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Coutumes et traditions. Jeux littéraires, burlesques, de force et d'adresse à Abbeville - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Jeux littéraires, burlesques, d’adresse
et de force à Abbeville au XVe siècle
(D’après « La Picardie littéraire, historique et traditionniste », paru en 1901)
Publié / Mis à jour le lundi 2 avril 2012, par LA RÉDACTION

 
 
 
Puy des Ballades, Puy d’Amour, Prince des Sots ou Evêque des Innocents : parmi les distractions de nos aïeux du XVe siècle, figuraient en bonne place, et pour la ville d’Abbeville, en Picardie, les récits des ménestrels célébrant les hauts faits des guerriers, mais aussi les manifestations burlesques empreintes de cynisme

Quand les jeux de la cholle el de l’arbalète avaient pris fin, la foule s’amassait autour de la « Fosse aux Ballades », sorte de cirque en plein air établi au milieu du bois, Les assistants allaient écouter les « chanteurs en place » et les ménestrels qui chantaient ou lisaient leurs romances.

Ménestrels et leurs instruments
Ménestrels et leurs instruments

Nos aïeux faisaient leurs délices de ces chants et de ces poésies ; ils couraient bien loin pour entendre réciter des vers relatifs aux faits et gestes des « seigneurs anchiens » ; aussi l’échevinage, pour complaire aux bourgeois, accordait de fortes subventions aux ménestrels qui devaient aller apprendre des chansons nouvelles aux écoles de Soissons et de Sainl-Omer et surtout à l’école de Beauvais.

Là, ne se bornait point la générosité de l’échevinage ; on voit, par les Comptes des Argentiers de la fin du XV<sup<e siècle et de la première moitié du XVIe siècle, que les ménestrels, souvent attachés à de grands personnages, étaient généreusement payés par la ville lorsqu’ils venaient chanter ou réciter leurs vers à la « Fosse aux Ballades », le jour du Mardi-Gras ; en 1407, Mathieu Siffait, « chanteur eu place », reçoit cinq sous « pour avoir chanté de giete de son roumanl au bos » ; en 1428, même gratification est accordée à Guillaume le Barbier, aussi chanteur en place, « pour avoir canté de geste au bos ». Dans leurs chansons de geste, les ménestrels célébraient les hauts faits des guerriers, ce qui ne dut pas contribuer pour peu à faire développer le patriotisme naissant du XVe siècle, dont Jeanne d’Arc fut la plus brillante personnification.

Les mêmes comptes renferment une grande quantité de mentions semblables relatives au même objet ; le dernier article que l’on y trouve à ce sujet est de 1455 : l’échevinage accorda douze sous parisis aux ménestrels du vidame d’Amiens pour qu’ils allassent apprendre « nouvelles canchons qui devaient estre en la ville de Beauvais. »

Le Puy des Ballades n’était pas le seul jeu littéraire qu’il y eût alors a Abbeville : le Puy d’Amour, où l’on traitait également de sujets galants et profanes, était florissant au XIVe siècle, mais il prit fin dans les premières années du siècle suivant. Louandre rapporte que le Puy d’Amour donnait deux fêles annuellement, le jour de la Pentecôte et le premier jour de l’an, et que des pièces de vers y étaient lues publiquement ; une couronne était décernée au vainqueur, qui prenait le titre de prince ou de roi ; il devait donner aux deux fêtes de l’année un dîner somptueux à tous les sujets de son royaume.

Ménestrels
Ménestrels

L’échevinage contribuait encore pour une large part dans les frais que supportait le roi d’amour, car les magistrats et les officiers municipaux, de même que les officiers royaux, se faisaient grand honneur d’assister aux dîners du puy d’amour. Le Puy de la Conception qui paraît avoir succédé au précédent, et qui célébrait surtout les vertus de la Vierge, s’est conservé jusqu’en 1764.

Outre les Sociétés littéraires dont il vient d’être question, il y avait aussi à Abbeville des Sociétés burlesques où s’étalaient au grand jour le cynisme et l’esprit satirique du XVe siècle. Le Prince des Sots parcourait les rues de la ville avec ses suppôts en se livrant aux manifestations les plus grotesques, donnant le spectacle des scènes les plus insensées et les plus monstrueuses. De temps à autre, il offrait un dîner somptueux à ses confrères d’Amiens.

L’existence de l’Evêque des Innocents nous est révélée par un article du registre des argentiers. A la date du 29 décembre 1484, l’échevinage accorda vingt sous à ce singulier prélat pour l’aider à faire sa fête. Ce personnage était élu soit par les enfants de chœur de l’église Sainl-Vulfran, soit par les chanoines de celte collégiale. L’autorité de l’évêque des innocents ne durait qu’un jour ou deux, mais, pendant son épiscopat éphémère, il s’ingéniait à remplir ses fonctions le plus consciencieusement possible, battant monnaie comme les véritables évêques.

Le peuple trouvait un plaisir infini dans les parodies d’un culte qu’il pratiquait cependant avec une foi si vive ; le clergé lui-même encourageait ces parodies quand il n’y prenait point part ; c’était l’époque des farces, genre de distraction qui passionna surtout les Picards, dont on constate la mobilité de caractère dans les fréquents changements de divertissements.

Nos aïeux étaient aussi avides des jeux de force et d’adresse ; sous la date du 27 février 1497, une somme de trois livres dix sous est donnée à plusieurs joueurs (peut-être des bateleurs) et à une jeune fille de Venise pour les « esbatemens » qu’ils firent en présence du maïeur et d’au moins cent vingt personnes des plus notables de la ville.

Par une quittance datée du 6 octobre 1498, on voit que vingt-quatre sous sont donnés par la ville à des joueurs de barres d’Abbeville que le roi avait mandés à Paris pour qu’ils jouassent en sa présence. La ville leur fournit du drap « sanguin » et « tanné » pour leur costume, et à chacun deux paires de « cauches », ce qui coûta quarante-cinq livres à la caisse municipale. Cette circonstance permet de supposer que le jeu de barres était alors en grand honneur et qu’Abbeville eut des célébrités dans ce jeu.


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