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Histoire de la mode. Chapeau haut-de-forme ou haute-forme - Histoire de France et Patrimoine


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Mode, Costumes

Variations des costumes depuis les Gaulois jusqu’au XIXe siècle. Histoire du costume, vêtement, coiffures, chaussures. Mode vestimentaire


Haut-de-forme : de la grandeur
du chapeau de soie à sa décadence
(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1929)
Publié / Mis à jour le lundi 16 octobre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
L’industrie du haut-de-forme ou, comme on l’écrivait également, du haute-forme, était essentiellement française à la fin du XIXe siècle cependant qu’on comptait encore à Paris environ 800 ouvriers vivant de la fabrication du chapeau de soie. Mais la mode commençait de chanceler devant une vive fronde artistique, politique et scientifique ayant juré sa perte. Découvrons cette tradition très ancienne et les moyens qui furent déployés pour la reléguer au passé...

La corporation des travailleurs spécialisés dans cette fabrication, exprimant ses doléances, accusait de cette décadence certains chroniqueurs acharnés à blaguer le « tube » au point de vue esthétique, et aussi certains arbitres de l’élégance, ennemis de ce genre de coiffure. Mais les vraies causes étaient plutôt dans le développement des sports, de la bicyclette, de l’automobile, dans l’abandon de la redingote, qui exigeait le haut-de-forme, pour le veston et la jaquette, qui s’accommodent du chapeau rond : surtout dans les efforts faits par les fabricants anglais pour répandre le « melon », coiffure essentiellement britannique, et l’imposer même avec le costume de cérémonie.

Bref, en 1914, le haut-de-forme était déjà moribond : la guerre l’acheva. C’était une tradition très ancienne qui disparaissait avec lui. Si l’on veut bien, en effet, accorder quelque attention au « chapitre des chapeaux », on s’apercevra vite que le haut-de-forme existait dans les temps les plus reculés. Allez voir au Louvre les bas-reliefs des salles assyriennes et vous constaterez que les tiares des vieux rois chaldéens, des Assurbanipal et des Assar-Haddon, ne sont pas autre chose que des « haute-forme » qu’on aurait privés de leurs bords.

C’est aller chercher des exemples un peu loin sans doute, mais sans remonter au déluge, consultons les historiens du costume. Ils nous signalent le chapeau haut-de-forme à bords larges et plats, à cylindre évasé en usage chez les bourgeois des Pays-Bas au XVe siècle. Nous le retrouvons, d’ailleurs, dans les tableaux des maîtres flamands et hollandais, des Van Eyck et des Rembrandt. Les chapeaux des huguenots du XVIe siècle, sont également des « haute-forme » ; et le fameux « pot à beurre » de Henri IV, dont Furetière se gaussait irrévérencieusement, qu’est-ce donc, sinon un haut-de-forme des mieux caractérisés ?

Passons sur les XVIIe et XVIIIe siècles. La perruque a rendu le haut-de-forme impossible. Mais voici la Révolution. En 1790, nous le retrouvons, non seulement chez les hommes, mais même chez les femmes qui le portent très gaillardement, très haut, avec de larges bords, posé sur la chevelure, plate au milieu et frisée sur les côtés en triple rang de grosses boucles.

Pendant tout le XIXe siècle, le haut-de-forme triomphe, tantôt bas, tantôt haut, tantôt tromblon, tantôt pain de sucre, bolivar ou tuyau-de-poêle, à bords larges ou étroits, plats ou cambrés, tour à tour castor, soie ou feutre. On le raille, on lui fait la guerre ; des sociétés se forment, en Angleterre notamment, pour consommer sa ruine. Le haut-de-forme résiste. Il a la puissance d’une institution.

C’est en 1760 que l’industrie du chapeau de soie fut créée à Florence. L’année suivante. elle se propagea en France par les soins d’un sieur Prévot, marchand chapelier à Paris, rue Guénégaud ; et les Anglais ne connurent cette mode que longtemps après nous. Depuis lors, le chapeau haut-de-forme n’a pas cessé d’avoir d’irréductibles adversaires. Victor Hugo fut de ceux-ci. Il ne s’astreignit jamais à le porter. Le feutre, plus commode, lui semblait aussi plus romantique. Gavarni, qui fut en son temps l’arbitre des élégances, était fidèle au feutre des cavaliers de Van Dyck. Alphonse Karr se fût battu en duel plutôt que de renoncer à son feutre habituel. En revanche, Lamartine fut partisan du haut-de-forme. Musset également. Rappelez-vous les portraits, les statues qui le représentent : le poète est toujours coiffé du tube monumental, tel qu’on le portait de son temps, à moins qu’il ne le tienne à la main, comme dans le merveilleux portrait qu’a fait de lui Eugène Lami.

Mais, à la fin du XIXe siècle, une véritable croisade fut entreprise contre le haut-de-forme. L’année de l’Exposition universelle de 1889 marqua son apogée. A cette époque, la province française en consommait pour 7 millions, autant à elle seule que tous les autres pays d’Europe où la France en exportait. Paris, à lui seul, achetait alors pour deux millions de chapeaux de soie par an. Cependant, à cette époque déjà, on menait vivement, et depuis longtemps, la campagne contre le haut-de-forme.

Et ce n’était pas seulement au point de vue de l’esthétique et de la commodité qu’on lui faisait la guerre. D’aucuns allaient jusqu’à le trouver antidémocratique. On alla même jusqu’à proposer à la Chambre de le frapper d’une taxe. L’auteur de cette proposition s’appelait M. de Lorgeril. Ce n’était pas, comme vous pourriez le croire, un humoriste, mais ben un grave législateur qui ne recherchait dans cet impôt que les intérêts du Trésor. Voici comment s’exprimait sa proposition :

« Les chapeaux de luxe, dits chapeaux haute-forme, sont soumis à une taxe de 2 francs. Cette taxe sera perçue au moyen d’un timbre spécial, collé d’une manière visible au fond de tous les chapeaux soumis à la taxe. » Et M. de Lorgeril ajoutait : « Cette taxe n’est pas de mon invention : elle a existé en Angleterre à l’époque de la première révolution : elle s’élevait alors à half-a-crown, une demi-couronne, c’est-à-dire 2 fr. 90. » Alors un député, homme d’esprit, s’écria : « Voilà un véritable impôt de capitation ! » La Chambre entière, sur ce mot, éclata de rire. Et comme elle était encore composée en majorité, à cette époque, de gens sérieux et qui avaient le sens du ridicule, elle repoussa la proposition de M. de Lorgeril.

Peu à peu, cependant, le chapeau haut-de-forme avait tout le monde contre lui : les artistes, qui le trouvaient laid ; les gens amis de leur bien-être et de leurs aises, qui le trouvaient incommode ; les politiciens avancés, qui l’accusaient d’être antidémocratique. Il ne lui manquait plus que de s’attirer les foudres de la science. Au cours d’un été chaud, un célèbre médecin parisien s’avisa de démontrer que le chapeau haut-de-forme était dangereux pour la santé et pouvait provoquer des névralgies et de transports au cerveau. Coiffé d’un huit-reflets, il se promenait toute la journée avec un thermomètre placé dans son chapeau ; et il prenait heure par heure la température, comme on fait pour un malade.

Voici quelques chiffre extraits de son carnet : 32° le matin, après une promenade au Bois, où l’air ambiant ne donnait que 25° ; 42° à deux heures de l’après-midi, après avoir traversé la place de la Concorde ; 36° de 4 à 5 heures, à l’ombre, dans la salle des Pas Perdus du Palais de Justice ; 31° le soir, après une sieste sur un banc, dans le jardin du Luxembourg. Bref, des températures de fièvre chaude furent ainsi constatées dans cette sorte d’étuve close qui surmontait le crâne de l’expérimentateur.

Ces chiffres furent alors publiés et même soumis à l’Académie de Médecine. Bien entendu, les ennemis du « tube » en exultèrent. Tout le monde, vous le voyez. conspirait la perte du pauvre « tuyau de poêle ». Sous les coups de tant d’ennemis conjurés, que vouliez-vous qu’il fît ?... Qu’il mourût !... C’est à quoi il se résigna.




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