfant à un maître chargé de l’instruire. Enluminure extraite de Miroir historial
(manuscrit n°5080 de la Bibliothèque de l’Arsenal) par Vincent de Beauvais (vers 1335)

« Ma mère m’ayant, comme elle avait coutume, demandé si j’avais encore été battu ce jour-là ; moi, pour ne point paraître dénoncer mon maître, j’assurai que non. Mais elle, écartant, bon gré mal gré, ce vêtement qu’on appelle chemise, elle vit mes petits bras tout noircis, et la peau de mes épaules toute soulevée et bouffie des coups de verges que j’avais reçus. À cette vue, se plaignant qu’on me traitait avec trop de cruauté dans un âge si tendre, toute troublée et hors d’elle-même, les yeux pleins de larmes : Je ne veux plus désormais, s’écria-t-elle, que tu deviennes clerc, ni que pour apprendre les lettres tu supportes un tel traitement. À ces paroles, la regardant avec toute la colère dont j’étais capable : Quand il devrait, lui dis-je, m’arriver de mourir, je ne cesserai pour cela d’apprendre les lettres, et de vouloir être clerc.

« Elle m’avait promis en effet que si je voulais me faire chevalier, au moment où l’âge me le permettrait, elle me fournirait des armes et tout l’équipement de chevalier. Et comme je repoussai toutes ces offres avec beaucoup de dédain, ta digne servante, ô mon Dieu, prit son mal avec tant de reconnaissance, et se releva si joyeuse de son abattement, qu’elle raconta à mon maître les réponses même que je lui avais faites. Ils se réjouirent donc tous deux de ce que je paraissais me porter avec tant d’ardeur à la profession à laquelle mon père m’avait voué, puisque j’apprenais le plus promptement possible les lettres elles-mêmes, quoiqu’elles ne me fussent pas bien enseignées ; et puisque, loin de me refuser aux devoirs ecclésiastiques, dès que l’heure m’appelait ou qu’il en était besoin, je les préférais même à mes repas. »

 
 
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