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Aquitaine : origine et histoire du département Pyrénées-Atlantiques (Basses-Pyrénées)

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Départements français
Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques
Histoire du département des Pyrénées-Atlantiques
(Région Aquitaine)
Publié / Mis à jour le vendredi 29 janvier 2010, par LA RÉDACTION
 

Le territoire du département des Pyrénées-Atlantiques appartenait, au moment de la conquête romaine, aux peuples désignés sous le nom générique d’Aquitains ; ils étaient formés du mélange des Ibères, les plus anciens possesseurs du sol et des Celtes qui autrefois les avaient conquis et refoulés dans leurs montagnes.

Rome, avant César, avait déjà tenté de les soumettre ; deux fois ses armées avaient été repoussées. Le jeune Crassus, lieutenant de César, fut plus heureux. Malgré l’énergique résistance des belliqueux habitants de ces contrées, il réussit à les dompter, et si quelques peuplades durent à leur éloignement ou à leur situation dans les montagnes d’échapper d’abord à la conquête romaine, elles ne tardèrent pas à se soumettre à César lui-même, qui, cinq ans après Crassus, vint en Aquitaine. Le pays se révolta sous Auguste, et fut de nouveau subjugué par le proconsul Messala ; ces succès méritèrent au vainqueur l’honneur d’un triomphe rappelé par Tibulle, son ami : Genlis Aquitanae celeber Messala triomphis.

Sous Adrien, le pays fit partie de la Novempopulanie. Il est fait mention, sous l’empire, de deux villes importantes, dont l’une, Iluro, est devenue Oloron ; l’autre, Beneharnum, d’où vient le nom de Béarn, a donné lieu à de grandes discussions ; on croit que la ville de Lescar est bâtie sur l’emplacement de cette antique cité.

Ravagée par les barbares : Vandales, Alains, Wisigoths, qui prenaient ce chemin pour envahir l’Espagne, la contrée fut, au VIIe siècle, occupée par les Vascons, chassés de Pampelune et de Calahorra par les Wisigoths : ces peuples intrépides luttèrent contre Dagobert et les autres rois francs de la première race, qu’ils inquiétèrent perpétuellement par leur humeur turbulente et guerrière.

Plus tard, ce furent les Vascons, qui, à Roncevaux, firent subir à l’arrière-garde de Charlemagne, revenant d’Espagne, la fameuse défaite où périt Roland. Louis le Débonnaire, successeur de Charlemagne, vengea cette défaite au lieu même où son père avait été surpris par les Vascons et où ceux-ci lui avaient à lui-même tendu une nouvelle embuscade. Après de nouvelles guerres contre ces peuplades insoumises, l’empereur franc fait bannir le duc de Vasconie, Loup Centulle, et un peu plus tard donne le pays de Béarn à un frère du dernier duc. Ce n’est pourtant qu’en 905 que nous voyons commencer la maison des vicomtes de Béarn, vassaux du comte de Gascogne ; le premier d’entre eux fut Centulle Ier.

L’histoire des premiers vicomtes de Béarn, qui, tous, portent le nom de Centulle, présente peu d’intérêt : leur turbulence guerroyante à l’égard de leurs voisins, leur dévotion et leur libéralité envers les monastères, voilà tout ce qu’on peut signaler dans cette période. L’un d’eux cependant, Centulle III, se montra moins généreux que les autres envers les moines. « Aussi, dit la chronique de Lescar, fut-il blessé et mourut-il de ses blessures, Dieu merci ! »

Un cartulaire du temps constate un jugement rendu sous lui, et qui peint l’époque : les moines de Saint-Pée réclament l’héritage de Guillaume Fel, qui, selon eux, leur en avait fait donation. Les enfants de Fel le contestent et redemandent leur patrimoine. Tout se termine par un duel judiciaire ; le champion du couvent est vainqueur, et, en conséquence, les enfants de Fel sont dépouillés de l’héritage paternel. Nous voyons encore un fait assez curieux dans le testament de Raymond, second fils de Centulle III : il lègue au même monastère un paysan, qui ne devait cesser de leur appartenir que si le vicomte de Béarn jugeait à propos de le racheter ; le prix du rachat est déterminé : trois cents sols.

Centulle III avait commencé l’émancipation de sa vicomté et agrandi ses domaines. Aussi, après avoir enlevé au vicomte d’Acqs deux hameaux, ce baron gascon se qualifie-t-il pompeusement dans une charte de grand dominateur de la terre, magnus dominator terrae. Sous son petit-fils, Centulle IV, le duc d’Aquitaine, pour récompenser quelques services qu’il en avait reçus, fit remise au vicomte de Béarn de tous devoirs de vassalité. Centulle IV bâtit ou embellit quelques villes.

Gaston IV (1088) se signala par son courage chevaleresque à la croisade en Orient et contre les Maures ; mais la postérité lui doit plus de reconnaissance pour le libéralisme qui respire dans ses institutions. Avant Louis le Gros, il donna un exemple d’affranchissement communal : Morlaàs fut par lui déclarée ville libre. Par ses autres institutions, il établit l’ordre dans ses États, et protégea le faible contre le fort. Il fonda des hôpitaux, et s’occupa surtout d’arrêter les progrès de la lèpre, maladie affreuse que les croisés avaient rapportée d’Orient.

On sépara les lépreux de la société ; ils eurent en Béarn, dans chaque commune, des maisons isolées ; il leur était défendu d’en sortir, et ils y vivaient seuls. On leur permettait cependant d’assister aux exercices religieux dans les églises ; mais ils y entraient par une porte réservée pour eux seuls ; ils avaient en particulier un bénitier, une place, et jusqu’à un cimetière, afin que, même après leur mort, ils n’eussent rien de commun avec leurs concitoyens. On ne les admettait point dans les armées, et on ne leur permettait point d’exercer aucun autre métier que ceux auxquels on travaille en plein air. La lèpre était regardée comme une punition infligée directement par la main de Dieu ; c’est ce qu’on appelait un mal sacré. Les ecclésiastiques, déjà chargés du soin des pauvres, devinrent aussi les tuteurs des lépreux.

Gaston IV, que son ardeur belliqueuse avait entraîné en Espagne dans une croisade contre les Maures, y fut tué dans une embuscade. Son corps, porté à Saragosse, y fut inhumé dans l’église de Notre-Dame del Pilar ; on y montre encore aujourd’hui son cor et ses éperons, et les historiens espagnols s’accordent à célébrer sa bravoure et les services qu’il a rendus à leur pays. Il avait reçu de ses alliés le titre de vicomte et de pair d’Aragon.

Les successeurs de Gaston IV n’ont point marqué dans l’histoire, et sa famille ne tarda pas à s’éteindre. Marie, seule héritière de cette maison, fait hommage, pour sa principauté, à Alphonse d’Aragon, sous la tutelle duquel elle vivait encore, et se laisse imposer par lui une union avec Guillaume de Moncade, né d’une des premières familles de Catalogne (1170). Le Béarn se trouvait ainsi lié à l’Espagne et détaché de la France ; mais l’hommage que le nouveau seigneur fit au roi d’Aragon alarma l’humeur fière et indépendante des Béarnais ; ils le déposèrent, et déclarèrent le trône vacant. Ils élurent pour souverain un chevalier du Bigorre ; mais celui-ci, n’ayant point respecté leurs privilèges, fut tué par eux au bout d’un an.

Même sort était réservé à son successeur, venu d’Auvergne, et qui offensa par son orgueil la fierté des Béarnais. La cour de Béarn le fit tuer d’un coup de pique par un écuyer sur le pont de Saranh. Alors, dit une ancienne pièce dont la copie (du XIVe et du XVe siècle) est conservée aux archives de Pau, alors les Béarnais entendirent parler avec éloge d’un chevalier de Catalogne, lequel avait deux fils jumeaux. Les gens du Béarn tinrent conseil, et envoyèrent deux prud’hommes lui demander pour seigneur un de ces enfants. Arrivés en Catalogne, ils allèrent les voir, et les trouvèrent endormis : l’un tenait les mains ouvertes, l’autre les tenait fermées.

Ils choisirent le premier, parce que ses mains ouvertes annonçaient qu’il serait libéral. Ce prince de trois ans, si singulièrement choisi, régna sur eux sous le nom de Gaston VI. Sa famille prit le nom de Moncade. Avec lui commença la seconde dynastie des seigneurs du Béarn.

Malgré sa libéralité envers les églises, Gaston VI fut excommunié comme albigeois. Sa soumission, ses protestations pacifiques ne purent lui faire obtenir grâce de Simon de Montfort, l’ambitieux et terrible capitaine chargé d’exécuter les sentences fulminées par le pape Innocent III. Gaston, obligé de se défendre, réunit ses troupes à celles de ses voisins excommuniés comme lui. Vaincu à Muret par Simon de Montfort, il rentra pourtant dans le sein de l’Église, et fut relevé de son excommunication par l’évêque d’Oloron, qui lui accorda sa grâce en échange des seigneuries de Sainte-Marie et de Catron. A la mort de Gaston, en 1215, les Béarnais lui donnèrent pour successeur son frère, Guillaume-Raymond.

Ce prince, dont la jeunesse avait été violente et orageuse, se montra un habile législateur. Sous lui fut établie une cour de justice composée de douze jurats : cette charge était héréditaire, et devint très importante. A ceux qui la remplissaient fut réservé bientôt le titre de baron à l’exclusion des autres gentilshommes.

Sous ses successeurs, dont l’histoire est insignifiante, le Béarn s’agrandit sans bruit par des héritages et des mariages avec des familles royales. C’était l’époque de la lutte entre l’Angleterre et la France ; ils prirent parti contre les Anglais, qui jamais ne franchirent la frontière de leurs États. Le dernier prince de la famille de Moncade, Gaston VII, se voyant mourir sans ’enfants mâles, choisit pour successeur son gendre, le comte de Foix ; mais les Béarnais exigèrent que leur pays restât distinct du comté de Foix, et Roger-Bernard, leur nouveau souverain, vint fixer sa cour à Orthez, la capitale des derniers princes de la maison de Moncade. C’est ici que commence la période la plus éclatante de l’histoire du Béarn.

Le plus illustre de ses princes fut Gaston Phoebus (1343), renommé en son temps parmi tous les chevaliers de la chrétienté pour sa beauté, sa bravoure et sa courtoisie envers les dames, « grand clerc d’ailleurs en fait de lettres, aimant les dons de ménétriers et s’y connoissant, et faisant lui-même des vers. » A quinze ans, Gaston fit ses premières armes contre les Maures d’Espagne. Il épousa Agnès de Navarre, soeur de Charles le Mauvais ; mais, loin de tremper dans les intrigues de son beau-frère, il défendit ses États contre les Anglais, refusant d’ailleurs de rendre hommage au roi de France pour le Béarn, et déclarant qu’il ne devait hommage qu’à Dieu.

Il fut le premier des souverains du Béarn à qui les états accordèrent des subsides ; ce qui en fit un riche seigneur. Il se lança dans les aventures et parcourut les pays étrangers. Il revenait, dit Froissart, en compagnie du captal de Buch, d’une croisade contre les païens de la Prusse, et était arrivé à Châlons en Champagne, lorsqu’il y apprit la pestilence et l’horribleté qui couroit alors sur les gentilshommes. C’était l’insurrection de la Jacquerie ; et les paysans, exaspérés par de longs siècles de misères et de cruautés, s’abandonnaient à d’affreuses représailles.

Un grand nombre de dames s’étaient réfugiées à Meaux, déjà menacé par les Jacques. Gaston Phoebus et le captal de Buch y courent ; la ville est déjà envahie. Ils pouvaient être quarante lances et non plus ; ils n’entreprirent pas moins de déconfire et de détruire ces vilains. Ce qui diminue un peu la valeur de leur résolution, c’est que, comme ajoute Froissart, les vilains estoient noirs et petits, et très mal armés, tandis que les chevaliers, couverts de fer, eux et leurs chevaux, des pieds à la tête, étaient à peu près invulnérables.

Ils se ruèrent sur les paysans et n’eurent qu’à tuer. « Ils les abattoient à grands monceaux, dit le chroniqueur, et les tuoient ainsi que bestes, et en tuèrent tant qu’ils en estoient tous lassés et tannés, et les faisoient saillir en la rivière de Marne. Finalement ils mirent à fin en ce jour plus de sept mille, et boutèrent le feu en la désordonnée ville de Meaux, et l’ardirent toute, et tous les vilains du bourg qu’ils purent dedans enclore. »

Animés par cette facile boucherie, les chevaliers poursuivirent les vilains, brillant et égorgeant sans merci, et dévastant le pays mieux que ne l’eussent pu faire les Anglais ; ce qui ne leur en attira pas moins beaucoup de gloire et un grand renom par toute la chrétienté.

Gaston, de retour dans ses États, eut à soutenir contre des seigneurs révoltés ou des voisins belliqueux des guerres plus difficiles. Il vainquit et fit prisonniers le sire d’Albret et le comte d’Armagnac ; il se réconcilia avec ce dernier, dont la fille fut fiancée au fils de Gaston. Gaston devint bientôt un très redouté seigneur, riche et fastueux, aimant les fêtes et les tournois ; la chasse, son plaisir favori, prenait une partie de son temps, et il entretenait une meute qui, dit-on, ne comprenait pas moins de seize cents chiens. Froissart, bien accueilli et choyé à la cour d’Orthez, ne tarit pas d’éloges sur ce prince, qui, en bien comme en mal, doit être cité comme un des types les plus caractérisés des temps féodaux.

Malgré sa courtoisie, des crimes, abominables même pour l’époque, souillèrent la mémoire de ce prince : il tua son frère naturel, Pierre Arnaud, attiré dans un guet-apens. Son jeune fils, touché du délaissement où Gaston tenait sa mère, reçut, un jour de Charles le Mauvais, son oncle, le conseil de jeter dans les aliments de sou père une certaine poudre qu’on lui donna, et qui devait rendre à sa mère tout l’amour de son mari. Le crédule enfant tente l’expérience ; la poudre était du poison. Son père demande vengeance aux états, qui essayent vainement de protéger contre le vicomte de. Béarn ce fils qu’ils regardent comme innocent.

Voici comment Froissart raconte la mort de l’enfant. Après avoir dit que le fils de Gaston, dans sa douleur, refusait de manger, et que les serviteurs du comte vinrent l’en prévenir, le chroniqueur ajoute : « Le comte, sans mot dire, se partit de sa chambre, et s’en vint vers la prison où son fils estoit ; et tenoit à la malheure un petit long couteau, dont il appareilloit ses ongles et nettoyoit. Il fit ouvrir l’huis de la prison, et vint à son fils ; et tenoit la lame de son couteau par la pointe, et si près de la pointe, qu’il n’y en avoit pas hors de ses doigts la longueur de l’épaisseur d’un gros tournois. Par maltalent, en boutant ce tant de pointe en la gorge de son fils, il l’assena ne sait en quelle veine, et lui dit : Ha ! traiteur, pourquoi ne manges-tu point ? Et tantôt s’en partit le comte sans plus rien dire ni faire, et rentra en sa chambre. L’enfant fut sang mué et effrayé de la venue de son père, avec cela qu’il estoit foible de jeûner, et qu’il vit ou sentit la pointe du couteau qui le toucha à la gorge comme petit fust, mais ce fust en une veine ; il se tourna d’autre part, et là mourut... Son père l’occit voirement, mais le roi de Navarre lui donna le coup de la mort. » Gaston n’avait pas d’autre enfant légitime ; il ne lui restait que deux bâtards.

D’ailleurs, il administrait ses États avec vigilance et habileté, et fut prud’homme en l’art de régner. Quand Froissart le vit à Orthez, « le comte Gaston de Foix avoit environ cinquante-neuf ans d’âge. Et vous dis que j’ai en mon temps vu moult chevaliers, rois, princes et autres ; mais je n’en vis oncques nul qui fut de si beaux membres, de si belles formes, ni de si belle taille, et visage bel, sanguin et riant, les yeux vairs et amoureux, là où il lui plaisoit son regard asseoir. De toutes choses il estoit si très parfait qu’on ne le pourroit trop louer. Il aimoit ce qu’il devoit aimer, et haïssoit ce qu’il devoit haïr. Sage chevalier estoit, et de haute emprise et plein de bon conseil. Il disoit en son retrait planté d’oraisons, tous les jours une nocturne du psaultier, heures de Notre-Dame, du Saint-Esprit, de la Croix et vigiles des morts, et tous les jours faisoit donner cinq francs en petite monnoie pour l’amour de Dieu, et l’aumône à sa porte à toutes gens.

« Il fut large et courtois en dons, et trop bien savoit prendre où il appartenoit, et remettre où il afféroit ; les chiens sur toutes bètes il aimoit, et aux champs, été ou hiver, aux chasses volontiers estoit. D’armes et d’amour volontiers se déduisoit.... Briefvement, tout considéré, ajoute Froissart, avant que je vinsse en cette cour, j’avois été en moult cours de rois, de ducs, de princes, de comtes et de hautes clames ; mais je ne fus oncques en nulle qui mieux me plut. » Évidemment, l’enthousiasme du bon Froissart se ressentait un peu de la générosité de Gaston Phoebus envers les étrangers ménétriers.

Le comte de Foix mourut subitement d’apoplexie au retour d’une chasse à l’ours (1390). Nous lui devons le livre intitulé : Phébus, des déduiz de la chasse des bestes sauvaiges et des oiseaux de proye, au début duquel il prend Dieu, la Vierge Marie et la sainte Trinité à témoin que pendant toute sa vie « il s’est délité par espécial en trois choses, l’une est en armes, l’autre est en amours, et l’autre si est en chasse. » Ce livre est encore de nos jours un des traités les plus complets de vénérie.

Son cousin, Matthieu de Castelbon, lui succéda, et mourut sans enfants ; en lui s’éteignit la ligne masculine de la maison de Foix. Sa soeur, Isabelle, qui lui succéda, épousa Archambault de Grailli, captal de Buch, qui prit le nom de Foix. Ses descendants n’ont joué aucun rôle important jusqu’au jeune et vaillant Gaston de Foix, duc de Nemours, le compagnon d’armes de Bayard, qui fut tué à l’âge de vingt-trois ans, en 1512, à la bataille de Ravenne, en poursuivant les ennemis qu’il venait de vaincre.

Le mariage d’un de ces princes avec l’héritière du royaume de Navarre avait augmenté la puissance de cette maison ; mais le duc d’Albe, au nom de Ferdinand le Catholique, enleva aux comtes de Béarn la plus grande partie de ce royaume, et les réduisit à la basse Navarre. A la maison de Foix avait succédé celle d’Albret (1500), dont un des membres, Jean II, avait épousé Catherine de Foix. Henri d’Albret, son fils, combattit vaillamment à Pavie aux cotés de François Ier ; fait prisonnier avec lui, il reçut après sa délivrance le prix de son dévouement en épousant la sœur du roi, la brillante Marguerite, si connue par l’élégance de son esprit, et qui nous a laissé dans ses contes une fidèle peinture des mœurs licencieuses de cette époque.

Jeanne d’Albret (1555), fille de Henri, épousa Antoine de Bourbon. Ce prince, après avoir embrassé le calvinisme, l’abjura ; sa femme, au contraire, quitta le catholicisme, et demeura inébranlable dans sa nouvelle religion. Marguerite de Navarre avait déjà favorisé le calvinisme ; Jeanne, devenue seule souveraine du pays depuis la mort de son mari tué au siège de Rouen, établit en Béarn l’exercice public du culte réformé.

Protestante rigide, elle honore ses convictions par ses vertus, par l’élévation de son esprit et de son coeur ; elle le propage avec ardeur au moyen de ministres instruits. Le pape fait afficher un décret du saint office sommant Jeanne de comparaître en personne comme suspecte d’hérésie, et prononçant en cas de refus la confiscation de ses domaines ; la cour de France obtint du pape qu’il suspendît la publication de ce décret.

Mais Jeanne ayant fourni des secours au prince de Condé, chef des protestants, Charles IX fait déclarer Jeanne rebelle et prononcer la confiscation de ses terres par le parlement de Bordeaux. Le féroce Blaise de Montluc est chargé d’exécuter l’arrêt ; il marche sur le Bigorre, tandis que son lieutenant Terride répand la terreur dans le Béarn. Le sire de Terride s’empare de Pau, et convoque les états, qui protestent contre l’envahissement du pays.

Mais Jeanne a réuni une armée ; le terrible Montgomery en est le chef, il envahit le Béarn, le reconquiert en quinze jours, et exerce d’affreuses représailles. Maître des dix principaux chefs catholiques qui s’étaient enfermés avec Terride dans le fort Moncade, et qu’il amène à capituler en leur promettant la vie sauve, il les fait poignarder au mépris de la foi jurée : Terride seul échappe, on ne sait comment. Jeanne rentre dans ses États et y rétablit la foi protestante.

Elle commit, comme la plupart des chefs de la religion réformée, l’imprudence de se fier aux avances de ses ennemis ; elle se laissa entraîner à la cour de Charles IX par Catherine de Médicis, qui lui proposait le mariage de sa fille avec le prince de Béarn (depuis Henri IV). Jeanne se rend à Paris, et meurt peu de temps après, empoisonnée, dit-on. « C’estoit, dit Agrippa d’Aubigné, une femme n’ayant de femme que le sexe, l’âme en fière aux choses viriles , I’esprit puissant aux grandes affaires, le cour invincible aux grandes adversités. » Elle fut la mère de Henri IV.

Nous n’avons pas à raconter la vie de ce prince, dont l’histoire appartient moins au Béarn qu’à la France. Rappelons seulement ce qui se rapporte plus particulièrement à son pays natal. Henri rétablit en Béarn la religion catholique, dont sa mère avait proscrit l’exercice public après l’invasion de ses États par les troupes du roi Charles IX.

Les états rassemblés à Pau protestent contre l’édit du roi, et de nouveaux désordres ensanglantent le pays. Mais bientôt, après le massacre de la Saint-Barthélemy, Henri révoque l’édit, et vient visiter ses États avec sa femme Marguerite de Valois. Il donne aux Béarnais pour régente sa sœur Catherine, qui réussit à s’en faire aimer. Devenu roi de France, Henri s’occupa du Béarn, flatta ses premiers sujets au point de leur dire qu’il avait « donné la France au Béarn, et non le Béarn à la France." C’est dans ces paroles, comme en beaucoup d’autres, qu’on reconnaît la vérité du jugement de d’Aubigné sur lui : « C’estoit le plus rusé et madré prince qu’il y eut jamais. » Sa mort fut sentie en Béarn plus vivement qu’en aucun lieu de la France.

Louis XIII, malgré la résistance des états, réunit la Navarre et le Béarn à la couronne de France, ce que son père n’avait osé tenter. L’opposition fut si vive, que le roi jugea à propos d’aller lui-même à Pau, détruisit l’ancienne organisation du pays, supprima les conseils souverains de Béarn et de basse Navarre, et établit un parlement unique siégeant à Pau. Il laissa cependant au pays ses états, qui, du reste, ne se réunirent plus que pour voter l’impôt.

Depuis cette époque, le Béarn n’a plus joué un rôle distinct dans notre histoire. Seulement, au commencement de la Révolution, les Béarnais, inspirés par un étrange esprit de patriotisme local, hésitèrent à nommer des députés à l’Assemblée constituante ; ils finirent pourtant par s’y décider, mais continuèrent à montrer un esprit hostile à la Révolution. Chose non moins extraordinaire, aucune réaction violente ne vint, de la part des révolutionnaires, châtier un pays si mal disposé, et le Béarn, qui avait paru songer un moment à se reconstituer en un pays indépendant, se laissa tranquillement enclaver dans le département des Pyrénées-Atlantiques.

Aux annales du Béarn succède l’histoire du département dans lequel il a été incorporé, et les événements dont il a été le théâtre participent à 1a grandeur de la nouvelle patrie. Le mot historique : « Il n’y a plus de Pyrénées » n’a pas toujours été un oracle de paix depuis l’union des deux branches de la famille de Bourbon. La cour de Madrid manifesta des intentions hostiles contre la Révolution ; mais l’établissement d’un camp au pied des Pyrénées, quelques démonstrations vigoureuses, et l’influence des victoires des armées républicaines sur les autres frontières, imposèrent à l’Espagne sa neutralité à défaut de sympathie.

Les Pyrénées furent franchies par les armées de Napoléon Ier qui, pour assurer le succès de son rêve continental, voulait avoir un membre de sa famille sur le trône des héritiers de Philippe V. L’intervention de l’Angleterre venant en aide aux résistances nationales, les Pyrénées virent reculer pour la première fois nos aigles victorieuses. Une sorte de revanche fut prise sous la Restauration, lors qu’un arrière-neveu de Philippe V, le duc d’Angoulême, alla défendre le trône bourbonien menacé par la junte insurrectionnelle de Cadix, se contentant des stériles exploits du Trocadéro.

Depuis lors, les échos des Pyrénées n’ont été réveillés que par des bruits de guerre civile et des brigandages que les autorités françaises ont eu à surveiller et à réprimer, mais sans aucune participation directe. Le mariage de Napoléon III avec une comtesse espagnole ne fut, pour le département, l’occasion d’aucune faveur spéciale ; il y gagna toutefois, au cours du règne, des embellissements et des libéralités pour quelques localités visitées ou affectionnées par l’épouse du souverain.

 
 
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