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Reine Radegonde (Francs), mérovingienne. Naissance, mort, mariage, règne. Mérovingiennes - Histoire de France et Patrimoine


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Reines, Impératrices

Biographie des reines et impératrices françaises. Vie des souveraines, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes


Radegonde
(née en 519, morte le 13 août 587)
(Épouse Clotaire Ier (alors roi de Soissons, Orléans,
Bourgogne en indivision, puis roi des Francs) en 538)
Publié / Mis à jour le jeudi 13 août 2015, par LA RÉDACTION

 

Radegonde était fille de Berthaire, roi d’une partie de la Thuringe ou plutôt de Tongres. Lorsque Berthaire fut tué par son propre frère Hermanfroy (ou Hermanfred), soutenu des rois francs Théodoric et Clotaire Ier, les deux enfants qu’on épargna échurent, dans le partage des lots, à Clotaire : c’était Radegonde, âgée de huit ans, et son frère, qui en avait dix.

La jeune fille se vit destinée à devenir un jour la femme du meurtrier de tous ses proches. Clotaire la fit élever avec soin à la maison royale d’Athies en Vermandois, où elle reçut une éducation savante et polie à laquelle la trempe de son esprit lui fit prendre du goût. De longues heures d’étude passaient rapidement pour elle : elle lisait avec délices les manuscrits latins que lui donnaient ses maîtres ; instruite de la religion chrétienne, baptisée et pleine de ferveur, elle embrassait avec ardeur les vérités de la foi ; les récits de la vie des saints la transportaient d’admiration ; elle souhaitait la mort des martyrs ; elle savourait les délices des saintes Écritures.

Statue de sainte Radegonde
Statue de sainte Radegonde

La plus grande partie de son temps s’écoulait entre la prière, la méditation et la lecture ; ce qui lui en restait, elle le donnait au soin des pauvres ; elle-même pansait leurs plaies ; en leur distribuant ses dons, elle savait les instruire et les consoler par des paroles fortes et touchantes.

Triste du souvenir de son pays et de l’image des massacres dont elle avait été témoin, elle ne pouvait supporter l’idée de devenir l’épouse de l’homme qui avait aidé à accomplir ces meurtres. Le temps vint cependant où il fallait qu’elle fût reine ; elle essaya de fuir, mais inutilement ; malgré ses résistances, malgré l’austérité de sa vie, elle avait plu à Clotaire. Il l’entoura de soins, la combla de richesses. Mais rien ne triomphait des répugnances de la nouvelle reine : la barbarie de la cour du roi lui était à dégoût, les entretiens du roi à charge ; mais si quelque évêque pieux, quelque savant de l’Italie ou de la Gaule, venait au palais, alors la vie de Radegonde s’animait ; elle puisait la science et la piété dans la conversation de ces hommes d’élite qui admiraient son génie ; elle les retenait, ne pouvait les quitter, et ne les laissait partir qu’après les avoir comblés de présents et leur avoir fait promettre de revenir.

Souvent l’heure des repas surprenait Radegonde au milieu de ses lectures ou de ses pieux exercices ; le roi la faisait prévenir et attendait ; la jeune reine, qui avait à essuyer les reproches de son époux, ne s’en préoccupait pas, et ne descendait que quand sa tâche était achevée. La nuit, par le froid et sur la pierre nue, elle s’agenouillait et se livrait aux pratiques d’une austère pénitence, et le roi disait : « Ce n’est pas une reine que j’ai là, c’est une nonne. »

Un nouvel acte de cruauté lui ferma à jamais le cœur de la reine ; il fit mourir son frère. Radegonde éclata ; le roi, lassé de ses reproches, lui permit de s’éloigner pour un temps. « Allez, lui dit-il, et revenez plus soumise et plus gaie. » Radegonde partit, mais avec d’autres projets. Accompagnée de quelques femmes et d’une jeune fille qu’elle avait attachée à sa personne, elle va à Noyon, où l’évêque Médard vivait en odeur de sainteté. Elle entre à l’église : saint Médard officiait à l’autel ; dès qu’elle se voit dans cet asile, elle joint les mains, et, avec un accent de détresse : « Très saint prêtre, dit-elle, je veux quitter le siècle et changer d’habit ! Je te supplie, très-saint prêtre, consacre-moi au Seigneur ! »

Saint Médard hésite : il craint de manquer à son devoir de pontife et d’éconduire une âme qui demande le salut ; il craint d’écouter une ferveur indiscrète et de rompre une alliance légitime. Les seigneurs et les guerriers qui, par l’ordre de Clotaire, ont suivi la reine, tirent leurs glaives et crient avec menaces : « Prêtre, ne t’avise pas de donner le voile à cette femme qui est unie au roi ; garde-toi d’enlever à Clotaire une reine qu’il a épousée solennellement. » Et ils entraînent le saint loin de l’autel, jusque dans la nef où sont réunis les fidèles.

Forte de sa propre résolution, Radegonde passe dans la sacristie par une porte qui ouvrait dans le chœur, elle jette sur son manteau royal un vêtement de recluse et rentre dans le sanctuaire, où les Francs avaient laissé remonter le pontife. Elle se présente debout devant le siège épiscopal. « Si tu tardes à me consacrer, dit-elle d’une voix haute, et que tu craignes plus les hommes que Dieu, tu auras à rendre compte, et le pasteur te redemandera l’âme de sa brebis ! - C’est la volonté de Dieu ! s’écrie l’évêque ».

Sainte Radegonde de Poitiers (Carton pour les Vitraux de la chapelle Saint Louis à Dreux, par Jean-Auguste-Dominique Ingres)
Sainte Radegonde de Poitiers
(Carton pour les Vitraux de la chapelle Saint Louis
à Dreux, par Jean-Auguste-Dominique Ingres)

De son autorité sacerdotale, il impose les mains sur la tête de la reine agenouillée, et la consacre diaconesse. Radegonde relève sa tête inclinée, marche à l’autel, arrache ses ornements royaux, ses bijoux, ses bracelets, ses agrafes d’or et de pierreries ; elle en couvre la pierre consacrée ; elle coupe les franges tissées d’or et de soie qui bordent son vêtement ; elle brise la riche ceinture d’or massif qui serrait sa robe : « Je la donne aux pauvres », s’écrie-t-elle. Le peuple admire la résolution de la reine, les seigneurs francs eux-mêmes n’osent entraîner par la force une reine consacrée à Dieu ; ils sortent pour aller prévenir le roi, à qui seul il convient de prendre l’initiative.

Cependant, le grand acte accompli, il fallait que Radegonde songeât à fuir la colère de l’homme qu’elle outrageait comme roi et comme époux. Avec la promptitude que donne l’inspiration, confiante en la protection divine, elle gagne Orléans, s’embarque sur la Loire, et arrive heureusement jusqu’à Tours, où elle attend, dans un des nombreux asiles ouverts près du tombeau de saint Martin, ce que la Providence ordonnerait d’elle. En sûreté dans cet asile, elle écrivit au roi. Elle souhaitait avec ardeur que lui-même, dépris de ses charmes, donnât un libre consentement à la séparation. Ses lettres étaient tantôt suppliantes, tantôt pleines de reproches et de fierté.

Mais le roi se montra inflexible dans son ressentiment. Sa fureur s’exhala contre les évêques ; il attesta son mariage, la nullité des vœux de la reine ; il menaça de violer l’asile de saint Martin. Cependant le respect qu’on avait pour les femmes consacrées à Dieu le retenait ; il n’osait entreprendre tout ce dont il menaçait, et le temps s’écoulait ; des mois, puis des années. Radegonde, d’asile en asile, toujours tremblante si elle venait à quitter l’enceinte protectrice, recommandait sa cause à celui au service duquel elle s’était dévouée. Si elle quittait l’homme auquel la violence l’avait unie, elle renonçait au trône et à la puissance ; elle s’humiliait et devenait la servante des pauvres ; elle ne voulait que servir Dieu et prier pour tous. La ferveur de sa prière devait obtenir les grâces qu’elle demandait. Le cilice, le jeûne, la pénitence, remplissaient les heures inquiètes de ses nuits et de ses journées.

Quatre années se passèrent ainsi. Une fois, sous un prétexte de dévotion, venant jusqu’à Tours, Clotaire projeta d’enlever la reine et de la ramener dans son palais. Les instances de saint Germain, évêque de Paris, l’arrêtèrent. Le roi comprit qu’il ne pouvait vaincre une résistance si ferme, et, puisque le sacrifice était accompli, puisque Radegonde ne lui appartenait plus, il recula devant la pensée de violer à la fois l’asile d’un temple et les vœux d’une religieuse. Mais sainte Radegonde, effrayée du danger qu’elle avait couru, chercha à s’éloigner davantage ; et, de l’asile de saint Martin de Tours, elle alla à l’asile de saint Hilaire de Poitiers.

Là devaient se terminer ses peines ; là devait commencer pour elle une vie de labeur et de repos, dans une retraite que sa ferveur rendit profitable à un grand nombre d’âmes, et où ses vertus, de jour en jour fortifiées, lui firent atteindre un haut degré de sainteté. Clotaire reconnut enfin sa consécration ; il lui permit de bâtir un monastère à Poitiers. Depuis, il se montra doux envers elle, et, sans la revoir jamais, il accueillit favorablement toutes les requêtes qu’elle put lui présenter. Elle se servit, pour le bien des peuples, d’un pouvoir plus grand peut-être qu’elle ne l’eût conservé à la cour barbare de Clotaire.

Il était d’usage que l’épouse reçût un don chez les Francs de son mari le lendemain de son mariage ; ce don s’appelait morghen-gabe, présent du matin ; il était proportionné au rang de l’époux : un cheval tout équipé pour la femme d’un guerrier, appelée à le suivre dans ses voyages ; une ville, des joyaux pour l’épouse d’un chef. Selon cet usage apporté de Germanie en Gaule, Radegonde, dépouillée de tout dans son pays par Clotaire, avait reçu de lui un riche don du matin : elle en consacra le prix à la fondation de son monastère. Le goût romain présida avec une élégante simplicité à l’intérieur des bâtiments, des jardins, des fermes, des églises et des cloîtres ; mais Radegonde fit entourer l’extérieur de murs fermés par des portes épaisses et entourées de forteresses ; car, en ce temps de force brutale, il fallait prévenir le cas où la paisible enceinte d’une retraite de femmes pourrait être attaquée par les barbares.

Selon les Récits des temps mérovingiens d’Augustin Thierry, ce ne fut que six ans après sa fuite de Noyon, que Radegonde put entrer dans ce monastère achevé par ses soins. Déjà elle était vénérée comme une sainte ; déjà de nombreuses filles soumises à sa direction attendaient avec impatience le moment d’entrer avec elle dans cet asile de la prière et de la religion que sa piété leur offrait. Le jour de l’entrée solennelle au monastère, la foule se pressa sur les pas de Radegonde et de ses filles ; leur marche si humble ressemblait à un triomphe.

La reine avait formé la règle de son monastère sur celle d’un couvent fondé à Arles par Césaria, sœur de saint Césaire. Selon le goût éclairé de la sainte, l’esprit devait trouver un aliment dans son institut ; deux heures chaque jour étaient consacrées à l’étude ; les religieuses transcrivaient des livres utiles pour en multiplier les copies ; tandis qu’aux heures de réunion elles s’occupaient à coudre et à filer dans la salle commune, elles écoutaient la lecture faite à haute voix par l’une d’elles ; les livres saints formaient le texte de leurs méditations ; ainsi la prévoyance de leur fondatrice s’efforçait d’empêcher que l’ignorance qui commençait à envelopper la Gaule n’étendît ses ailes sombres sur l’institut qu’elle formait avec tant d’amour.

Représentation de sainte Radegonde
Représentation de sainte Radegonde

Le progrès spirituel de ses filles, leur bien-être, leur joie, leur avancement dans la vie de la foi étaient l’objet de toute la sollicitude de Radegonde. Qui dira le bonheur de cette pieuse communauté, où la vénération pour la vertu et le respect pour le rang se confondaient dans un même sentiment ? Elles durent souvent l’appeler leur reine, cette femme descendue du trône pour les instruire, et qui mettait sa gloire à oublier son titre premier pour se souvenir seulement qu’elle était leur mère ! Elle trouvait pour elles, dans l’élévation de son esprit et dans la tendresse de son cœur, des expressions gracieuses que l’auteur de sa vie nous a conservées : « Vous, que j’ai choisies, mes filles ; vous, jeunes plantes, objet de tous mes soins ; vous, mes yeux, vous, ma vie, mon repos et tout mon bonheur ! »

C’est ainsi qu’elle leur parlait, qu’elle soutenait leur zèle, qu’elle savait donner la vie à toute cette maison obéissante à ses lois. Cependant, quand elle eut tout réglé, son humilité ne lui permit pas de garder le rang de supérieure ; peut-être elle craignit, dans sa scrupuleuse modestie, de conserver sous le voile religieux une autorité trop semblable à l’autorité souveraine. Elle voulait servir, non être servie ; elle fit nommer abbesse une religieuse d’un grand mérite, cette jeune Agnès, de race gauloise et sénatoriale, qu’elle avait prise en affection dès son enfance, et qui, de la cour, l’avait suivie à Noyon, de Noyon à Tours, et dans tous ses troubles, dans toutes ses inquiétudes, avait été sa fidèle compagne.

Cette élection faite, Radegonde, devenue simple religieuse avec ses sœurs, partagea leurs travaux comme elle partageait leurs prières, leurs jeûnes, leurs austérités. A son tour elle balayait, servait à la cuisine, portait le bois et l’eau, ouvrait la porte, gardait le silence, et trouvait ses délices dans tous ces exercices d’humilité où les saints savent mettre leur bonheur : sentiment semblable à celui qui plus tard fit dire à sainte Thérèse : « J’étais heureuse, en balayant le chœur, de penser que je préparais le lieu où se chantaient les louanges du Seigneur, et en faisant, à l’insu de mes sœurs, quelque office oublié par elles, que j’avais l’honneur de servir les servantes de Dieu ! » Ainsi la fille du roi de Thuringe ne conservait, du triple caractère de reine, de fondatrice et de supérieure, que l’ascendant que lui donnaient sa bonté et son génie.

Sainte Radegonde n’avait pas fait de règles d’une sévérité rebutante. Aux heures de prière, aux exercices de pénitence, succédaient d’innocentes récréations. Ces femmes, qui toute l’année s’abstenaient de viandes et de vin, savaient offrir aux étrangers une généreuse hospitalité. Quand des évêques, des ecclésiastiques, des laïcs pieux visitaient le monastère, ils y étaient accueillis avec ce reste d’urbanité romaine qui distinguait les Gaules entre toutes les provinces de l’empire. L’abbesse faisait dresser pour eux des tables auxquelles présidait quelquefois sainte Radegonde.

Augustin Thierry affirme que les règles les plus sévères prévenaient tout abus ; mais il n’y avait point d’étranger de distinction qui ne cherchât à connaître le monastère dont la renommée s’étendait au loin ; les parents venaient voir leurs filles ou leurs sœurs. Par cette sorte d’instinct qui rassemble les âmes d’élite, ajoute-t-il, les premières religieuses de Poitiers furent presque toutes des filles d’éducation polie et de race gauloise, car une grande ligne de démarcation séparait les habitudes, les penchants et les goûts des femmes de race franque, récemment amenées au christianisme, des femmes issues de race romaine. Presque tout ce que les Gaules renfermaient encore de familles distinguées, avait fourni au monastère de Poitiers une religieuse heureuse de vivre auprès de sainte Radegonde. Poitiers devint l’asile du malheur, et verra venir les filles des rois victimes des crimes de leurs pères (dont Galswinthe, persécutée par Frédégonde).

Parmi les nombreuses visites faites au couvent, la reine reçut, vers 566, celle de Venantius Fortunatus (Fortunat), né en Italie, et que le goût des voyages avait attiré en Gaule. Fortunatus était doué d’un esprit aimable et conciliant, il aimait l’étude, et avait une remarquable facilité pour exprimer ses idées en vers ; aussi était-il recherché dans les banquets, qu’il amusait par les impromptus les plus heureux.

Clotaire était mort l’an 561. Ses fils Chilpéric, Sigebert, Caribert et Gontran lui avaient succédé en se partageant par lots à peu près équivalents les villes les plus fortes des Gaules. Ces événements n’avaient pas troublé la paix du monastère de Poitiers, qui dépendit tantôt du roi Sigebert Ier, tantôt du roi Chilpéric Ier ; mais ils avaient amené des incidents nouveaux. Chilpéric se piquait d’étudier la grammaire et les lettres ; il faisait même des vers latins « perclus de tous leurs pieds », dit son contemporain Grégoire de Tours, plus frappé des vices de ce prince, qui fut le tyran de son temps, que touché des efforts qu’il tentait pour s’immiscer à la science qui s’éteignait.

Sigebert s’alliait à une femme du midi, Brunehaut, élevée à la cour des rois visigoths (le mariage se déroula en 566). La venue d’un poète latin ne pouvait être plus opportune : Fortunat fit des vers pour le mariage de Brunehaut et de Sigebert ; il en fit pour tous les événements de guerre et de paix ; il louait en un seigneur franc, la noblesse des manières et la facilité de s’exprimer en latin ; en un évêque, la sagesse de son administration ; en un Gaulois, l’ancienne urbanité romaine ; il décrivait les maisons, les cités ; il nous a laissé la peinture des usages de ce temps, qui, sans lui, seraient perdus pour nous.

Mais Fortunat n’était pas seulement un poète heureux ; c’était un homme de mérite et de vertu, doué du talent de la négociation des affaires, pieux et parfaitement orthodoxe. Sainte Radegonde l’eut bientôt apprécié. Lui-même se sentit pénétré d’admiration pour cette reine savante et pieuse qui unissait tant de talents à une si haute vertu et à une sainteté éprouvée. Il était jeune encore (né entre 530 et 540) et sa vocation n’était pas déterminée. « Que n’embrassez-vous les ordres sacrés, lui dit un jour Radegonde, et que ne vous attachez-vous à l’église de Poitiers ? Vous resteriez près de nous ; votre présence protégerait cette maison. »

Châsse de sainte Radegonde, à Poitiers
Châsse de sainte Radegonde, à Poitiers

Le conseil de la reine éclaira Fortunat sur la manière dont il pouvait rendre sa vie utile et sainte. Il prit les ordres, et devint prêtre de l’église de Poitiers. De là il eut souvent des voyages à faire à la cour des rois francs ; mais nous ne dirons ici de Fortunat que ce qui a trait dans sa vie à celle de Radegonde. Des rapports journaliers qui existaient entre eux naquit une amitié profonde, un échange de soins que la haute vertu de la reine ne pouvait laisser en rien interpréter à mal ; d’ailleurs Radegonde avait atteint l’âge de cinquante ans, et Fortunat ne lui donnait pas d’autre titre que celui de mère ; il prenait ses conseils et recevait les épanchements de sa confiance ; mais la jeune abbesse dont l’âge se rapprochait de celui de Fortunat avait, dans cette intimité, une part dont la malignité se saisit.

Fortunat et sainte Radegonde s’en indignèrent. Ces soupçons n’eurent pas de consistance, et jusqu’à la mort de Fortunat, sainte Radegonde trouva en lui un ami dévoué, un appui constant, un guide plein d’intelligence. Elle le récompensa par une confiance sans bornes. Avec lui, elle s’entretenait de tout ce qui lui avait été cher. Le temps n’avait point effacé les impressions douloureuses de son enlèvement et du massacre de sa famille ; elle ne cessait pas de voir sa patrie dans la Thuringe conquise ; elle rappelait avec larmes le nom de ses parents ; elle écrivait des lettres pleines de tendresse à des princes qu’elle ne connaissait pas, au fils d’un de ses oncles, réfugié à Constantinople et élevé dans l’exil.

Fortunat met dans la bouche de sainte Radegonde des plaintes qu’il exprime en vers, et qui, si elles ne sont pas (comme on l’a cru) l’œuvre même de cette reine, portent l’empreinte de ses pensées, et se revêtent d’une couleur germanique qui ne se rencontre que dans cette partie des œuvres latines de Fortunat. Quoi de plus touchant que cette complainte extraite du cinquième des Récits des temps mérovingiens :

« J’ai vu les femmes traînées en esclavage, les mains liées et les cheveux épars : l’une marchait nu-pieds dans le sang de son mari ; l’autre passait sur le cadavre de son frère ; chacun a eu son sujet de larmes, et moi j’ai pleuré pour tous. J’ai pleuré mes parents morts, et il faut aussi que je pleure ceux qui sont restés en vie. Quand mes larmes cessent de couler, quand mes soupirs se taisent, mon chagrin ne se tait pas. Lorsque le vent murmure, j’écoute s’il m’apporte quelque nouvelle ; mais l’ombre d’aucun de mes proches ne se présente à moi. Tout un monde me sépare de ceux que j’aime le plus. En quels lieux sont-ils ? Je le demande au vent qui souffle ; je le demande aux nuages qui passent ; je voudrais que quelque oiseau vînt me donner de leurs nouvelles.

« Ah ! si je n’étais retenue par la clôture sacrée de ce monastère, ils me verraient arriver près d’eux au moment où ils m’attendraient le moins. Je m’embarquerais par le gros temps ; je voguerais avec joie dans la tempête ; les matelots trembleraient, et moi je n’aurais aucune peur. Si le vaisseau se brisait, je m’attacherais à une planche, et je continuerais ma route ; et, si je ne pouvais saisir aucun débris, j’irais jusqu’à eux en nageant. »

Toujours ce souvenir de sa captivité se retraçait à son esprit : « Je suis une pauvre femme enlevée », disait-elle quand on voulait la louer. Tout cependant pour Radegonde n’était pas empreint de cette tristesse. Elle avait de doux moments de gaîté qu’elle consacrait à ses amis ; Fortunat en a retracé le souvenir dans des descriptions de festins, d’échange de présents, de fleurs, de fruits, que lui-même envoyait au monastère dans des corbeilles tressées de ses mains. Mais l’esprit de prière et l’austérité de la règle n’étaient jamais troublés par ces récréations, qui venaient en leur temps. Le carême tout entier, les temps de jeûne, d’avent et de retraite, étaient inviolablement gardés par la sainte reine, et par ses filles.

La vie de Radegonde, inscrite au livre de la Vie des Saints, fut pleine de bonnes œuvres : par une rare distinction elle peut servir de modèle à tous les esprits ; science, piété, douceur, charme de la plus angélique bonté, sagesse, discernement, prudence, cette intelligence offre tout : mélange admirable des qualités les plus fortes et de la sensibilité la plus exquise ; noble image dans un temps de barbarie, pureté admirable à côté des mœurs grossières ; le bien que sainte Radegonde a fait à Poitiers a laissé des traces ineffaçables. Les restes de la fondatrice du monastère de Poitiers reposent sous les marbres de l’église de cette ville, et la légende affirme que l’on obtient des guérisons miraculeuses sur son tombeau.

 
 

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