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Se mettre sur son trente-et-un (ou son dix-huit). Origine, étymologie mots de la langue française - Histoire de France et Patrimoine


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Savoir : Mots, Locutions

L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus


Se mettre sur son trente-et-un
(ou son dix-huit)
(D’après « Le Courrier de Vaugelas », paru en 1876)
Publié / Mis à jour le dimanche 31 décembre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Souvent employée à l’occasion des festivités de fin d’année ou en de mémorables occasions, l’expression Se mettre sur son trente-et-un n’a aucun lien avec la date du 31 décembre, mais trouverait son origine dans un jeu de cartes, la version plus rare Se mettre sur son dix-huit découlant d’une définition argotique

Depuis l’origine de la langue jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle, explique le grammairien et philologue Éman Martin en 1876 dans Le Courrier de Vaugelas, la préposition sur, souvent employée sous la forme sus, accompagna le verbe mettre, avec lequel elle formait le sens figuré d’accuser.

Mais accuser quelqu’un de quelque chose, c’est l’en charger, le lui mettre sur le dos ; et, comme une expression figurée a pour origine la même expression prise dans le sens propre, il est tout probable que se mettre sur a eu autrefois la signification de se vêtir de : les Anglais, qui ont conservé plus d’une tournure de l’ancien français, ne disent-ils pas encore to put on dans le double sens d’accuser et de mettre un vêtement ?

D’où il suit que Se mettre sur son trente-et-un veut dire, sans ellipse, se mettre sur le dos son trente-et-un. Reste à savoir maintenant quel est le vêtement qui a pu être baptisé de cette singulière façon. On trouve ce qui suit dans Van Tenac (Académie des Jeux) :

« Le Trente-et-un est un jeu de hasard qui se joue entre un banquier et des pontes dont le nombre est indéterminé. En voici les règles :

« 1° Le banquier ayant un jeu de 52 cartes, ou même deux ou trois jeux, selon le nombre des pontes, mêle tout ensemble, fait couper,-puis il distribue à chacun et à lui-même, une par une, trois cartes. Les figures valent dix, les autres cartes les nombres qu’elles indiquent ; l’as a le privilège de valoir onze ou un, selon qu’il convient à celui qui l’a en main.

« 2° La distribution de ces trois cartes étant terminée, chacun regarde son jeu. Celui dont les trois cartes forment trente-et-un les montre, et reçoit du banquier deux jetons d’une valeur déterminée au commencement du jeu. Si le banquier a trente-et-un d’emblée, chacun des pontes lui paye deux jetons, excepté ceux qui auraient trente-et-un, lesquels, dans ce cas, ne paient ni ne reçoivent rien.

« 3° Le banquier n’ayant pas trente-et-un d’emblée demande qui veut carte ; le premier à sa droite a la parole, et les autres successivement. Celui qui croit avoir un jeu trop faible demande carte ; on lui en donne une ; il la regarde, et il peut ainsi en prendre successivement plusieurs ; mais s’il arrive ainsi à dépasser le point de trente-et-un, il crève, et paye deux jetons au banquier. »

Or, comme il résulte de cette citation qu’au jeu dont il s’agit, le point de trente-et-un est le plus beau, on aura semble-t-il appelé familièrement trente-et-un le plus bel habit de quelqu’un, et on aura dit de lui qu’il se mettait sur son trente-et-un pour signifier qu’il se parait de cet habit.

Si l’auteur précédemment cité insinue dans sa préface que le jeu du trente-et-un fut inventé en 1789, ce qui ferait remonter l’expression de Se mettre sur son trente-et-un au plus à cette époque, c’est cependant une erreur, attendu que ce jeu de cartes est mentionné dans le dictionnaire de Furetière, qui fut publié en 1727. Par ailleurs, on en trouve trace dans la vie de Gargantua de François Rabelais (qui écrit alors sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier, anagramme de son véritable nom) en 1562, au chapitre XXII de ladite vie (Les Jeux de Gargantua), et il est probable que ce jeu n’a pas été inventé par Rabelais.

Mais une question se pose : l’explication donnée ne rend pas compte de la locution sans doute équivalente Se mettre sur son dix-huit, locution usitée dans certaines parties de la France, en particulier en Basse-Normandie. L’emploi des nombres 18 et 31 dans le cas de la parure ne viendrait-il pas de l’usage où étaient les toiliers ou tisserands de village de marquer par des chiffres les qualités des fils dont ils se servaient pour tisser soit la toile, soit le droguet, espèce d’étoffe composée de laine et fil ?

Se mettre sur son dix-huit ne peut effectivement s’expliquer par un nom de jeu de cartes ; car non seulement le dix-huit ne figure pas dans la nomenclature de Rabelais, mais encore, il ne se trouve point dans Van Tenac : avec le trente-et-un, ce traité ne mentionne en fait d’autres jeux désignés par un nom de nombre que le treize, le vingt-et-un et le trente et quarante.

Pour autant, l’explication invoquant la toile pour Se mettre sur le dix-huit semble également erronée. On lit en effet dans le Dictionnaire d’argot de Francisque Michel : « DIX-HUIT. s. m. Soulier remonté ou ressemelé, ou plutôt redevenu neuf ; d’où son nom grotesque de dix-huit, ou deux fois neuf. »

Or, il a dû en être des habits comme des souliers. Autrefois, les gens qui n’avaient pas le moyen de se faire habiller de neuf se procuraient chez le fripier des habits d’occasion. Ces habits, retournés pour la plupart, étaient en quelque sorte deux fois neufs : un habit acheté de cette façon s’appela naturellement aussi un dix-huit, et l’on a dit, dans la langue populaire : « Se mettre sur son dix-huit », pour signifier se vêtir du plus bel habit que l’on possédât.

Quelle que soit la bonne explication, il est intéressant de remarquer qu’au féminin, il ne faudrait pas dire : elle s’est mise sur son dix-huit (ou sur son trente-et-un), mais elle s’est mis sur son dix-huit, attendu que dans cette phrase, qui signifie elle a mis à elle sur (sa personne) son dix-huit, le régime direct est après le participe.

 
 

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