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11 juin 1924 : démission d'Alexandre Millerand, président de la République

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11 juin 1924 : démission
d’Alexandre Millerand,
président de la République depuis 1920
Publié / Mis à jour le vendredi 10 juin 2016, par LA RÉDACTION
 

Peu avant les élections législatives de mai 1924, le socialiste Alexandre Millerand, président de la République depuis le 23 septembre 1920, avait manifesté son attachement à la majorité sortante, de droite. Aussi le Cartel des gauches, qui remporta ces élections, demanda-t-il la démission de Millerand qui, dans un premier temps, n’obtempéra pas.

Mais lorsque la Chambre des députés lui refusa sa confiance lors de sa tentative de former un nouveau gouvernement, le président de la République présenta cette fois sa démission, et fit connaître aux Français les raisons et circonstances de celle-ci dans sa « Lettre au pays » ainsi libellée :

« Mes chers concitoyens,

« Au moment où je remets les pouvoirs que l’Assemblée nationale me conféra par plus des trois quarts de ses suffrages, le 23 septembre 1920, je veux m’adresser à vous.

« Premier magistrat de la République, appelé, au lendemain de la plus cruelle et de la plus glorieuse des guerres, à veiller sur les destinées de la France, je savais que vos vœux unanimes se résumaient en un mot : la paix.

Alexandre Millerand
Alexandre Millerand

« La paix au dehors, par l’accord avec nos alliés ; par le développement des ententes internationales sous l’égide de la Société des nations ; par l’exécution du traité de Versailles qui devait nous garantir la sécurité et les réparations ; par l’application des actes diplomatiques qui ont créé l’Europe nouvelle.

« La paix au dedans, par l’oubli des discussions intestines d’avant guerre ; par le respect des croyances et des opinions ; par la protection de tous les droits et les intérêts légitimes, dans la tranquillité, le travail et l’ordre ; par la poursuite incessante du progrès matériel et moral.

« En même temps qu’il appliquait ce programme, le gouvernement ne pouvait oublier la dette sacrée contractée par la France envers ses régions dévastées comme à l’égard des victimes de la guerre : pour l’acquitter, le contribuable français n’a pas avancé moins de cent milliards au lieu et place du débiteur défaillant.

« Tous les ministères, depuis celui que j’eus l’honneur de présider, se sont consacrés à l’œuvre que je viens de définir. Pendant ces quatre années, le monde a rendu hommage au spectacle impressionnant offert par la France laborieuse et tranquille, aussi courageuse devant les tâches de la paix que devant les épreuves de la guerre.

« Le 11 mai dernier ont eu lieu les élections générales.

« Fidèle au premier devoir du Président de la République, qui est le respect scrupuleux des volontés du suffrage universel, je me suis tourné vers les hommes politiques qu’il avait désignés : j’entendais collaborer avec eux en toute loyauté à la gestion des affaires publiques.

« A mes offres, ils ont répondu par un refus. Ils ont exigé ma démission.

« Prétention injustifiable, violemment opposée à l’esprit comme à la lettre de la loi constitutionnelle.

« Si notre Constitution remet le choix du Chef de l’Etat uniquement aux mains des parlementaires, elle a eu du moins la prudence de disposer qu’une fois élu il n’aurait, sauf le cas de haute trahison, à rendre de comptes à personne pendant la durée de son septennat.

« Une décision, inspirée par l’esprit de parti à quelques meneurs, vient de jeter bas cette garantie. Sous leur pression, des réunions extra-parlementaires ont déclaré que le Président de la République, ne plaisant pas à la majorité de la Chambre nouvelle, devait se retirer immédiatement, sans attendre le terme légal de son mandat.

« Précédent redoutable, qui fait de la Présidence de la République l’enjeu des luttes électorales, qui introduit par un détour le plébiscite dans nos mœurs politiques et qui arrache à la Constitution le seul élément de stabilité et de continuité qu’elle renfermât.

« J’aurais cru commettre une félonie en me faisant ne fût-ce que par mon inertie le complice d’une nouveauté si grosse de périls. J’ai résisté.

« Je ne cède qu’après avoir épuisé tous les moyens légaux en mon pouvoir.

« Demain, dans le rang, aux côtés des bons citoyens qui m’ont, de tous les points du pays, adressé l’encouragement précieux de leurs sympathies, je reprendrai la lutte pour la liberté, pour la République et pour la France.

« Paris, 11 juin 1924. A. MILLERAND. »

 
 
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