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23 novembre 1698 : mort de César-Pierre Richelet, rédacteur du premier dictionnaire unilingue de la langue française - Histoire de France et Patrimoine


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23 novembre 1698 : mort de
César-Pierre Richelet, rédacteur
du premier dictionnaire unilingue
de la langue française
(D’après « Revue de Champagne et de Brie : histoire, biographie,
archéologie, documents inédits, bibliographie, beaux-arts » paru en 1887,
« Maucroix, sa vie et ses ouvrages, publiés par Louis Paris,
sur le manuscrit de la bibliothèque de Reims » paru en 1854,
« Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l’histoire
sacrée et profane » paru en 1759 « Biographie universelle
ancienne et moderne » (Tome 38) paru en 1824,
« Confessions d’un homme de cour contemporain de Louis XV :
révélations historiques sur le XVIIIe siècle » (Tome 1) édition de 1830
et « Dictionnaire critique de biographie et d’histoire : errata
et supplément pour tous les dictionnaires historiques d’après des
documents authentiques inédits » (par Auguste Jal) paru en 1867)
Publié / Mis à jour le jeudi 23 novembre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Versé dans la poésie et la satire, amoureux de la langue française, Richelet, précepteur éconduit et turbulent régent de collège, devient avocat vers 35 ans avant de s’adonner au culte des muses et de publier son Dictionnaire français près de 15 ans avant l’Académie française qui avait pourtant obtenu l’exclusivité royale en la matière

Né le 8 novembre 1626 — lors d’un interrogatoire qu’il eut à subir le 23 mai 1657, il déclara toutefois être âgé de 28 ans, ce qui fixerait l’année de sa naissance à 1629 — à Cheminon (Marne), près de Châlons-sur-Marne, César Pierre Richelet est le petit-neveu de Nicolas Richelet, avocat au parlement de Paris, qui entra dans l’exercice du barreau au commencement du XVIe siècle et s’y fit de la réputation, et dont on possède des Commentaires sur les odes, les hymnes et les sonnets de Ronsard.

C’est en 1654 que Richelet arriva comme régent au collège de Vitry — le paiement de 305 livres à Pierre Richelet, pour quatre quartiers de ses gages de régent, année 1654-1655 est en effet la première mention que nous rencontrons dans les registres des comptes. Il venait de Dijon, en Bourgogne, où il avait été précepteur du jeune fils du marquis de Courtivron — par la suite président de cette ville. À noter que nombre de biographies affirment que son séjour à Vitry est antérieur à sa venue à Dijon, ce qui est faux.

Épris de poésie et de beau langage, il se sentait surtout du goût pour la satire, et n’aimait rien tant que « peindre sur papier » les gens ridicules. À Dijon, où il avait profité de ses loisirs pour cultiver l’amitié des savants et des littérateurs qui alors faisaient l’ornement de la ville, il avait notamment acquis l’estime du célèbre Pierre du May, conseiller au parlement — à qui il adressera plus tard des vers imprimés dans la seconde partie des Délices de la poésie galante des plus célèbres auteurs de ce temps (1664).

César-Pierre Richelet. Gravure de Jean Langlois réalisée d'après une peinture de Joseph Vivien (1657-1734)
César-Pierre Richelet. Gravure de Jean Langlois réalisée d’après
une peinture de Joseph Vivien (1657-1734)

Mais il avait trouvé moyen de se brouiller avec son protecteur en « rimaillant » contre toutes sortes de personnes, contre un président, contre un conseiller du parlement de cette ville, même contre les prêtres de l’Oratoire ; aussi avait-il été obligé de s’enfuir pour éviter la prison. Selon la déposition de Jean Ladouasse, prêtre, curé de Saint-Vrain et régent du collège : « Deux ans sont ou environ, ledit Richelet lui dit qu’il avait fait des vers contre les Pères de l’Oratoire, qu’on disait être jansénistes, et que pour ce sujet les dits Pères de Dijon voulaient le faire chasser de ladite ville. » Selon la déposition de François Bocquet, prêtre, vicaire à Vitry-le-François, Richelet a entretenu le séminariste Sélix « touchant des vers qu’il disait avoir fait contre la femme d’un président et conseiller du parlement de Dijon, par lesquels vers il traitait le mari de ladite femme de cornard ; lesquels vers avaient obligé ledit Richelet de quitter ladite ville, et qu’il y avait eu prise de corps à l’encontre de lui. »

Ses déboires à Dijon ne l’avaient dégoûté ni des muses, ni de l’épigramme ; les inimitiés ne l’effrayaient pas ; il allait même jusqu’à prétendre que cela le divertissait, et il se croyait de force à se défendre avec sa plume. Au surplus, il avait été soldat, rappelait volontiers ses campagnes, avait des camarades dans la garnisons et affectait de se promener par la ville avec « des gens de guerre » ; une telle compagnie ne convenait guère à sa profession, mais convenait merveilleusement à son humeur querelleuse et fanfaronne.

Il ne fallait donc point compter sur Richelet pour ramener au collège de Vitry-le-François la tenue et la discipline qui en étaient depuis longtemps bannies. Ce collège avait en effet eu jusqu’alors des maîtres médiocres et des élèves turbulents, qui rivalisaient de sottises les uns avec les autres. Les choses étaient allées si loin avant la venue de Richelet qu’en avril 1650, dans une requête au parlement de Paris, les habitants s’étaient plaints que la jeunesse « non seulement perdait le temps sans tirer aucun profit à cause de l’incapacité des régents, mais même courait risque de se corrompre par l’exemple des mauvais déportements et friponneries ordinaires desdits régents. » Une seconde requête en date du 16 mai 1650 nous apprend qu’à cette époque les trois jeunes hommes sans caractère de prêtrise et abusant de leur condition « pour faire friponneries avec leurs écoliers, prenant du tabac et buvant le vin que ceux-ci tiraient secrètement des caves de leurs pères et mères. »

L’ « estude » de maître Richelet fut bientôt pleine de vers et de prose, qu’il montrait complaisamment à ses amis. Au mois d’août 1655, il composa une tragédie, qui fut représentée par ses élèves sur un théâtre dressé au collège ; et, après la tragédie, on dansa « un balle », qui plut beaucoup aux spectateurs. Ce fut même, paraît-il, ce qui leur plut davantage, et Pierre Delaistre dit tout haut que le « bal valait bien la tragédie. » Le mot fut rapporté à l’auteur qui s’en trouva fort offensé et s’en vengea par une satire contre Delaistre.

D’autres satires la suivirent bientôt. Richelet fit des vers sur « un pedeant », qui n’était autre que le sieur Godeau, son collègue, régent de la classe de seconde ; il se brouilla avec un avocat pour une difficulté de philosophie, et écrivit une poésie de sa façon où il l’appelait « cornard et farfadet » ; il s’attaqua même à un officier du présidial, le menaçant que, « s’il répandait de l’encre sur son papier, il le ferait plus noir que la robe qu’il portait. » Et lorsqu’on lui représentait qu’il était mal et dangereux de s’en prendre ainsi à tout le monde : « Il faut bien, répondait-il, que j’aie des sujets de satire ! »

Or Richelet avait sous sa férule Louis Garnier, fils du chirurgien Isaac Garnier. Garnier, pour engager le professeur à mieux instruire l’enfant dans la langue latine, l’invita souvent « à boire et à manger à sa table ». C’est là que Richelet fit connaissance de Louise Garnier, sœur du jeune Louis, âgée alors de seize ans ; elle écouta volontiers les douceurs que le poète rimait pour elle, et ce fut bientôt l’ordinaire histoire : les amoureux cherchèrent l’occasion de se parler en secret ; ils se virent plusieurs fois dans la chambre même de Louise, que Richelet appelait « Louison », et le régent, heureux d’être agréé, osa boire à la santé de sa belle dans les maisons où il allait souper. D’ailleurs, ses intentions étaient fort honnêtes : c’est au mariage qu’il songeait, et il pria le médecin Legoux de demander pour lui aux parents la main de la fille. Cette démarche gâta tout.

On était en 1657. Garnier, riche et bien posé, n’était pas embarrassé pour trouver à Louise un gendre mieux sortable que le régent. Il répondit « que ledit Richelet se trompait de former un tel projet, et qu’il ne pourrait jamais réussir dans ce dessein », qu’il n’était point de qualité égale à celle de la famille où il voulait entrer, et qu’en outre il y avait entre eux une différence de religion qui rendait toute alliance impossible. Richelet eut beau protester qu’il n’empêcherait point sa femme d’aller au prêche, qu’il lui permettrait d’élever ses enfants dans les principes de la Réforme, qu’au besoin, il se ferait lui-même huguenot, rien n’y fit ; et, pour couper court à des relations qui devenaient compromettantes, Garnier retira son fils du collège et fit fermer au régent la porte de sa maison.

Le poète, furieux, traita publiquement Garnier « de sot, de bougre et de cornard » ; il dit que sa femme « était une p*** », qui avait autrefois fait parler d’elle ; il répéta partout « qu’il ferait bien taire ledit Garnier, qu’il ne mourrait jamais que de sa main, qu’il lui baillerait un coup « de pistolet, qu’il avait déjà été deux fois à l’armée, et qu’il y irait pour la troisième fois porter des plumes ! »

D’injures en injures, de rixes en rixes, Richelet tenait enfin un sujet de satire, et publia sa Satire contre l’escargot sans coquille :

Il faut enfin que je te tire
Les poignants traits d’une satire
Et je t’en dis la vérité
Pour abattre ta vanité.
Je dis donc d’un air satirique
L’éloge d’un barbe de bique,
Barbe de chien, barbe de chat,
Barbe de loup, barbe de rat,
Barbe d’escargot sans coquille,
Barbe dérobée d’une fille,
Barbe d’un furieux éléphant,
Barbe de bouc, barbe de bran,
Barbe en mode d’une quenouille,
Barbe d’une vieille grenouille,
Barbe de quot et de chapon,
Vilaine barbe de poison,
Barbe où les morpions se logent,
Barbe dont je fais les éloges,
Barbe d’un diable et demi,
Barbe d’un vieux chapeau moisi,
Barbe d’une grosse citrouille,
Barbe puante d’une andouille,
Barbe, retiens donc le caquet
De ce gros coquin de valet.
Voyez comme sa gueule écume,
Voyez comme sa tête fume.
Je crois que t’as le diable au corps.
Que jamais n’en soit-il dehors,
Démon d’enfer, je t’en charge,
Et bien au long et bien au large.
Quoi ! ne plaindras-tu pas ton sort,
Toi dont la gueule sent plus fort,
Avec une mine de plâtre,
Que ne fait quelque vieil emplâtre.
Enfin que la teigne et les poux,
Les vautours avec les loups
Te dévorent tous les entrailles
Et t’en fassent les funérailles,
Et que cent gros clous d’apostume,
Noirs et gluants comme bitumes,
T’environnent le fondement,
Si tu songe tant seulement
Ce faire quelque résistance
Contre le maître de la science.
Mais à quoi t’en invectiver ?
Le diable te puisse emporter !

Signé Jacob, dit Isaac Garnier, dit Belzébuth

Après moult plaintes, après un long procès et une non moins longue enquête — il y eut près de quarante témoins assignés —, Pierre Richelet fut condamné en juillet 1657 en prévôté à une simple amende. Il se hâta d’interjeter au bailliage, mais le 19 juillet, il fut débouté de son appel.

Une édition du Dictionnaire français de Pierre Richelet
Une édition du Dictionnaire français de Pierre Richelet

La fâcheuse issue de son procès n’empêcha point Richelet de demeure encore près de quatre ans à Vitry — les quartiers de ses gages de régent du collège lui sont payés régulièrement jusqu’au mois d’avril 1661 ; le comptable constate que vers ce moment il a quitté Vitry, et que, par acte du 3 juillet de la même année, le conseil de ville a ordonner de payer au sieur Regnault, principal, la portion de gages afférente au temps pendant lequel il a régenté la classe dudit Richelet. D’ailleurs, en 1629, à l’entrée de M. de Villaines, gouverneur, Richelet composa en son honneur un poème qui fut récité par les élèves du collège. On en fut si content que le Conseil de ville lui alloua 30 livres et encore 30 autres livres pour régaler les écoliers.

Richelet quitta en 1661 Vitry pour Paris, se fit recevoir avocat, et fréquenta le barreau, comme l’atteste un sonnet de 1664 de Pierre de Pelletier qui l’invite à renoncer à la jurisprudence pour se livrer tout entier au culte des muses. Ce sonnet figure au sein des Délices de la poésie galante, ouvrage cité plus haut.

Richelet ne tarda pas à suivre le conseil de Pelletier et sut mériter la bienveillance du traducteur Nicolas Perrot d’Ablancourt (1606-1664) et de l’avocat et écrivain Olivier Patru (1604-1681). Conjointement à Perrot d’Ablancourt, il prit en outre soin de l’éducation de Louis Dufour de Longuerue, et l’on assure dans l’abrégé de la vie de celui-ci, que ce fut en partir à l’un et à l’autre que cet abbé dut son amour pour les lettres grecques, latines et françaises qu’il porta depuis à un si haut point.

S’étant formé sur de si bons modèles, César-Pierre Richelet fut admis en 1665 à l’académie que l’abbé d’Aubignac avait ouverte chez lui, composée de personnes d’esprit et d’érudition, et dans laquelle on prononçait publiquement des discours académiques, le premier jour de chaque mois. Richelet y lut plusieurs discours qui donnèrent une opinion avantageuse de ses talents et lui firent des protecteurs.

Richelet nous dit lui-même que l’un d’eux, Tallemant des Réaux, le proposa au président de Périgny, précepteur du dauphin, pour le soulager dans les services qu’il rendait au prince ; mais que, Périgny, quoique disposé favorablement, lui préféra Jean Doujat (1609-1688), avocat, jurisconsulte et professeur de droit canon au Collège royal, sur la sollicitation du président Nicolaï. Huet, dans l’histoire de sa vie écrite en latin, rapporte seulement que Richelet fut du nombre de ceux que l’on choisit pour être de la maison du prince, et dont l’emploi ne consistait qu’à inspirer au dauphin le goût des sciences.

César-Pierre Richelet, se trouvant sans état et sans fortune, se vit donc obligé de chercher des ressources dans l’enseignement de la langue française, dont il avait fait une étude particulière, et dans la rédaction de quelques ouvrages qui, presque tous, obtinrent du succès. En 1667, il publia son Dictionnaire de rimes, et en 1671 sa Versification française. Mais c’est son Dictionnaire français, publié en 1680 à Genève et qui constitue le premier dictionnaire en français de la langue française, qui lui valut les foudres de l’Académie française.

Notons qu’il y avait un précédent en matière d’apparition de la langue française dans un dictionnaire intitulé Catholicon, dictionnaire trilingue (breton, français, latin) rédigé par Jehan Lagadeuc en 1464 et imprimé en 1499 à Tréguier en Bretagne ; en 1609 avait été imprimé le premier dictionnaire d’orthographe française de Robert Poisson sous le titre : Alfabet nouveau de la vrée, et pure ortografe françoize, et modèle sus iselui, en forme de dixionére, dédié au roi de Navarre Henri IV, par Robert Poisson, equier en la ville de Valonnes ; enfin était paru en 1627 le Thresor des trois langues espagnole, française et italienne d’Antoine Oudin.

On sait que dès les premiers jours de son existence en 1635, l’Académie s’était attribuée le droit et la charge de doter le pays d’un Dictionnaire. Au bout de 39 ans d’élucubrations préparatoires, l’illustre compagnie annonça la très prochaine publication de son travail, et, pour s’en assurer la gloire et le profit, obtint préalablement (le 6 juin 1674) un privilège royal, qui, avant toute appréciation de l’œuvre, faisait inhibitions et défenses à tout imprimeur-libraire d’imprimer aucun dictionnaire de la langue française, sous tel titre que ce pût être, voulant, dit le privilège, que durant vingt ans au moins après sa publication il ne soit imprimé aucun autre nouveau dictionnaire que celui de l’Académie, etc.

Mais le travail académique était lent, quelques bons esprits de l’institution se lassant de cette impuissance : d’Ablancourt, Conrart, Patru, Furetière et quelques autres, qui depuis longues années avaienl fourni leur contingent, cessaient de croire au Dictionnaire. Six années déjà s’étaient écoulées depuis l’obtention du privilège, et l’Académie en était toujours au même point. Mais le bruit fait autour de cet impossible enfantement, et les impatiences du public, donnèrent à plusieurs l’idée d’un vocabulaire, dont pour le coup le besoin se faisait vivement sentir.

Furetière, malgré les égards qu’il devait au corps dont il faisait partie, prépara sourdement, et sans se confier à personne, le travail qui devait abreuver de tant d’amertumes le reste de ses jours. Richelet, de son côté, plus libre, plus indépendant, grammairien émérite, auteur déjà de plusieurs travaux philologiques, se trouvait pareillement en fonds pour une publication de ce genre. Malgré ses livres, sa verve et le bon vouloir de ses amis, César-Pierre, pauvre et presque famélique, vivait difficilement.

D’Ablancourt — mort en 1664 —, jadis, l’avait si vivement recommandé que les académiciens boudeurs décidèrent, à huis-clos, que nonobstant le privilège de 1674, ils contribueraient au Dictionnaire de Richelet, à la condition toutefois que cette collaboration serait secrète, passive, puisée dans des publications antérieures, et que le livre paraîtrait à l’étranger. C’est sous le mérite de ces conventions qu’Olivier Patru écrivit au poète et traducteur François de Maucroix (1619-1708) la charmante lettre que voici :

« Nous sommes convenus que pour ta part, non seulement tu ferais la même chose pour tes propres ouvrages, mais de plus (garde-toi de dire non) pour tout Balzac. Il a été réglé, ordonné, nous réglons, ordonnons que tu fourniras cette tâche. Richelet est sûr de cinq ou six auteurs vivants qui, pour avoir le plaisir et l’honneur d’être cités eux-mêmes, fourniront d’autres extraits pardessus le marché, et chacun gardera le silence pour mettre sa petite vanité à l’abri, comme de raison. Je m’en suis ouvert au Rapin et au Bouhours qui s’y jettent à corps perdu. Allons, notre ami, travaille et beaucoup et promptement ; songe que nous n’avons pas comme toi un bréviaire bien payé, quoique mal récité. Adieu, nous nous aimions à la buvette, aimons-nous toujours. — Ce 4 avril 1677. »

Buste de César-Pierre Richelet à Cheminon (Marne) situé sur la place devant la mairie de la commune
Buste de César-Pierre Richelet à Cheminon (Marne) situé
sur la place devant la mairie de la commune

« C’est ainsi, dit Sainte-Beuve, que le travail fut enlevé en quinze ou seize mois. » Le Dictionnaire français, contenant généralement tous les mots de la langue française parut à Genève en 1680. Son apparition fit une profonde sensation. L’auteur avait pris son titre au sérieux, et plus peut-être que les bienséances et les égards dus au public ne l’exigeaient. Il donnait, en effet, tous les mots de la langue et ne reculait devant l’explication d’aucun : le tout assaisonné de citations piquantes empruntées à tous les auteurs en vogue, et que fréquemment la malignité de l’éditeur dirigeait contre des adversaires ou des personnages connus.

Le scandale fut grand et le cri de haro général. La destinée du livre se ressentit de ce soulèvement. L’imprimeur Widerhold, éditeur et bailleur de fonds, en avait introduit quinze cents exemplaires à Villejuif ; par une imprudence aveugle, il s’en ouvrit à Simon Benard, libraire de la rue Saint-Jacques, à Paris ; celui-ci livra le secret et prévint le syndic de la communauté des libraires, qui fit saisir et brûler les quinze cents exemplaires. À cette nouvelle, le malheureux Widerhold, atteint dans sa fortune, se mit au lit et mourut de chagrin trois jours après. Le lendemain de sa mort, Benard, au sortir de l’église Saint-Benoît, sa paroisse, fut poignardé par un inconnu qui disparut dans la foule.

L’histoire ne dit point comment Richelet et ses amis sortirent de cette affaire ; ce qui est constant, c’est que dès l’année suivante, 1681, une seconde édition du Dictionnaire parut à Lyon, avec des corrections et de nombreux retranchements. Le succès en fut encore si grand que plusieurs contrefaçons se donnèrent en quelques années, tant en France qu’à l’étranger.

À ce sujet, l’auteur des Confessions d’un homme de cour contemporain de Louis XV rapporta au siècle suivant au sujet de Richelet, « dont le nom est devenu une autorité pour les personnes qui étudient notre langue », que « son humeur satirique le mit dans la nécessité de se déplacer fréquemment et lui fit des ennemis partout. Ceux qu’il s’était faits à Grenoble se vengèrent d’une manière assez dure. Ils l’invitent à souper chez un traiteur ; après être sortis de table, sous prétexte de le reconduire, ils le contraignent, à coups de canne, à courir devant eux jusqu’à la porte de France. Aussitôt qu’il l’a franchie, l’officier de garde, qui est du complot, fait relever le pont-levis, et comme il n’y avait pas de faubourg de ce côté, le malheureux grammairien est obligé de faire cinq quarts de lieue pour gagner une maison. Furieux de celle mésaventure, Richelet se retire à Lyon, y donne une nouvelle édition de son Dictionnaire, et y glisse cette phrase : Les Normands seraient les plus méchantes gens du monde s’il n’y avait pas de Dauphinois. »

Quant à Furetière, il ne put pardonner à Richelet, naguère son ami, de l’avoir si subtilement prévenu, et une guerre d’épigrammes et d’invectives fut entre eux le prélude de cette redoutable lutte académique, dans laquelle, malgré son esprit, ses factums étincelants de verve et les nombreux appuis qu’il avait dans le public, devait succomber le malheureux. La postérité, moins passionnée, a quelque peu réhabilité Furetière, en conservant une certaine estime à son Grand Dictionnaire.

César-Pierre Richelet avait plus de 60 ans quand il se maria, mais craignant le ridicule qui s’attache aux vieillards amoureux, il tint cette union si secrète, qu’elle le fut connue que de ses amis les plus intimes. Le grammairien s’était en effet avisé de s’éprendre, à l’âge de 55 ans, de la fille d’un bonnetier de son voisinage, Michelle Brumeau, âgée de 30 ans environ. Il s’était fait aimer, et de leur affection mutuelle était née, le 23 juin 1688, une fille, qu’on avait baptisée à Saint-Sulpice sous les noms d’Anne-Madeleine.

Michelle Brumeau avait quitté la maison de son père pour celle de son amant, qui, après quelques années d’un commerce mystérieux, consentit à prendre pour femme, à la face de l’Église, la mère de sa fille. La cérémonie se fit sans bruit. L’acte de mariage, qui n’eut pour signataires que deux prêtres et le suisse de la paroisse, dit que les époux demeuraient rue du Four, dans la maison de M. Bergerat ; il ajoute que, la cérémonie achevée, Richelet et Michelle reconnurent Anne-Madeleine. Cet acte prénomme Richelet César-Pierre, celui-ci étant prénommé seulement Pierre le 24 juin 1688 lors du baptême de son enfant — ainsi que dans l’acte de décès.

L’écrivain, qui signait Richelet, sans addition de prénoms ou d’initiales de prénoms, mourut le 23 novembre 1698. Aucun de ses amis n’assista à son enterrement, où l’on ne voit figurer que « Messire Béguyer, prêtre de Saint-Sulpice, Étienne Chagrain, porte-verge de l’église et Michel Auvray, fossoyeur ». Ses mordantes épigrammes avaient-elles éloigné de lui tous ceux qu’il avait connus dans le monde littéraire ?




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