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12 juillet 1536 : mort d’Erasme

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12 juillet 1536 : mort d’Erasme
Publié / Mis à jour le mercredi 11 juillet 2012, par LA RÉDACTION
 

Erasme. Son nom en français est Didier, en latin Desiderius ; le nom d’Erasme est grec, et signifie aimable. Erasme méritait ce nom ; mais s’il se le donna lui-même, il eut tort. Aucun de ces noms n’était le sien ; il était bâtard d’un nommé Gérard, et le rapport qui se trouve entre ce nom et le verbe latin Desiderare a fait naître les noms de Desiderius, de Didier et Erasme. Erasme est un des hommes les plus illustres dans les lettres qu’ait produits le siècle des Charles-Quint, des François Ier, et des papes de la maison de Médicis, Léon X et Clément VII. Il vit naître le luthéranisme : il se déclara trop hautement contre les luthériens, pour qu’ils puissent le compter parmi leurs partisans : il leur fut trop favorable pour que les catholiques osent le revendiquer.

Erasme
Erasme

Egalement suspect aux deux partis, il en était également révéré ; on peut juger par là de sa philosophie et de son impartialité. Il ne déchira point le sein de l’Eglise ; il n’en brava point les foudres ; bien des gens ont jugé qu’il n’en respecta point assez les dogmes ; ce qu’il y a de certain, c’est qu’il méprisait les disputes et les partis, il prêchait la tolérance. On l’accusa d’être luthérien. Non, dit Luther qui avait tout tenté en vain pour l’attirer dans son parti, Erasme est Erasme, et rien autre chose ; grand éloge qui échappe à un ennemi. Il est facile et commun d’être luthérien ou calviniste, mais il est rare d’être soi-même.

Le roi d’Angleterre, Henri VIII, qui, non content de combattre Luther dont il était jaloux en théologie, comme il l’était de Charles-Quint dans la politique, de François Ier à la guerre, et de tout le monde en amour, lui suscitait partout des ennemis, engagea Erasme à composer son Traité du Libre Arbitre, pour combattre quelques unes des opinions outrées de Luther contre la liberté. Melanchton, disciple de Luther et ami d’Erasme, plus ami encore de la paix, vit avec peine naître cette querelle, où il prévoyait que son maître n’aurait pas l’avantage. Erasme, de son côté, n’entrait pas volontairement dans cette lice théologique ; mais c’était presque la seule alors où l’on s’illustrât.

Luther répondit par le Traité du Serf Arbitre et, selon l’usage, par des injures. L’âge, disait Mélanchton, ne l’adoucira jamais ? Le mariage, disait Erasme, devrait bien l’avoir adouci. Luther tonnait, Mélanchton gémissait, Henri VIII triomphait, Erasme riait. Le fameux syndic de Sorbonne, Noël Béda, le héros de la scolastique, voulut faire trembler tous les ennemis de la scolastique, en abattant le plus célèbre d’entre eux. Erasme avait écrit avec l’admiration des fidèles et l’approbation des évêques, des cardinaux, des papes. Léon X et Adrien V l’avaient honoré des témoignages d’estime les plus flatteurs. Paul III voulut le faire cardinal, et lui offrit des bénéfices qu’il refusa, comme il avait refusé toutes les faveurs que François Ier lui avait offertes pour l’attirer en France.

Le même Paul III — élu pape le 13 octobre 1534 – lui confiait encore la cause de l’Eglise et la défense du concile qu’il allait assembler. Luther n’avait point eu d’adversaire plus modéré ni plus redoutable qu’Erasme, il n’y avait point de plus grand nom dans la littérature ; sa gloire remplissait l’Europe , et sa foi avait toujours satisfait l’Eglise. François Ier et la reine de Navarre, sa sœur, avaient pour lui une estime qui allait jusqu’au respect ; mais Erasme n’avait pas assez ménagé les moines et les théologiens scolastiques : il les avait couverts de ridicule ; il leur avait prodigué des sarcasmes élégants et des injures polies ; il prêchait sans cesse la tolérance, il la pratiquait en toute occasion et la faisait pratiquer ; il venait de procurer jusqu’à deux fois la liberté à son ami Louis Berquin, gentilhomme du pays d’Artois, qui, ayant appris de lui à détester les moines et la scolastique, et ne sachant dissimuler ni son amitié ni sa haine, ne tarissait point sur les louanges d’Erasme, ni sur la satire des moines.

Telle fut la vraie cause du procès qu’on vit Béda intenter à Érasme dans la Faculté de Théologie de Paris. Les prétextes ne pouvaient manquer : Erasme avait trop écrit, et trop librement, pour n’avoir pas donné prise sur lui, en beaucoup d’endroits ; éloigné d’ailleurs, par son goût de littérature, de la précision théologique et de la sèche exactitude de l’école, entraîné par l’exemple des bons écrivains dont il était nourri, pouvait-il n’avoir pas donné, tantôt aux lois de l’harmonie, tantôt aux mouvements de l’éloquence, tantôt aux règles de la rhétorique, des expressions et des tours peu conformes à l’esprit d’une science positive ? De plus, c’étaient des scolastiques qui allaient le juger sur ce qu’il avait dit contre les scolastiques.

La Faculté, excitée par les clameurs de Béda et d’un autre docteur nommé Le Couturier (sutor) fit un examen réfléchi des œuvres d’Erasme, et prépara une censure. Erasme avait assez recherché le mérite de l’orthodoxie pour ne le pas perdre avec indifférence : il s’alarma, sa tranquillité philosophique fut troublée, il se repentit d’avoir trop peu déféré aux avis du sage Sadolet, qui lui avait reproché dans le secret de l’amitié ses déclamations trop fréquentes et trop vives contre des gens qui savaient se venger, s’ils ne savaient pas lui répondre : il écrivit à la Sorbonne des lettres adroites et soumises, où il demandait justice contre le Couturier, Béda et ses adhérents ; il rappelait habilement les services qu’il avait rendus, et qu’il pouvait rendre encore à l’Eglise ; il tâchait de placer la Faculté dans le point de vue où elle devait lire ses ouvrages ; il insinuait qu’une justice rigoureuse dans l’appréciation de chacun de ses termes serait une souveraine injustice ; il écrivit au parlement, au roi, à tous ceux qui pouvaient le protéger.

Le premier président de Selve passait pour aimer les lettres ; Erasme le conjure au nom des lettres de prendre sa défense. François Ier était alors prisonnier à Madrid. « Si la fortune, dit Erasme au premier président, ne tenait éloigné de ses Etats ce grand roi, ce puissant protecteur des lettres, je ne vous importunerais pas de mes plaintes : il vengerait les Muses des attentats de la barbarie. » Dans la lettre au roi, Erasme disait à ce prince, que, s’il ne réprimait l’insolence des scolastiques, elle s’attaquerait bientôt à lui-même : ce qui ne manqua pas d’arriver, et déjà elle s’attaquait à la reine de Navarre, sa sœur.

Erasme écrivit à Noël Béda lui-même, pour tâcher de lui inspirer quelques remords sur ses violences, sur ses calomnies, sur ses animosités cruelles : c’était vouloir perdre une lettre. Il supputa les erreurs volontaires de Béda ; et sans le traiter à la rigueur, il trouva, de compte fait, cent quatre-vingt-un mensonges simples, trois cent dix calomnies et quarante-sept blasphèmes. Béda, pour toute réponse, pressa la censure de la Sorbonne.

François Ier, à son retour en France, se fit rendre compte du démêlé d’Erasme avec la Faculté de théologie ; il prit le parti d’Erasme ; la censure de ses œuvres n’en fut pas moins conclue le 16 décembre 1527 ; à la vérité, elle ne fut rendue publique que quatre ans après. Erasme répondit avec beaucoup d’esprit et de modération à ce décret, qui ne paraît pas lui avoir enlevé l’estime des papes, ni celle des catholiques modérés.

Berquin ne vit point paraître cette censure, mais il la vit porter ; il en fut indigné ; il voulut venger son ami et se venger lui-même : mal instruit, mal corrigé par le malheur, il parla plus haut que jamais contre les moines et les théologiens. Attaché à Erasme par tendresse, par reconnaissance et par admiration, il se livra au plaisir de le traduire et de le vanter, quoique Erasme l’avertît de supprimer des éloges qui pourraient devenir funestes à tous les deux. Ces traductions furent depuis condamnées par la Sorbonne. Berquin prenait mal son temps. Quelques luthériens iconoclastes ayant mutilé et percé de coups de poignard une image de la vierge, placée au coin de la rue des Rosiers et de la rue des Juifs, dans le quartier Saint-Antoine, le roi voulut expier lui-même cette profanation par une procession solennelle, le 11 juin 1528 ; et depuis cette époque, ce prince, jusqu’alors tolérant, s’arma de rigueur contre les Luthériens.

Erasme comprit bien que les persécuteurs allaient devenir formidables. En vain l’imprudent Berquin, lui écrivit que le temps était venu d’abaisser tous les scolastiques. « Le temps est venu de ménager tout le monde, lui répondit Erasme ; craignons surtout Béda et ses semblables, fuyons leurs disputes, dérobons-nous à leurs procédures. » Bayle applique ingénieusement à la témérité de Berquin l’apologue du loup et de la grue.

Ingrata es, inquit, ore quar nosto caput
Incolume abstuleris , et mercedem postulas.

Les scolastiques, pour se dédommager de n’avoir pu faire brûler Erasme, qui s’était défendu par écrit et de loin, parvinrent à faire condamner au feu son ami Berquin, comme hérétique opiniâtre : ce qui fut exécuté le 22 avril 1529. Erasme pleura et combla d’éloges son malheureux ami. Cétaient du moins des ouvrages sérieux d’Erasme qu’on avait censurés en 1527 ; mais la plaisanterie de l’Eloge de la Folle fut très sérieusement et très durement censurée par la Sorbonne, le 27 janvier 1542, près de six ans après la mort d’Erasme. On dit, dans cette censure, qu’il a osé insulter, d’une bouche corrompue et blasphématoire, les religieux mendiants. Dès le 26 mai 1526 , la Sorbonne avait condamné les colloques d’Erasme, auxquels elle appliquait ce mot de saint Paul : Corrumpunt bonos mores colloquia prava.

Erasme était né à Roterdam en 1467 ; il mourut à Bâle en 1536, et fut enterré dans la cathédrale de cette ville. Les habitants de Roterdam lui élevèrent une statue.

 
 
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