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14 septembre 1927 : mort tragique de la danseuse Isadora Duncan. Brèves d'Histoire de France. Miettes historiques

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14 septembre 1927 : mort tragique
de la danseuse Isadora Duncan
(D’après « Le Petit Parisien », n° du 15 septembre 1927)
Publié / Mis à jour le mercredi 14 septembre 2016, par LA RÉDACTION
 
 
 
« Mort tragique d’Isadora Duncan. Un bout de l’écharpe qui lui entourait le cou se prend dans une roue de son automobile. La Malheureuse femme périt étranglée », peut-on lire dans Le Petit Parisien du 15 septembre 1927, qui poursuit : une triste nouvelle nous arrive de Nice, qui va répandre la consternation dans le monde des arts et des artistes : Isadora Duncan est morte d’affreuse manière

Cette femme qui, toute sa vie, avait répandu autour d’elle la grâce et la beauté a trouvé, en effet, le trépas le plus tragique que l’on puisse imaginer, relate le quotidien. Hier au soir, elle se promenait en auto et fut victime d’un léger accident.

Pour rentrer chez elle, elle monta dans une machine de course qui s’offrit à la ramener. Mais l’écharpe qu’elle portait autour du cou, et qui d’abord flottait derrière elle, se prit soudain à la roue arrière et s’y enroula. Sans qu’elle pût ni appeler ni faire un geste, Isadora fut serrée si violemment qu’elle succomba presque aussitôt, étranglée. Mais l’écharpe la tirant toujours, son corps bascula et finit par tomber sur la chaussée de la promenade des Anglais. On la releva abîmée.

Isadora Duncan
Isadora Duncan

Isadora Duncan était née à San Francisco. Elle descendait d’une famille écossaise et l’un de ses ancêtres, sir William Duncan Bart, avait combattu aux côtés de George Washington. Par quel hasard, par quelle prédestination mystérieuse cette descendante de gens si austères se livra-t-elle à la danse ? Qui saurait le dire ? Elle dansa comme rarement l’on avait dansé avant elle, avec une ferveur qui semblait la soulever, la transporter. Elle créa un genre, une école. Elle connut les succès les plus complets, interprétant tour à tour, sur les plus grandes scènes d’Europe, Beethoven, Gluck, César Frank, Tchaïkovsky... Son éclectisme ne permettait pas qu’on la classât : par sa plastique, par cette sorte de furie mystique qui l’animait sur la scène, elle dérouta toutes les théories.

Elle aurait pu, plus pratique, amasser une fortune immense ! Las, elle s’en va pauvre. Pauvre, et sans doute désabusée : quels deuils n’a-t-elle pas connus ? Ceux qui la virent étinceler, tantôt papillon, tantôt psyché, tantôt cygne, ne se doutaient guère de sa détresse intérieure. Elle avait créé, après de sensationnelles tournées en Amérique et en Russie, un studio à Neuilly : ce studio a été vendu après faillite !

Elle avait cru que la Russie soviétique la comprendrait mieux que l’Europe « trop vieille » : elle en revint meurtrie. Elle avait cherché, dans un second mariage, une félicité qu’elle proclama si haut que le monde entier s’y associa. Son second mari, un poète russe, Serge Essenine, auteur d’une retentissante Confessions de voyou, se suicida à Moscou, dans un hôtel.

Elle croyait à des amitiés qui ne duraient pas. Elle se berçait de rêves incompris, elle se leurrait d’illusions et elle vivait entourée de drame. Qui ne se souvient de la mort de ses enfants ? Ils avaient pris place dans une auto qui, soudain mise en marche, roula sur la berge de la Seine et glissa dans le fleuve. Les deux malheureux s’y noyèrent. Isadora Duncan, à leurs obsèques, « dansa » sa douleur, qui était profonde. Il fallait que ce fût elle pour que l’on comprît cette forme sublime de la Douleur.

 
 
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