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6 avril 1327 : le poète Pétrarque rencontre Laure de Sade (Laure de Noves) à Avignon

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6 avril 1327 : le poète Pétrarque
rencontre Laure de Sade à Avignon
Publié / Mis à jour le vendredi 5 avril 2013, par LA RÉDACTION
 

Rien n’est plus célèbre dans les fastes de l’amour et de la poésie, que la passion de Pétrarque pour Laure. « Si Pétrarque n’eût pas aimé, dit un auteur célèbre, il serait beaucoup moins connu. En voulant immortaliser Laure, il s’est immortalisé lui-même par la beauté de ses sonnets et de ses odes, qui ont beaucoup servi à perfectionner la langue italienne. » Pétrarque nous a instruit lui-même du premier instant où son amour prit naissance.

La vue de Laure fit sur lui cette impression subite et profonde que les romans dépeignent si souvent : la beauté de Laure était alors dans tout son éclat. « Elle avait, dit Pétrarque, les cheveux blonds, la peau très blanche, et elle était d’une taille et d’un port remplis de majesté. » Dès ce moment, Pétrarque lui consacra sa muse, et fit à sa louange trois cent dix-huit sonnets et quatre-vingt huit chansons, dont la plupart respirent la poésie la plus aimable et les sentiments les plus tendres. Cette passion fut la grande affaire de sa vie. Il l’aima trente ans, dont dix furent donnés aux regrets et au culte de sa mémoire.

Laure de Sade (Laure de Noves)
Laure de Sade (Laure de Noves)

Laure demeurait près des rives de la Sorgue et de la fontaine de Vaucluse ; Pétrarque habitait Avignon ; mais dans la suite il vint demeurer à Vaucluse même, et ce fut dans cette retraite amoureuse et littéraire qu’il composa la plupart de ses ouvrages. La maison de Pétrarque était sur la pointe d’un rocher, à cent pas au-dessous de la caverne de Vaucluse ; Laure avait la sienne sur une autre pointe de rocher, assez près de celle de son amant, mais séparée par un petit vallon. Laure n’était pas moins recommandable par la délicatesse de son esprit que par les charmes de sa beauté. Ce fut là le double lien qui forma l’esclavage et la passion de Pétrarque.

C’était alors le terme où il venait de se former en Provence, une cour de politesse, composée des dames du pays les plus distinguées, autant par leur goût pour la poésie et la belle littérature, que par leur naissance et leur rang. Cette brillante assemblée portait le nom de Cour d’amour, et on y prononçait des arrêts en dernier ressort, sur les différends élevés entre les amants. Laure était un des juges de ce tribunal qui tenait ses principales assises à Romanil, château du diocèse d’Avignon.

Les amours de ce temps-là étaient bien différents de ceux d’aujourd’hui. Laure n’employa son pouvoir sur l’esprit de son amant, qu’à lui inspirer le désir de la gloire et l’amour de la vertu. Illa, dit Pétrarque, juvenilem animum ab omni turpitudine revocavit, atque alta compulit spectare. Ainsi, ce fut la passion la plus pure, et voilà pourquoi elle fut si durable.

Quoique dans le fond de son cœur, Laure ne fût pas insensible à l’amour et à la constance de Pétrarque, et qu’elle dût être flattée de se voir adorée d’un homme qui avait rendu son nom célèbre dans toute l’Europe, elle sut cependant se garantir de tous les dangers inséparables d’une situation si délicate, et ne permit jamais à son amant que des vues conformes à la religion et à l’honnêteté. Pétrarque, de son côté, pénétré de respect pour Laure, en lui exprimant les sentiments les plus vifs, ne cessa jamais de mériter son estime : ainsi, Laure eut le privilège bien rare de conserver à la fois son amant et sa vertu.

Il ne faut donc pas croire madame Deshoulières, lorsque, dans la description de la fontaine de Vaucluse, elle s’exprime ainsi :

Je ne vous ferai voir, dans ces aimables lieux,
que Laure tendrement aimée,
Et Pétrarque victorieux... ;

Lorsqu’elle dit que Pétrarque

Exprima si bien son ardeur,
Que Laure malgré sa rigueur,
L’écouta, plaignit sa langueur,
Et fit peut-être plus encore.

quand elle parle « De cet antre où l’amour tant de fois fut vainqueur ; » comme si elle parlait de la grotte où Enée fut vainqueur de Didon. C’est faire tort à son sexe, de le représenter toujours vaincu. Pourquoi Laure n’aurait-elle pas résisté à Pétrarque, aussi bien que madame Deshoulières résista au grand Condé ?

Laure de Sade était l’aïeule du célèbre marquis de Sade, lequel vécut au XVIIIe siècle.

 
 
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