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14 septembre 1712 : mort de l’astronome Jean-Dominique Cassini, dit Cassini Ier - Histoire de France et Patrimoine


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14 septembre 1712 : mort de l’astronome
Jean-Dominique Cassini,
dit Cassini Ier
(D’après « Biographie universelle ancienne
et moderne » (Tome 7) paru en 1813
et « Vies des savants illustres du dix-septième siècle », paru en 1869)
Publié / Mis à jour le mercredi 16 août 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Premier d’une lignée d’astronomes et de cartographes, Italien d’origine attiré en France par Colbert où il est naturalisé en 1673, il découvre la grande tache rouge de Jupiter et quatre satellites de Saturne, et effectue la première mesure précise de la distance entre la Terre et le Soleil

Jean-Dominique Cassini naquit à Perinaldo, dans le comté de Nice, le 8 juin 1625, de Jacques Cassini, gentilhomme italien, et de Julie Crovesi. Après avoir fait ses premières études sous un précepteur fort habile, il les termina à Gênes, chez les jésuites, avec beaucoup de distinction. Il prit alors pour les lettres un goût très vif, qu’il conserva toujours, et qui, en donnant plus d’agrément à son esprit, ne fut pas inutile à sa célébrité.

Le hasard le tourna vers l’astronomie. Un livre d’astrologie lui était tombé entre les mains : il s’en amusa beaucoup, et y devint même assez savant pour faire quelques prédictions qui lui réussirent ; mais ce succès, qui aurait pu séduire un autre, fut précisément ce qui lui rendit suspect son nouveau savoir. Il sentait déjà, par la droiture de son esprit, que cet art ne pouvait être que chimérique ; aussi l’abandonna-t-il bientôt pour chercher dans l’astronomie les véritables jouissances, dont l’apparence même l’avait charmé.

Gravure (colorisée) de 1777 représentant Jean-Dominique Cassini avec en fond l'Observatoire de Paris
Gravure (colorisée) de 1777 représentant Jean-Dominique Cassini
avec en fond l’Observatoire de Paris

Il fit dans cette étude des progrès si rapides, qu’en 1650, lorsqu’il était âgé seulement de vingt-cinq ans, il fut choisi par le sénat de Bologne pour remplir, dans l’université de cette ville, la première chaire d’astronomie, vacante par la mort du Père Cavalieri, géomètre célèbre par la méthode des indivisibles, qui fut, pour ainsi dire, le prélude du calcul différentiel. Le hasard conduisait ainsi le jeune Cassini, comme par la main, dans l’endroit de l’Europe qui était alors le plus favorable aux découvertes astronomiques.

Il y avait à Bologne une méridienne, tracée en 1575 par le Père Ignazio Dante, dans l’église de Saint-Pétrone, pour avoir par observation les équinoxes et les solstices, dont la connaissance est nécessaire pour la fixation des fêtes de l’Église, et que depuis longtemps le calendrier julien ne donnait plus qu’avec une grande inexactitude, à cause de l’insuffisance de son intercalation. On fit, en 1655, une augmentation aux bâtiments de Saint-Pétrone : cela fit naître à Cassini l’idée d’y tracer de nouveau une méridienne plus longue, plus exacte que celle de Dante, et qui pût servir à résoudre les incertitudes qui restaient encore sur les réfractions astronomiques et sur tous les éléments de la théorie du soleil.

Il obtint, à cet égard, la permission qu’il désirait, mais non sans quelques difficultés de la part des magistrats, qui regardaient l’entreprise du jeune astronome comme assez incertaine, à cause des obstacles que la disposition de l’église semblait présenter ; mais Cassini, après avoir surmonté ces oppositions par l’activité de son caractère, vint également à bout des difficultés réelles de l’opération par sa patience, et, en deux ans, la nouvelle méridienne de Saint-Pétrone fut achevée.

Alors il invita, par un écrit public, tous les astronomes à l’observation du solstice d’hiver de 1655 ; il disait dans un style poétique, que l’habitude des sciences ne lui avait pas fait perdre, « qu’il s’était établi dans un temple un nouvel oracle d’Apollon ou du Soleil, qu’on pouvait consulter avec confiance sur toutes les difficultés de l’astronomie. » En effet, les premiers fruits de ce nouvel oracle furent des tables du soleil plus parfaites, une mesure très approchée de la parallaxe de cet astre, et une excellente table de réfractions.

Les travaux astronomiques de Cassini furent interrompus : on le fit descendre de la région des astres pour l’appliquer à des affaires purement terrestres. Le sénat de Bologne l’envoya à Rome pour défendre les intérêts de cette ville, relativement à la navigation du Pô : ce fut pour lui l’occasion de publier un savant ouvrage sur le cours de ce fleuve, si changeant et si dangereux. Arrivé à Rome, on fut tellement satisfait du jeune astronome, qu’on lui donna la surintendance des fortifications du fort Urbin. Il fallait réparer les anciens ouvrages de cette place, et en faire construire de nouveaux : ce fut pour Cassini une occasion d’apprendre le métier d’ingénieur. Le pape eut un démêlé avec le grand-dur de Toscane, relativement aux eaux de la Chiana : ce fut encore Cassini qu’il chargea de ses intérêts. On aurait dit que, parce qu’il était grand astronome, il fallait qu’il fût universel.

Il refusa cependant une dignité ecclésiastique qu’on lui offrait. Ne se sentant point de vocation pour cet état, il s’en excusa par délicatesse et par piété. Au milieu de ces occupations nombreuses, Cassini ne laissait pas de jeter de temps en temps quelques regards vers le ciel. Ce fut en 1665, pendant l’affaire de la Chiana, et à Città della Pieve, en Toscane, qu’il reconnut avec certitude sur le disque de Jupiter les ombres que les satellites y jettent lorsqu’ils passent entre cet astre et le soleil ; il sut distinguer habilement ces ombres mobiles d’avec les taches qui restent fixes sur la surface de Jupiter. Il se servit des premières pour compléter et vérifier la théorie des mouvements des satellites, dont il s’occupait alors, et il employa les taches fixes pour reconnaître et mesurer la rotation de cette planète sur elle-même, en neuf heures cinquante-six minutes, mouvement beaucoup plus rapide que celui de notre terre, qui est cependant mille fois plus petite que Jupiter.

Cassini reconnut de même la rotation de Mars, par l’observation de ses taches, et il la trouva de vingt-quatre heures quarante minutes. Il avait également aperçu la rotation de Vénus, et la supposait peu différente de celle de Mars : ce résultat fut depuis confirmé par Schröter, astronome de Lilienthal. La rotation de Vénus se fait en vingt-trois heures vingt-une minutes, à peu près comme celles de la terre et de Mars.

Au milieu de tous ces travaux, il n’en fallait pas moins conduire l’affaire de la Chiana, diriger les ouvrages du fort Urbin, et surveiller le cours du Pô dans les états de Bologne ; car le sénat, en reconnaissance des services rendus par Cassini à la ville de Bologne, dans sa mission à Rome, lui avait donné la charge de surintendant des eaux de ce fleuve, charge fort importante pour la prospérité, même pour la conservation du pays.

On pensa semble-t-il que l’activité de Cassini lui laissait encore trop de loisir ; car on le chargea aussi d’inspecter la forteresse de Perugia, et de construire des ouvrages pour défendre le pont Félix, que le Tibre menaçait d’abandonner. Il suffit à tout, et même il trouva encore le temps de faire des occupations volontaires.

Lorsqu’il traitait de l’affaire de la Chiana avec Viviani, en Toscane, il fit une quantité d’observations physiques sur les insectes, et les adressa à Montalbano, qui les fit imprimer dans une édition d’Aldrovande. Il eut aussi la curiosité de répéter chez lui, à Bologne, les expériences nouvelles de la transfusion du sang, qui faisaient beaucoup de bruit alors.

Il était réellement renommé pour cette universalité de connaissances, que, lorsqu’il passait à Florence, le grand-duc et le prince Léopold faisaient tenir en sa présence les assemblées de l’académie del Cimento, persuadés, dit Fontenelle, qu’il y laisserait de ses lumières.

La première observation que Cassini trouva digne d’être envoyée à la nouvelle Académie des sciences de Paris, fondée en 1667, fut celle de l’éclipse de lune du 26 mai 1668. C’était du palais du cardinal d’Estrées que cette éclipse avait été observée, à Rome, en présence de l’élite de la noblesse et des savants. En attendant l’heure où elle devait commencer, Cassini montra à l’illustre compagnie quelques phénomènes célestes intéressants, par exemple les taches de Mars, qu’il avait découvertes depuis quelques années, d’autres taches sur le globe et l’anneau de Saturne, et d’autres sur le disque lunaire. Il fit remarquer, au milieu de ce disque, des taches, en forme de petites îles, qui semblaient s’élever sur un lac. Le moment de l’éclipse arriva ; mais il survint des nuages, qui ne permirent pas de l’observer plus d’une demi-heure. On put néanmoins en distinguer quelques phases, et constater l’immersion de plusieurs taches dans le cône d’ombre.

Cassini envoya à l’Académie des sciences de Paris les tables du mouvement des satellites de Jupiter, avec les éphémérides de toutes les éclipses de ses satellites, calculées pour la même année. Ces éphémérides étaient les premières qu’on eût encore publiées. Dès qu’elles eurent paru, on commença, en France, en Italie, en Hollande, en Angleterre, en Pologne, à observer les éclipses des satellites de Jupiter, et à comparer entre eux les résultats de toutes ces observations.

« Les hypothèses et les tables des satellites de Jupiter, réformées sur de nouvelles observations, sont, dit Delambre, les titres les plus solides de la gloire de Cassini. Les premières tables qu’il avait composées en Italie, ou plutôt le calcul des éclipses fait sur ces tables, avaient décidé Picard à recommander fortement l’auteur à Colbert, qui proposa à Louis XIV de l’attirer en France, pour perfectionner la géographie. » (Histoire de l’astronomie moderne)

La France, remplie de grands hommes, semblait n’en avoir point assez encore ; il fallait qu’elle s’illustrât même des étrangers. Le roi de France, Louis XIV, était né avec un certain instinct du grand et du beau. Comprenant tout ce que le perfectionnement des lettres, des sciences et des arts, peut répandre de gloire et d’éclat sur un règne et sur une nation, il chargea son ministre Colbert de lui en procurer, à tout prix. Fontenelle raconte que le ministre, pour exécuter cet ordre, « organisa un espionnage dont l’objet principal était de déterrer des hommes de mérite et de les lui signaler. » Pour exciter davantage l’émulation des savants français, et en même temps, pour élever plus rapidement, dans notre pays, le niveau de toutes les connaissances, Louis XIV fit venir, à grands frais, des pays étrangers, des savants et des artistes qui s’étaient déjà fait remarquer par des travaux d’un ordre élevé. Cassini fut un de ceux que Colbert alla déterrer, selon le mot de Fontenelle.

Pendant qu’il était à Rome, Cassini fut agréablement surpris d’apprendre que Louis XIV avait l’intention de l’appeler en France. Le marquis de Massigli, sénateur de Bologne, lui annonça, par une lettre, que le comte Gratiani, premier ministre du duc de Modène, était chargé de négocier cette affaire. Bientôt après, en effet, il reçut du comte Gratiani une lettre par laquelle la proposition d’aller à Paris lui était faite directement. Cassini répondit que cette proposition, d’ailleurs si honorable, lui faisait un plaisir extrême ; mais, qu’étant au service du pape et chargé d’affaires importantes, il ne pouvait s’absenter sans congé, et qu’il était nécessaire que la demande de ce congé fût directement adressée au nouveau pontife par le roi de France.

Le 15 octobre 1668, il partit de Rome comblé, dit-il, de grâces et d’honneurs par Clément IX. Il se dirigea vers Florence, avec l’ambassadrice de Bologne, qui lui avait offert une place dans sa voiture. Il apprit à Bologne, non seulement que le pape consentait à son départ pour la France, mais, qu’en outre, il entendait que Cassini conservât ses emplois et continuât à toucher ses appointements pendant la durée de son congé, qui ne pourrait s’étendre au delà de quelques années. Cassini renonça de lui-même à ce traitement, quand il vit, plus tard, que son séjour en France se prolongerait indéfiniment. Mais il continua à recevoir les émoluments d’intendant des eaux et des fortifications, jusqu’en 1677, époque à laquelle cette charge fut supprimée par le pape Innocent XI.

Jean-Dominique Cassini présenté à Louis XIV par Colbert
Jean-Dominique Cassini présenté à Louis XIV par Colbert

Colbert, qui pressait vivement son départ, lui envoya mille écus, pour son voyage, avec l’assurance d’une pension annuelle de neuf mille livres pendant toute la durée de son séjour en France. L’astronome italien partit de Bologne le 25 février 1669. Il se dirigea vers Modène, où il fut présenté à la mère de la reine d’Angleterre, qui lui donna des lettres de recommandation. De là, il se rendit à Gênes, où il fut cordialement fêté par son ami Lercaro. De Gênes, il alla, par mer, à Perinaldo, son pays natal, où son père et sa mère le retinrent plusieurs jours. Enfin, il continua sa route par Nice, Aix et Lyon.

Il arriva à Paris le 4 avril, et, deux jours après, Colbert le présenta à Louis XIV. « Le roi, dit Fontenelle, le reçut et comme un homme rare, et comme un étranger qui quittait sa patrie pour lui. Son dessein n’était pas de demeurer en France, et, au bout de quelques années, le pape et Bologne, qui lui avaient toujours conservé les émoluments de ses emplois, le redemandèrent avec chaleur. Mais M. de Colbert n’en avait pas moins à le leur disputer ; et enfin, il eut le plaisir de vaincre et de lui faire expédier des lettres de naturalité, en 1673.

« La même année (c’est-à-dire à l’âge de 48 ans), il épousa Geneviève Delaître, fille de M. Delaître, lieutenant général de Clermont, en Beauvaisis. Le roi, en agréant son mariage, eut la bonté de lui dire qu’il était bien aise de le voir devenir Français pour toujours. C’est ainsi que la France faisait des conquêtes jusque dans l’empire des lettres. »

Cassini parle ainsi lui-même de sa présentation au roi, le 6 avril 1669 : « Sa Majesté me fit l’honneur de me dire qu’elle était persuadée que je donnais tous mes soins pour l’avancement des sciences, et elle me fit entendre que son dessein était de rendre la France aussi florissante et aussi illustre qu’elle l’était par les armes. Je me trouvai si flatté des bontés de Sa Majesté et de la manière dont elle me traita, que je ne songeai plus dès lors à mon retour en Italie, où j’avais laissé une maison et des domestiques, tant à Bologne qu’au fort Urbain, sous la conduite de M. Monti. »

À l’Académie, où il fut présenté par Carcavi et l’abbé Gallois, on l’accueillit de la manière la plus flatteuse. Il se lia avec Picard et Huygens, avec lesquels il avait été précédemment en commerce de lettres ; avec Mariotte, mathématicien connu par ses travaux sur la physique expérimentale ; avec Marchand, qui avait voyagé dans le Levant, pour y faire des recherches sur l’histoire naturelle ; avec Frenicle, qui excellait en arithmétique et en géométrie ; avec l’anatomiste Pecquet, célèbre par la découverte du canal thoracique ; avec Roberval, géomètre d’une très grande réputation ; avec Boulliaud, etc.

L’architecte Claude Perrault fut chargé par Colbert de préparer, dans les galeries du Louvre, un logement pour Cassini, en attendant que l’Observatoire, auquel on travaillait, fût en état d’être habité. Il avait souvent, nous dit-il dans ses Mémoires, l’honneur de voir le roi, qui prenait plaisir à l’entendre parler de ses observations astronomiques. Louis XIV lui indiquait l’heure où il devait se rendre dans son cabinet, pour l’entretenir de son projet de faire servir l’astronomie au perfectionnement de la navigation et de la géographie.

La reine, qui avait assisté quelquefois à ces conversations, désira que Cassini allât également l’entretenir chez elle, en particulier. Presque tous les autres membres de la famille royale cherchaient, avec le même empressement, le moment de causer avec lui, sur l’astronomie. Lorsque le dauphin eut appris de Blondel les principes des mathématiques, Cassini fut invité par Bossuet, à montrer au jeune prince, son élève, les objets les plus remarquables du ciel. En un mot, il y eut alors, à Paris, un engouement extrême pour l’astronome qui venait de passer les monts.

Jean-Dominique Cassini loua une maison et un jardin dans la rue de la Ville-l’Évêque, qui se trouvait, à cette époque, hors de l’enceinte de Paris. Là il commença à reprendre ses études célestes. Il observa, pour la première fois, les taches du soleil, dont il envoya la description au roi. Il détermina la vitesse de leur mouvement apparent, et il déduisit, de là, une théorie, qui le mit à même d’annoncer que ces taches se retrouveraient aux mêmes endroits du disque solaire, après une révolution de 27 jours. Cassini fut installé à l’observatoire de Paris le 14 septembre 1671. Ce fut dans le courant de cette année qu’il commença la série de ses recherches sur Saturne.

Huygens avait découvert, en 1655, un satellite de Saturne. Ce nouveau satellite, avec celui de la terre et les quatre compagnons de Jupiter, complétaient, suivant une opinion des anciens, le système solaire, qui ne devait avoir que six planètes et six satellites. Huygens, s’imaginant dès lors qu’il ne pouvait exister aucun autre satellite de Saturne, s’occupa seulement de l’anneau de cette planète. Huygens avait découvert cet anneau, mince et large, qui environne Saturne, en observant avec soin les apparences singulières que cette planète présente au premier aspect.

En 1659, il avait si bien étudié et décrit les causes de ses variations apparentes, qu’il crut pouvoir prédire que Saturne « perdrait ses anses et paraîtrait rond dans le mois de juillet 1671 ». Les astronomes, curieux de voir comment Saturne perdrait et recouvrerait ses anses, se tinrent attentifs, et veillèrent, cette année, bien des nuits, pour être témoins de ce singulier phénomène. La prédiction de Huygens fut justifiée par l’événement.

Les veilles de Cassini ne furent pas perdues non plus. Vers la fin d’octobre, il distingua le satellite découvert par Huygens. Ce satellite devait avoir un mouvement propre ; cependant un autre astre paraissait se mouvoir également. Était-ce un second satellite ? Cassini douta, et les jours suivants, il continua ses observations. Le 6 novembre, il ne douta plus : c’était bien un nouveau satellite qu’il avait découvert ; il était plus éloigné de la planète que celui d’Huygens. Il en découvrit un troisième, le 23 décembre 1672, et deux autres encore, au mois de mars 1684. On connut alors les cinq satellites de Saturne, découverts, l’un par Huygens, et les quatre autres, par Cassini. Dans le siècle suivant, William Herschel devait en découvrir deux de plus.

Le séjour de Cassini arrivait à son terme. L’Italie le réclama, et lui-même ne songeait point à rester en France ; mais Colbert, après l’avoir longtemps disputé à sa patrie, eut le plaisir de le vaincre, et de lui faire accepter, en 1673, des lettres de naturalisation. Il se maria la même année, et devint français pour toujours. Jean-Dominique Cassini donna une puissante impulsion à l’astronomie et à toutes les sciences qui s’y rattachent, et l’on ne saurait trop louer Louis XIV, et son ministre Colbert, d’avoir appelé en France l’astronome de Perinaldo.

L’Académie des sciences de Paris avait conçu le projet de mesurer les dimensions du globe terrestre. Elle avait adopté la méthode de Snellius, qui, au fond, était la même que celle qu’Ératosthène avait appliquée, chez les anciens. Auzout et Picard, en imaginant le micromètre, et en appliquant la lunette au quart du cercle, avaient fourni les moyens d’obtenir des mesures célestes et terrestres fort exactes.

Picard, chargé de cet important travail, commença par mesurer la distance de Villejuif à Juvisy. C’était la base sur laquelle tous ses calculs devaient reposer ; la longueur de cette base fut trouvée de 5,663 toises. Ensuite, placé à Juvisy, il mesura l’angle formé par les deux directions, de Juvisy au moulin de Villejuif, et de Juvisy au clocher de Brie ; enfin il calcula la distance de Villejuif à Brie. Ce fut une nouvelle base. Il forma un second triangle, puis un troisième et un quatrième, etc. Il construisit ainsi successivement, treize triangles, et obtint enfin, pour la distance de Sourdun à Malvoisine, 68,430 toises. C’est par là que l’on commença, en 1669, la méridienne dite de l’Observatoire. Elle fut reprise et continuée, en 1683, au nord de Paris par la Hire, et au sud par Cassini. En 1700, Cassini la poussa jusqu’à l’extrémité du Roussillon.

Une grande incertitude régnait sur la longueur du pendule et sur les effets de la réfraction. Il était nécessaire d’aller à une grande distance sur le globe compter les oscillations du pendule et interroger le ciel, pendant que l’on ferait à Paris des observations correspondantes. La parallaxe de Marx fut observée par Cassini, dans diverses contrées de la France, par Picard en Anjou, par Roemer à Paris ; tandis que l’astronome Richer était chargé d’aller faire la même mesure à Cayenne, près de l’Équateur.

Richer revint, en 1673, rapportant des observations utiles et une découverte importante. Il avait constaté que le pendule, qui bat les secondes à Cayenne, est plus court d’une ligne et un quart que le même pendule quand il les bat à Paris. C’était Cassini qui avait donné l’impulsion à tous ces travaux ; ce fut à son instigation que ces voyages furent entrepris.

En 1684, il mit la dernière main au Monde de Saturne, et sa découverte, cette même année, du cinquième satellite de Saturne, donna lieu à la création d’une médaille dans l’histoire du roi, avec cette légende : Saturni satellites primum cogniti : c’était reconnaître dignement les bienfaits de Louis XIV. L’année précédente, avait déjà découvert la lumière zodiacale, cette lueur blanchâtre qui entoure le soleil comme une lentille aplatie, dont il serait le centre, et dont les bords s’étendent dans le plan de son équateur, au-delà de l’orbe de Vénus. Cassini en fit connaître la forme avec exactitude, et, d’après sa position relativement à l’écliptique, détermina les circonstances où elle devait s’observer le plus exactement.

Il découvrit encore que l’axe de rotation de la lune n’était pas perpendiculaire à l’écliptique, comme on l’avait cru jusqu’alors, et que ses positions successives dans l’espace n’étaient point parallèles entre elles : phénomène jusqu’alors unique dans le système du monde. Les lois de ces mouvements, qu’il assigna d’une manière très élégante et très exacte, sont une de ses plus belles découvertes. Il ne servait pas moins les sciences par le mouvement qu’il imprimait autour de lui dans l’académie, et l’on conçoit toute l’influence que devait exercer une si grande activité, désormais concentrée tout entière sur un seul objet.

Jean-Dominique Cassini. Gravure (colorisée) de 1854
Jean-Dominique Cassini. Gravure (colorisée) de 1854

Cassini donna, à l’académie, des recherches sur le calendrier indien, dont il avait retrouvé les fondements d’après des méthodes empiriques eu usage à Siam. Il publia en 1693 de nouvelles tables des satellites de Jupiter, plus exactes que celles de 1668. En 1695, il fit un voyage en Italie, amenant avec lui le fils qui lui restait, l’autre venant d’être tué « dans un combat contre un vaisseau anglais, qui fut pris à l’abordage », dit Fontenelle. Il ne manqua pas d’aller revoir sa chère méridienne de Sainte-Pétrone. La voûte qui recevait le soleil s’était abaissée, et l’ouverture par laquelle entraient les rayons n’était plus dans la vraie perpendiculaire. Cette méridienne était son premier ouvrage et le seul qu’il laissât en Italie ; il donna donc toutes les instructions nécessaires pour sa répartition et sa conservation.

Dans les dernières années de sa vie, il perdit la vue, malheur qui lui a été commun avec Galilée, et qui peut-être venait de la même cause, c’est-à-dire d’une excessive application aux observations délicates de l’astronomie. « Selon l’esprit des fables, dit ingénieusement Fontenelle, ces deux grands hommes, qui ont fait tant de belles découvertes dans le ciel, ressembleraient à Tirésias, qui devint aveugle pour avoir vu quelque secret des dieux. »

Cassini mourut le 14 septembre 1712, sans maladie, sans douleur. II avait alors 87 ans et demi. Il était d’une constitution très saine et très robuste. Avec une activité extrême, qu’attestent ses nombreux ouvrages et les emplois presque aussi nombreux qu’il a remplis, il avait cependant l’âme égale, tranquille, « exempte, dit Fontenelle, de ces vaines inquiétudes et de ces agitations insensées qui sont les plus douloureuses et les plus incurables de toutes les maladies. » Un grand fonds de religion, et la contemplation habituelle du ciel, aidaient beaucoup à ce calme perpétuel.

« Non seulement, dit Fontenelle, une certaine circonspection assez ordinaire à ceux de son pays, mais sa modestie naturelle et sincère, lui auraient fait pardonner ses talents et sa réputation parmi les esprits les plus jaloux. On sentait en lui cette candeur et cette simplicité que l’on aime tant dans les grands hommes, et qui cependant y sont plus communes que chez les autres. Il communiquait sans peine ses découvertes et ses vues, au hasard de se les voir enlever, et désirait plus qu’elles servissent au progrès de la science qu’à sa propre gloire. Il faisait part de ses connaissances, non pas pour les étaler, mais pour en faire part. »

Il avait écrit lui-même l’histoire de sa vie, que Cassini de Thury, son arrière-petit-fils, publia dans ses Mémoires pour servir à l’histoire des sciences (1810). Elle est écrite avec beaucoup de simplicité et de modestie ; mais surtout elle montre bien le goût exquis de Fontenelle, qui sut choisir et faire entrer dans l’éloge de ce grand homme, toutes les circonstances qui méritaient de passer à la postérité.




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