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Trésor des pierres de Plouhinec (Morbihan) : son secret révélé la veille de Noël

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Légendes, Superstitions
Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France
Trésor des pierres de Plouhinec
dans le Morbihan : son secret
révélé la veille de Noël
(D’après « Autour du bon curé. Recueil de légendes
et d’histoires » (par Arthur Loth), paru en 1891)
Publié / Mis à jour le mardi 22 décembre 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Comment un perfide mendiant, surprenant les confessions d’un bœuf et d’un âne doués de parole la nuit de Noël au sujet du trésor des pierres de Plouhinec, fut puni de vouloir se l’approprier au prix du sacrifice d’un jeune et pieux bouvier

C’était la veille de Noël, à Plouhinec, près de Hennebont (Morbihan), la ferme était vide, maîtres et serviteurs assistaient pieusement à l’office et à la Messe de minuit. À travers les landes semées de neige, on entendait gaiement sonner les cloches. Seul, à l’étable, un mendiant dormait ou feignait de dormir entre le bœuf de la petite charrue et le vieil âne, fatigué de porter les touffes de bruyère ou d’ajonc séchées au soleil.

Tout à coup le vieux pauvre entendit, avec surprise, l’âne et le bœuf s’entretenir, en bon breton, par-dessus sa tête ; et, se souvenant des traditions du pays, il se rappela que, d’après les anciens, en souvenir de l’hospitalité donnée à l’Enfant-Jésus par les ancêtres du bœuf et de l’âne, leurs descendants obtenaient une fois par an le don de la parole pendant la Messe de minuit.

Le mécréant, fin et rusé, ne portait point vainement sa besace et sa jambe torte de village en village, de métairie en métairie : il se tint coi pour ne pas imposer silence à ses innocents voisins.

— Si je n’étais pas attaché, dit le bœuf, j’irais me promener dans la lande pour être libre une fois ; j’y rencontrerais peut-être Bénadik, le garçon de Pluvigné, à qui je voudrais bien dire quelque chose !

— Quoi donc ? fit l’âne, abruti et harassé par les mauvais traitements.

— Ah ! tu n’aimes pas Bénadik comme moi ; ce vaurien de Pélo qui te mène t’a brisé de coups, mais le maître n’aura jamais valet pareil à Bénadik ; il me parle comme à un chrétien ; s’il me pique de l’aiguillon, je le sens à peine ; il ne pense qu’à faire le bien et à éviter le mal ; mais il regarde parfois Marianik, la fille du maître, et on le renverra ; s’il savait ce que je veux lui dire, il serait assez riche pour acheter la lande tout entière, et le maître le recevrait chapeau bas !

— Tu veux dire, répliqua lentement l’âne, qu’il pourrait ramasser le trésor des pierres de Plouhinec ! S’il avait l’herbe de la Croix, le trèfle à cinq feuilles, cela pourrait lui servir quand les pierres iront boire à l’Intel, mais cela n’arrive que tous les cent ans, et il ne vient pas !

— Enfin, reprit pensivement le bœuf, il faudrait encore un chrétien baptisé qui donnât sa vie pour être écrasé par les pierres, quand elles reviendront ! Mais il ne voudrait jamais laisser tuer quelqu’un pour lui ; je crois que s’il rentrait, mieux vaudrait me taire !

L’âne s’endormit. Un terrible désir venait de s’emparer du cœur du mendiant : il savait où se trouvait l’herbe magique, là où le myrte fleurit en hiver et où la violette sort de terre en février ; mais où trouver le chrétien baptisé qui donnerait sa vie pour la sienne ?

Et les sacs d’écus, les rouleaux d’or dansaient follement devant les yeux du misérable, tandis qu’il se demandait encore tout bas s’il ne pourrait tromper un homme et l’entraîner à la mort avec l’aide infernale de Satan. Il s’endormit, rêva des monceaux de diamants, des piles d’or, des rivières d’écus, et vit Bénadik changer la litière des animaux et le réveillant par son bruit.

Quand il quitta la métairie, la besace bien garnie, il marcha droit au dolmen de Plouhinec, il contempla les pierres irrégulières et clairsemées comme une poignée de braves demeurés debout sur le champ de bataille, puis s’enfonça dans la lande neigeuse.

Quatre nuits s’étaient écoulées ; à l’aube de la dernière, Scriven le mendiant reparut ; à sa grande surprise, il vit Bénadik frappant d’un ciseau et d’un marteau la plus grande des pierres de Plouhinec ; de grosses larmes roulaient dans ses yeux, on l’avait renvoyé brutalement en disant : « Un gars qui n’a pas vingt blancs ne songe pas à épouser ma fille ! » Bénadik avait baissé humblement la tête ; il avait, de ses gages de Noël, vêtu chaudement sa vieille mère, mis son offrande dans la bourse du recteur, et pour se consoler de quitter le pays et Marianik, il creusait une large croix dans la pierre.

— Que fais-tu là ? demanda le mendiant.

— Le maître me renvoie, répondit le bouvier, mais avant de partir j’ai voulu, ayant une croix dans le cœur, graver le signe de mon salut sur cette pierre, où l’on dit que l’on faisait couler le sang des hommes pour le service du Diable ; maintenant elle portera la croix !

Alignements du Gueldro, à Plouhinec (Morbihan)
Alignements du Gueldro, à Plouhinec (Morbihan)

— Écoute, fit sourdement le mendiant, que me donnerais-tu si je te faisais assez riche pour te marier demain, pour si haut que tu voulusses regarder ?

Bénadik étouffa un soupir. Scriven continua :

— Les pierres que voici cachent un immense trésor : ce soir, à minuit, elles iront boire à l’Intel ; veux-tu m’aider ? À leur retour, par mon saint Patron, nous n’aurons plus besoin de baisser la tête devant personne !

— Ah ! s’écria le jeune homme, si tu me fais assez riche pour obtenir Marianik, sauf ma part de Paradis, garde tout le reste, je ne te demande plus rien !

Une joie sombre illumina le visage du mendiant. « Sois ici à minuit, dit-il brièvement. » Il n’était point onze heures que le jeune homme était de retour au dolmen. Scriven avait étouffé la voix du remords ; transi de froid, il écoutait le cantique de Noël, que son compagnon psalmodiait à voix basse comme une ardente prière. Bénadik se recommandait à la bonne Vierge et aux saints bretons, afin d’être préservé des ruses de Satan, qui veillait sans doute aux trésors cachés dans son ancien domaine.

« Tais-toi, lui cria le mendiant ! » Minuit vibra lentement dans l’espace ; par les douze coups prolongés, soudain les pierres s’arrachant du sol par un violent effort, s’entrechoquant, se soutenant l’une l’autre, coururent vers la rivière, en brisant au passage les ajoncs et les maigres bouleaux.

« Allons, rugit Scriven ! » Dans les excavations on découvrait, à la lueur des lanternes sourdes, des traînées d’or, d’argent et de pierres précieuses. Le mendiant, à plat ventre, bourrait une lourde sacoche et sa besace. Bénadik, avec un hymne d’actions de grâces, avait rempli ses poches et son bonnet de laine, quand un bruit sauvage le fit tressaillir et se redresser : « Les pierres ! » s’écria-t-il.

Elles accouraient avec une vitesse vertigineuse à la garde de leurs trésors ; elles formaient autour des deux hommes un cercle menaçant, se rétrécissant rapidement. « Nous sommes perdus ! » murmura Bénadik. « Pas moi », répondit le mendiant. Il tira de son sein le trèfle à cinq feuilles, puis, avec un sourire diabolique, il ajouta : « Les pierres ne font pas mal à celui qui a leur talisman, pourvu qu’on leur donne un chrétien baptisé pour rester céans ; j’avais compris que tu faisais mon affaire ! »

Église de Plouhinec (Morbihan). Dessin d'Yves Ducourtioux
Église de Plouhinec (Morbihan). Dessin d’Yves Ducourtioux

Avec un rire strident, il chargea sur ses épaules ses lourdes sacoches. Il présentait aux pierres l’herbe magique. Reformées en colonne, elles avançaient vers Bénadik à genoux, les mains jointes ; mais à sa vue la grosse pierre s’arrêta ; marquée de la croix, elle ne pouvait plus que protéger un chrétien. Le bouvier, prosterné, invoquait le Christ. Les autres pierres couraient à leur place. Scriven, jetant à terre l’or qu’il espérait retrouver au jour, fut saisi par elles et broyé sous leur poids.

Au lendemain matin, Bénadik se présenta chargé d’or et chancelant sous le fardeau à la porte de la ferme. L’église et les pauvres eurent la plus large part ; mais il avait vieilli de dix ans, et les années de bonheur, les joyeuses fêtes de Noël et les baisers de ses enfants ne purent effacer complètement de ses rêves le visage pâle, brisé et sanglant du malheureux Scriven.

 
 
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