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Lieux d'histoire. Café Procope à Paris, créé en 1686, ouvert en 1689. Café littéraire. Voltaire, Rousseau

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Lieux d’Histoire
Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France
Café Procope (Le) à Paris, accueillant
les grandes figures des arts et lettres
(D’après « Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris », paru en 1862)
Publié / Mis à jour le lundi 14 septembre 2015, par LA RÉDACTION
 
 
 
L’établissement des cafés de Paris ne date que de la moitié du XVIIe siècle, et c’est en 1686 que le Sicilien Procope, après avoir travaillé pour un cafetier du nom de Pascal, rachète un établissement rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, qu’il ouvre trois ans plus tard et qui devient l’un des cafés littéraires les plus en vogue, où se rendent Rousseau, Voltaire, Saint-Foix ou encore Crébillon

En 1669, Louis XIV régnant, un ambassadeur de la Sublime Porte, Soliman-Aga, introduisit dans cette ville l’usage du café, dont il était fait depuis longtemps une si grande consommation en Orient, et un Arménien, Pascal, en tint bientôt débit dans une boutique de la foire Saint-Germain.

Mais le café menaçait de passer, comme toutes choses à la mode, et de donner ainsi raison à la moitié de la prédiction de madame de Sévigné, lorsqu’un Sicilien, qui portait le même nom que le secrétaire de Bélisaire, Procope, imagina de recommencer la tentative de Pascal, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, où venait de déménager le théâtre de la Comédie-Française, d’où par la suite, rue de l’Ancienne-Comédie.

La façade du café Procope
La façade du café Procope

Le café ouvert par Procope en face du théâtre, au n°13 de la rue, n’avait pas tardé à être fréquenté par la meilleure compagnie et par la plus illustre — des gardes du roi et des philosophes, des gentilshommes et des académiciens. Les écrivains, c’étaient Voltaire, Destouches, Piron, J.B. Rousseau, Danchet, Ducastre d’Auvigny, Richer, Tronchin, Guyot de Merville, Lachaussée, Facarony, Fontenelle, Crébillon, Saint-Foix, Diderot, Lemierre, De Belloy, Chauveau, Voisenon, etc.

Etait-ce à cause du délicieux poison noir que venaient là ces gens de lettres ou de génie ? Oui, quant aux uns ; non, quant aux autres. La Comédie-Française était en face, et il était naturel que ceux qui vivaient d’elle ou qui la faisaient vivre demeurassent le plus longtemps possible dans son voisinage, et passassent leurs journées au café Procope, foyer de nouvelles et de cancans de toutes sortes — même après le départ de la Comédie pour l’autre rive de la Seine.

P.L. Buirette de Belloy, membre de l’Académie française, avait fait jouer par messieurs les comédiens français trois ou quatre tragédies, une Gabrielle de Vergy, un Titus, une Zelmire, un Siège de Calais ; Lemierre, autant de tragédies, un Artaxerce, une Hypermnestre, un Barnevelt, un Idoménée ; Prosper Jolyot de Crébillon, père, autant de tragédies, un Catilina, un Idoménée, un Xercès, une Electre ; Bernard Le Bouvier de Fontenelle, autant de tragédies, un Bellérophon, un Brutus, un Énée ; Rousseau, autant de tragédies, un Jason, une Marianne ; Alexis Piron, autant de tragédies, un Fernand Cortez, un Gustave Wasa, un Calisthène ; Poullain de Saint-Foix, quelques comédies, la Colonie, Deucalion et Pirrha, le Financier, les Veuves turques ; Denis Diderot, deux drames, le Fils naturel et le Père de famille ; Chauveau, une comédie en cinq actes et en vers, l’Homme de cour.

Au café Procope venaient aussi des fermiers généraux amants des Muses et des comédiennes, par exemple Mgr J.J. Leriche de la Popelinière, qui, à ses heures de loisir, subsevivae horae, daignait écrire tout comme un autre, et nous en a laissé, comme preuve, une Daïra, tirée à un très petit nombre d’exemplaires, et des Dialogues dans le goût du Portier des Chartreux, tirés à un seul exemplaire.

Les gardes du roi se mêlaient, au café Procope, aux « gardes d’Apollon », en petite quantité, mais ils s’y mêlaient. Il y a, à ce propos, une anecdote qu’on a beaucoup racontée, et qui mérite de l’être encore.

Un jour Saint-Foix entre chez Coltelli dans de mauvaises dispositions ; il avait sans doute été sifflé la veille. Derrière lui entre un garde du roi qui demande une tasse de café au lait et un petit pain, pour « dîner ». « Alors, murmure Saint-Foix, une tasse de café au lait et un petit pain, cela fait un fichu dîner ! »

D’abord le garde du roi n’entend pas, ou ne veut pas l’entendre. Saint-Foix, ainsi que cela arrive aux gens qui sont distraits et qui s’ennuient, répète sa phrase plusieurs fois, et chaque fois plus haut. Le garde du roi se fâche et le regarde avec une sorte de colère, comme pour l’inviter à se taire.

« Vous ne m’empêcherez pas, répondit Saint-Foix, de trouver qu’une tasse de café au lait avec un petit pain ne fasse un fichu dîner !... Oui, répéta-t-il avec plus de chaleur encore, une tasse de café au lait avec un petit pain fait un fichu dîner !... » Le garde du roi, justement impatienté, se lève alors et fait à Saint-Foix un signe sur lequel il n’y avait pas à se méprendre. En ce temps-là ce n’était pas comme aujourd’hui, chacun portait une épée au côté et la peau répondait de l’intempérance de la langue.

Le garde du roi et Saint-Foix sortent donc du café Procope et s’en vont à quelques pas de là, dans le jeu de paume, qui est devenu le passage du Commerce. Saint-Foix est blessé au bras ; son adversaire s’approche courtoisement de lui ; il lui répète, avec cette obstination qu’on a quelquefois, on ne sait pourquoi : « Oui, monsieur, je soutiens qu’une tasse de café au lait avec un petit pain, cela fait un fichu dîner !... »

Intérieur du café Procope
Intérieur du café Procope

Le garde du roi va se fâcher de nouveau. On s’attroupe autour des deux adversaires qui veulent remettre l’épée à la main ; et alors surviennent deux gardes des maréchaux de France qui s’attachent à chacun des combattants et les conduisent devant le duc de Noailles, doyen des maréchaux de France. Il faut s’expliquer. Le garde du roi dit que Saint-Foix l’a insulté à plusieurs reprises, même après le premier coup d’épée. Saint-Foix s’écrie brusquement :

« Monseigneur, je n’ai point prétendu insulter M. le garde du roi, je le tiens pour un galant homme et un brave militaire ; mais votre grandeur ne m’empêchera pas de dire qu’une tasse de café au lait avec un petit pain ne soit un fichu dîner !... »

Le duc de Noailles rit, tout le monde rit, Louis XV rit, et l’affaire en resta là, heureusement. Saint-Foix avait raison pourtant : c’est un maigre dîner qu’une tasse de café au lait avec un petit pain, un triste dîner, car beaucoup de gens de lettres aujourd’hui, beaucoup de savants même, de ceux qui viennent au café Procope, ne peuvent s’en payer un plus confortable et plus réconfortant.

Le café Procope fut un peu dédaigné par les lettres, car les lettres émigrèrent vers les hauteurs de Montmartre. Il demeura cependant parmi les habitués fidèles de cet établissement historique des noms qui, pour n’avoir pas le retentissement de ceux des habitués du café des Variétés ou de la Brasserie des Martyrs, n’en appartiennent pas moins à d’estimables personnes, comme : le savant Desprez, qui, le soir, y faisait de la copie savante ; Coquille, un rédacteur de feu l’Univers, journaliste qui écrivait beaucoup et qui parlait peu ; le commandant Couturier de Vienne, fort joueur d’échecs ; Bernard, la bête noire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en savant professeur qui consacra quarante années de sa laborieuse carrière à un traité organique de la latinité ; Renard, libraire, féroce joueur de dominos, dont on cite une partie qui dura deux ans avec Dantzell, graveur de la Monnaie.

Citons encore Montferrand, un avocat ; Catelan, un professeur ; Galtier, Castelnau, Adam et Blatin, médecins ; puis un administrateur du bureau de bienfaisance, un greffier de justice de paix, quelques libraires, quelques rentiers, etc. N’oublions pas l’homme au thé, un respectable et mystérieux gentleman qui, chaque soir, à minuit sonnant, avalait méthodiquement plusieurs tasses de thé Souchon et de thé Hyswen mêlés, préparées par lui.

 
 
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