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Mystère des cloches de Pâques partant pour Rome et objets volants moyenâgeux

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Légendes, Superstitions
Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France
Mystère des cloches de Pâques
partant pour Rome
et objets volants moyenâgeux
(D’après « Histoires fantastiques » (par Guy Breton et Louis Pauwels), paru en 1983)
Publié / Mis à jour le jeudi 9 avril 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Dans l’histoire du folklore, ce mystère est au nombre de ceux qui intriguent depuis toujours les spécialistes des traditions populaires : lorsque, au VIIIe siècle, l’Église, en signe de deuil, interdit de sonner les cloches pendant les trois jours précédant la fête de la Résurrection, les braves gens inventèrent un conte fort étrange qui n’est pas sans rapport avec nombre d’apparitions insolites dans le ciel du Moyen Âge, et dont certaines furent consignées en détail par des personnes dignes de foi...

Dans ses Histoires fantastiques, ouvrage co-écrit avec le journaliste Louis Pauwels et publié en 1983, Guy Breton, célèbre auteur ayant eu à cœur de souligner le rôle de l’amour, de l’humour et de l’insolite dans l’Histoire de France — notamment au sein de sa série en 10 volumes intitulée Histoires d’amour de l’Histoire de France et parue de 1954 à 1965 —, rapporte que selon la tradition populaire, « du jeudi saint au samedi saint, les cloches quittent leurs clochers, s’envolent et vont à Rome... »

Sachant que les légendes tirent presque toujours leur origine d’un fait réel, rappelle-t-il, on peut se demander quel phénomène étrange a pu amener nos ancêtres à imaginer une pareille fable. Car on n’a jamais vu des cloches voler dans le ciel. Jamais ? Qui sait...

Carte Joyeuses Pâques du début du XXe siècle
Carte Joyeuses Pâques du début du XXe siècle

Ne souriez pas, écrit Guy Breton, et penchez-vous avec moi sur une chronique du VIe siècle qui va peut-être nous fournir l’explication que nous cherchons. Cette chronique a pour auteur le moine Grégoire de Tours. Rapportant tous les faits importants de son époque dans son Histoire des Francs, le digne homme écrit qu’en 584, « il parut dans le ciel des rayons brillants de lumière qui semblaient se choquer et se croiser les uns les autres ; après quoi, ils se séparaient et s’évanouissaient ».

L’année suivante, il note : « Au mois de septembre, certains ont vu des signes, c’est-à-dire de ces rayons ou coupoles qu’on a coutume de voir et qui semblent courir avec rapidité dans le ciel. » Deux ans plus tard, le moine écrit encore : « Nous vîmes pendant deux nuits de suite, au milieu du ciel, une espèce de nuage fort lumineux qui avait la forme d’un capuchon. »

Une coupole, un capuchon, voilà des objets qui ressemblent beaucoup à une cloche. Dès lors, ne peut-on penser que ces apparitions mystérieuses, observées par les contemporains de Grégoire de Tours, sont à l’origine de la fable populaire ? Mais qu’étaient donc ces engins extraordinaires qui circulaient dans l’atmosphère ? Leur description ressemble étrangement à celle de nos modernes Ovnis dont certains ont, très exactement, la forme d’une coupole, d’un capuchon, en un mot, d’une cloche...

Écoutons un témoin qui, le 2 octobre 1954, a vu un de ces objets au-dessus de Quinay-Voisin, près de Melun : « L’engin, dit-il, est passé dans le ciel à vive allure. Il venait du nord et avait la forme d’une coupole... Il ne faisait aucun bruit et brillait comme de l’aluminium... En quelques secondes, il s’immobilisa au-dessus d’un bois. Je le vis alors se balancer un long moment ; puis il repartit à une vitesse stupéfiante et disparut. »

Autre témoignage : le 24 juin 1962, vers 15 heures, un garagiste qui faisait une course aux environs de Nice voit soudain quelque chose de lumineux dans le ciel. Écoutons-le : « J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une boule. Puis lorsque la chose s’est approchée, j’ai vu qu’elle avait la forme d’un bol renversé. Cette chose tourna au-dessus de la colline, comme si elle cherchait à atterrir. Puis elle lança des éclairs et s’éleva verticalement à une grande vitesse. Alors je la perdis de vue. »

Troisième témoignage, plus précieux encore : le 19 juin 1971, un ancien officier américain roulait sur une route de Georgie lorsqu’il aperçut au-dessus d’un bois un énorme objet scintillant glissant sous les nuages. « Cet objet, dit-il, avait la forme d’un casque allemand ou d’une cloche. Il était assez haut, mais je pense que son diamètre pouvait être égal à l’envergure d’un Boeing. Intrigué, je stoppai et arrêtai mon moteur. L’objet continuait d’avancer lentement sans faire de bruit. Puis il se mit à tourner autour d’un point qui me sembla être un petit lac situé non loin de l’endroit où je me trouvais. Pendant qu’il faisait cette ronde, des lueurs rouges apparurent sur ses parois, comme si des hublots s’allumaient. Puis tout s’éteignit et l’objet démarra brusquement et disparut dans les nuages. »

Alors, que conclure ? S’interroge Guy Breton. Que les hommes du VIe siècle ont peut-être reçu la visite d’un engin comparable à ces Ovnis qui se promènent dans notre ciel et dont les journaux nous rapportent périodiquement les étranges évolutions ? Dans ce cas, les « cloches de Pâques » seraient entrées dans nos traditions à cause d’un objet en forme de coupole qui venait peut-être d’un autre monde et qui avait émerveillé les hommes de l’an 584...

Après ce rapprochement plus qu’inattendu entre les cloches de Pâques et les Ovnis, Guy Breton, précisant qu’il ne s’agit là que d’une hypothèse soumises aux folkloristes et rien de plus, pose la question de savoir si dans les légendes ou les contes populaires, il est question de cloches qui volent.

Enluminure extraite du Livre de bonnes moeurs composé vers 1410 (dans sa version conservée au musée Condé de Chantilly) de Jacques Legrand (1338 - vers 1415) — précepteur du futur Charles VI — et sur laquelle est représenté un objet céleste
Enluminure extraite du Livre de bonnes mœurs composé vers 1410 (dans sa version conservée
au musée Condé de Chantilly) de Jacques Legrand (1338 - vers 1415) — précepteur
du futur Charles VI — et sur laquelle est représenté un objet céleste

Très souvent, affirme-t-il. Les cloches ont d’ailleurs, dans tous les folklores du monde, un caractère magique. (Ne sont-elles pas des objets à part — presque des êtres vivants — puisqu’on les baptise ?) Et de rappeler qu’on leur prête d’étranges facultés : elles se mettent en branle toutes seules pour annoncer une catastrophe, elles chassent les orages, elles arrêtent la grêle. Enfin — et nous revenons à notre sujet — elles se promènent dans le ciel à des vitesses fantastiques.

Dans certains contes, on les décrit brillantes ou rougeoyantes, volant au-dessus des champs ou des villages. Dans d’autres, elles s’arrêtent quelques instants en un point de l’espace avant de repartir tel l’éclair... Ce qui est, d’après les témoins cités par les journaux, une des caractéristiques de nos modernes Ovnis.

Y a-t-il d’autres exemples d’apparition d’objets célestes non identifiés au Moyen Âge ? Énormément. Les chroniques en sont pleines. On parle de boules mystérieuses, de boucliers volants, de lances de feu, bref, d’objets dont la description, encore une fois, correspond à ce que nous lisons aujourd’hui dans la presse... Écoutez ce que Grégoire de Tours écrivit en 590 : « Pendant cette année, une lueur si éclatante brilla au cours de la nuit qu’on pouvait croire que c’était midi ; on vit également des globes de feu parcourir souvent le ciel pendant le temps de la nuit et illuminer le monde. »

Voici ce qu’écrit, de son côté, le chroniqueur Matthieu Paris — moine bénédictin anglais, historien et cartographe ayant vécu durant la première moitié du XIIIe siècle — dans son Historia Anglorum, au sujet d’un phénomène qui eut lieu au crépuscule du 24 juillet 1239 : « Alors que les étoiles ne s’étaient pas encore allumées et tandis que le ciel était fort clair, serein et brillant, une grande étoile apparut comme une torche. Elle s’éleva du sud et monta dans le ciel en émettant une très grande clarté. Quand elle fut haut dans le ciel, elle tourna vers le nord, lentement, comme si elle désirait occuper une position dans le ciel. Mais quand elle fut environ au milieu du firmament, dans notre hémisphère boréal, elle laissa derrière elle de la fumée et des étincelles. Cela avait la forme d’une grande tête, la partie frontale était étincelante et la partie arrière émettait de la fumée et des éclairs... »

À la date de 1290, on trouve dans les chroniques de William de Newburgh (1136-1198) — chanoine de saint Augustin, il est au nombre des historiens anglais du Moyen Âge — ce texte : « Comme l’abbé Henry, prieur de l’abbaye de Byland, en Angleterre, s’apprêtait à lire le Benedicite, Joannès, l’un des frères, vint annoncer qu’un prodige se montrait au-dehors. Tous sortirent alors et voici qu’une grande chose argentée et ronde comme un disque vola lentement au-dessus d’eux, provoquant la plus vive terreur... »

Trente ans plus tard, Robert de Reading, qui était bénédictin à Saint-Pierre de Westminster, note dans sa chronique qu’en 1322, « aux premières heures de la nuit du 4 novembre un pilier de feu de la grandeur d’un petit bateau, de couleur pâle, a été vu dans le ciel au-dessus d’Uxbridge (Middlesex) ; il s’éleva au sud, traversa le ciel d’un mouvement lent et majestueux et partit vers le nord. À l’avant du pilier, une vive flamme rouge brûlait en lançant de grands rayons de lumière. Sa vitesse augmenta et il disparut dans l’espace... Plusieurs témoins virent comme une collision et on entendit comme le fracas d’un effrayant combat. »

Des phénomènes de ce genre sont signalés dans toute l’Europe. En Sicile, des frères mineurs de Raguse assistent, le 8 janvier 1388, au passage de plusieurs objets « très lumineux et alignés » au-dessus de leur couvent. Et la Cronica Albertina indique qu’en 1394, « le deuxième jour du mois de septembre, à la deuxième heure de la nuit, apparut à des hommes qui étaient sur la place publique de Forli et à d’autres, dans d’autres endroits assemblés, un grand asud qui traversa très lentement le ciel et qui se tint dans l’espace le temps de deux Pater Noster, et qui était grand en longueur d’un pas, et qui, à sa disparition — les hommes qui étaient sur la place le rapportèrent — envoyait une odeur de bois qui brûle, et nous avons entendu d’autres gens qui assuraient que ledit asud en feu parcourait l’air à la façon qui lui est propre, mais après il resta immobile pendant un peu de temps dans l’espace, et après ce temps il disparut peu à peu en laissant à sa place comme un nuage, et les restes de vapeurs avaient pris la forme de serpents, chose assez admirable. »

Les cloches s'envolent pour Rome. Gravure de 1845
Les cloches s’envolent pour Rome. Gravure de 1845

Voici enfin un autre texte, écrit encore Guy Breton, que j’ai trouvé dans les Mémoires d’un bourgeois d’Arras écrits par Jacques Duclerq, conseiller de Philippe le Bon. Il écrit : « La nuit de la Toussaint 1461, on aperçut dans le ciel une chose ardente, comme un barreau de fer bien long et bien gros comme la moitié de la lune. Pendant un quart d’heure, on y voyait bien clair. Et voici que, tout à coup, cette chose étrange se tortille et remonte aux cieux. Chacun en resta médusé. »

Vous le voyez, conclut Guy Breton, le ciel du Moyen Âge est sillonné d’objets volants non identifiés... Il est possible que ces apparitions mystérieuses aient donné naissance à d’autres mythes. Ce qui explique peut-être pourquoi, lorsque l’Église eut interdit les carillons pour trois jours, les braves gens trouvèrent tout naturel de dire à leurs enfants que les cloches — qui avaient la forme de certains de ces objets circulant dans le ciel — s’étaient envolées. Et comme on ne pouvait les imaginer mieux qu’auprès du pape, on ajouta qu’elles étaient parties pour Rome...

 
 
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