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Lieux d'histoire : ville et port du Croisic (Loire-Atlantique)

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Lieux d’Histoire
Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France
Croisic (Le) (Loire-Atlantique)
(D’après Côtes vendéennes. De Lorient à La Rochelle, paru en 1892)
Publié / Mis à jour le samedi 16 janvier 2010, par LA RÉDACTION
 

Le Croisic est une petite ville, de très ancienne origine, dans laquelle on a voulu retrouver l’un des ports bretons désignés par Ptolémée. Dès le milieu du cinquième siècle, le Croisic devint une station préférée des Saxons navigateurs. Plusieurs fois ils battirent les Romains et quand, battus eux-mêmes, ils se voyaient forcés de se retirer, ce n’était jamais pour longtemps, car leurs compatriotes accouraient du nord à la rescousse : la position offrant trop d’avantages pour être négligée par ces habiles marins.

Le port du Croisic
Le port du Croisic

Avant l’établissement des grands ports militaires de Bretagne, le Croisic possédait une véritable importance. Il armait de forts navires, et à toutes les époques de l’histoire du duché breton on retrouve avantageusement son nom. La fidélité de ses habitants aux ducs d’abord, puis aux rois de France, héritiers des ducs, resta si complète que des privilèges considérables lui furent assurés.

Nicolas Bouchart, amiral de Bretagne, tenant pour Jean de Montfort, fortifia la ville et y bâtit un château (1355). Il réparait ainsi le mal que Louis d’Espagne, partisan de Charles de Blois, avait fait au port treize ans auparavant.

Le duc François II arma une flotte au Croisic, et accorda aux habitants plusieurs privilèges dont ils se montrèrent reconnaissants. Non seulement ils firent lever à l’armée de Charles VIII le siège de Nantes, mais encore ils contribuèrent à reprendre la ville de Vannes, enlevée par les Français. Plus tard, l’union de la Bretagne et de la France ayant été consommée, les Croisicais ne marchandèrent pas leur dévouement au nouveau souverain. Ils s’occupèrent avec ardeur des armements nécessaires pour réprimer les incursions des Anglais sur nos rivages. Quatre de leurs navires obtinrent l’honneur de la journée où si malheureusement périt le trop impétueux Portzmoguer (Primauguet) et où fut détruit le fameux vaisseau la Cordelière, construit par la reine Anne (1513).

« Le 29 avril 1557, dit Ogée, les habitants du Croisic écrivirent. au duc d"Étampes, gouverneur de Bretagne, pour lui apprendre qu’ils avaient chassé les Espagnols de Belle-Ile et pris une de leurs barques, où il s’était trouvé du sucre et des olives, et lui annoncer qu’ils lui conservaient quatre pains de sucre et un baril d’olives provenant de cette prise. »

Jusqu’en 1597, le Croisic resta au rang des plus fortes places bretonnes ; mais à cette époque Henri IV, vainqueur de la Ligue, acheva de pacifier le comté nantais. Le capitaine La Tremblaye vint assiéger et réduisit la ville, dont il démolit les fortifications et le château. A cette occasion surgit une réminiscence du célèbre épisode du siège de Calais par Édouard III d’Angleterre. Le capitaine avait imposé au Croisic une rançon de trente mille écus, somme considérable. On cherchait vainement à satisfaire le vainqueur ; alors vingt-deux habitants notables, désirant éviter à leur ville la continuation des représailles exercées par les troupes s’offrirent en otage. Les pauvres gens ne s’attendaient point à être si mal récompensés de leur belle action... Soit faute de ressources, soit pour toute autre cause, leurs concitoyens les laissèrent en prison. A grand peine, et après nombre de suppliques, purent-ils obtenir que la rançon dont leur personne répondait fût répartie sur la paroisse entière !


Un des derniers faits d’armes concernant le Croisic se passa le 21 novembre 1759. M. de Conflans, « par une manoeuvre sans excuses comme sans précédents dans la marine française (son vaisseau et son équipage étaient intacts), fit couper les câbles du Soleil-Royal et vint s’échouer à l’entrée du port vers sept heures du matin ». Le Héros, complètement désemparé, venait aussi faire côte à ce même port. L’épilogue du terrible combat devait être lamentable. Le maréchal français ordonna de brûler son vaisseau, quoiqu’il y ait lieu de croire que le Soleil-Royal pouvait être sauvé. Cet ordre fut exécuté, mais les Anglais « voulurent avoir leur part dans l’incendie », et deux jours après, le 24 novembre, cinq chaloupes ennemies vinrent brûler le Héros. Ceci encore se passa sous les yeux de Conflans !...

Quinze jours environ s’écoulent, et l’amiral Anglais s’avise qu’il doit envoyer retirer les canons des vaisseaux incendiés. En conséquence, il adresse aux Croisicais un ultimatum portant « que si l’on tentait de s’y opposer (au retrait des canons), il bombarderait la ville et la réduirait en cendres ». Mais sir Edward Hawke n’avait plus affaire à M. de Conflans. Les Croisicais, loin de se montrer effrayés par ses menaces, refusèrent de laisser enlever les pièces. Irrités, les Anglais s’embossèrent et ouvrirent le feu. Pendant trois jours, les champs furent sillonnés par des boulets. Une bombe tomba dans le milieu du Croisic, devant la porte principale de l’église. Les habitants n’en persévérèrent pas moins dans leur patriotique résolution, et les assaillants durent renoncer à de nouveaux trophées d’une victoire dont ils avaient déjà tant de preuves. Longtemps, on travailla à l’extraction de l’artillerie et des débris des deux bâtiments. Un hardi plongeur, nommé Corron, ou Gotton, né au Croisic, et dont, disait-on, « la fortune était au fond de l’eau », rendit d’immenses services en cette circonstance...

Ainsi le Croisic, soit en se défendant, soit en arrachant aux ennemis nos épaves, se montrait digne de son antique réputation, et des lettres patentes qui lui avaient été octroyées, en 1618, par Louis XIII ; pour récompenser « le zèle des Croisicais à défendre, à leurs frais et dépens, le territoire, nous les dispensons de toute solde, impault et subsides... »

Au XIXe siècle le Croisic possédait un très joli petit port, très gai, très riant, très animé par un actif va-et-vient de navires caboteurs et de barques de pèche, surtout au moment du passage de la sardine. Les marais salants et les bains de mer, ces derniers très fréquentés, entretiennent la prospérité de la ville.

La meilleure des étymologies proposées pour le nom de la ville semble être celle qui le dérive du mot Groaz, grève. La terminaison bretonne ic a la valeur d’un diminutif. Le Croisic signifierait donc, littéralement, le lieu de la petite grève, nom fort bien en rapport avec la situation : le pays, très sablonneux, ayant à redouter l’amoncellement des dunes marines.

 
 
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