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Combat féministe : bataille contre-productive et vouée à l'échec ? Revendications des féministes. Guerre des sexes

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L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu
Combat féministe (Le) : bataille
contre-productive et vouée à l’échec ?
(Extrait du « Journal pour tous », n° du 24 mars 1897)
Publié / Mis à jour le mercredi 15 juillet 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Rebondissant en 1897 sur une polémique ayant éclaté quelque temps plus tôt à propos de chapeaux dont les proportions encombrantes indisposaient certains spectateurs au théâtre, Jeanne d’Antilly tance dans Le Journal pour tous les « émancipatrices de profession », selon elle véritables chantres de la destruction inexorable des rapports courtois entre les deux sexes

De deux choses l’une, écrit Jeanne d’Antilly : nous serons égales comme vous l’entendez, ou bien, sinon égales, du moins très différentes. Dans le premier cas, effacez du dictionnaire les mots courtoisie, galanterie, et remplacez-les par l’unique terme de politesse, lequel implique celui de justice : car la courtoisie et la galanterie n’ont rien de commun avec la justice et l’égalité. Elles sont les expressions d’un sentiment d’admiration, de bienveillance, de respect ou d’ardente convoitise. Les hommes sont tenus d’être polis entre eux, mais ils ne peuvent être courtois et galants qu’envers les femmes qui ne demandent pas à être traitées en hommes.

Au contraire, voulez-vous qu’on puisse vous appliquer ce mot vraiment très élogieux dans sa gravité : « Cette femme est un honnête homme. » Soyez « honnête homme » tout à fait et au sens le plus large du mot. Laissez de côté les mesquines préoccupations de coquetterie maladroite, ne cherchez pas à « embêter » l’homme — votre égal — par une modération qui le gêne ou des exigences qui l’agacent.

Car, que vous le vouliez ou non, il finira, sinon aujourd’hui, mais demain, mais ensuite, par avoir le dernier mot, dans ces petites chicanes maladroites, car il est le plus fort de par ses muscles et sa brutalité instinctive. Il veut bien ne se servir des uns que pour vous défendre ; il veut bien laisser endormir sa grossièreté naturelle par le charme de votre bonne grâce et de votre douceur. Mais le jour où, dans cette association d’intérêts, vous n’apporterez plus l’appoint de votre douceur, de votre grâce, seules armes de votre faiblesse musculaire, prenez garde !...

Je pense quelquefois, non sans grise mélancolie, à la destinée que confectionnent ardemment pour nos arrière-petites-filles les émancipatrices de profession. Je ne dis pas que leur idéal ne soit pas celui de la justice, mais ce sera, j’en ai bien peur, celui d’une amère justice. Un jour, ces fillettes aux yeux candides, aux lèvres qui rient à la vie, devront durcir leur regard et clore leurs lèvres pour donner à leur cher visage des traits de combattantes, un air de froide bravoure ou de courage endurci.

Car, en ce temps-là, l’homme, dont elles seront devenues les égales, n’aura rien perdu, croyez-le bien, de ses appétits sensuels, de sa force musculaire, de sa santé plus solide que la nôtre, de son audace nécessaire à l’accomplissement des lois naturelles. Il n’aura plus — comme aujourd’hui — à lutter contre la figure ou la forme d’un chapeau, ô Molière ! Ce sera contre l’être lui-même qu’il luttera, contre un être physiquement plus faible et intellectuellement plus agile, plus adroit, et moralement non moins courageux.

Alors, sans doute, les femmes en culottes bouffantes et petit chapeau qu’elles ne feront aucune difficulté d’enlever et de mettre sous leur bras, s’assiéront sans contestation possible aux fauteuils d’orchestre des théâtres. Elles circuleront seules la nuit, à Paris, gardées — je mets la chose au mieux — par des lois sévères et surtout par leur propre force morale.

Mais si l’homme ne dispute pas à la femme le droit de porter un chapeau empanaché, il la bousculera dans la foule comme il bouscule son semblable, sans que celui-ci s’en plaigne : donnant, donnant. Il la laissera se morfondre aux plus mauvaises places dans les voitures publiques, comme aujourd’hui il agit pour un autre homme. Quand il aura envie d’elle, il le lui dira tout crûment, ou il la prendra, car il aura toujours de forts biceps et il pourra au besoin l’emporter sous son bras, pour peu qu’il soit grand et qu’elle soit petite.

Et on luttera pour les emplois, pour les salaires, pour le pain quotidien, pour la renommée, pour la gloire, pour les opinions, pour tout... excepté pour ou contre des fanfreluches, des chapeaux, ou la hauteur d’une coiffure. Et, voyez comme, en bonne philosophie, tout se tient, tout s’enchaîne étroitement. Nous parlons de justice et d’égalité, des grandes lois morales et de l’iniquité des vieux autrefois envers les femmes. Et, très justement, on nous répond chapeaux, toilette, panache et coquetterie.

Et l’on a raison, convenons-en une bonne fois. C’est nous qui avons tort. Les hommes sont brutaux dans leurs revendications, mais ces revendications sont justes, le plus souvent. Quant à nous, comment nous faire prendre au sérieux, je vous le demande, lorsqu’on nous voit, et combien nombreuses ! peintes, teintes et feintes, plus préoccupées cent fois de ce qu’il y a sur notre tête que de ce qu’il y a dedans ?

 
 
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