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18 juillet 1721 : mort du peintre Jean-Antoine Watteau - Histoire de France et Patrimoine


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18 juillet 1721 : mort du peintre
Jean-Antoine Watteau
(D’après « Le Bulletin des Beaux-Arts », paru en 1884)
Publié / Mis à jour le jeudi 15 juin 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Considéré comme l’une des plus brillantes incarnations de l’art au XVIIIe siècle, Watteau, le misanthrope, le douloureux, le morose, toucha à tous les genres, gravant, dessinant, peignant, dédaignant l’argent et mettant dans son oeuvre ce que la vie lui avait refusé : de la jeunesse, de l’amour, du bonheur

Jean-Antoine Watteau naquit le 10 octobre 1684, ainsi que le confirme l’extrait de baptême que Dinaux a copié sur les registres de la paroisse Saint-Jacques : « Le 10 octobre 1684, fut baptisé Jean-Antoine, fils légitime de Jean-Philippe Watteau et de Michelle Lardenois, sa femme. Signé : Le parin (sic), Jean-Antoine Baiche. La marène (sic), Anne Maillon. »

Son père, semble-t-il, n’était qu’un simple couvreur, bien que certains biographes se mirent jadis en quête de fabriquer à notre peintre une généalogie plus digne, à leurs yeux, de son génie, Jean-Philippe Watteau, le père d’Antoine, étant ainsi promu par le marchand de tableaux Edme-François Gersaint (1694-1750) à la situation de maître couvreur et charpentier de Valenciennes. On alla jusqu’à prétendre que ce père était un entrepreneur considérable, considéré ; qu’il était un bourgeois cossu, qu’il possédait pignon sur rue et habita une maison neuve bâtie au pourtour de l’abbaye de Saint-Jean.

Portrait de Jean-Antoine Watteau dit Portrait à la chaise, dessiné au pastel par Rosalba Carriera (1675-1757)
Portrait de Jean-Antoine Watteau dit Portrait à la chaise,
dessiné au pastel par Rosalba Carriera (1675-1757)

Le jeune Jean-Antoine, dès ses premières années, manifesta un vif penchant pour l’art de la peinture. Avait-il quelques loisirs, il les dépensait volontiers au milieu de la foule bigarrée, bruyante, qui s’agite d’ordinaire sur les places publiques : marchands d’orviétan, charlatans qui débitent leurs boniments, saltimbanques et danseurs. Son oeil s’exerçait à saisir, sa main à reproduire leurs gestes variés, leurs attitudes pittoresques. On le plaça donc, pour apprendre les principes de l’art auquel il désirait s’adonner, chez un peintre de Valenciennes, Jacques-Albert Gérin. Peintre mauvais, d’ailleurs, n’en déplaise à Hécart, qui n’hésite pas, en bon Valenciennois qu’il est, mais en critique peu scrupuleux, à louer « la correction de son dessin, la sagesse de ses compositions, la belle ordonnance de ses tableaux d’histoire ».

On affirme parfois que les parents de Watteau, quoique d’une fortune et d’une considération médiocres, ne négligèrent rien pour son éducation. Ce beau zèle, s’il exista jamais, ne les anima pas longtemps, car ils cessèrent vite de subvenir aux frais de cette éducation. Et c’est sans argent, sans hardes, sans ressource, que Watteau arriva à Paris, en 1702, âgé de dix-huit ans. Il y accompagnait un nouveau maître, à qui d’Argenville prête quelque talent pour les décorations de théâtre et qui venait mettre ses pinceaux au service de l’Opéra.

Ne faudrait-il pas chercher dans ces relations, dans ces premiers essais, l’origine de son inclination pour les hommes et les choses de théâtre : comédiens français, comédiens italiens, ces derniers surtout, si volontiers, si délicieusement caressés par sa fantaisie. Avec quelle tendresse il va les suivre dans les étapes de leur vie aventureuse !

Mais le maître qu’il avait choisi ne fit pas un long séjour à Paris, et Watteau demeura seul, la tête peuplée de visions poétiques, mais la bourse vide. Pauvre, nullement secouru de ses parents, pour vivre il se réfugia chez Métayer. Moins peintre qu’entrepreneur de peintures, ce Métayer tenait fabrique de saints et de saintes, qu’il livrait aux marchands de province. Ses élèves, réduits à n’être que des manœuvres, se partageaient le tableau à exécuter. L’un faisait la tête, l’autre les bras ; celui-ci peignait le ciel, celui-là les draperies, et de cette collaboration multiple sortait un saint Pierre ou une sainte Catherine. Watteau avait la spécialité des saint Nicolas. Il dira un jour « qu’il sçavait son saint par cœur ». Il pouvait se passer d’original et de collaborateurs.

Un élève aussi expérimenté était une précieuse acquisition. Aussi tenait-on fort à lui dans l’officine de Métayer. Quelle école pour le peintre futur des élégances les plus raffinées ! Quelle écœurante besogne ! Il s’en lassa promptement, malgré les trois livres qu’il recevait chaque samedi pour son travail de toute la semaine, malgré la soupe qu’on daignait, écrira Gersaint, lui servir tous les jours pour reconnaître sa supériorité sur ses camarades, peut-être aussi par pure charité.

Il rencontra très heureusement le peintre Claude Gillot (1673-1722), qui avait vu quelques-uns de ses dessins, s’y était intéressé, et qui l’invita à venir demeurer avec lui. Dès l’abord, le maître et l’élève s’entendirent à merveille. Mêmes goûts, même caractère, même humeur ; que fallait-il de plus pour qu’une intimité très étroite s’établît vite entre eux ? Mais ils avaient aussi, ne l’oublions pas, mêmes défauts. Il y paraîtra bien plus tard. Gillot s’était déjà essayé en divers genres. Les bacchanales, qu’il avait représentées, ne lui avaient sans doute pas réussi. Il les avait délaissées pour exécuter des ornements.

La peinture historique l’avait attiré sans le retenir. À ce moment, il reproduisait des scènes de la Comédie italienne. Watteau fut séduit. Sa corde sensible était à nouveau touchée. Il sentit se réveiller en lui l’inclination qu’il avait puisée dans les travaux décoratifs de l’Opéra. Il s’y livra tout entier, travaillant avec une ardeur violente.

Tels furent ses progrès que Gillot en prit ombrage. Dès lors, la vie commune leur devint impossible. « Aucune faute, dit Gersaint, ne se passait ni d’un coté ni de l’autre, et ils furent obligés de se séparer tous les deux d’une manière assez désobligeante des deux parts... Ils se quittèrent au moins avec autant de satisfaction qu’ils s’étaient unis. » D’où vinrent les premiers torts ? Quel prétexte amena la rupture ? C’est là ce que nous ne saurions dire. Cette séparation reste enveloppée d’obscurité. Ni Gillot ni Watteau n’en ont laissé pénétrer le mystère. Ils ont toujours gardé, sur ce sujet délicat, un silence profond.

La proposition embarrassante. Peinture de Jean-Antoine Watteau (1715-1716)
La proposition embarrassante. Peinture de Jean-Antoine Watteau (1715-1716)

Ce fut Claude Audran (1658-1734), alors concierge du Luxembourg depuis 1704 et peintre ordinaire du roi depuis 1699, qui recueillit notre peintre errant. Où trouver retraite qui lui convînt mieux que ce jardin, le plus beau de Paris ? La nature et l’art y accumulaient leurs plus merveilleuses créations, comme pour le captiver et l’arrêter désormais dans la quiétude d’une hospitalité charmante, et aider au développement de son génie. Sans parler des conseils d’Audran, aux travaux duquel il collaborait et qui, avec l’amour de l’ornement, lui transmit la légèreté de touche nécessaire à ce genre de peinture, ne rencontrait-il pas au Luxembourg mille sujets d’études, qu’il eût vainement cherchés ailleurs ?

Aussi passait-il des journées entières devant les grands arbres de ce jardin, les dessinant sans cesse, tantôt isolés, tantôt groupés, rassemblant tous les éléments qu’il mettra plus tard en oeuvre, s’exerçant à devenir le paysagiste exquis qui peindra un jour la Perspective, l’Isle enchantée, ces toiles incomparables où la peinture et la poésie conspirent, dans une alliance délicieuse, à ennoblir, à idéaliser la nature pour le plus doux ravissement de nos yeux et de nos imaginations. Et quand il avait ainsi mis en pratique le conseil qu’il donnait à Lancret, « de se former sur la nature même », il n’avait qu’à pénétrer dans le palais, pour s’inspirer des leçons de l’art le plus consommé et surprendre au grand Flamand, à Rubens, la largeur de ses procédés et le secret de ses chairs blondes et roses, toutes palpitantes de vie.

Cependant Watteau, dont l’ardeur au travail avait mûri le talent, souffrait de n’avoir encore été qu’un comparse, qu’une sorte de manœuvre au service des autres. Il brûlait d’essayer ses forces pour son propre compte. Il avait peint un petit tableau représentant un Départ de troupes, où déjà se révélaient ses vives qualités de composition et de couleur, toute la finesse de son esprit. Il le montra à Audran, qui, s’il faut en croire le comte de Caylus — Anne-Claude-Philippe de Pestels (1692-1765), antiquaire et homme de lettres — et Gersaint, frappé des progrès de son élève, peut-être aussi jaloux que Gillot de son génie naissant, craignant dans tous les cas que, loué et encouragé, il ne tentât de s’affranchir et ne prît sa volée, s’empressa de le détourner de ces peintures de fantaisie et l’exhorta à ne s’attacher qu’au seul genre sérieux : l’ornement.

C’était trop de sollicitude. Watteau ne s’y laissa point prendre. Il résolut de s’en aller du Luxembourg ; mais, pour ne pas rompre d’une manière trop ouverte, il prétexta un voyage, le besoin de revoir sa ville natale, Valenciennes. L’argent, toutefois, lui manquait ; pour s’en procurer, il chercha à se défaire de son tableau. Il s’adressa à un de ses amis, Spoude, peintre du même pays que lui, qui le présenta à Sirois. Le Départ de troupes plut assez pour que Sirois lui en donnât immédiatement 60 livres et désirât en avoir le pendant. Ce fut la Alte d’armée, qu’il paya 200 livres et que Cochin a gravée.

Watteau partit. Mais telle était son inconstance, qu’il prenait vite en dégoût les lieux qui semblaient devoir lui être le plus agréables. On eût dit qu’il recelait un démon qui se plaisait à exciter sans cesse en lui l’appétit du repos, sans permettre qu’il le goûtât jamais. Aussi bien, pouvait-il retrouver à Valenciennes les charmes du séjour qu’il quittait, la vie brillante, animée de Paris, ce commerce d’amateurs éclairés, d’artistes, juges aimables ou sévères, dont l’applaudissement ou la critique tantôt le soutenait, tantôt l’aiguillonnait, cette fréquentation quotidienne d’immortels chefs-d’œuvre, où s’alimentait son génie ? Il n’y tint pas. Il revint à Paris. Pour s’y fixer ? Non pas, mais avec l’intention d’aller en Italie, à Rome, étudier d’après les grands maîtres, et les préférés entre tous, les Vénitiens, auxquels l’unissait le double lien de l’admiration et du génie.

Il concourut donc, en 1709, pour obtenir une pension du roi. Le sujet était David accordant à Abigaïl le pardon de Nabad. Il n’obtint que le second prix. Le premier fut décerné à Antoine Grison. Il ne se découragea ni n’abandonna son idée. Il tenta d’arriver, par une voie différente, à accomplir ce voyage, qu’il rêvait pour le perfectionnement de son talent, pour sa gloire, fécond en résultats merveilleux. Il s’adressa à l’Académie et fit un jour exposer, dans la salle par où devaient passer les membres de cette Assemblée, les deux tableaux qu’il avait vendus au beau-père de Gersaint, à Sirois.

Tous s’arrêtent, admirent les deux petites toiles, en vantent l’harmonie, la couleur vigoureuse, le dessin délicat et précis, de La Fosse surtout, qui les suppose l’œuvre de quelque peintre ancien. Quand on lui eut dit que leur auteur était un jeune homme qui sollicitait une pension du roi pour aller à Rome compléter ses études, il mande Watteau : « Mon ami, lui dit-il, d’après le catalogue de Lorangère, vous ignorez vos talents et vous vous méfiez de vos forces ; croyez-moi, vous en savez plus que nous ; nous vous trouvons capable d’honorer notre Académie ; faites les démarches nécessaires, nous vous regardons comme un des nôtres. » En 1712, il était agréé à l’Académie, où il ne devait être reçu que le 28 août 1717. Mais ce retard n’était dû qu’à la lenteur qu’il avait apportée à faire et à présenter le tableau requis pour la réception solennelle. Ce tableau, on le sait, n’est autre que l’admirable Embarquement pour Cythère, du Louvre, son chef-d’œuvre.

Mezzetin. Peinture de Jean-Antoine Watteau (1717-1719)
Mezzetin. Peinture de Jean-Antoine Watteau (1717-1719)

Voici dans quels termes les registres de l’Académie constatent son admission : « L’Académie, après avoir pris les suffrages en la manière accoutumée, a reçu ledit sieur Watteau académicien, pour jouir des privilèges attachés à cette qualité, et qu’il a promis, en prêtant serment entre les mains de M. Coypel, écuyer, premier peintre du Roi et de S. A. Monseigneur le duc d’Orléans, président, étant à l’Assemblée. Quant au présent pécuniaire, il a été modéré à la somme de cent livres. » La subvention était modique, mais l’honneur était considérable. Cette consécration officielle de son mérite lui amenait la fortune, si le lucre avait eu pour lui quelque attrait.

Mais il avait de l’art une opinion trop pure, trop élevée, pour le compromettre en de mesquines opérations mercantiles. Il ne savait pas faire sonner autour de ses œuvres toutes les fanfares d’une savante réclame, pour tirer d’une toile son pesant d’or. Il dédaignait l’argent. Pour un rien, il donnait deux, trois de ses tableaux. Il croyait ne donner jamais assez. Ce désintéressement attirait autour de lui une nuée de marchands, de brocanteurs ,de gens avides d’abuser de sa générosité, d’emporter à un prix dérisoire, qui une esquisse, qui un dessin, cet autre toute une série d’études, dont la valeur — on pouvait s’en rapporter à leurs bons soins — allait promptement décupler.

De Caylus cite l’anecdote de ce perruquier qui vient un jour lui présenter une perruque, assez laide mais qu’il trouve superbe. Le perruquier, homme habile, promène ses regards autour de l’atelier, remarque un tableau, le demande en échange. Watteau lui en offre un deuxième... Eh bien ! sa conscience n’était pas tranquille ; il n’estimait pas la rétribution suffisante. Il rougissait presque d’avoir été si peu libéral ; il allait ajouter une troisième toile à son présent, si de Caylus ne l’avait arrêté et convaincu qu’il avait largement payé sa perruque. Ses amis, plus attentifs que lui-même à ses propres intérêts, le morigénaient, et s’ingéniaient à le prémunir contre cette exploitation. Il n’avait cure de leurs conseils ; il se fâchait contre eux. « Le pis aller, n’est-ce pas l’hôpital ? répondait-il à de Caylus ; on n’y refuse personne. »

Pierre Crozat (1661-1740), trésorier de France et collectionneur, qui aimait les artistes, lui offrit la table et le logement dans sa belle habitation de Montmorency. Watteau accepta avec empressement. « Ce qui le détermina surtout, dit Gersaint, c’était la connaissance qu’il avait des trésors en dessins que possédait ce curieux. » Trésors inappréciables, en effet, dus au crayon de Giacomo Bassan, de Rubens et de Van Dyck, du Titien et du Campagnol ! « Il en profita avec avidité, et il ne connaissait d’autres plaisirs que celui d’examiner continuellement et même de copier tous les morceaux des plus grands maîtres. »

Dans l’intervalle, il peignait la Perspective, et, pour la salle à manger de Crozat, les Quatre Saisons. Son ami le comte de Caylus avance que ces dernières peintures ont été exécutées d’après des esquisses de De La Fosse. Mais de Goncourt affirme, et nous ne pouvons qu’ajouter foi à une autorité aussi sagace, aussi compétente, qu’il n’en est rien. Il possède les dessins des figures du Printemps et de l’Automne, et il a pu se convaincre qu’elles sont du faire « le plus caractérisé, le plus accentué de Watteau ».

Les ombrages de Montmorency, les trésors en dessins de Crozat, ne surent pas retenir notre peintre. Il avait soif de liberté, d’indépendance. Il était désireux d’une vie obscure, menée à sa guise. Il alla se cacher chez le beau-père d’Edme-François Gersaint, s’enveloppant de silence, de mystère, défendant qu’on découvrît à personne sa retraite.

Il en sortit pour aller demeurer avec Nicolas Vleughels (1758-1637), son ami, dans la maison du neveu de Le Brun. Mais son caractère inquiet et changeant ne lui permit pas d’y séjourner longtemps. Il prêta l’oreille aux discours de certaines personnes qui lui vantaient l’Angleterre. Plus que la fortune, Watteau espéra y trouver la santé, la guérison du mal qu’il couvait depuis de longues années. Consultez, en effet, tous les portraits que nous avons de lui ; voyez ce personnage étique, cette maigre silhouette, cette tête osseuse au nez décharné, aux yeux caves, aux pommettes saillantes : n’est-ce pas la physionomie du phtisique ? Il souffrait, en effet, de la poitrine ; de là cette mélancolie, cette humeur inconstante, qu’on lui reprochait et dont il n’était pas responsable, ce dégoût profond qu’il avait de lui-même et des autres, des hommes et des choses.

Jean-Antoine Watteau. Timbre émis le 14 novembre 1949 dans la série Personnages célèbres du XVIIIe siècle. Dessin de Henry Cheffer
Jean-Antoine Watteau. Timbre émis le 14 novembre 1949 dans la série
Personnages célèbres du XVIIIe siècle. Dessin de Henry Cheffer

Hélas ! l’Angleterre n’est point la terre propice aux poitrinaires. Watteau, malgré les soins délicats dont l’entourait son ami Mercier, peintre en miniature, ne fit que s’assombrir, s’étioler davantage au milieu des brouillards de la Tamise, dans cette atmosphère brumeuse tout enfumée par le charbon de terre. Il y manquait d’air pur, de chaud et vivifiant soleil. Il y mourait lentement, mais sûrement. La science était impuissante à enrayer les progrès de son mal. Cette impuissance, il la constate amèrement dans la charge qu’il dessina à Londres et qu’a gravée Arthur Pound sous ce titre : Prenez des pilules ! Prenez des pilules ! Un docteur Misabin, sorte de chirurgien charlatan, prétendait avoir trouvé, dans des pilules de sa composition, un remède infaillible contre toutes les maladies. Watteau, sans doute, en avait usé, mais n’en avait éprouvé aucun effet salutaire. Pour se venger du médecin qui l’avait déçu, il le représenta tenant de sa main droite un tricorne, d’où s’échappe un long crêpé, au milieu d’un champ semé de têtes de morts, de tombeaux, de sarcophages.

Il était perdu quand il revint à Paris en 1721. Telle était sa faiblesse, qu’il ne pouvait plus travailler que le matin. Il vit alors assidûment Gersaint, qui s’était établi depuis quelques années sur le pont Notre-Dame. Il lui demanda de le recevoir et lui laisser, sous prétexte de se dégourdir les doigts, peindre un plafond qu’il exposerait dehors. C’est le tableau si connu sous le nom de l’Enseigne, et dont le succès fut prodigieux.

Watteau dans cette Enseigne, à la fleur de ses ans,
Des maîtres de son art imite la manière,
Leurs caractères différents.
Leurs touches et leur goût composent la matière.

Il s’affaiblissait de jour en jour. Il manifesta le désir de se retirer à la campagne, espérant y trouver, avec plus de tranquillité, un air plus bienfaisant. L’abbé Haranger, chanoine de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui était de ses intimes, intercéda auprès de Le Fèvre, intendant des Menus, qui voulut bien mettre à sa disposition une maison qu’il possédait à Nogent, près de Vincennes. Ce fut sa dernière étape. Il caressait encore le projet de revoir Valenciennes, d’aller se retremper dans l’air natal. C’est le rêve commun à tous ceux qui meurent ainsi de langueur ; c’est l’adieu suprême qu’au seuil de la mort ils envoient à leur douce Argos. Il n’eut pas le temps de réaliser son pieux désir. Ses forces l’abandonnèrent, et le 18 juillet 1721, il mourut, à peine âgé de trente-sept ans, sans avoir achevé le Christ en Croix qu’il destinait au curé de Nogent.

Le 11 août de la même année, Crozat annonçait sa mort en ces termes à la Rosalba Carriera — peintre vénitienne dont les artistes du temps recherchaient la société, elle lança la mode du pastel en France et fut l’une des premières miniaturistes : « Nous avons perdu le pauvre Watteau, qui a fini ses jours le pinceau à la main. Ses amis, qui doivent publier un discours sur sa vie et son rare mérite, ne manqueront pas de rendre hommage au portrait que vous lui avez fait à Paris, quelque temps avant sa mort. »

A ce fils mort si jeune, en pleine espérance d’une gloire féconde à moissonner, Valenciennes érigea un monument, et c’est un Valenciennois illustre, Carpeaux, qui revendiqua l’honneur de mouler de ses mains les traits de son compatriote, qui l’avait précédé dans le talent et dans la renommée. Mais Carpeaux n’eut pas la joie d’assister à l’inauguration de son oeuvre, la mort l’ayant emporté auparavant.

Tous les chefs-d’œuvre du peintre, malheureusement, ne sont pas demeurés intacts dans leur fraîcheur. Le temps et les amateurs de restaurations, plus aveugles encore, ne les ont pas épargnés. Watteau, en effet, impatient, inconstant, sans cesse voltigeant de sujets en sujets, toujours enclin à peindre sur-le-champ ce qui frappait son imagination et charmait sa vue, aimait finir promptement un tableau. Ennemi des longues et minutieuses préparations, bien différent en cela des Hollandais de si exquise propreté, il ne nettoyait pas même sa palette. Quand il reprenait un tableau, dit Caylus, il le frottait d’huile grasse et repeignait par-dessus.

De là des pertes irréparables, déjà constatées par ses contemporains eux-mêmes, qui voyaient avec peine plus d’une de ses peintures changer de couleur, se salir, périr de jour en jour. Il sentait, certes, ces défaillances, cette infériorité de son exécution, et combien parfois la chose exprimée était loin de la vision qu’il portait en lui ; il se dégoûtait alors de son oeuvre et cherchait sa consolation dans ce livre relié où il dessinait ses Pensées. Si le peintre a des lacunes, le dessinateur est impeccable. « Pour les dessins de Watteau, écrit Gersaint, quand ils sont de son bon temps, c’est-à-dire depuis qu’il est sorti de chez M. Crozat, rien n’est au-dessus dans ce genre : la finesse, les grâces, la légèreté, la correction, la facilité, l’expression , enfin on n’y désire rien, et il passera toujours pour un des plus grands et des meilleurs dessinateurs que la France ait donnés. »




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