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Aquitaine : origine et histoire du département Gironde

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Départements français
Histoire des départements français. Les événements, histoire de chaque département : origine, évolution, industries, personnages historiques
Histoire du département de la Gironde
(Région Aquitaine)
Publié / Mis à jour le jeudi 28 janvier 2010, par LA RÉDACTION
 

Deux siècles avant l’ère chrétienne, l’histoire des Gaules, qui commence à prendre quelque certitude, nous fournit des documents incomplets, mais authentiques sur la partie du territoire dont le département de la Gironde est formé. II était habité par deux peuplades principales : les Vasates et les Bituriges Vivisci. Ces derniers se subdivisaient en plusieurs tribus : les Boïates, dans le district de Buch ; les Belendi, gens du canton de Belin, et les Medulli, qui occupaient le Médoc Burgdikal, aujourd’hui Bordeaux, était la capitale de la contrée ; les villes les plus importantes après celle-là étaient Boïes et Noviomagus, disparues toutes deux sous les empiètements de la mer qui baigne nos côtes de l’ouest.

Les Phéniciens d’abord, puis la colonie grecque de Marseille, initièrent les Bituriges au commerce et aux arts de l’antiquité. L’invasion romaine trouva déjà sensiblement modifiées dans ce pays la langue celtique et les croyances religieuses des druides. Les Vasates opposèrent quelque résistance aux légions commandées par un lieutenant de César ; mais les Bituriges acceptèrent sans protestation la loi du vainqueur.

Les remaniements territoriaux, l’établissement de nouvelles divisions administratives soulevèrent des mécontentements qui n’allèrent cependant point jusqu’à une lutte sérieuse. En 211, sous Caracalla, l’œuvre de la conquête était achevée ; les lois, la religion, les usages, le costume même des Romains étaient adoptés par les vaincus ; Bordeaux était devenue la capitale de la seconde Aquitaine. Mais cette paix dans la servitude ne devait pas avoir une longue durée ; dès le milieu du IIIe siècle apparaissent, avec le christianisme, les premiers germes de dissolution du vieil empire. Saint Martial, saint Front et d’autres apôtres dévoués viennent dans le Bordelais braver les outrages, les haines et les supplices pour prêcher la doctrine de l’Évangile. Ils sont persécutés, mis à mort, mais leurs vengeurs approchent.

Sous Honorius, la Gaule est envahie par les barbares. Pendant que la frontière est menacée, la sédition éclate à l’intérieur ; les rigueurs des collecteurs d’impôts poussent au désespoir les serfs et les colons. Les Vandales sont les premiers barbares qui pénètrent dans l’Aquitaine ; ils n’y séjournent que deux années ; mais les Wisigoths leur succèdent, et Bordeaux leur ouvre ses portes. Le patrice Constance les repousse une première fois, mais il est bientôt contraint de céder par un traité ce que ses armes ne peuvent plus défendre ; les Wisigoths reprennent possession de leur conquête : la seconde Aquitaine est érigée en royaume dont Toulouse est la capitale, et sept rois de cette race occupent successivement le trône.

Sous cette domination, du IVe au Ve siècle, on voit se développer concurremment le commerce, les arts, les littératures grecque et latine, ce qui devait survivre à la conquête romaine, et le christianisme, qui devait ouvrir le pays à de nouveaux maîtres. Le poète Ausone a laissé de curieux renseignements sur l’éloquence et la poésie à cette époque.

En 507, Clovis, roi des Francs, appelé par les évêques, s’avance vers l’Aquitaine, bat les Wisigoths dans les plaines de Vouglé, et fait une entrée triomphale dans l’ancienne capitale des Bituriges. Partagée une première fois entre les fils de Clovis, plus tard entre les héritiers de Clotaire, épuisée par les guerres longues et acharnées que suscita la rivalité de Frédégonde et de Brunehaut, l’Aquitaine s’était livrée au prétendant Gondovald, fils audultérin de Clotaire, que ses derniers partisans assassinèrent pour rentrer en grâce.

Ves la fin du VIe siècle, Dagobert défendit le pays contre une invasion de Vascons ; mais, quoique vainqueur, il abandonna, moyennant un léger tribut, l’Aquitaine à ces nouveaux envahisseurs. Il plaça son frère Caribert à la tête du royaume d’Aquitaine retrempé dans l’élément vascon. Ce prince régna un an à peine et mourut à Blaye en 631. Son fils Boggès ou Boggis reçut le titre du duché héréditaire et sous la condition de foi et hommage. C’est le premier exemple d’un apanage donné aux princes de la famille royale. Les descendants de Boggès conservèrent leur duché pendant cent cinquante ans. Ils soutinrent glorieusement le nom de fils de Clovis, pendant que l’autorité monarchique s’éteignait aux mains des rois fainéants et passait aux maires du palais. Sous Dagobert déjà, les Aquitains mécontents avaient réclamé par une révolte l’indépendance de leur province et .le titre de royaume ; vaincus, ils avaient dû accepter la position qui leur était faite ; la lutte devint plus ardente quand elle eut pour aliment la rivalité des ducs contre les maires devenus tout-puissants.

Les ducs avaient à se défendre contre d’autres ennemis ; n’étaient-ils pas les sentinelles avancées de la monarchie contre les Sarrasins qui menaçaient les provinces méridionales ? Eudes, dans un moment de péril suprême, fit alliance avec Charles Martel ; mais les secours qu’il en attendait n’arrivèrent point assez tôt pour préserver ses domaines des calamités qu’une invasion traîne après elle.

La Garonne fut franchie, Bordeaux pris d’assaut ; la ville, déjà riche, fut livrée au pillage, et son gouverneur mis à mort. La victoire qui succéda à ces jours d’épreuves, victoire dont Charles Martel sut garder toute la gloire et tout, le profit, eut pour le duché des conséquences presque aussi déplorables ; les fils de Charles Martel, jaloux de l’importance que prenait cette province, voulurent la reconquérir à la couronne. Pépin et Carloman entrèrent en Aquitaine et mirent la frontière à feu et à sang. Hunold, héritier du duc Eudes, consentit à ce qu’on exigeait de lui : il se reconnut comme vassal des ennemis qui venaient si injustement le dépouiller ; puis, sentant son insuffisance pour une lutte qui menaçait de se prolonger, il se fit moine et laissa à son frère Waïfre le soin de le venger et de défendre l’héritage paternel. Ce jeune prince, doué d’une grande force de corps et d’âme, aurait réparé les désastres de sa famille, s’ils avaient pu l’être par l’intelligence et le courage.

Sous de frivoles prétextes, Pépin lui déclara la guerre, guerre d’extermination, poursuivie pendant plusieurs années avec un acharnement qu’égala seule l’opiniâtreté de la défense. Tout ce que pouvaient la valeur et la ruse, Waïfre le tenta. Presque toujours vaincu, souvent trahi, jamais abattu, poussé de revers en revers jusqu’au fond des forêts de la Double (Edobola), son dernier refuge, il serait mort en combattant, si, parmi ce peu d’hommes qui suivaient encore sa bannière, l’or de Pépin n’avait pas suscité des traîtres. Ils l’assassinèrent la nuit, sous sa tente, le 2 juin 768.

Pépin ne survécut que peu de jours à Waïfre, et laissa le trône à Charlemagne, qui, devenu maître de l’Aquitaine, en fit un royaume auquel il donna Toulouse pour capitale. Le fils de Waïfre, Loup, que Charles le Chauve appelle Lupus re et nomine, poursuivit l’oeuvre de son père qu’il put voir vengé à Roncevaux ; malgré quelques succès passagers, il fut bientôt fait prisonnier et pendu ; ses fils tombèrent à ses côtés dans les combats ou se retirèrent en Espagne ; en eux finit la dynastie mérovingienne des ducs d’Aquitaine.

En 778, à son retour d’Espagne, Charlemagne donna à son fils, Louis le Débonnaire, l’Aquitaine érigée de nouveau en royaume, avec Toulouse pour capitale. La nomination de Séguin au comté de Bordeaux, la construction du château de Fronsac, la fondation douteuse de quelques églises, l’érection plus douteuse encore du tombeau du preux Roland à Bordeaux, d’autres disent à Blaye, et le nom de Charlemagne resté en quelques endroits : voilà les seules traditions locales que le département de la Gironde ait conservées du règne de ce grand monarque.

Devenu empereur, Louis le Débonnaire transféra le royaume d’Aquitaine à son fils Pépin. Celui-ci en mourant laissa un fils, Pépin II, qui fut déshérité par Louis le Débonnaire. Charles le Chauve fut désigné comme roi d’Aquitaine ; mais Pépin II fit la .guerre à son oncle et l’obligea à traiter avec lui. Les Normands, qui ravageaient alors l’Aquitaine, ayant surpris et saccagé Bordeaux, les populations s’en prirent à Pépin, et le livrèrent à son oncle. Celui-ci lui ayant laissé ou rendu la liberté, Pépin finit par se jeter dans les bras des Normands, et fut pris combattant sous leurs enseignes. En 877, l’Aquitaine redevint un simple duché à charge d’hommage au roi, obligation que méconnurent les titulaires autant de fois qu’ils crurent pouvoir le faire sans danger.

Après une longue série de luttes sanglantes, tantôt contre les Normands, tantôt contre les comtes d’Anjou, le dernier des ducs d’Aquitaine étant mort en pèlerinage, sa fille Éléonore épousa Louis le Jeune, qui devint roi de France. Le divorce qui rompit quinze ans plus tard ce mariage remit Éléonore en possession de l’héritage paternel ; elle l’apporta en dot à Henri II d’Angleterre, avec lequel elle contracta une seconde union.

C’est à cette époque que remonte la transformation du mot Aquitaine, dont l’étymologie latine était tirée des nombreux cours d’eau qui arrosent le pays ; la suppression de l’a et la corruption du langage usuel firent d’Aquitaine Guyenne, nom qui, dans la suite, s’applique plus spécialement aux rives de la Gironde et au comté de Bordeaux.

L’établissement des princes anglais en France, origine de guerres si longues et si cruelles, source de tant de maux, valut aux habitants des villes les premières franchises communales dont l’histoire fasse mention, concessions accordées par la politique étrangère pour s’assurer les sympathies des populations que tant de liens devaient rattacher à la couronne de France ; Bordeaux et d’autres villes de la Gironde obtinrent, sous Henri II, le droit de se gouverner, d’élire leurs magistrats, de se défendre elles-mêmes et de n’être assujetties à aucun subside, s’il n’était librement consenti par le peuple.

Ces améliorations n’étant guère profitables qu’aux villes, de sérieuses manifestations contre la domination anglaise signalèrent les règnes de Henri II et de Richard Coeur de Lion ; mais les barons aquitains furent toujours obligés de se soumettre.

Sous Jean sans Terre, les dévastations commises par les routiers, les exactions des baillis et sénéchaux anglais excitèrent de nouveaux troubles ; la situation ne fit qu’empirer sous Henri III, dont les mandataires ne respectaient même plus les immunités de l’Église. Tant d’excès et d’outrages lassèrent enfin la patience des opprimés. Toutes les paroisses de l’Entre-deux-Mers, en partie ruinées et dépeuplées, jetèrent ensemble un cri de détresse, et leurs plaintes furent transmises à Henri II, par l’archevêque et le clergé de Bordeaux, en 1235.

L’année suivante, Henri chargea deux commissaires d’informer des griefs articulés et de vérifier soigneusement la légalité des privilèges à invoquer ; l’enquête eut lieu en présence de l’archevêque de Bordeaux, de l’évêque de Bazas, des abbés des deux diocèses, du maire et des jurats de Bordeaux, des barons et des principaux chevaliers de la Guyenne. Il était facile d’établir que les atteintes portées aux privilèges de la province, les excès commis par les routiers, les ravages momentanés d’une autre espèce de brigands qui, sous le nom de pastoureaux, inondèrent une partie de la Guyenne en 1259, et tous les désordres dont on se plaignait avaient pour cause première et principale l’absence de toute autorité centrale capable de se faire respecter et obéir ; mais quel était, à cette époque, le gouvernement qui pouvait donner une pareille sécurité à ses sujets ?

Le traité de 1259 reconnaissait Henri III comme souverain des comtés de Périgord, Limousin, Saintonge, Quercy et Agenais, outre le Bordelais et la Gascogne dont il avait la possession sous la suzeraineté des rois de France. De ce partage du territoire, de cet équilibre de forces, de cet antagonisme, pouvait-il sortir autre chose que cette lutte acharnée dont le pays fut le théâtre et la victime jusqu’au triomphe définitif de Charles VII ?

En 1292, les Anglais capturent en pleine paix des vaisseaux naviguant sous le pavillon de France. Philippe le Bel somme Édouard de comparaître devant les pairs pour y rendre raison de cette violation du droit dés gens. Sur le refus du roi d’Angleterre, l’Aquitaine est confisquée par un arrêt, et les Français en occupent plusieurs villes à main armée. Édouard fait passer de nombreuses troupes dans la province menacée, sous les ordres des ducs de Richemond et de Lancastre, qui reprennent Blaye, Bourg, La Réole et Rions ; après une guerre de plusieurs années où les succès de part et d’autre se balancent, une double alliance entre la famille des Plantagenets et celle de France remet Édouard en possession de son duché, en 1303.

Les hostilités recommencent en 1324, à l’occasion d’un fort que Hugues de Montpezat s’était permis d’élever dans l’Agenais sur les limites françaises ; la prise de La Réole fait craindre au monarque anglais l’envahissement de ses domaines. Il se hâte de proposer un traité qui est accepté. En 1337, les prétentions qu’Édouard III élève à la couronne de France rallument la guerre. Le comte de Derby, son neveu, arrive en Guyenne en 1345 ; Langon, Libourne, Monségur, La Réole lui ouvrent leurs portes. Au comte de Derby succède le prince de Galles ; la bataille de Poitiers a été perdue par les Français ; le roi Jean est prisonnier (1356).

Édouard érige la Guyenne en principauté et en investit son fils, à la charge de relever, de la couronne d’Angleterre, avec redevance d’une once d’or. Bordeaux devient alors siège d’une cour brillante et chevaleresque ouverte à tout prince ambitieux, à tout baron mécontent qui croit avoir quelque grief à faire valoir contre le roi de France.

L’éclat de cette puissance éblouit le successeur de Henri II, de ce prince qui consolidait sa puissance par la concession des franchises communales ; le fils d’Édouard, pour réparer ses finances épuisées par la guerre et subvenir aux prodigalités de sa cour, impose une taxe de dix sous sur chaque feu de sa principauté. Les paysans murmurent ; les seigneurs, jaloux de la prédominance anglaise, se font les interprètes de leurs justes plaintes auprès du roi de France. Le connétable Bertrand Du Guesclin, à la tête d’une vaillante armée, arrive pour les appuyer ; de victoire en victoire, il poursuit les Anglais jusqu’aux portes de Bordeaux, et n’est arrêté que par la trêve de Bruges, signée en 1375.

De tous les événements particuliers à la Guyenne survenus du temps de Richard II, le plus remarquable fut la ligue défensive que les villes du Bordelais formèrent entre elles en 1379. A l’expiration de la trêve, les hostilités avaient recommencé ; la ville de Saint-Macaire venait d’être prise par le duc d’Alençon ; toutes les autres places étaient menacées. Se voyant abandonnées par le roi d’Angleterre, les villes de Blaye, Bourg-sur-Gironde, Libourne, Saint-Émilion, Castillon, Saint-Macaire, Cadillac et Rions résolurent de pourvoir à leur sûreté commune en se confédérant sous le patronage de Bordeaux, avec promesse d’un mutuel secours.

Mais il n’était pas au pouvoir des communes de conjurer l’orage prêt à fondre sur elles. La Guyenne ayant été envahie par le comte d’Armagnac, plusieurs places furent prises : la ville de Bourg-sur-Gironde fut assiégée ; cependant les troupes confédérées de Bordeaux et le secours d’une flotte anglaise obligèrent le comte d’Armagnac à lever le siège et à quitter la province.

Depuis cette époque jusqu’en 1451, pendant trente-six ans, la Guyenne ne vit point d’armée française dans son sein ; ses destinées et celles de la France se jouaient sur d’autres champs de bataille. Les Anglais n’y eurent même que de faibles garnisons ; ils comptaient sur les communes pour la défense du pays. Les seules hostilités dont la province fut passagèrement le théâtre se bornèrent à des rencontres de partisans sans importance, à des attaques de châteaux faites par les troupes communales.

Lorsque enfin l’armée française, en 1451, prenant une sérieuse offensive, commença la campagne de Guyenne, les châteaux forts ouvrirent leurs portes sans combattre ; les villes résistèrent davantage en stipulant toujours dans leurs capitulations la conservation de leurs franchises. Les Anglais, retirant à la hâte leurs garnisons, se concentrèrent dans les murs de Bordeaux ou aux environs. Castillon, Saint-Émilion, Libourne, Rions furent emportés, et le sire d’Orval s’avança avec une troupe de cavalerie à pou de distance de Bordeaux.

A son approche, les Anglais et les bourgeois, au nombre de dix à douze mille, sortirent des murailles, le maire à leur tête ; mais le sire d’Orval les ayant chargés rudement sur plusieurs points, les mit en déroute, couvrit la campagne de leurs morts et de leurs blessés, et conduisit à Bazas un grand nombre de prisonniers. L’été suivant, les comtes de Dunois, de Penthièvre, de Foix et d’Armagnac pénétrèrent en Guyenne par quatre côtés différents. Blaye se rendit. Les Anglais, à qui il ne restait plus dans toute la province que les places de Fronsac, Bayonne et Bordeaux, obtinrent un peu de répit en s’engageant à remettre ces trois villes aux Français si, à l’époque de la Saint-Jean, il n’était pas arrivé des troupes suffisantes pour tenir la campagne. Les renforts attendus ayant manqué, les garnisons de Fronsac et de Bordeaux mirent bas les armes. La capitulation passée entre les bourgeois de Bordeaux et le comte de Dunois portait :

1° Que la ville serait à jamais exempte de tailles, subsides et d’emprunts forcés ;
2° Que le parlement y serait établi pour toute la Guyenne ;
3° Que le roi y ferait battre monnaie.

Mais, en 1452, à la première nouvelle d’un débarquement en Médoc de quelques troupes commandées par Talbot, Bordeaux, sans calculer les chances de succès, arbora les couleurs anglaises, et la garnison française, prise au dépourvu, abandonna la ville ; les autres places suivirent l’exemple de la capitale. Charles VII, obligé de conquérir une seconde fois sa province, envoya ses généraux assiéger le fort de Castillon. Talbot et son fils volèrent au secours de la place ; l’action s’engagea sous ses murs ; tous deux y périrent avec un grand nombre de chevaliers de Guyenne et d’Angleterre. Après cette victoire, Charles ne rencontra presque plus de résistance. La garnison de Bordeaux demanda à capituler, et, malgré l’opposition des bourgeois, elle ouvrit ses portes au roi de France.

La ville perdit ses privilèges ; elle fut imposée à cent mille écus d’or, et vingt seigneurs de la province furent condamnés à l’exil. Quant aux Anglais, il leur fut permis de se rembarquer et d’emmener avec eux tous les citoyens à qui il plairait d’émigrer. Charles VII plaça de fortes garnisons dans toutes les villes de la Guyenne, et, pour tenir Bordeaux en respect, il fit bâtir deux citadelles appelées l’une le Château-Trompette, et l’autre le fort du Hâ.

De graves modifications furent apportées alors dans la constitution des municipalités ; cependant, conformément au texte du traité, le parlement fut installé à Bordeaux la seconde année du règne de Louis XI, en 1462, et son ressort s’étendit sur les sénéchaussées de Bordeaux, Bazas, Agen, Condom, les Landes, Armagnac, Cahors, Limoges, Périgueux, Angoulême, Saintes et La Rochelle.

Cette vaste circonscription judiciaire détermina les limites d’un nouveau duché d’Aquitaine donné par Louis Xl en apanage à son frère Charles de Berry, en 1469. La noblesse de la contrée crut voir dans cette mesure une occasion de reconstituer l’ancien royaume ; le duc Charles était connu personnellement de la plupart d’entre eux ; ils avaient été ses compagnons d’armes dans la ligue du Bien public ; un nouveau complot fut formé ; mais, avant qu’il éclatât, Charles mourait empoisonné, et les plus influents parmi ses complices étaient arrêtés et traduits devant le parlement de Bordeaux.

Soit complicité de la magistrature, soit absence de preuves suffisantes, les juges refusèrent de conclure à la peine capitale. Louis XI, irrité, épura le parlement, et la mort fut prononcée. Cette terrible leçon étouffa le fédéralisme aquitain, qui ne se réveilla plus qu’avec les girondins de la Convention, deux siècles et demi plus tard. Toutefois, dans l’intervalle de ces deux époques, l’esprit de révolte trouva de trop nombreuses occasions de se manifester.

L’établissement de l’impôt sur le sel, dit de la gabelle, si impopulaire dans toutes les provinces de l’Ouest, souleva dans la Guyenne un mécontentement qu’accompagnèrent des actes de la plus déplorable barbarie et que suivit une répression plus barbare encore. Après avoir tué les babeleurs, les paysans attaquèrent les seigneurs comme babeleurs eux-mêmes, ou, du moins, comme partisans de la gabelle. Les châteaux furent brûlés, et quelques gentilshommes massacrés.

Le couronnal ou chef suprême de l’insurrection avait adressé au maire et aux jurats de Bordeaux des dépêches par lesquelles il leur enjoignait de se trouver sans délai à Libourne avec des munitions de guerre et de bouche, sous peine de la vie. Pendant que les conseillers municipaux délibéraient, la multitude força les portes de l’hôtel de ville, y enleva les armes qui s’y trouvaient en dépôt, assiégea la garnison dans le Château-Trompette, s’empara du gouverneur Tristan de Moneins au moment où il s’approchait pour parlementer, et le tua. Le corps de ce malheureux officier fut dépecé et enterré tout saupoudré de sel. Le parlement essaya de calmer l’effervescence publique ; mais la populace contraignit les conseillers à monter la garde dans ses rangs, habillés en matelots et la pique à la main.

Montmorency fut chargé par Henri II de punir cette émeute. Tous les habitants, sans distinction de conduite et de rang, furent désarmés ; le parlement interdit fut remplacé par une commission extraordinaire de maîtres des requêtes de Paris, et de quelques conseillers d’Aix et de Toulouse ; la place de l’hôtel de ville resta couverte d’échafauds et de gibets permanents pendant sept semaines ; cent cinquante bourgeois furent exécutés ; plusieurs chefs de mécontents expirèrent sur la roue, une couronne de fer rouge sur la tête ; d’autres furent condamnés à la flétrissure et au bannissement.

La ville, atteinte et convaincue de félonie, perdit ses franchises et son gouvernement municipal ; on remplaça ses jurats par vingt-quatre prud’hommes à la nomination du roi ; les cloches descendues du haut des églises et fondues pour la marine royale, les tours de l’hôtel de ville découvertes, ses titres et registres, artillerie et munitions de guerre en levés, ne furent point, aux yeux de la cour prévôtale, des mesures assez exemplaires ; elle ordonna de plus que l’hôtel serait rasé, et que de ses dé-, bris on bâtirait une chapelle où serait célébré chaque jour l’office des morts pour le repos de l’âme de Tristan Moneins. En exécution d’un autre article de l’arrêt, les jurats et cent vingt notables allèrent, en habits de deuil, déterrer avec leurs ongles le corps de Moneins, l’emportèrent sur leurs épaules d’abord devant l’hôtel du connétable, où ils se mirent à genoux, et demandèrent pardon à Dieu, au roi et à la justice, et se rendirent ensuite à la cathédrale, où Moneins fut inhumé dans l’endroit le plus apparent du chœur. Les capitaines de la ville, du château du Hâ et du Château-Trompette, quoique innocents des désordres de la populace, furent punis de mort pour n’avoir pas devancé ’les ordres sanguinaires du connétable. La ville fut taxée à 200 000 livres pour payer la frais de l’armement.

L’année suivante, en 1549, Henri II rendit à la plupart des villes les privilèges abolis ; mais quelques-unes, et Bordeaux entre autres, furent privées de ce que leur constitution renfermait encore de libéral. La gabelle fut réduite au droit dit du quart et demi.

La réforme religieuse répondait trop bien au sentiment d’examen, de critique et d’indépendance si développé chez les habitants de la Guyenne pour ne pas trouver dans cette contrée des adhérents fervents et nombreux ; Marguerite de Navarre aida de tout son pouvoir à la propagation des écrits de Luther, Calvin et Théodore de Bèze ; mais la question, d’abord purement religieuse, prit bientôt une couleur politique.

La bourgeoisie riche et éclairée, ainsi qu’une partie de la noblesse, se montraient particulièrement favorables aux nouvelles doctrines ; le maréchal de Montluc fut chargé d’en arrêter les progrès. La sévérité cruelle dont il usa et dont il se vante si naïvement dans ses curieux Mémoires lui valut les titres de lieutenant général et conservateur de la Guyenne. Les rigueurs de sa répression ne furent cependant pas jugées encore suffisantes, et un massacre général des protestants eut lieu le 5 octobre 1572. Le fanatisme, surexcité par toutes ces atrocités, entretint dans la Guyenne la lutte la plus acharnée jusqu’en 1593. L’influence du parlement avait entraîné une partie du pays dans la Ligue ; le maréchal de Matignon sut maintenir à Bordeaux l’autorité royale, mais les ligueurs, retranchés dans la citadelle de Blaye, désolèrent les rives de la Gironde pendant cinq ans après l’avènement de Henri IV au trône de France, et c’est seulement par composition que la place fut rendue au roi.

Enfin, après de si rudes épreuves, le repos succéda à ces longs orages ; dès que les plaies furent cicatrisées, l’activité des esprits se dirigea vers les spéculations du commerce et les conquêtes de l’industrie ; sauf quelques tentatives isolées des mécontents pendant le règne de Louis XIII, tentatives qui tombèrent d’elles-mêmes ou furent étouffées sans beaucoup de peine, la Guyenne, jusqu’en 1789, fut tout entière aux progrès de son commerce et à l’extension de sa marine. L’abandon des ports de la Méditerranée, l’activité des relations avec l’Espagne, la prospérité de nos colonies firent du port de Bordeaux une des places les plus florissantes du continent.

Les travaux philosophiques du XVIIIe siècle et les discussions qu’ils engagèrent avaient opéré dans les esprits une diversion aux préoccupations exclusivement mercantiles ; la Révolution de 1789 vint souffler sur ces ardeurs mal éteintes, et l’enthousiasme présent, réchauffé de toutes les traditions d u passé, salua les premières victoires de l’Assemblée nationale sur la royauté. Par leurs talents, leur zèle, leur éloquence, les députés de la Gironde méritèrent de donner le nom du département qui les avait élus au parti le plus hostile à la monarchie, le plus influent dans l’établissement du gouvernement républicain. L’histoire conservera le nom de ces orateurs éloquents, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Grangeneuve, Ducos, Fonfrède, qui jouèrent un rôle si important dans la période la plus décisive de nos annales modernes, et qui expièrent leurs fautes politiques par une fin si tragique.

L’avenir prononcera entre eux et leurs inflexibles adversaires de la Montagne ; mais ce qu’il ne saurait absoudre, c’est d’avoir compromis, par une guerre de diversion, le salut de la France alors attaquée sur tous les points par l’étranger. La Convention fut obligée de distraire une. partie de ses forces pour étouffer le fédéralisme girondin. Tallien, chargé de cette mission, fut, toutefois, moins impitoyable que Montmorency et Montluc.

Le royalisme, que le dépit des girondins vaincus avait réveillé, exploita, pendant l’Empire, la gène commerciale occasionnée par le blocus continental ; cette direction des idées, opposée au courant de l’opinion publique en France, conduisit les Bordelais, en 1815, à des manifestations contraires aux sentiments du reste du pays. C’était le triomphe des passions égoïstes et des intérêts matériels sur le dévouement dû à la cause commune ; c’était aussi une satisfaction maladroite donnée à de vieilles rancunes, et la dernière manifestation de préjugés d’un autre temps ; souvenirs affligeants pour l’expiation desquels semblent être morts ces deux frères César et Constantin Faucher, les jumeaux de La Réole, victimes de la terreur royaliste en 1815, qui ont scellé de leur sang l’union définitive de la Gironde avec la mère patrie.

 
 
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