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8 février 1807 : bataille d'Eylau

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8 février 1807 : bataille d’Eylau
Publié / Mis à jour le vendredi 7 février 2020, par LA RÉDACTION
 

La victoire d’Iéna livrait à Napoléon la monarchie prussienne. Déjà l’armée française occupait tout le pays situé de l’Elbe à l’Oder, lorsque l’armée russe parut sur la Vistule : elle arrivait tard, parce que l’empereur Alexandre n’avait pu prévoir une conquête si rapide. L’année précédente, il avait commis la même erreur de calcul à l’égard de l’Autriche. Dans les deux cas, son intervention ne servit qu’à prolonger les malheurs de la guerre, sans aucun avantage pour ses alliés : la Prusse, après Eylau et Friedland, subit la même loi que l’Autriche après Austerlitz,

L’entrée des Français en Pologne avait excité parmi les habitants un enthousiasme qu’animaient encore les promesses de Napoléon. D’abord le plan des Russes était d’attirer les Français, par une feinte retraite, sur un terrain pauvre et difficile : c’est à ce dessein qu’il faut attribuer l’évacuation précipitée de Varsovie. Mais le feld-maréchal Kamensky, amenant un renfort considérable, prit le commandement en chef, et disposa les troupes à l’offensive. Napoléon, instruit de ses projets, se hâte de le prévenir : dans les derniers jours de décembre, les Russes sont battus à Czarnowo, à Nasielsk, à Pultusk, à Golymin. Ils veulent en revenir à leur plan primitif : Napoléon évite le piège, et pendant un mois les deux armées restent dans un état complet d’inaction.

Grenadiers à cheval à la bataille d'Eylau
Grenadiers à cheval à la bataille d’Eylau

Au bout de ce temps, les Russes recommencent les hostilités et essuient plusieurs échecs à Bergfried, à Deppen, à Hoff (3, 5 et 6 février). Ils se retiraient dans la direction de Kœnigsberg, lorsque, le 7 février, ils prennent position en arrière de la petite ville de Preussisch-Eylau, décidés à engager une affaire générale. Dès le jour même, un : combat se livre entre les Russes logés dans l’église de la ville et les Français, qui parviennent à les en chasser. Tel fut le prélude de l’une des plus sanglantes batailles dont nos an nu les militaires offrent l’image ! on peut en juger par quelques fragments du cinquante-huitième bulletin, qui adoucit plutôt qu’il n’exagère cet effrayant tableau :

« A la pointe du jour l’ennemi commença l’attaque par une vive canonnade sur la ville d’Eylau et sur la division Saint-Hilaire. L’empereur se porta à la position de l’église, que l’ennemi avait tant défendue la veille. Il fit avancer le corps du maréchal Augereau, et fit canonner le monticule par quarante pièces d’artillerie de sa garde.

« Une épouvantable canonnade s’engagea de part et d’autre, L’année russe, rangée en colonnes, était à demi-portée de canon : tout coup frappait. Il parut un moment, aux mouvements de l’ennemi, qu’impatienté de tant souffrir, il voulait déborder notre gauche. Au même moment, les tirailleurs du maréchal Davoust se firent entendre, et arrivèrent sur les derrières de l’armée ennemie ; le corps du maréchal Augereau déboucha en même temps en colonnes, pour se porter sur le centre de l’ennemi, et, partageant ainsi son attention, l’empêcher de se porter tout entier contre le corps du maréchal Davoust.

« A peine le corps du maréchal Augereau et la division Saint-Hilaire eurent-ils débouché, qu’une neige épaisse, et telle qu’on ne distinguait pas à deux pas, couvrit les deux armées. Dans cette obscurité, le point de direction fut perdu, et les colonnes s’appuyant trop à gauche, flottèrent incertaines. Cette désolante obscurité dura une demi-heure. Le temps s’étant éclairci, le grand-duc de Berg, à la tète de la cavalerie, et soutenu par le maréchal Bessière, à la tête de la garde, tourna la division Saint-Hilaire et tomba sur l’armée ennemie : manœuvre audacieuse s’il en fut jamais, qui couvrit de gloire la cavalerie, et qui était devenue nécessaire dans la circonstance où se trouvaient nos colonnes. La cavalerie ennemie, qui voulut s’opposer à cette manœuvre fut Culbutée ; le massacre fut horrible ; deux lignes d’infanterie russe furent rompues ; la troisième ne résista qu’en s’adossant à un bois. Des escadrons de la garde traversèrent deux fois toute l’armée ennemie.

« Cette charge brillante et inouïe, qui avait culbuté plus de vingt mille hommes d’infanterie, et les avait obligés à abandonner leurs pièces, aurait décidé sur-le-champ la victoire sans le bois et quelques difficultés de terrain. Le général de division d’Haupoult fut blessé d’un biscaïen. Le général Dahlmann, commandant les chasseurs de la garde, et un bon nombre de ses intrépides soldats, moururent avec gloire. Mais les cent dragons, cuirassiers ou soldats de la garde, que l’on trouva sur le champ de bataille, on les y trouva environnés de plus de mille cadavres ennemis. Cette partie du champ de bataille fait horreur à voir.

« Pendant ce temps, le corps du maréchal Davoust débouchait derrière l’ennemi. La neige, qui plusieurs fois dans la journée obscurcit le temps, retarda aussi sa marche et l’ensemble de ses colonnes. Le mal de l’ennemi est immense, celui que nous avons éprouvé est considérable. Trois cents bouches à feu ont vomi la mort de part et d’autre pendant douze heures ; la victoire, longtemps incertaine, fut décidée et gagnée lorsque le maréchal Davoust déboucha sur le plateau, et déborda l’ennemi, qui, après avoir fait de vains efforts pour le reprendre, battit en retraite.

« Notre perte se monte exactement à mille neuf cents morts et cinq mille sept cents blessés, parmi lesquels un millier, qui le sont grièvement, seront hors de service. Tous les morts ont été enterrés dans la journée du 10. On a compté sur le champ de bataille sept mille Russes.

« Ainsi, l’expédition offensive de l’ennemi, qui avait pour but de se porter sur Thorn, en débordant la gauche de la grande armée, lui a été funeste. Douze à quinze mille prisonnière, autant d’hommes hors de combat, dix-huit drapeaux, quarante-cinq pièces de canon, sont les trophées trop chèrement payés, sans doute, par le sang de tant de braves.

« De petites contrariétés de temps, qui auraient paru légères en toute autre circonstance, ont beaucoup contrarié les opérations du général français. Notre cavalerie et notre artillerie ont fait des merveilles. La garde à pied a été toute la journée, l’arme au bras, sous le feu d’une épouvantable mitraille, sans tirer un coup de fusil, ni faire aucun mouvement. »

Le bulletin finissait ainsi : « Cette expédition est terminée, l’ennemi battu et rejeté à cent lieues de la Vistule. L’armée va reprendre ses cantonnements et rentrer dans ses quartiers d’hiver. » Tel fut, en effet, le seul résultat de la bataille la plus meurtrière qu’on ait livrée depuis celle de Novi : l’armée française acheta son repos au prix du sang. Des deux côtés on chanta le Te Deum, et ce n’était pas à tort, si la victoire consiste à porter dans les rangs de ses adversaires le ravage et la destruction.

Napoléon, dans sa relation, diminuait la perte de l’ennemi et la nôtre. D’après des rapports certains, les Russes perdirent trente raille domines tues, blessés ou prisonniers ; les Français n’en perdirent pas moins de seize mille, parmi lesquels se trouvaient quatorze généraux. Dans cette partie du champ de bataille, qui, suivant le bulletin, même faisait horreur à voir, on comptait neuf mille cadavres, au lieu de onze cents. La neige, roupie partout de sang versé, offrait un coup d’œil hideux.

 
 
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