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Avènement des nouveaux riches spéculant sur la misère publique. Spéculation et finance - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Avènement (De l’) des nouveaux riches
spéculant sur la misère publique
(D’après « Le Figaro littéraire », paru en 1920)
Publié / Mis à jour le dimanche 13 janvier 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
Observant combien la justice populaire, rarement violente, souvent aveugle mais souvent aussi inspirée par un idéalisme obscur, exerce comme elle le peut ses vindictes, Emile Magne, critique et historien de la littérature du XVIIe siècle, s’intéresse à la victime désignée de l’après Première Guerre mondiale : le nouveau riche qui, spéculant sans vergogne et sans scrupules, sur la misère publique, apparaît dès le XVIIe siècle et s’organise en puissante caste pour occuper des postes-clés, tant administratifs que politiques, et s’assurer de rapides et sûrs profits

Pour Emile Magne, l’arme de prédilection de cette justice populaire consiste dans le sarcasme. Elle avait coutume, avant la guerre de 1914-1918, de, flageller de ses persiflages méprisants cet être un peu ridicule, qu’elle appelait le « parvenu », homme sans génie, sans intelligence parfois, conquérant de la fortune par des moyens équivoques. Elle savait faire la différence entre celui-ci et le « fils de ses œuvres » que son labeur et son honnêteté inclinent à respecter.

En 1920, elle s’acharne sur le « nouveau riche », type d’humanité aisé à définir. Car le nouveau riche n’est point, comme on le croirait volontiers, l’industriel ou le commerçant dont la guerre accrut les bénéfices, homme instruit, intelligent, familiarisé avec l’opulence et ses habitudes sociales, mais une sorte de bipède hirsute, sorti de son trou-punais avec des mœurs de gredin, profitant de tous et volant avec astuce, possédant aujourd’hui pignon sur rue, automobile et château, fanfaron, mâchant un jargon de tripotier et conservant, sous l’habit du bon faiseur, l’allure déhanchée et rustaude de ses origines.

Ce personnage, multiplié par la guerre, n’a point été créé par elle. Il est de tous les temps. Le théâtre l’a popularisé aussi bien que le roman. D’une envergure plus grande que le tire-laine ou le vide-gousset, il s’appareille à lui par des prouesses identiques. Dans le passé, il se recrute principalement dans le monde des marchands et financiers.

C’est au XVIIe siècle, dans les Historiettes de Tallemant, que l’on rencontre, pour la première fois, à notre connaissance, l’appellation de « nouveau riche ». Le fin chroniqueur sait bien ce qu’elle signifie. Il l’applique à son beau-père le financier Nicolas Rambouillet. Il est né dans ce milieu d’enrichis par le vol sans scrupules. Il le connaît à merveille. Il le décrit avec une rancune nuancée de mélancolie après s’en être soigneusement écarté.

Les nouveaux riches du grand siècle, avant de former une puissante tribu, étaient dispersés aux quatre coins du royaume, occupant des situations diverses. Les Rambouillet, marchands à Rouen, vendaient on ne sait quelles denrées et quelles pacotilles ; les Yvon tenaient banque à Montauban ; les Tallemant trafiquaient d’une infinité de marchandises à La Rochelle ; les Puget, apothicaires à Toulouse, s’étaient installés à Paris après avoir acheté quelques petits emplois de l’épargne ; les Bigot enfin, fonctionnaires des finances, acquéraient peu à peu les charges de la guerre où les profits sont rapides et sûrs. Tous de religion protestante, ils devaient se rencontrer sur les chemins du monde.

La Rochelle fut le lieu de leur rencontre. C’était une ville d’ardent négoce en même temps que de passions virulentes. Nos négociants et financiers s’y associèrent. De leur union devait naître leur prospérité. L’argent des uns joint à l’argent des autres, ils purent affréter des bateaux, bâtir des entrepôts, ouvrir des banques. Ils spéculèrent avec une hardiesse rare à cette époque, et souvent sur la misère publique. Renseignés par maints émissaires, ils savaient à l’avance, par exemple, que les blés seraient rares et chers. Ils raflaient à bas prix, dans les provinces peu averties, les récoltes sur pied et les revendaient au maximum. Ils tenaient partout boutiques et jusqu’en la foire Saint-Germain que leurs navires approvisionnaient de fruits nouveaux razziés dans les contrées chaudes de l’Espagne et du Portugal. Les vins, les bois, les peaux, les métaux leur fournissaient des bénéfices exagérés, et volontiers ils en élevaient, à leur profit, les cours.

Successivement, à La Rochelle, ils s’emparaient des fonctions municipales, étaient maires, échevins, pairs, trésoriers de la ville, juges, consuls au tribunal de commerce. Ils prêtaient à gros intérêts aux seigneurs criblés de dettes. Ils s’étaient unis entre eux par des mariages qui confortaient la solidarité des intérêts. Ils devinrent bientôt adjudicataires des grosses fermes de l’État et, sans pitié, persécutèrent de leur violence le riche et le pauvre. D’immenses revenus emplirent leurs coffres. Ils avancèrent des sommes énormes au roi Louis XIII et, administrant les biens des personnages les plus altiers, du cardinal de Richelieu, entre autres, disposèrent d’une puissance illimitée.

Regorgeant d’argent au point de ne savoir plus comment l’employer, ils songèrent alors à se décrasser de leur roture. A l’appétit succédait la vanité. Installés à Paris dans des demeures somptueuses, ils eurent leurs officiers, leurs courtisans, une innombrable clientèle de faméliques. Ne pouvant obtenir des lettres d’anoblissement, ils acquirent, du moins, la noblesse terrienne. Vingt châteaux forts leur appartinrent : Puget fut seigneur de Pommeuse, Yvon, seigneur de Laleu, Montauron, seigneur de La Chevrette, Rambouillet, seigneur de La Sablière, Bigot, seigneur de la Honville, Tallemant, le chroniqueur lui-même, seigneur des Réaux.

Ils composèrent impudemment, sans le concours de d’Hozier, leur blason. Leur train surpassait en splendeur celui des princes du sang. Ils s’emparèrent, par la force des pistoles, des grands emplois du royaume, envahirent le Conseil du Roi où figurent tous les Rambouillet ; la plupart des Tallemant et des Bigot insinuèrent au Parlement, dans les Intendances et les Finances leurs rejetons éduqués par les collèges.

Or, quelles figures faisaient ces nouveaux riches dans les hautes assemblées, dans les palais et les châteaux vidés de leurs hôtes séculaires ? Ils y faisaient figures de maroufles. Ils s’évertuaient bien à prendre le bel air. Ils affichaient des habits tout contexturés d’or et de pierreries. Sur leurs carrosses damasquinés d’argent s’étalaient leurs blasons improvisés. Leurs femmes hantaient les belles compagnies et employaient, à la mode des précieuses, les mots « à longues queues ». Ils entretenaient des escouades de poètes qui leur prodiguaient les hyperboles. Le pauvre Corneille préféra, pour placer profitablement la dédicace de Cinna, Puget de Montauron, qui payait cette gloire de lourds sac d’écus, à Richelieu qui était chiche. Maynard, Tristan Lhermite, Madeleine de Scudéry, gorgés de pistoles par Gédéon Tallemant, le maître des requêtes, le comparaient sans vergogne à la Providence.

Les maisons de ces nouveaux riches étaient sans cesse pleines de parasites. La noble « bande » du duc d’Enghien vivait à la table de Montauron comme à l’auberge. D’autres bandes s’installaient sans scrupule dans la merveilleuse Folie-Rambouillet, propriété de Nicolas Rambouillet, sise au faubourg Saint-Antoine. Ces grapilleurs les grugeaient et leur prodiguaient les nasardes, mais ils en étaient fiers. Ils se considéraient comme des rois et disaient des plus huppés seigneurs qui profitaient de leur opulence : « Il est sur l’état de ma maison ».

Ils n’avaient jamais à la bouche que des « mon » et des « ma ». Tout, sur la terre, par la vertu de leur argent, semblait leur appartenir. Le scandale de leur vie était public. Ils jouaient et perdaient des fortunes. Ils tenaient des propos d’une gaillardise terrible. « Tout fourmillait de bâtards là-dedans », dit Tallemant des Réaux, écœuré. Car les épouses jugulées étaient forcées d’accepter la cohabitation avec les « mignonnes ». Le peuple haïssait à mort ces « partisans » repus de ses dépouilles. Il le leur fit bien voir. Pendant la Fronde, il leur imposa de payer les frais de la résistance à l’autorité royale et faillit les écharper.

Sous la surintendance de Fouquet, grand prévaricateur, nos nouveaux riches purent encore mener grand train. Mais le rigide Colbert allait leur faire rendre gorge. Le premier, Puget de Montauron, réduit à la misère par ses prodigalités, dut vendre ses biens sans parvenir à payer ses créanciers. Les Tallemant, sauf des Réaux, furent ensuite réduits à la famine. Les Rambouillet et les Yvon moururent quasiment dans la gêne. Seuls, les Bigot, munis de bons emplois, conservèrent une certaine aisance.

Le règne des fripons était terminé. Louis XIV, offensé par toute magnificence qui éclipsait la sienne, les réduisit à la portion congrue. Mais les époques de désordre voient toujours renaître ces pêcheurs en eau trouble. Ils fleurirent à nouveau sous le règne de Louis XV et la grande guerre devait leur offrir une manière d’apothéose.

 
 

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