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Premiers pas de quelques peintres célèbres du XIXe siècle

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Personnages : biographies
Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)
Premiers pas de quelques peintres
célèbres du XIXe siècle
(D’après « Le Journal pour tous », paru en 1914)
Publié / Mis à jour le jeudi 1er octobre 2015, par LA RÉDACTION
 
 
 
Les anecdotes sont la menue monnaie des biographies. Avec les anecdotes, on pourrait écrire des volumes amusants sur les artistes de tous les temps. Nous nous contenterons ici de passer en revue les débuts de quelques grands peintres du XIXe siècle.

Commençons par Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), qui a déclaré avoir été « élevé dans le crayon rouge ». Le commun des mortels est généralement élevé au sein ou au biberon, mais Ingres n’était pas un enfant ordinaire. Son père ne doutait de rien. Il remit à son fils un grand portefeuille contenant 300 ou 400 estampes d’après Raphaël, Le Titien, Le Corrège, Rubens, Teniers, Watteau et Boucher.

Jean-Auguste-Dominique Ingres
Jean-Auguste-Dominique Ingres

Ingres avait 12 ans. Quelques années après, il était reçu, à Paris, dans l’atelier de David, puis se faisait octroyer le grand prix de Rome. C’était le commencement de la gloire, mais non la fortune, pas même l’aisance, si l’on songe que notre école de Rome était privée de budget. Nous étions sous le Directoire. Le pensionnaire sans bourse vécut assez misérablement à Paris de dessins et d’illustrations de livres jusqu’au moment où il prit enfin le chemin de l’Italie. Là-bas, il ne fut guère plus heureux qu’en France : « J’ai toujours vu mon étoile, disait-il un jour, mais je n’ai eu du pain que dans la vieillesse. »

Un fou tira l’horoscope d’Eugène Delacroix (1798-1863), né à Charenton-Saint-Maurice. C’était à Marseille ou à Bordeaux, villes dans lesquelles son père fut préfet. La bonne tenait le petit Eugène par la main, étant à la promenade, lorsqu’un homme les arrêta, puis, examinant le garçonnet, s’écria : « Cet enfant deviendra célèbre ; mais sa vie sera des plus laborieuses, des plus tourmentées et toujours livrée à la contradiction. » Il y a des rencontres étranges.

La vocation de Delacroix se décida lorsqu’il vit au Musée Napoléon tous ces chefs-d’œuvre apportés de la Flandre, de l’Espagne, de l’Italie par les armées victorieuses. Son premier tableau : le Dante et Virgile aux enfers, fit sensation. Ce génie pictural débutait admirablement (il n’avait que 23 ans), et Thiers, qui n’avait que deux ans de plus et n’était alors qu’un petit journaliste, lui consacra cet article enthousiaste dans le Constitutionnel du 11 mai 1822 :

Dante et Virgile aux Enfers, par Eugène Delacroix
Le Dante et Virgile aux Enfers, par Eugène Delacroix

« Aucun tableau ne révèle mieux, à mon avis, l’avenir d’un grand peintre que celui de M. de Lacroix, représentant le Dante et Virgile aux Enfers. C’est là surtout qu’on peut remarquer ce jet de talent, cet élan de la supériorité naissante qui ranime les espérances un peu découragées par le mérite trop modéré de tout le reste.

« Le Dante et Virgile conduits par Caron traversent le fleuve infernal, et fendent avec peine la foule qui se presse autour de la barque pour y pénétrer ; le Dante, supposé vivant, a l’horrible teinte des lieux ; Virgile, couronné d’un sombre laurier, a les couleurs de la mort. Les malheureux, condamnées à désirer éternellement la rive opposée, s’attachent à la barque. L’un la saisit en vain, et, renversé par son mouvement trop rapide, est replongé dans les eaux ; un autre l’embrasse et repousse avec les pieds ceux qui veulent aborder comme lui ; deux autres serrent avec les dents le bois qui leur échappe. Il y a là l’égoïsme de la détresse, le désespoir de l’enfer.

« Dans ce sujet, si voisin de l’exagération, on trouve cependant une sévérité de goût, une convenance locale, en quelque sorte, qui relève le dessin auquel des juges sévères, mais peu avisés ici, pourraient reprocher de manquer de noblesse. Le pinceau est large et ferme, la couleur simple et vigoureuse, quoiqu’un peu crue. L’auteur a, outre cette imagination poétique qui est commune au peintre comme à l’écrivain, cette imagination de l’art, qu’on pourrait en quelque sorte appeler l’imagination du dessin, et qui est tout autre que la précédente. Il jette ses figures, les groupe, les plie à volonté à la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens ; je ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit à l’aspect de ce tableau. J’y retrouve cette puissance sauvage, ardente, mais naturelle, qui cède sans effort à son propre entraînement.

« Ainsi, que M. Barbier-Walbonne rappelle les traditions de David ; que MM. Drolling, Dubufe et Cognier ; que M. Destouches avec son beau style, M. de Lacroix avec sa verve si fière, forment une nouvelle génération qui soutienne l’honneur de notre école et marche avec le siècle vers le but que l’avenir lui présente. Je ne crois pas m’y tromper, M. de Lacroix a reçu le génie ; qu’il avance avec assurance ; qu’il se livre aux immenses travaux, condition indispensable du talent ; et ce qui doit lui donner plus de confiance encore, c’est que l’opinion que j’exprime ici sur son compte, est celle d’un des grands maîtres de l’école. »

Eugène Delacroix
Eugène Delacroix

Jean-Baptiste Corot (1796-1875) débuta... chez un marchand de draps de la rue Saint-Honoré. A la prière de son patron, son père consentit à l’envoyer étudier chez les maîtres officiels. Le futur auteur de ces charmants paysages d’Italie apprit si bien son art chez Bertin qu’il ne put se tirer du moindre croquis lorsqu’il fut à Rome. Longtemps méconnu, ce n’est qu’après une trentaine d’années qu’il parvint à sortir de l’obscurité. Il ne se fit jamais d’illusion et disait plaisamment : « J’avais de ma famille de la soupe et des souliers-bottes. » Heureusement pour lui.

En regardant chez Mlle Juliette Courbet les premiers travaux artistiques de son frère : des décalcomanies sur bois, purs enfantillages, et des toiles de petit format d’un métier minutieux, on ne laisse pas d’être étonné, car vraiment ces oeuvrettes ne pouvaient faire deviner le grand artiste de l’Enterrement à Ornans ou de la Remise des chevreuils.

Gustave Courbet
Gustave Courbet

Il reçut à Besançon les leçons d’un professeur nommé Flajoulot, qui s’intitulait modestement : le roi du dessin, quitte à surnommer ensuite son élève le roi de la couleur. En réalité, Courbet, ce novateur, ce chef d’école, n’eut que lui-même pour maître, bien que divers biographes aient écrit qu’il fut l’élève de Hesse. Il se servit seulement du nom de ce peintre comme recommandation. Plus tard, il se déclara « élève de la nature ». Ce qui était plus exact.

Les débuts de Gustave Courbet (1819-1877) furent pénibles. Soutenu par cette insatiable passion du travail, il écrivait à ses parents, en 1845, qu’il ne s’était pas arrêté une heure, les dimanches comme les fêtes, depuis son arrivée à Paris (1840). Enfin, ce révolutionnaire de l’art fit « explosion » au Salon de 1849, en présentant l’Après-Dîner à Ornans, une de ses bonnes toiles.

Terminons par Édouard Manet (1832-1883). Celui-là aussi est un grand peintre. Au sortir du collège, il fit le désespoir de sa famille, qui était de robe et respectait les traditions. Le père, juge au Tribunal de la Seine, pensait faire de son fils un membre du barreau ou de la magistrature, tandis qu’Édouard voulait s’adonner à la peinture.

Qu’est-ce qu’un artiste ? Un pas grand-chose, un déclassé quoi ! Telle était l’opinion de ses parents. Ils ne voulurent rien entendre. Manet s’engagea comme novice sur un navire de commerce faisant voile pour Rio de Janeiro. Lors de son retour, il eut l’occasion de montrer son talent de peintre. La cargaison du navire contenait des fromages de Hollande, dont l’eau de mer avait terni la couleur. Et Manet aimait à raconter que, muni d’un pinceau et d’un pot de couleur, il les avait peints de manière à donner pleine satisfaction au capitaine. Nous tenons cette anecdote de Théodore Duret, l’excellent historien de Manet et des peintres impressionnistes.

Édouard Manet
Édouard Manet

La peinture de ces fromages ne constitue pas, à vrai dire, des débuts très remarquables. Après avoir vaincu la résistance des siens, Manet avait à vaincre, dans la suite, les préjugés du public. Sa grande manifestation fut le Déjeuner sur l’herbe, en 1863. Depuis lors, sa renommée ne fit que grandir.

 
 
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