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5 septembre 1765 : mort de l’antiquaire et homme de lettres Anne-Claude-Philippe de Caylus

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5 septembre 1765 : mort de l’antiquaire
et homme de lettres
Anne-Claude-Philippe de Caylus
Publié / Mis à jour le dimanche 2 septembre 2012, par Redaction
 
 
Temps de lecture estimé : 2 mn
 

Anne-Claude-Philippe de Caylus, né à Paris le 31 octobre 1692 d’une famille distinguée, entra au service de bonne heure, et se distingua dans la Catalogne et au siège de Fribourg. Après la paix de Rastadt, il fit le voyage d’Italie, et saisit avec enthousiasme les beautés des chefs-d’œuvre répandus dans cette partie de l’Europe. L’an 1715, il passa dans le Levant, à la suite de l’ambassadeur de France à la Porte-Ottomane. Arrivé à Smyrne, il voulut profiter d’un délai de quelques jours, pour visiter les ruines d’Ephèse, qui n’en sont éloignées que d’environ une journée : la campagne était alors infestée par une troupe de brigands, à la tête desquels était le redoutable Caracayali ; il était dangereux de fréquenter les chemins. Mais le comte de Caylus, qui désirait toujours puissamment ce qui pouvait contribuer au succès de ses études, s’avisa d’un singulier expédient qui lui réussit.

Vêtu d’une simple toile à voile, ne portant sur lui rien qui pût tenter le voleur le plus avide, il se mit sous la conduite de deux brigands de la bande de Caracayali, venus à Smyrne, et convint avec eux d’une certaine somme, à condition, néanmoins, qu’ils ne toucheraient l’argent qu’au retour. Comme ils n’avaient d’intérêt qu’à le conserver, jamais il n’y eut de guides plus fidèles. Ils le conduisirent, avec son interprète, vers leur chef, dont il reçut l’accueil le plus gracieux.

Caracayali, instruit du motif de son voyage, voulut servir sa curiosité ; il l’avertit qu’il y avait dans son voisinage des ruines dignes d’être connues ; et pour l’y transporter avec plus de célérité, il lui fit donner deux chevaux arabes de ceux qu’on appelle chevaux de race, estimés les meilleurs coureurs. Le comte se trouva bientôt, comme par enchantement, sur les ruines indiquées ; c’étaient celles de Colophon. Il y admira le reste d’un théâtre dont les sièges, pris dans la masse d’une colline qui regarde la mer, joignaient autrefois au plaisir du spectacle celui de l’aspect le plus riant et le plus varié. Il retourna passer la nuit dans le fort qui servait de retraite à Caracayali, et le lendemain il se transporta sur le terrain qu’occupait anciennement la ville d’Ephèse.

Reçu en 1731, dans l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, il composa la vie des plus fameux peintres et sculpteurs de cette compagnie ; et pour étendre les limites de l’art, il recueillit dans trois ouvrages de nouveaux sujets de tableaux qu’il avait rencontrés dans la lecture des anciens. Il a fondé dans cette Académie un prix annuel pour celui des élèves qui réussirait le mieux à caractériser une passion.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lui ayant donné, en 1742, une place d’honoraire, l’étude de la littérature devint sa passion dominante ; mais ce fut toujours relativement aux arts. Il travailla sur les embaumements des momies égyptiennes, sur le papyrus, sur les masses énormes que les Egyptiens transportent d’une extrémité de l’Egypte à l’autre : il inventa le moyen d’incorporer les couleurs dans le marbre, et découvrit la peinture encaustique ; il rassembla de toutes parts les antiquités de toute espèce, les fit ensuite dessiner et graver, en les accompagnant d’observations savantes et judicieuses : c’est cette précieuse collection, connue sous le nom de Recueil d’Antiquités Egyptiennes, Etrusques, Grecques, Romaines, et Gauloises, en 7 volumes in-4°.

On a de lui plusieurs dissertations fort estimées, dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il fonda pour cette compagnie un prix de cinq cents livres, dont l’objet est d’expliquer par les auteurs et par les monuments, les usages des anciens peuples. Pour mettre enfin le comble à son éloge, il joignait au mérite littéraire toutes les qualités qui honorent l’humanité., un fonds inépuisable de bonté naturelle, une affection courageuse pour ses amis, une politesse vraie et une probité rigoureuse. Ainsi l’épitaphe que lui fit Diderot, est plus plaisante que juste :

Ci-gît un antiquaire acariâtre et brusque ;
Oh ! qu’il est bien logé dans cette cruche étrusque.

 
 
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