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5 septembre 1618 : mort du prélat et poète Jacques Davy du Perron

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5 septembre 1618 : mort du prélat
et poète Jacques Davy du Perron
Publié / Mis à jour le dimanche 2 septembre 2012, par LA RÉDACTION
 

Jacques Davy du Perron, cardinal, a été si exalté et si décrié par l’esprit de parti, que tout est problème sur ce qui le concerne ; et le problème commence à sa naissance. Les uns le font naître a Saint-Lô, en Normandie ; les autres, en Suisse, dans le canton de Berne ; les uns, d’une famille noble ; les autres, d’une famille obscure. Il naquit le 25 novembre 1556. Julien Davy, son père, était protestant ; il paraît même qu’il était ministre. Les persécutions lui firent plusieurs fois quitter la France : ce sont ces différentes migrations qui ont pu répandre quelques doutes sur le lieu de la naissance du cardinal.

Le jeune du Perron demeurait en Normandie avec sa famille, lorsque le comte de Matignon, qui fut peu de temps après maréchal de France, commandait cette province. Un gentilhomme de la maison de Savary-Lancosme inspira au comte le désir de connaître du Perron, qu’il lui annonça comme un prodige. Du Perron avait alors dix-sept ans. Matignon l’ayant goûté, le mena, trois ans après, aux Etats de Blois.

Du Perron fut présenté à Henri III ; bientôt il obtint l’amitié du fameux Desportes, abbé de Tiron, et de l’abbé de Bellozane, Touchard. Plus heureux encore, il plut au duc de Joyeuse ; et Desportes l’ayant engagé à se faire catholique, Henri III le choisit pour son lecteur, et lui donna une pension de douze cents écus : bientôt il le mit de ses parties de dévotion, ce qui était alors la marque de la faveur. Le roi, Desportes et du Perron, s’exerçaient à prêcher ; et du Perron, encore laïc, se distinguait par ses sermons.

Il prononça, le 24 février 1586, dans la chapelle du collège de Boncours, une espèce d’oraison funèbre du fameux Ronsard : on y apprend que Ronsard avait écrit contre les protestants avec assez de succès, pour que le pape Pie V crût devoir lui adresser un bref de remerciement (Du Perron, dans la suite, en obtint des papes de son temps). Ronsard était sourd : « Bienheureux sourd, s’écrie du Perron, qui a donné des oreilles aux Français pour entendre les oracles et les mystères de la poésie ! Bienheureux sourd qui a tiré notre langue hors de l’enfance, qui lui a formé la parole, qui lui a appris à se faire entendre parmi les nations étrangères ! » Telle était l’éloquence du temps.

Du Perron étant entré dans l’état ecclésiastique, fut chargé de l’oraison funèbre de Marie Stuart ; ne pouvant sans doute se livrer en chaire à toute son indignation contre Elisabeth, il s’en dédommagea par une satire en vers, d’une énergie un peu grossière. On peut en juger par ce morceau :

Ce vieux monstre cousu d’inceste et d’adultère,
Qui sa dent acharnée au meurtre va souillant,
Et le sacré respect des sceptres dépouillant
Vomit contre les cieux son fiel et sa colère ;
L’impie Elisabeth, furie inexorable,
Consacre aux ans futurs ce sanglant monument ;
Et du chef d’une reine occie innocemment,
Dresse à sa cruauté ce trophée exécrable.

Du Perron fit aussi, sur la mort du duc de Joyeuse, tué à Coutras, une espèce de complainte qui a pour titre : l’Ombre de M. l’Amiral de Joyeuse. On y trouva ces vers :

Je leur disais comment vivant je fus aimé
D’un roi si généreux, si grand, si renommé,
Qui se voit adoré de la terre et de l’onde,
Et qui sert de lumière aux autres rois du monde ;
Prince égal à lui seul dont le los mérité,
A pour lieu l’univers, pour temps l’éternité.

Le dernier vers est pour le moins d’une très grande prétention. Le même du Perron a fait l’épitaphe de Catherine de Médicis, qu’il appelle

De nos ans l’ornement, des futurs la merveille,
Tout l’honneur de notre âge, et tout ce que l’histoire
Des vieux siècles passés consacre à la mémoire,
De grand, de généreux, de louable et de beau.

Du Perron traduisit, tant en prose qu’en vers, divers ouvrages de Virgile. L’abbé de Marolles prétend qu’un flatteur, sans doute, ayant dit à du Perron qu’il égalait Virgile, même du côté du style et du coloris, du Perron trouva l’éloge trop mince, et déclara qu’il se sentait fort supérieur à Virgile. On sait ce qui est rapporté dans le Journal de Henri III, et dans la Confession de Sancy, que du Perron, après avoir prouvé, devant Henri III, l’existence de Dieu, offrit de prouver le contraire, et que Henri III, indigné, le chassa de sa présence.

On a prétendu depuis que cette offre d’argumenter contre l’existence de Dieu ne prouve aucune impiété dans du Perron, qu’elle tient seulement au mauvais usage établi alors de disputer pour et contre publiquement, et même dans les églises, sur les objets les plus importants et les plus respectables de la religion.

Ce qu’il y a de certain, c’est que la prétendue disgrâce de du Perron n’eut point lieu, et qu’il ne perdit jamais sa faveur auprès de Henri III. Il en eut une plus grande encore auprès de Henri IV : il lui rendit d’abord un service essentiel en l’aidant à dissiper les projets du tiers-parti, et en engageant le second cardinal de Bourbon, qu’il gouvernait, à se soumettre au roi. Claude de Saintes, évêque d’Evreux, ligueur inflexible, auteur d’écrits faits pour justifier le meurtre de Henri III, ayant été déclaré criminel de lèse-majesté, et condamné à une prison perpétuelle, Henri IV donna son évêché à du Perron. Le nouvel évêque eut beaucoup de part à la conversion de son bienfaiteur.

Il fut envoyé à Rome pour négocier la réconciliation du roi avec le Saint-Siège ; il y travailla de concert avec d’Ossat, et ils eurent la satisfaction d’y réussir. Lorsque du Perron, à son retour de Rome, parut devant le roi, à Amiens, le 15 juillet 1596, il en reçut l’accueil le plus favorable ; le roi l’embrassa cinq ou six fois, et déclara qu’il était très satisfait de sa conduite ; il lui donna même une pension sur des bénéfices. Avant de l’envoyer à Rome, il l’avait fait conseiller d’Etat, et premier aumônier.

L’évêque d’Evreux reprit les fonctions de l’épiscopat et les travaux de l’apostolat. Ses conférences, ses sermons, ses écrits, toujours très déchirés par les protestants, produisirent plusieurs conversions éclatantes, entre autres celle de la propre mère de l’évêque d’Evreux, celle du célèbre Victor-Palma Cayet, celle de Henri Sponde, depuis évêque de Pamiers, surtout celle de Sancy. Le dépit que causa cette dernière conversion à tout le parti protestant, donna naissance à la fameuse satire connue sous le nom de Confession de Sancy. Du Perron entreprit aussi la conversion du duc de Sully, mais sans succès. Sully se contenta d’être le plus raisonnable et te plus modéré des protestants.

On sait quel avantage l’évêque d’Evreux eut sur du Plessis-Mornay, dans la conférence de Fontainebleau. Le parti protestant en rougit pour son défenseur. Le roi en fut frappé, et dit à Sully : « Eh bien ! que vous semble de votre pape ? — Sire, lui répondit Sully, il me semble qu’il est plus pape que vous ne pensez, puisque, dans ce moment, il donne le bonnet rouge à M. d’Evreux. » Il y eut aussi une conférence entre l’évêque d’Evreux et d’Aubigné : si l’on en croit d’Aubigné, la victoire lui resta. L’évêque d’Evreux fit de vains efforts pour ramener à l’Eglise la duchesse de Bar, sœur de Henri IV.

Ce que Sully avait prédit arriva : tant de conversions, ou opérées, ou du moins tentées, tant de conférences, de disputes, d’écrits, d’excès même où le portait son zèle pour le catholicisme, la profession publique qu’il faisait des opinions ultramontaines, la défense qu’il prit hautement de la bulle in caena Domini, dans un rituel, lui procurèrent, en 1604, le chapeau de cardinal. Du Perron retourna la même année à Rome, où il fut chargé des affaires de France.

En 1606, le roi lui donna l’archevêché de Sens, et la place de grand-aumônier. Le roi fit aussi du Perron commandeur de l’ordre du Saint-Esprit. La dignité de grand-aumônier, par une prérogative qui alors y était attaché, donnait au cardinal du Perron une espèce de surintendance sur les lettres ; elle le plaçait à la tête de la Bibliothèque du roi et du Collège royal. Du Perron acquit encore de la gloire dans ce département ; il employa son crédit auprès de Henri IV et de Louis XIII, à faire remplir une partie des vues qu’avait eues François Ier pour l’établissement de son Collège royal. Du Perron, dit l’abbé de Longuerue, s’était fait comme le colonel-général de la littérature. Tous ceux qui se destinaient aux lettres, se faisaient présenter à lui ; et la première question qu’il leur faisait, était toujours : Avez-vous lu l’auteur ? Cet auteur tout court, c’était Rabelais. Il avait aussi la plus grande estime pour Montaigne : « ses Essais, disait-il, sont le Bréviaire des honnêtes gens ».

On ne lui pardonne pas d’avoir reçu, en 1607, la dédicace d’une thèse de George Criton, professeur royal, où se trouve cette proposition si justement flétrie par le parlement : que le pape est supérieur aux conciles ; on ne lui pardonne pas la protection qu’il accorda hautement, dans le conseil du roi, au livre du cardinal Bellarmin, sur le pouvoir du pape ; livre condamné par le parlement sous les qualifications les plus fortes ; on ne lui pardonne pas ses emportements injustes contre Richer, ses démarches violentes pour faire condamner le fameux livre de ce docteur : De ecclesiastica et politica Potestate ; on ne lui pardonne pas surtout sa conduite aux Etats de 1614, ni les mouvements qu’il se donna pour faire rejeter le formulaire proposé par le tiers-état au sujet du régicide. On ne conçoit pas comment un décret si sage a pu rencontrer un seul contradicteur. Ce n’est pas sans scandale qu’on voit le cardinal du Perron soutenir que l’Eglise gallicane, et même l’Eglise universelle, a toujours enseigné que les princes ennemis de la religion catholique, pouvaient être déposés, et leurs sujets déliés du serment de fidélité.

Tout ce qu’on pouvait espérer ou craindre d’un homme tel que le cardinal du Perron, est compris dans ce mot du pape Clément VII : « Prions Dieu qu’il inspire le cardinal du Perron, car il nous persuadera tout ce qu’il voudra. »

 
 
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