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Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), précurseur de la comédie moderne. Portrait, biographie, vie et oeuvre - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais,
précurseur de la comédie moderne
(D’après « Le Mercure de France au XIXe siècle », paru en 1829)
Publié / Mis à jour le mardi 22 avril 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Sans contredit le génie le plus mêlé au prosaïsme des affaires de son temps, Beaumarchais ne semblait rien avoir avec l’homme de lettres que l’on connaît, n’écrivant que dans ses moments de distraction : mais alors ses efforts littéraires, sa polémique, tendaient vers un but que nous avons peine à concevoir chez un homme aussi gai, aussi épicurien, licencieux, spirituel, calembouriste même ; ils tendaient vers le drame.

Des fournitures de guerre en Amérique, des liquidations de compte et procès s’en suivant, un nouveau procès d’argent avec le banquier Kornmann, l’entreprise des eaux de Paris, de la caisse d’escompte, de la pompe à feu, une fourniture de soixante mille fusils au gouvernement républicain, tels sont les épisodes les plus marquants de sa vie.

Cependant il s’est efforcé et avec persévérance, et à plusieurs reprises, et toujours avec plus d’ardeur, et presque toujours sans succès, à impatroniser le drame sur le théâtre : brochures, préfaces, essais, tous les moyens possibles, il les assemble, il les pousse pêle-mêle vers son but ; et celui qui est à bon droit nommé notre second auteur comique, a conquis le degré approchant de Molière sans y penser, sans le vouloir. Son instinct le poussait à la comédie, il l’a toujours méconnu, bien que deux aussi éclatants succès que ceux du Barbier de Séville et du Mariage de Figaro, eussent dû lui tenir lieu d’avertissements, eussent dû l’éclairer sur sa vocation. Non, il revient encore au drame, en dépit de la froideur du public, en dépit de sa prédestination, de son talent.

Pierre Augustin Caron de Beaumarchais
Pierre Augustin Caron de Beaumarchais

Sans s’en douter il a, lui qui avait si peu, même point du tout d’instruction de collège, il a continué Aristophane ; il a retrouvé la comédie vraie, forte, satirique ; et ce génie destiné à ouvrir l’école comique nouvelle, ce génie qui a aveuglément et d’une façon toute instinctive pressenti la comédie telle qu’on la désirait au XIXe siècle, n’a fait que deux ouvrages, il n’a laissé que deux modèles. Notre littérature de répertoire s’est alourdie des volumineuses collections des Dancourt, des La Chaussée, et autres dont nous ne sommes guère curieux, et par malheur celui qu’on pourrait à bon droit nommer le père de la comédie constitutionnelle a voulu à toute force brocher des drames.

La république des lettres a aussi ses calamités : c’en est une que celle-là. Il faut dire que, dans ce temps, la société se trouvait remuée d’un besoin de renouvellement ; et pour ne considérer ces laborieux accès d’enfantement que sous le rapport du théâtre, il y avait déjà tendance à secouer le joug de cette tragédie sans cesse empesée dans sa dignité, et d’une vie trop au-dessus de la vie vulgaire. On s’agitait autour ; on avait tour à tour tendu les bras à la tragicomédie, à la tragédie bourgeoise, à la comédie larmoyante sans rencontrer ce qu’on voulait, besoin confus et vaguement senti encore, mais dont le drame historique du XIXe siècle paraît être l’accomplissement à la fin trouvé.

Les écrivains les plus dégagés d’alors, les libéraux de la littérature de l’ancien régime se mirent à tâtonner : Diderot fit le Père de famille, d’autres drames vinrent à la suite ; Beaumarchais poussa aussi à la rénovation. « J’entends citer, disait-il dans une brochure, j’entends citer partout de grands mots, et mettre en avant contre le genre sérieux, Aristote, les anciens, les poétiques, l’usage du théâtre, les règles et surtout les règles, cet éternel lieu commun des critiques, cet épouvantail des esprits ordinaires. En quel genre a-t-on vu les règles produire des chefs-d’œuvre ? N’est-ce pas, au contraire, les grands exemples qui, de tout temps, ont servi de base et de fondement à ces règles, dont on fait une entrave au génie en intervertissant l’ordre des choses ?

« Les hommes eussent-ils jamais avancé dans les arts et les sciences s’ils avaient servilement respecté les bornes trompeuses, que leurs prédécesseurs y avaient prescrites ? Le nouveau monde serait encore dans le néant pour nous, si le hardi navigateur génois n’eût pas foulé aux pieds ce nec plus ultra des colonnes d’Alcide, aussi menteur qu’orgueilleux. Le génie curieux, impatient, toujours à l’étroit dans le cercle des connaissances acquises, soupçonne quelque chose de plus que ce qu’on .sait ; agité par le sentiment qui le presse, il se tourmente, entreprend, s’agrandit, et rompant enfin la barrière du préjugé, il s’élance au-delà des bornes connues. »

C’était le plus religieusement du monde, que Beaumarchais appliquait ces pensées à ta construction de ses malheureux drames bourgeois. Sans s’en apercevoir, à son insu, il refit la comédie. Il est assez digne de remarque, qu’aussitôt qu’un esprit fougueux, batailleur et novateur, entre dans la lice dramatique, c’est toujours au genre sérieux qu’il fait l’application de ses théories. Il lui semble que la comédie est de bonne composition, qu’on a bon marché avec elle pour les innovations, qu’elle est d’une complaisance extrême, une nymphe au bon vouloir, en contraste avec cet ours mal léché de genre sérieux.

Nous concevons que Beaumarchais, dont la vie fut un combat, se soit laissé entraîner sur le terrain des batailles, et que, prenant parti, échauffé parla polémique, il se soit trompé sur ses dispositions intimes. S’il y avait eu lutte pour la comédie, qu’il s’y fût jeté à corps perdu, ce serait notre joie, nous aurions un grand répertoire de ces comédies si fines, si spirituelles, si pleines de naturel, si saturées de l’esprit de ce temps qui enfantait le libéralisme, si fortes de pensées, si incisives, de ces comédies enfin que Napoléon redoutait, jusqu’à envoyer contre elles son régiment de censeurs, et que le ministère Villèle a redoutées aussi.

Cependant la comédie est d’une nécessité plus journalière à notre société, elle nous va mieux que le tragique, parce qu’elle est ancrée dans notre vie ordinaire, et que la tragédie s’en est détachée depuis qu’elle n’a plus de connexité avec la religion. Dans des jours de croyance, le genre sérieux entre bien plus profondément dans l’esprit, parce que les traditions religieuses en seront inséparables. Aussi, à Athènes et a Paris, il ne fut d’abord question que de tragédies et de mystères. Rien de plus naturel, il importait bien plus alors de voir la délivrance de Prométhée ou la nativité du Christ, les malheurs d’Œdipe ou la décollation de saint Jean, que la peinture des défauts d’un voisin, de ses tics, de sa sottise.

Mais c’est tout le contraire à mesure que la civilisation décolore les mythes, les dogmes, les sacrements ; aussi voyez, sur douze ou quinze théâtres, nous en avons à peine un tiers pour le genre sérieux ; et encore ces théâtres-là appellent-ils à leur secours des suppléments facétieux, au lieu que les scènes de destination purement comique, gaie, ne veulent pas des pièces lugubres.

Beaumarchais peut donc être regardé comme le plus adroit appropriateur de la comédie à nos mœurs nouvelles. Le Mariage de Figaro a cela d’extraordinaire et tout à la louange de son auteur, qu’il est la plus longue et la plus amusante comédie de tout le répertoire français. Une autre particularité de cet ouvrage, c’est qu’après cinquante ans d’existence popularisé, éparpillé dans toutes les mains par des éditions à cinquante centimes, il faisait courir encore la foule comme une pièce nouvelle.

L’école d’Aristophane redevenait au XIXe siècle chaque jour plus nécessaire, à l’heure où ses contemporains étaient débordés par les affaires du jour, teints chaque matin dans les idées politiques, où ils se préoccupaient avec feu, avec constance, avec spontanéité surtout du mouvement et de la vie constitutionnels, et le théâtre n’y répondant pas.

Beaumarchais, par cela même qu’il se mêla, comme nous l’avons dit au commencement, dans une foule d’affaires, par cela même qu’il se mêla au monde, non pas en observateur, mais en acteur, ce qui vaut mieux, se trouva plus propre à le transporter sur la scène. On fait un devoir au peintre comique d’observer, d’étudier la société ; mais qu’est-ce qu’un penseur, un sage, un homme réfléchi dans un cercle ? Comment connaîtra-t-il tous les ressorts, tous les mouvements, s’il n’est pas confondu dans tout cela, impliqué ? Il faut qu’il agisse, qu’il tourbillonne, alors ce sera d’abondance de cœur qu’il écrira. Rien de plus froid que ces preneurs de notes.

Jamais vie plus agitée que celle de Beaumarchais ; mais aussi ce mouvement l’accompagne partout, soit qu’il écrive des préfaces, des mémoires, des factums, des comédies. L’indignation dirigeait, acérait sa plume, quand il peignait un Bride-Oison, un Bazile ; c’est qu’il ne s’était pas borné à aller rêvasser dans le monde ; s’il y avait été étendre ses tranquilles regards, il aurait écrit de réminiscence, tandis que, encore souffreteux des froissements, encore ulcéré de ces déboires, encore animé de ces vengeances qu’il devait à sa participation, il se livrait à une verve toute de vie, toute de mouvement. Il ne fait pas poser devant lui ses modèles pour les crayonner tranquillement ; il se jette entre Bartholo, Bride-Oison, Rosine, il les écoute parler et il écrit, et il répond, car il est toujours Figaro, lui.

Il n’y avait que Beaumarchais qui pût se mettre en tête la folie de placer une longue exposition dans un cinquième acte, et une exposition en monologue. Une pareille initiative serait à déconseiller à autrui. Un monologue de trois mortelles pages après quatre gros actes : non, il n’y a aucun tempérament d’auteur comique aujourd’hui qui pût s’essouffler à ce point-là. Hé bien ! comme tout cela est vivant, aisé, caustique, animé dans Figaro ! C’est que l’on voit réellement que l’auteur avait passé, ou à peu près, par cette série de vicissitudes ; on voit que ceci n’est pas un rapport, mais que c’est un souvenir si présent, que l’auteur s’y reporte en entier, avec même verve, même entraînement, même désordre, que lorsque tout cela lui est arrivé.

Beaumarchais ne s’est jamais avisé de versifier ses pièces. Mais en vérité, lui qui était si vivant dans ses scènes, comment le vers n’aurait-il pas détruit son illusion ? Comment aurait-il écrit sous la dictée de Susanne, de Bazile, comment les aurait-il suivis, s’il avait été dans l’obligation d’hémisticher, de rimer leur dire ? Le vers ne rompt pas autant la vraisemblance et l’illusion du spectateur que celle de l’écrivain comique, quoique la rime vienne à tout propos nous avertir que nous sommes sur les banquettes d’un parterre.

En attendant que la comédie politique ait accès sur la scène, voici toujours le parti que l’on peut tirer de l’exemple du maître : comme Beaumarchais, il faut se mêler au monde, s’y croiser dans toutes les affaires, et ne pas rester à rêvasser dans un salon ; comme lui encore, il faut quitter le genre refroidissant de la versification, et se persuader que le public tient moins à une rime qu’à une finesse d’esprit, et que c’est vainement qu’on croirait cheviller une pièce vide ou peu fournie de bons mots, par les prestiges très uniformes de la versification.

 
 

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