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13 janvier 1642 mort du duc d'Espernon (Jean-Louis de Nogaret, de La Mallette) - Histoire de France et Patrimoine


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13 janvier 1642 mort du duc d’Espernon
Publié / Mis à jour le jeudi 19 novembre 2009, par LA RÉDACTION

 

De tous les mignons de Henri III, d’Espernon fut le seul qui joua un rôle politique, et dont la fortune survécut au règne de son maître. Le roi lui avait promis de le rendre si puissant qu’il ne pourrait pas lui ôter ce qu’il lui aurait donné. Il érigea pour lui la terre d’Espernon en duché-pairie, et voulut que dans les assemblées des pairs il prît rang immédiatement après les princes du sang. En peu d’années, d’Espernon réunit au gouvernement de Metz ceux du Boulonnais, de l’Angoumois, de la Saintonge, de l’Aunis, de la Touraine, de l’Anjou et de la Normandie ; il succéda à Strozzi dans la place importante de colonel-général de l’infanterie, et joignit à ce titre celui d’amiral de France. On ne sait ce qu’il faut mépriser le plus de l’insatiable cupidité du favori, ou de la criminelle faiblesse du monarque.

D’Espernon était d’un caractère dur, violent, intraitable, qui le rendait odieux aux grands ainsi qu’au peuple. Après la mort de Henri III, il refusa de signer l’acte par lequel les seigneurs s’engagèrent à reconnaître Henri IV pour roi de France, dès qu’il serait rentre dans le sein de l’Eglise catholique. Parvenu au trône, Henri IV lui pardonna ce refus, et lui confia le gouvernement de Provence. D’Espernon, chargé de soumettre plusieurs villes, déploya une inflexible rigueur qui l’empêcha de réussir, et motiva son rappel. Le duc de Guise était nommé à sa place : « Qu’il vienne, disait-il, je lui servirai de fourrier, non pas pour lui préparer des logis, mais pour brûler ceux qui seront sur son passage. »

Guise le défit en plusieurs rencontres, et Henri IV fut assez bon pour lui offrir en échange du gouvernement de Provence celui du Limousin : il l’employa aussi dans le Languedoc et dans la Saintonge. Quand la paix commençait à se rétablir dans le royaume, d’Espernon parut à la cour. Un mot heureux lui valut la confiance du grand roi. Henri lui reprochait de ne l’avoir jamais aimé. « Sire, répondit d’Espernon, votre majesté n’a pas de plus fidèle serviteur que moi ; j’aimerais mieux mourir que de manquer à la moindre partie de mon devoir ; mais pour ce qui est de l’amitié, votre majesté sait bien qu’elle ne s’acquiert que par l’amitié. » D’Espernon était dans le carrosse du roi, lorsque Ravaillac le frappa : deux témoins l’accusèrent d’avoir eu des relations avec l’assassin. Une procédure fut commencée et suspendue, dit-on, par ordre supérieur. Le lendemain de la mort de Henri, d’Espernon se rendit en parlement, et mettant la main sur la garde de son épée : « Elle est encore dans le fourreau, dit-il, mais il faudra qu’elle en sorte si on n’accorde dans l’instant à la reine mère un titre qui lui est dû par l’ordre de la nature et de la justice. » En exécutant cet ordre humiliant, le Parlement viola une des lois fondamentales du royaume : les Etats-Généraux avaient seuls le droit de conférer la régence.

Des dignités nouvelles payèrent le service que d’Espernon venait de rendre à la reine mère. Quand cette princesse fut exilée, il alla fièrement la tirer du château de Blois, et la mena dans ses terres à Angoulème. Louis XIII fut obligé de traiter avec son sujet, comme avec une puissance rivale : le cardinal de Richelieu lui-même ne lui parlait qu’avec réserve. Un jour que le ministre l’engageait du ton le plus insinuant à tempérer son humeur altière, et à quitter son accent gascon, en le priant de ne pas le trouver mauvais. « Eh ! pourquoi le trouverais-je mauvais ? lui répondit brusquement d’Espernon, j’en souffre bien autant du fou du roi, qui me contrefait tous les jours en votre présence. »

On sait que Henri III donnait à ses mignons l’exemple d’un luxe ridicule. Une fois il avait chassé d’Espernon de sa présence, parce que le favori s’était présenté devant lui sans escarpins blancs, et avec un habit mal boutonné. D’Espernon profita de la leçon. Qu’on juge de son faste parles traits suivons : il allait ordinairement au Louvre, accompagné de sept à huit cents gentilshommes, qui se rendaient chez lui chaque jour, et il obtint de la reine de se faire suivre dans son cabinet par des gardes vêtus de ses livrées. Ses gardes étaient obligés à faire les mêmes preuves que les chevaliers de Malte. Il fut le premier seigneur qui se servit d’un attelage de six chevaux.

Prodigue par vanité, mais avare par goût, d’Espernon tirait plus d’un million de son gouvernement de Guienne. Lorsqu’en 1598 Henri IV, par le conseil de Sully, donna des déclarations qui défendaient aux grands du royaume de lever des contributions sur les provinces, d’Espernon se rendit au conseil pour les combattre. A défaut de raisons, il eut recours aux injures, puis aux menaces : il saisit son épée ; Sully fit le même geste, mais l’on se jeta en foule au-devant d’eux. Henri IV, instruit de la querelle, félicita Sully de sa conduite, et lui écrivit pour lui « offrir de lui servir de second contre d’Espernon. »

Malgré cet avertissement énergique, le gouverneur de Guienne ne rabattit rien de son arrogance. Dans un démêlé qu’il eut avec l’archevêque de Bordeaux, il porta au prélat plusieurs coups de poing dans la poitrine, et fit tomber son chapeau d’un coup de canne. L’offense était trop publique et trop grave pour ne pas exiger de réparation. D’Espernon mourut du chagrin que lui causa la nécessité de se démettre de ses charges, d’écrire une lettre d’excuses à l’archevêque, et d’écouter à genoux la réprimande sévère qu’il lui fit avant de l’absoudre.

D’Espernon était âgé de quatre-vingt-huit ans : son secrétaire Girard a écrit sa vie. Lors de sa nomination au gouvernement de Provence, on cria dans les rues de Paris un livre intitulé : Les Hauts faits, gestes et vaillances de M. d’Espernon, en son voyage de Provence. « Le titre, dit Brantôme, le chantait ainsi, et était très bien imprimé ; mais tournant le premier feuillet, et les autres en suivant, on les trouvait tous en blanc, et rien imprimé. » S’il eût été question de recueillir des preuves d’orgueil et d’insolence, les vastes pages d’un in-folio n’auraient pas suffi.




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