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Rosa Bonheur, artiste peintre et première femme Officier de la Légion d'honneur - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Rosa Bonheur, artiste peintre
de renommée mondiale
(1822-1899)
(D’après « La Joie de la maison », paru en 1899)
Publié / Mis à jour le mercredi 25 juin 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Artiste peintre et sculpteur, femme de caractère, Rosa Bonheur s’acharne tout au long de sa vie à maintenir son indépendance dans un monde d’artistes majoritairement masculin. Peintre animalier de renom, elle s’essaie également avec succès à la peinture de scènes rustiques, et obtient à 30 ans une renommée mondiale. Elle sera la première femme artiste à être nommée Chevalier (1865), puis la première femme nommée Officier (1894) dans l’Ordre de la Légion d’honneur.

Née à Bordeaux en 1822, sa première jeunesse s’écoula dans cette ville ; elle était à cette époque, au dire de ses amis, un vrai « garçon manqué ». Marie-Rosalie Bonheur dite Rosa Bonheur n’aimait que les chevaux, les courses échevelées au grand air, et déjà s’amusait à reproduire les animaux qu’elle voyait en les découpant dans du papier. Son père était professeur de dessin, il vint à Paris avec sa famille, donna des leçons pour vivre, et le soir travailla pour le muséum qui lui confiait des planches de botanique à dessiner.

La vie était rude au pauvre ménage, et la jeune Rosa entra, avec ses deux frères, Auguste et Isidore, dans une classe de garçons où elle se battait rageusement avec les petits camarades. Sa mère mourut bientôt en 1835, et le professeur ne pouvant s’occuper de sa fille, la mit dans un pensionnat de demoiselles ; mais la gêne augmentant, il la retira peu de temps après. Les leçons du professeur diminuaient et la jeune fille fut obligée de se placer chez une couturière comme apprentie.

Portrait de Rosa Bonheur par Edouard-Louis Dubufe en 1857
Portrait de Rosa Bonheur par Edouard-Louis Dubufe en 1857

La pauvre enfant, qui ne pouvait s’appliquer à un travail si monotone, se désolait, et le mari de sa patronne étant armurier, elle demanda à l’aider. C’est ainsi qu’au lieu de tirer l’aiguille et de ravauder, elle fabriqua des cartouches et des capsules, ce qui lui convenait bien mieux. Elle quitta pourtant l’atelier de l’armurier, pour aller chez un peintre.

Là, elle s’amuse un jour à manier les pinceaux, et le rapin étonné de la facilité de cette gamine, lui confie des dessins à colorier. Elle s’en acquitte si bien, qu’il les paie quelques sous. Ce fut son premier gain.

Le père se remarie, et la pauvre Rosa se hâte de parfaire son éducation artistique, pressée d’arriver. Les animaux surtout l’attirent, et elle reste des heures entières à les observer pour les comprendre, guettant leurs mouvements, les souplesses de leurs membres, pour les noter ensuite.

Elle partait dès le matin, un petit pain dans sa poche, emportant un crayon, quelques rames de papier, et derrière le parc Monceau, dans la vaste plaine qui s’étendait alors à la place des riches hôtels que nous voyons aujourd’hui, elle s’installait, pour esquisser des vaches, des moutons, des chèvres. Elle a du reste, depuis, raconté elle-même ces séances dans la banlieue parisienne.

« J’avais à saisir les mouvements rapides des animaux, les reflets de leur robe, de leur couleur, la subtilité de leur caractère, car chaque animal a une physionomie individuelle. Aussi, avant d’entreprendre l’étude d’un cheval, d’une brebis, je me familiarisais avec l’anatomie, l’ostéologie, la myologie de chacun d’eux. Je faisais même des travaux de dissection et c’est encore un conseil que je donne aux animaliers. J’observais l’aspect des animaux d’après le moulage en plâtre, en les copiant surtout à la lumière de la lampe, qui donnait plus de netteté et de vibrance aux ombres. C’est une étude excellente. Tout ce que je sais, je le dois à ces exercices patients, consciencieux. »

Son premier envoi au Salon date de 1845 ; l’année d’après elle exposait les Bœufs rouges du Cantal dont elle était allée chercher le croquis sur place, en Auvergne. Ce tableau obtient une troisième médaille ; Rosa redouble de courage, rien ne la rebute, rien ne la fatigue, pour arriver à se perfectionner dans son art. Elle prend une blouse, va aux abattoirs du Roule pour peindre des têtes de mouton fraîchement coupées et endure les grossièretés des garçons bouchers sans se plaindre.

Tant de ténacité et-de courage devaient avoir leur récompense. Un marchand de tableaux se décide après sa troisième médaille à lui acheter une toile, il la vend presque tout de suite et revient à l’atelier de Rosa Bonheur en demander une autre. Les Beaux-Arts lui commandent un grand paysage ; c’est l’aisance, presque la fortune.

Un atelier confortable est loué, elle s’y installe et exécute : le Labourage nivernais que l’Etat, au Salon suivant, acheta 20 000 francs ; le Marché aux chevaux fut payé 40 000 francs, et revendu 300 000 à un Américain. C’est à cette époque, en 1853, qu’elle prit l’habitude du costume masculin qu’elle a toujours gardé depuis. En 1855, elle obtient la médaille avec sa Fenaison en Auvergne, puis suivirent les Moutons au bord de la mer et un Berger béarnais, Des chevreuils au repos et un Berger écossais.

Relais de chasse. Peinture de Rosa Bonheur (1887)
Relais de chasse. Peinture de Rosa Bonheur (1887)

Elle achète le domaine de By, dans la forêt de Fontainebleau, et y demeure casernée, ne songeant qu’au travail coupé de lentes promenades à travers bois. « By, une rue longue, de petites maisons de fermiers parmi lesquelles à gauche se dresse un logis de brique et de pierre, élégante maison d’artiste, sans fracas et sans pose. C’est là que Rosa Bonheur se recueille et travaille » a écrit Jules Claretie rendant compte d’une visite qu’il fit au peintre.

Et voici le portrait qu’il en traçait quelques années seulement avant la mort de l’artiste : « L’œil est superbe, d’un noir brillant, dans ce visage spirituel et fin qu’il illumine. Les cheveux blancs, en coup de vent qui, encore une fois, me rappellent le hérissement de la chevelure de Corot, semblent sur le front d’une exquise pureté de modelé, soulevés comme par un soufflé. » C’est dans cette demeure de By que l’impératrice elle-même lui apporta la croix de la Légion d’honneur.

Maintenant, si on veut connaître la façon dont travaillait la grande artiste, voici un feuillet de son journal qui contient des renseignements précis :

« Je me lève tôt et me couche tard. Le matin, de bonne heure, je fais un tour de jardin avec mon chien et une promenade en poney-car dans la forêt de Fontainebleau. A neuf heures, je suis assise devant mon chevalet et je travaille jusqu’à onze heures et demie. Puis je déjeune simplement, je fume une cigarette, je jette un coup d’œil sur les journaux. Je reprends mes pinceaux à une heure ; à cinq heures, nouvelle excursion : j’aime à voir le soleil se coucher derrière les grands arbres. Mon dîner est aussi modeste que mon déjeuner ; je finis ma journée par une lecture, et, de préférence, je lis des livres de voyage, de chasse ou d’histoire. »


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