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Camille Saint-Saëns, enfant prodige de la musique et du piano - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

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Camille Saint-Saëns,
enfant prodige de la musique
(D’après « Miousic. Journal des petits musiciens », paru en 1904)
Publié / Mis à jour le mercredi 30 juillet 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Né le 9 octobre 1835 et premier compositeur de renom à écrire en 1908 une musique de film, le célèbre pianiste et compositeur Camille Saint-Saëns, qui s’illustra notamment par l’écriture de douze opéras, ainsi que plusieurs symphonies et concertos pour piano ou violon, était un véritable prodige, prêtant à tous les bruits une singulière attention dès ses deux ans, et sachant reconnaître les notes à l’âge de trois ans...

Dès l’âge de deux ans, Camille Saint-Saëns étonnait ses parents par l’attention singulière qu’il apportait à tous les bruits, écoutant sonner les pendules, faisant grincer doucement le battant des portes, frappant les corps sonores et suivant de l’oreille leurs vibrations jusqu’à complète extinction.

Une grande bouilloire lui inspirait un intérêt spécial : dès qu’on la mettait près du feu, il allait prendre un tabouret et s’asseyait devant la bouilloire, écoutant naître et grandir une symphonie qui se terminait par l’ébullition.

Camille Saint-Saëns en 1845
Camille Saint-Saëns en 1845

Un jour, sa grand’tante eut l’idée de lui ouvrir son piano, un antique instrument de Zimmermann, aux touches étroites et légères ; au lieu de taper au hasard comme font les enfants, il toucha doucement les notes l’une après l’autre, gardant son doigt sur la note jusqu’à ce qu’elle eût fini de vibrer. Elle attendit qu’il eut trente mois pour lui apprendre le nom des notes.

Puis on fit venir un accordeur, et l’on remarqua, non sans étonnement, que l’enfant qui jouait dans une pièce voisine nommait les notes que frappait l’accordeur. La grand’tante, qui était excellente musicienne, se mit alors en devoir d’apprendre la musique à l’enfant d’après la méthode Le Carpentier.

Au bout d’un mois, l’étude de la méthode était terminée, mais l’enfant ne voulait pas cesser de jouer du piano, et poussait des cris affreux quand on fermait l’instrument. On prit le parti de le laisser ouvert, avec un petit tabouret de pied devant lui, et quand la fantaisie lui en prenait, l’enfant, quittant ses jeux. montait sur le tabouret et improvisait.

A quatre ans il commença à jouer des morceaux écrits. Mais le choix des morceaux n’était pas facile. Des petits morceaux écrits spécialement pour les enfants, motifs légers d’opéra avec une main gauche insignifiante, il n’en voulait en aucune façon, et il était impossible de vaincre la résistance. « La basse ne chante pas », disait-il.

On chercha dans Haydn, dans Mozart, des fragments abordables pour ses petites mains ; il les jouait posément et correctement. A cinq ans, il jouait tout à fait bien une sonate de Mozart. Contrairement à la plupart des enfants prodiges, il n’avait aucune vanité, aucun désir de succès personnel ; il ne voulait jouer que pour faire admirer la musique qu’il aimait, et bientôt il fut impossible de le faire jouer : « On me regarde et on rit, disait-il, parce que je suis petit, et l’on n’écoute pas cette musique qui est si belle ! »

Pour le l’aire jouer, il fallait lui raconter qu’il y avait dans l’auditoire une dame très bonne musicienne et très difficile. Il prit en grande affection la vicomtesse de Ségur (violoniste amateur que tous les artistes du temps ont connue) parce qu’un jour qu’il avait joué devant elle, au lieu de lui faire des compliments, elle lui avait fait des observations.

On s’amusait souvent à lui faire nommer les notes qu’on frappait sur le piano, sans qu’il pût les voir, ou celles que donnaient les objets sonores, et jamais il ne se trompait. Un professeur du Conservatoire qui n’avait pas cette mémoire de l’oreille, oubliant qu’on peut être fort bon musicien sans cela et que de grands compositeurs ne l’ont jamais eue, commit l’imprudence de la nier et d’en réclamer la preuve.

Rendez-vous est pris chez une vieille amie de la famille Saint-Saëns. On tourne la tète de l’enfant contre le mur, on frappe une note : l’enfant la nomme avec une différence d’un demi-ton ; le professeur triomphe avec éclat. « C’est impossible, dit l’enfant le n’ai pas pu me tromper ; le piano n’est pas au ton. » Le professeur soutient le contraire. Malheureusement, il y avait un diapason dans la maison ; on interroge le diapason : l’accordeur, pour ménager l’instrument, qui était ancien, l’avait réglé un demi-ton trop bas. Le professeur partit rageusement et ne reparut jamais dans la maison.

A cinq ans, Camille Saint-Saëns écrivit des galops, des valses, dans le goût du temps ; et comme une voisine, Mlle Granger (qui devint Mme Paul Meurice), composait des romances, il voulut en faire autant. On lui donna comme texte une poésie en vers courts de Mme Desbordes-Valmore :

En vain l’aurore
Qui se colore
Annonce un jour
Fait pour l’amour.

Il la composa mentalement, en quelques minutes, l’exécuta ensuite, la chanta de sa petite voix en s’accompagnant, et finalement l’écrivit. Comme plus tard, il ne chercha pas une note sur le piano. On peut voir ci-dessous cette pièce naïve, qui n’a pas été retouchée et dont l’écriture est parfaitement correcte.

Composition de Camille Saint-Saëns, écrite à l'âge de 5 ans
Composition de Camille Saint-Saëns, écrite à l’âge de 5 ans

Un peu plus tard, il écrivit une sonate en trois parties, pour piano et violon, à l’intention du violoniste Bessems, qui eut la complaisance de l’exécuter avec l’auteur ; mais la tâche dépassait les forces de l’ouvrier qui n’avait pas, comme Mozart, un père violoniste et compositeur, pour lui primer aide et assistance.

A sept ans, il eut Stamati pour professeur de piano et Maleden pour professeur de composition ; et, du moment qu’il apprit la théorie, il cessa presque entièrement d’écrire ; il ne recommença qu’à l’âge de quinze ans, et quelques-unes des pièces qu’il écrivit alors sont parmi ses œuvres les plus appréciées. A dix ans (mai 1846), il donna son premier concert dans la salle Pleyel, avec le concours de l’orchestre des Italiens, dirigé par Tilmont. Il y joua, de mémoire, le concert en ut mineur de Beethoven, un concerto en si bémol de Mozart, et divers morceaux pour piano seul.

On remarquera, dans l’accompagnement de la romance, des octaves que la menotte du petit Camille ne pouvait atteindre. Comme il composait toujours mentalement sans rien essayer sur le piano, il était le plus souvent hors d’état d’exécuter ses « œuvres », et il trouvait une interprète toujours disposée en la personne d’une dame Raynard, sœur du célèbre chanteur Géraldy, que les premiers essais du futur compositeur intéressaient beaucoup.

C’est chez elle qu’il connut un autre enfant prodige, Alexis de Castillon, qui fut plus tard un de ses grands amis et dont les amateurs de musique n’ont pas oublié les brillants débuts, et la courte carrière que la mort a trop tôt brisée.

 
 

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