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L'ours qui mange la beauté des filles d'Angles (Vendée)

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Légendes, Superstitions
Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France
L’ours qui mange la beauté
des filles d’Angles (Vendée)
(D’après « La France illustrée : journal littéraire, scientifique
et religieux » paru en 1909 et « Annuaire départemental de
la Société d’émulation de la Vendée » paru en 1863)
Publié / Mis à jour le lundi 24 juin 2019, par LA RÉDACTION
 
 
 
Le vallon de Troussepoil, en Vendée, était anciennement le repaire d’une grosse bête noire à long poil, faite comme un ours, qui ravageait le pays à plusieurs lieues à la ronde en faisant ample consommation préférentiellement de filles mais également de garçons en âge de se marier : consternés, les habitants implorèrent toutes les puissances pour être délivrés d’un si grand fléau

Il y avait, vers le XIIIe siècle, un ours qui sortait tous les jours de la mer pour venir déjeuner en terre ferme. Son aspect était affreux, naturellement, son appétit formidable et son goût raffiné. Il mangeait uniquement les jeunes garçons et les jeunes filles en âge de se marier. Ce qu’il désola de fiancés, vous le devinez sans peine. Il avait même une préférence pour les jeunes filles. La terreur régnait à plus de six lieues à la ronde : les filles disparaissaient les unes après les autres, et les garçons, désolés, étaient obligés d’aller chercher femme dans le haut-pays.

Les parents se plaignaient, et se lamentaient, et ne faisaient guère autre chose, si ce n’est de se montrer, de loin, le lieu où l’animal abordait chaque matin, où il traînait sa victime, la dépeçait, puis prenait l’eau. Ce lieu, ils l’avaient nommé Troussepoil, parce que l’ours, arrivant du large, ballotté par les lames, offrait à peine figure d’ours, tant sa fourrure était hirsute. L’attaquer là, personne n’osait. Et ce n’était qu’un cri de douleur, dans les fermes de la contrée : « Qui nous délivrera ? »

L'ours. Illustration de Jacques de Sève extraite de Histoire générale des animaux, des végétaux et des minéraux qui se trouvent dans le royaume par Pierre-Joseph Buc'hoz (1776)
L’ours. Illustration de Jacques de Sève extraite d’Histoire générale des animaux, des végétaux
et des minéraux qui se trouvent dans le royaume
par Pierre-Joseph Buc’hoz (1776)

Ils pensèrent, non sans raison, qu’une bête l’apparence si peu commune, et de goûts si pervertis, n’appartenait point à une espèce régulière, et serait plus facilement vaincue par la prière des saints que par la force des hommes. Tous les riverains de l’Océan, depuis l’embouchure du Lay jusqu’à celle de la Sèvre niortaise, se mirent donc à chercher un saint qui brisât la puissance de l’ours.

Mais déjà les saints étaient rares. Même en ce siècle de foi, la perfection véritable ne courait pas les campagnes du Bas-Poitou, et ceux qui faisaient profession de la pratiquer n’en possédaient souvent qu’une parcelle, ce qui ne suffit pas, chacun le sait, pour aller loin dans la voie des oeuvres. Le curé d’Angles premier invité, n’eut pas plus tôt aperçu l’ours, sut la plage ordinaire, qu’il reconnut sou peu de mérite à la grande peur qu’il éprouva. « Je suis indigne, s’écria-t-il en fuyant, et j’ai compris, aux yeux de la bête, qu’il fallait un autre homme que moi pour la vaincre. »

Les curés voisins n’eurent pas plus de chance. L’ours leur galopait sus, et ils n’y revenaient pas. On s’adressa ainsi à l’abbé de Fontaines, mais celui-ci, nous dit Jules Quicherat, « échoua pour avoir bu quatre chopines de vin passé minuit. » L’abbé de Talmond, qui vint à son tour, échoua également, « pour avoir cassé la tête à un paysan qui lui barrait son chemin. » Le légat du pape lui-même, en ce moment en tournée, fut supplié d’intervenir, et, bien qu’il eût jeûné, n’obtînt pas un meilleur succès, ayant commis le matin même un gros péché, explique encore Jules Quicherat : il avait embrassé une fille.

Dans cette extrémité, comme les jeunes filles, une à une, étaient emportées par le monstre, et qu’on trouvait, presque chaque matin, sur le chemin de Troussepoil, une petite coiffe blanche, déchirée et ensanglantée, accrochée aux buissons, les anciens songèrent à un très vieux moine abbé du monastère d’Angles et du nom de Martin, qui vivait si retiré qu’on ne savait plus la couleur de son regard. Il s’émerveilla du récit qu’on lui fit, et promit de redoubler d’austérités, trois jours durant, après quoi il irait à la rencontre de l’ours.

Église d'Angles (Vendée) avec la statue de l'ours au sommet
Église d’Angles (Vendée) avec la statue de l’ours au sommet

Le quatrième jour, en effet, il sortit de son abbaye, n’ayant en main que sa crosse de bois verni, non pour arme — car il était brisé par l’âge —, mais comme symbole d’autorité. Et il marcha, priant. Et l’ours, qui abordait en ce moment sur la plage, encore tout couvert d’écume, après l’avoir considéré, sentit la puissance d’une vie sans reproche. Ils se reconnurent l’un et l’autre pour ce qu’ils étaient vraiment : un démon de l’enfer et un saint qui achevait son épreuve terrestre. « Viens ! » dit l’abbé.

L’ours le suivit, comme un chien attaché aux talons de son maître. Celui-ci ne se retournait pas même. Le souffle bruyant de la bête, qui couchait les blés aux deux rebords du chemin, n’effleurait même pas la tunique de l’homme, qui restait droite et digne dans ses plis. Le peuple s’enfuyait. Lorsqu’ils furent devant l’église du bourg, qu’on finissait de bâtir, l’abbé commanda : « Ours de la mer, monte au clocher ! »

La bête, lentement, comme ceux qui obéissent à la force, commença de grimper sur la façade. Arrivée au toit elle tourna la tête, pour demander grâce. L’abbé qui n’aimait pas perdre ses mots, leva sa crosse, et l’ours embrassa les assises de la tour et monta plus haut. Quelques paysans se rapprochèrent. On vit les filles surtout, les filles dont la bête n’avait pas encore voulu, se faufiler, curieuses, dans les jardins voisins. Deux oou troois se risquèrent sur la place, puis cinq, puis six, puis toute une couronne, tandis que leur ennemi enveloppant les dernières pierres de la flèche de ses pattes velues, se dressait tout là-haut à califourchon au pied de la croix. On crut voir des larmes couler de ses yeux qu’il abaissait.

Ces larmes d’ours ne touchèrent personne. L’abbé n’en fut pas dupe. Il étendit la main et dit, en regardant d’abord les filles d’Angles et ensuite le monstre : « Ours de la mer, au nom du Dieu puissant, tu ne vivras plus que de la beauté des filles d’Angles. » Elles étaient toutes laides. C’était la mort. La bête fut de suite changée en pierre. Le « beau physique » des filles d’Angles ne lui laissa pas même une minute de répit. Et ainsi s’explique la présence d’un ours à la pointe du clocher. Les raisons, paraît-il, lui manquent encore pour ouvrir les yeux.

L'ours de l'église d'Angles, en Vendée
L’ours de l’église d’Angles, en Vendée.
© Crédit photo : Office de Tourisme Destination Vendée Grand Littoral

D’après une version de cette légende, l’ours d’Angles serait une des victimes de la Chasse-Gallery. Le seigneur Gallery était sans entrailles pour le paysan, et il profanait ouvertement le jour du Seigneur. Un dimanche, à l’heure de la grand’messe, avec ses chiens il lance un cerf, malgré les remontrances de sa famille et de son curé. Forcé par la meute, le cerf se réfugie au moment du Sanctus dans une grotte habitée par un ermite ; celui-ci défend son hôte et refuse de le livrer à Gallery.

Il fait plus, il le menace de la vengeance céleste si, à cette heure sainte et solennelle, il ne fléchit pas le genoux pour réparer sa faute, en adorant son Créateur ; Gallery méprise l’avertissement que lui donne le ciel, il veut continuer sa chasse scandaleuse, mais la justice divine t’attendait là. « Va, Gallery, lui crie le pieux anachorète, va, et poursuis le cerf, le Tout-Puissant te condamne à le chasser toujours du coucher du soleil à son lever. »

Depuis lors, Gallery chasse toutes tes nuits, tantôt sur la terre et tantôt dans la région des nuages. La chasse est ouverte par le cerf, suivi de la meute et du piqueur qui crie taïaut ! taïaut ! taïaut ! Un homme de Saint-Sornin (Charente-Maritime) l’entendit un soir passer. « Gallery, s’écria-t-il, avec un air incrédule et moqueur, je me mets de part avec toi, tu m’apporteras la moitié de ta chasse, allons, à demain matin ; en attendant fais bien ton devoir. » Quel ne fut pas son effroi, lorsqu’à l’aube du jour, il trouva à sa porte la moitié du cadavre d’une femme tuée par la bête pharamine (être noir et hideux qui se repaît de serpents et-de crapauds). Il se tint pour averti et n’insulta plus Gallery dont le triste sort est de brûler le jour dans les enfers, et de combattre la nuit les Turcs ou les Anglais, les ogres ou les ours.

 
 
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