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Abraham Duquesne. Portrait, biographie, vie et oeuvre du marin et corsaire - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Duquesne (Abraham) ou Du Quesne
(1610-1688) :
Lieutenant-général des armées navales
(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1837)
Publié / Mis à jour le mercredi 13 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Abraham Duquesne naquit à Dieppe, en 1610. Selon des auteurs dignes de foi, son père, qui se nommait comme lui, était né à Blangy, dans le comté d’Eu, de parents pauvres et obscurs. Charles Perrault et quelques autres le font descendre de race noble.

Mais cette question est de nulle importance. Noble ou roturier, le père de Duquesne était un marin expérimenté, professant la religion réformée, et parvenu par son mérite au grade de capitaine de vaisseau. Il éleva lui-même son fils dans le métier de la mer et dans les principes de la réforme calviniste, à laquelle ils furent l’un et l’autre attachés toute leur vie. Après s’être instruit dans la théorie de son art, le jeune Duquesne voulut s’exercer à la pratique de la navigation, et servit dans la marine de guerre et de commerce sous la direction de son père.

Mais, en 1635, ce dernier fut pris par les Espagnols avec le vaisseau qu’il montait, et mourut à Dunkerque par suite de ses blessures. Ce funeste événement, en privant tout à coup notre héros de son maître et de son appui, décida de sa carrière et peut-être aussi de son illustration. Dès ce jour, il voua aux Espagnols une haine implacable, et résolut de venger par ses exploits la perte cruelle qu’ils venaient de lui faire éprouver. En effet, il ne tarda pas à se signaler contre eux à l’attaque des îles Sainte-Marguerite, qui eut lieu en 1637 ; devant Gattari, en Biscaye, en 1638 ; au port de Sainte-Ogue, en 1639 ; à Tarragone et à Barcelone, en 1642 ; au cap de Gattes, en 1643 ; il fut grièvement blessé dans ces quatre dernières rencontres.

En 1644, fatigué de l’inactivité où le laissait la paix que la France venait de signer, il se rendit en Suède, où l’avaient précédé sa réputation et le souvenir de son père, qui avait autrefois servi sur les vaisseaux de la reine Christine. La Suède était alors en guerre avec le Danemark. Elevé au grade de major général, puis de vice-amiral, il mit en fuite la flotte ennemie en vue de Gothembourg. Dans une seconde affaire, il dispersa les vaisseaux danois, tua leur général, et se serait infailliblement emparé du roi de Danemark, Christian, qui commandait sa flotte en personne, si ce dernier, blessé la veille du combat par un éclat de bois, ne s’était vu contraint d’abandonner le théâtre de la bataille pour se faire transporter à terre.

Abraham Duquesne
Abraham Duquesne

Il venait de terminer la guerre en forçant les Danois à demander la paix, lorsqu’en 1648 il fut appelé en France, et chargé de commander l’expédition que l’on se proposait d’envoyer à Naples. Par suite des troubles qui accompagnèrent la minorité de Louis XIV et de l’incurie des ministres, nos forces navales étaient alors presque anéanties. La marine française, que le génie de Richelieu avait subitement fait surgir de nos ports, avait aussi, pour ainsi dire, subitement disparu. Duquesne arme à ses frais une flottille et la dirige vers Bordeaux, qui s’était révolté contre l’autorité royale. Il est rencontré dans la traversée par une escadre anglaise dont le commandant lui envoie l’ordre de baisser pavillon. « Le pavillon français, répond Duquesne, ne sera jamais déshonoré tant que je l’aurai à ma garde : le canon décidera, et la fierté anglaise pourra bien aujourd’hui le céder à la valeur française. »

En effet, le combat s’engage, et Duquesne, bien qu’inférieur en forces, se retire honorablement, mais dangereusement blessé. Après s’être fait radouber à Brest, il revient auprès de Bordeaux, trouve la flotte espagnole qui veut s’opposer à son passage, la force à se retirer, et, malgré ses efforts, contraint la ville à se rendre. Pour récompenser ces éminents services, Anne d’Autriche, qui gouvernait alors pour Louis XIV enfant, nomma Duquesne chef d’escadre, et, en attendant que ses frais d’armement lui fussent remboursés, détacha du domaine de la couronne le château et l’île d’Indret, près de Nantes, pour l’en gratifier.

Dans la guerre qui éclata en 1672, et particulièrement dans la bataille qui fut gagnée contre les Hollandais par le maréchal d’Estrées, le 30 mai 1673, il s’acquit un nom immortel. Mais ce qui mit le comble à sa gloire et le sceau à sa réputation de capitaine de mer, ce fut la campagne qu’il soutient, en 1676, contre le fameux Ruiter. Ce fut du côté de du Quesne que resta l’avantage dans ce terrible duel où les deux plus grands marins du dix-septième siècle vinrent lutter de science, de bravoure et de génie. On entendit souvent dire au célèbre amiral hollandais : « Je ne crains au monde qu’un homme de mer, c’est M. Duquesne. »

Après la défaite et la mort de Ruiter, son cœur fut mis sur une frégate qui devait le transporter en Hollande. Cette frégate tomba entre les mains des Français. La capitaine fut amené devant Duquesne et lui présenta son épée ; mais ce dernier ne voulut point la prendre : il passa sur l’autre bord, entra dans la chambre où était renfermé le cœur de son illustre adversaire, et, s’approchant de la boîte où il était déposé, il leva les mains au ciel en s’écriant : « Voilà les restes d’un grand homme ; il a trouvé la mort au milieu des hasards qu’il a tant de fois bravés. » Puis, se tournant vers la capitaine : « Allez, Monsieur, lui dit-il, votre mission est trop respectable pour que l’on vous arrête. » Et la frégate continua sa route sous la sauvegarde du général français.

Duquesne ne borna pas là le cours de ses exploits, et, dans le cours de sa longue carrière, il ne descendit jamais du haut rang auquel il s’était élevé. En 1681, il attaqua les corsaires tripolitains, qui avaient piraté sur nos côtés, les poursuivit jusque dans la rade de Chio, où ils s’étaient réfugiés, et força le Grand Seigneur, maître de cette île, à proposer sa médiation.

Extrait du tableau de M. Biard représentant Duquesne délivrant les captifs d'Alger
Extrait du tableau de M. Biard représentant Duquesne
délivrant les captifs d’Alger

En 1682, Louis XIV, voulant châtier les Algériens des insultes et des brigandages qu’ils avaient fait éprouver à nos vaisseaux, l’envoya sur les côtes d’Afrique. A l’aide d’un nouveau procédé qu’avait inventé un ingénieur nommé Renaud, il bombarda leur ville et causa de si horribles dégâts que le dey Baba-Hussein s’empressa de demander la paix par l’intermédiaire du père le Vacher, alors consul de France. Avant tout préliminaire, Duquesne ordonna qu’on lui rendit quatre cents esclaves français qui avaient été pris par les Barbares. Les captifs furent rendus, et l’on allait signer le traité, lorsqu’un Turc, nommé Meza-Morto, s’éleva violemment contre cet accommodement et gagna la soldatesque, qui reprit aussitôt les armes. On recommença donc le bombardement.

Les Algériens exaspérés eurent l’atroce barbarie de mettre le consul dans un mortier et de le tirer en guise d’obus. Ils firent subir à peu près le même sort à plusieurs esclaves français qu’ils attachèrent à la bouche de leurs canons. Les membres déchirés de ces malheureux arrivaient en lambeaux tout sanglants jusque sur nos vaisseaux. Toutefois, le mauvais temps ne permettant plus de tenir la mer dans ces parages, du Quesne fut obligé d’abandonner le port.

Les barbares n’ayant fait aucune soumission, Duquesne retourna devant Alger l’année suivante, et lança sur la ville des milliers de bombes qui la convertirent bientôt en un vaste foyer d’incendie. La populace ameutée murmura hautement et somma le dey de demander à capituler. Baba-Hussein, menacé dans son propre palais, fit venir un officier français, nommé de Beaujeu, qui, dix-huit mois auparavant, avait été prisonnier et vendu 12 000 écus.

Introduit devant le dey au milieu du divan assemblé, on lui retire ses chaînes, et Baba-Hussein lui dit que, pour prix de sa liberté, on ne lui demande qu’un bon conseil dans les circonstances présentes. L’officier répondit courageusement que les Algériens n’avaient qu’un parti à prendre, c’est-à-dire de s’humilier devant le roi de France et d’implorer la paix. Le dey jura qu’il aimait mieux voir sa ville réduite en cendres que d’y consentir.

Toutefois il ne tarda pas à envoyer au général français un parlementaire afin de capituler. Avant de s’engager à aucune promesse et de régler aucune condition de paix, du Quesne exigea qu’on amenât à son bord tous les esclaves, français ou autres, qui avaient été pris sur ses vaisseaux. L’envoyé consterné alla porter au dey cette réponse. Deux heures après, il reparut avec une lettre : Duquesne refusa d’en pendre connaissance, et répondit qu’il n’était point question d’entrer en pourparler, mais de se rendre et d’amener les captifs. Cependant, comme la nuit approchait, il accorda douze heures de sursis et consentit à tirer un coup de canon en signe de trêve.

Le lendemain, 29 mai 1683, vers dix heures du matin, une douzaine de chaloupes s’avancèrent vers la flotte et déposèrent à bord du vaisseau commandant cent cinquante esclaves, parmi lesquels se trouvait de Beaujeu. Les autres, que leurs patrons avaient emmenés hors de la ville, furent tous rendus dans l’intervalle de cinq jours, délai prescrit par Duquesne.

Après cette mesure pleine de justice et d’humanité, des otages furent envoyés de part et d’autre, et l’on s’occupa des conditions de paix. Mais lorsqu’il s’agit de restituer les prises qui avaient été faites, la plus grave division éclata parmi les Algériens. Ceux qui n’avaient point pris part au butin voulaient à toute force que l’on souscrivit à cette condition ; ceux, au contraire, dont le fruit du pillage constituait l’unique fortune, et qui n’avaient pas manqué de la mettre en sûreté, s’y refusaient opiniâtrement, s’inquiétant peu de voir Alger se consumer sous leurs yeux.

Duquesne, voyant que l’on ne concluait rien, donna ordre de faire revenir les otages. Le dey épouvanté demanda une trêve d’un jour et renvoya un officier français en échange de Meza-Morto. Ce dernier avait promis à Duquesne qu’il userait de son ascendant sur ses compatriotes pour leur faire agréer les volontés du général français. Mais, bien loin de là, dès qu’il fut mis en liberté, il se rendit auprès des soldats, but avec eux, les souleva de nouveau contre Baba-Hussein, qui fut massacré par ses ordres, et se fit nommer dey à sa place. Alors les hostilités recommencèrent de part et d’autre.

Après un bombardement continu de plusieurs jours, Duquesne laissa Tourville à la tête de quelques vaisseaux pour bloquer la ville, et regagna la France. Cet amiral ne tarda pas à recevoir des propositions de paix qui furent bientôt agréées. L’une des principales conditions fut que Meza-Morto enverrait à Louis XIV un ambassadeur pour lui demander pardon. En effet, un envoyé du nouveau dey vint à Versailles implorer la clémence du roi de France, et le traité fut définitivement ratifié.

Enfin, en 1684, du Quesne fut envoyé devant le port de Gênes pour punir cette république d’avoir, contrairement aux traités, prêté secours aux ennemis de la France. Il lança 14 000 bombes dans la ville, qu’il incendia, et l’année suivante, on vit arriver à Versailles, au milieu d’une pompe magnifique dont l’éclat rehaussait le triomphe du vainqueur, le doge de la république génoise, accompagné de quatre sénateurs, pour s’humilier aux pieds de Louis XIV.

Après cette expédition, Duquesne revint en France goûter au sein de sa famille les fruits tardifs de ses nombreux travaux. Il mourut à Paris, en 1688, plein de gloire et d’années, dans un état de vigueur et de santé dignes de l’âge d’or. Son cœur fut transporté en Suisse et inhumé dans le temple d’Aubonne par les soins de son fils, qui était baron de ce lieu.

Louis XIV faisait cas de Duquesne : on a remarqué qu’il fut seul exempté par le roi d’éprouver les effets de l’édit de 1685, portant révocation de celui de Nantes. Il fut encore gratifié par Louis XIV de la terre du Bouchet, près d’Étampes, qui fut alors érigée en marquisat ; et le roi, sentant bien qu’en cette circonstance c’était l’homme qui ennoblissait la terre, bien loin d’être ennobli par elle, ordonna que le nom de Bouchet fût changé en celui de Duquesne, afin de le transmettre à la postérité.

Il avait été fait lieutenant général des armées navales lorsqu’il partit pour combattre Ruiter, et ne parvint jamais, malgré sa gloire croissante, à un grade plus élevé. Lorsqu’il vint à la cour, après l’une de ses victoires, rendre compte de ses préparations, le roi le complimenta beaucoup, puis il lui dit : « Je voudrais, Monsieur, que vous ne m’empêchassiez pas de récompenser les services que vous m’avez rendus comme ils méritent de l’être ; mais vous êtes protestant, et vous savez mes intentions là-dessus. »

Duquesne, de retour chez lui, rapporta ces paroles à sa femme. « Il fallait, repartit celle-ci, lui répondre : Oui, sire, je suis protestant, mais mes services sont catholiques. » On ne peut que gémir, dit un biographe, de ce que Louis XIV ait cru sa conscience intéressée à ne pas élever Duquesne à la seule dignité militaire qui lui manquât, et que cette même opinion ait empêché qu’on élevât en France un tombeau à celui qui avait conquis à ce royaume l’empire de la mer.

 
 

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