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12 août 1724 : mort de la reine d'Angleterre, Anne, fille de Jacques II

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Éphéméride, événements
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12 août 1724 : mort de la reine d’Angleterre,
Anne, fille de Jacques II
Publié / Mis à jour le samedi 11 août 2012, par LA RÉDACTION
 

La princesse Anne naquit le 6 février 1664, à Twickenham, près de Londres. On y montre encore aujourd’hui, avec respect, le château, la chambre, le lit où la bonne reine Anne reçut le jour. Son oncle, Charles II, était remonté, depuis quatre ans, sur le trône sanglant du malheureux Charles Oer ; et elle était la seconde fille issue du premier mariage de Jacques II, alors duc d’York, avec Anne Hyde, fille de l’illustre Clarendon, son père. N’ayant point encore, à cette époque, abjuré le protestantisme pour rentrer dans le sein de l’Eglise romaine, Anne fut élevée dans la religion anglicane ; et, après avoir perdu sa mère, en 1671, elle fut mariée, en 1683, par l’évoque de Londres, au prince George, frère du roi du Danemark, Christian V.

Lorsqu’en 1688, le parti qui appelait le prince d’Orange à détrôner son beau-père, eut prévalu, Anne, favorite de l’infortuné Jacques II, eût plutôt désiré de rester attachée à son père. Le lord Churchill, qui, par sa femme, la dominait déjà, l’entraîna dans le parti du vainqueur, la fit à peu près enlever par l’évêque de Londres et conduire à Northampton, où, sous prétexte de lui donner des gardes, on l’environna d’une armée. Le prince de Danemark, son époux, l’avait précédée. Celui-là était un personnage si nul, que sa fuite avait paru plus ridicule que sinistre à Jacques II. Resté d’abord auprès de son beau père, pendant les premiers jours de la crise, il n’avait su faire autre chose, à la nouvelle de chaque désertion, que répéter ce cri monotone : Est-il possible ?

Lorsqu’il eut déserté lui-même, le malheureux roi, encore accessible à une idée de plaisanterie, dit à ceux qui l’entouraient : « Eh bien ! est-il possible s’est donc en allé aussi ? » Mais en recevant la lettre par laquelle Anne, cette fille chérie, lui annonçait sa désertion, le malheureux père, plus sensible à cet abandon qu’à l’usurpation de sa fille aînée, s’écria en fondant en larmes : « O mon Dieu ! ayez pitié de moi, voilà mes propres enfants qui m’ont trahi ! » Cependant, le sombre Guillaume III,, après avoir témoigné beaucoup d’égards à la princesse Anne, après avoir élevé lord Churchill à la dignité de comte de Marlborough, en le faisant membre de son conseil privé, et gentilhomme de sa chambre, ne tarda pas à concevoir des soupçons, et sur la fille qui avait abandonné son père, et sur le favori qui avait trahi son bienfaiteur.

Il offensa la princesse jusqu’à lui ôter sa garde purement honorifique. Le comte se vit subitement privé de ses emplois, puis enfermé à la tour, comme prévenu du crime de lèse-majesté, et il n’en sortit que parce qu’on ne trouva pas de preuves à établir contre lui. Alors Anne écrivit à son père des lettres de repentir et de soumission (1691-1692). Une mort prématurée enleva la reine Marie, épouse de Guillaume (1694). Celui-ci, privé d’un tel soutien, crut de son intérêt de se rapprocher de sa belle-sœur, désignée par le parlement pour lui succéder, et qui, dans son fils, le duc de Glocester, présentait aux Anglais un héritier présomptif du sang de leurs anciens monarques.

Marlborough fut rappelé au conseil, et, avec les expressions les plus caressantes, nommé gouverneur de ce jeune duc de Glocester. Le duc mourut dans la fleur de son adolescence (1699) ; la santé du roi Guillaume devint chancelante ; la princesse Anne, se voyant si près de la couronne, et sans héritier direct, fit demander secrètement à son père la permission de monter sur le trône, avec le projet d’y établir après elle son frère, connu depuis sous le nom de Jacques III, ou du chevalier de Saint-Georges. Inflexible dans ses principes, Jacques II répondit « qu’il savait subir l’injustice, mais non l’autoriser ; que c’était à lui qu’appartenait la couronne, et, après lui, au prince de Galles, son fils. »

Jacques II mourut (19 septembre 1701) ; Guillaume III le suivit de près dans le tombeau (19 mars 1702) ; Anne fut proclamée reine, et gouverna, sous l’empire de la comtesse et du comte de Marlborough, qui associèrent successivement à leur pouvoir leurs deux gendres, lord Godolphin, avec le titre de grand trésorier, et avec celui de secrétaire d’Etat, lord Sunderland, fils de ce ministre de Jacques II, qui avait tramé la perte de son maître, qui depuis avait conjuré contre le roi Guillaume, et qui, à la honte de la politique, avait été surnommé le grand politique. Tous les partis semblèrent rivaliser à qui accueillerait le plus cordialement leur nouvelle souveraine.

Les Torys se plaisaient à contempler le sceptre dans les mains d’une fille de Jacques II, et, un peu plus tôt, ou un peu plus tard, voyaient déjà l’ancienne dynastie rappelée dans sa ligne masculine. Les Whighs, quoique promptement menacés de voir leurs rivaux partager, pour le moins, les places du ministère, ne pouvaient qu’applaudir à l’imitatrice de Guillaume III, qui jurait, en montant sur le trône, de rester fidèle aux plans de son prédécesseur, d’adhérer plus fortement que jamais à la triple alliance, de défendre les libertés de l’Europe contre l’ambition de Louis XIV, enfin, de ne pas souffrir, dans la même maison, l’union des deux couronnes de France et d’Espagne.

Le même jour (4 mai 1702), l’Angleterre, la Hollande, et l’empereur d’Allemagne, déclarèrent la guerre à la France. Le prince Eugène commanda les troupes de Léopold ; Marlborough, généralissime des Anglais, le fut aussi des alliés, et l’on vit s’engager cette fameuse lutte, connue sous le nom de guerre de la succession, où il s’agissait, pour ainsi dire, du partage de toute l’Europe et de ses colonies. Dans les premières campagnes, les succès furent balancés ; les Français perdirent plus de places, et triomphèrent plus souvent en bataille rangée ; mais les années qui suivirent, les victoires et les conquêtes prodigieuses, tantôt du comte devenu duc de Marlborough, tantôt du prince Eugène, et souvent de tous deux réunis, les journées de Hochstet, de Ramillies, d’Oudenarde, de Malplaquet, rejetèrent d’abord les troupes françaises, du Danube par delà le Rhin, puis envoyèrent la terreur jusque sur les bords de la Seine, remplirent la France de deuil comme de crainte, et répandirent sur les armées de terre britannique, un éclat qu’elles n’avaient pas eu depuis les jours d’Edouard III et du prince Noir.

Ce fut, au moins pour l’Angleterre, un éclat stérile. Les alliés abusèrent de leur fortune, et elle leur échappa. En Espagne, les succès éphémères du comte de Pétersborough et de l’archiduc Charles, disparurent sous les désastres qui accablèrent lord Gallwai. Berwick, Vendôme, Noailles, le duc d’Orléans, maintinrent sur son nouveau trône, le petit-fils de Louis XIV. La conquête de Lille ne valut pas plus de gloire au prince Eugène, que sa défense au maréchal de Boufflers, et la terrible bataille de Malplaquet, honore autant la valeur des vaincus que le talent des vainqueurs. Circonstance bizarre, et qui caractérise les temps de révolution : Jacques III, dans cette bataille, chargea douze fois, à la tête de la cavalerie française, l’armée de sa sœur Anne, conduite par Marlborough, créature de leur père commun, et qui, selon ses intérêts, son ambition, ses déplaisirs du moment, tour-à-tour brouillait, rappelait, repoussait les Stuarts.

Vint la journée où le maréchal de Villars releva la France à Denain (24 juillet 1712). Louis XIV, dont les offres pacifiques, dont les pénibles sacrifices avaient été rejetés avec insolence, à Gertruidemberg, força le congrès d’Utrecht à signer les conditions honorables qu’il était déterminé a obtenir, et put encore humilier ses ennemis qu’il avait su diviser. Enfin ce grand duc de Marlborough après avoir enivré d’orgueil sa nation, qui le lui avait abondamment rendu, après s’être vu, pendant huit années, l’idole de la reine, du parlement, du peuple d’Angleterre, fut accusé d’avoir sacrifié le repos, les trésors et le sang du peuple à son ambition et à son avarice ; d’avoir fait de la guerre et de ses emplois, un barbare et honteux trafic.

La nation le maudit, la chambre des communes le dénonça, la reine le destitua de tous ses emplois, même avant la fin de la guerre ; et, suivi de sa femme hautaine, qui, après avoir contribué à sa disgrâce, fut au moins fidèle à son malheur, il alla, pendant les dernières années de ce règne, ensevelir dans l’exil une vie signalée par de grands talents et d’aussi grands vices. La conquête vraiment importante, et immensément utile, que fit alors l’Angleterre, ce fut celle de Gibraltar, emporté par une valeur surnaturelle, pour être à jamais retenu par une politique habile ; et cependant, lorsqu’il fut proposé, dans la chambre des communes, de remercier sir Georges Rooke et le prince de Hesse, auxquels on devait cette espèce de prodige,le parti Whigh qui dominait encore, fit décider que l’objet n’en valait pas la peine, tandis que les honneurs, les hommages et les dons de toute espèce pleuvaient sur le duc de Marlborough. Au dedans , le grand acte de politique du gouvernement de la reine Anne, fut l’union de l’Angleterre et de l’Ecosse en un seul royaume, appelé désormais la Grande-Bretagne.

Chaque pays conserva ses lois religieuses et civiles, son église, ses tribunaux ; l’existence politique et les intérêts commerciaux furent confondus, et il n’y eut plus qu’un seul parlement britannique, où l’Ecosse fut représentée par seize de ses lords et quarante-cinq députés de ses communes, tous librement élus par leurs pairs. Ce projet, ardemment désiré et vainement tenté par Jacques Ier, Charles II, Guillaume III, fut un grand et incontestable bienfait du parti Wliigh. Ce lut aussi une victoire difficile remportée sur les préjugés nationaux de l’un et l’autre peuple, et sur l’opposition du parti Tory, dont l’esprit commençait à gagner la majorité des deux nations.

Un des plus puissants motifs de cette opposition était l’intérêt jacobite, dont il est piquant de suivre la marche, plus ou moins sourde, à travers tous les événements de ce règne. Lors de l’accession de la reine Anne, Jacques III, plus condescendant que son père, avait déclaré à sa sœur que, si elle voulait occuper le trône pendant sa vie, et l’y faire monter après elle, plutôt que d’y établir une famille étrangère, il serait pleinement satisfait. La reine avait prêté l’oreille à cette proposition. Alors, les jacobites enhardis, allèrent plus loin ; ils demandèrent que la reine gardât pour elle la couronne d’Angleterre, et remît immédiatement celle d’Ecosse à son frère, infiniment plus jeune, sur la tête duquel les deux se réuniraient un jour.

Anne reçut cette nouvelle ouverture sans témoigner ni répugnance, ni approbation ; mais son silence en disait assez ; les faits ont parlé plus clairement encore. A ne considérer que l’empressement extrême qu’elle mit à opérer cette réunion des deux royaumes, et l’ardeur qu’elle apporta ensuite à composer un ministère Tory, on peut assurer aujourd’hui que le reine Anne, nourrissant dès cette époque le désir de transmettre un jour ses trois couronnes à son frère, ne voulait cependant en céder aucune tant qu’elle vivrait.

Les Whighs, de leur côté, secondant ses vœux pour réunir l’Angleterre et l’Ecosse , n’oublièrent pas les leurs pour la succession hanovrienne. Le premier article du traité d’union stipula que si la reine mourait sans enfants, l’héritage de la couronne britannique serait dévolu à la ligne protestante de la descendance des Stuarts, c’est-à-dire à la princesse Sopbie, électrice douairière de Hanovre, petite-fille de Jacques&nbspIer, par la princesse Elisabeth, mariée à l’électeur palatin, et qui, dans l’ordre de primogéniture, n’était pas la quarante-cinquième appelée à cette grande succession. Jacques III, écarté par cet acte solennel, tenta, mais inutilement, une descente en Ecosse. La bonne reine Anne signa une proclamation où elle mettait à prix la tête de son frère. Il est vrai que, quand on fit le procès aux chefs de la conjuration, il ne se trouva de preuves que contre un seul, et cet unique condamné avait disparu le jour où l’on voulut exécuter le jugement.

Veuve à quarante-quatre ans, sans que, de dix-sept grossesses, plus ou moins heureuses, elle eût conservé un seul enfant, Anne se vit supplier par les deux chambres du parlement de contracter un nouveau mariage. Soit qu’elle n’eût pas une confiance égale dans sa fécondité, soit qu’elle ne voulût pas risquer de créer un obstacle de plus à la restauration de son frère et de sa famille, elle se refusa au vœu du parlement, et elle ne songea plus qu’à mettre le gouvernement tout entier dans la main des Torys, qu’appelait alors la disposition universelle des trois royaumes.

Le premier signal de ce grand changement fut le procès du docteur Sacheverel, dénoncé par les communes pour avoir prêché le droit divin des rois, et l’obéissance passive des sujets ; protégé secrètement par la cour, mais si hautement défendu parle peuple de la capitale et des grandes villes, si doucement puni après avoir été si violemment accusé, qu’on peut dire que ce sermon et ce procès révélèrent à la reine le secret de ses forces, qu’elle n’avait pas encore mesurées ; elle ne tarda pas à s’en servir.

Ce fut alors que la duchesse de Marlborough, qui, par sa tyrannie et son arrogance, avait mis dans le cœur de sa maîtresse l’aversion à la place de l’engouement, se vit supplanter par une de ses parentes qu’elle-même avait introduite à la cour : Elisabeth Masham, aussi respectueuse, aussi habile à flatter les penchants de sa souveraine, que la duchesse s’était montrée brusque, dédaigneuse, contrariante. Godolphin, Sunderland, Summers, Devonshire, Walpole, furent remplacés par Harley, créé bientôt comte d’Oxford ; Saint-Jean, qui a été le fameux lord Bolingbroke, Rochester, Buckingham et Georges Granville ; le chevalier Simon Harcourt, qui avait plaidé pour Sacheverel, fut élevé à la dignité de grand chancelier, au lieu de lord Cowper.

De tout ce gouvernement Whigh, naguère si puissant, il ne restait plus qu’une chambre des communes, désavouée par le peuple, une guerre dont les triomphes étaient oubliés, mais dont le poids était senti, et l’autorité du duc de Marlboroug encore existante à la tête des armées, mais menacée d’une chute inévitable dans l’intérieur de son pays. Une proclamation royale cassa le parlement : le peuple députa autant de corps à la nouvelle chambre des communes, qu’il avait envoyé de Whighs à la chambre dissoute : la reine créa douze pairs à la fois, pour assurer la même supériorité au même parti dans la chambre haute.

Le premier acte du nouveau sénat fut une adresse à la reine pour la supplier de confondre toutes les mesures et toutes les doctrines récemment hasardées contre sa couronne et sa dignité royale. La paix fut résolue : il fallait écarter l’homme incompatible avec elle ; ce fut le moment de l’accusation, de la destitution, de l’exil du duc de Marlboroug. Prior, illustre comme poète, distingué comme homme d’Etat, fit un premier voyage en France pour y poser les fondements d’un traité séparé, si les alliés des Anglais persistaient à vouloir la prolongation de la guerre. Il y retourna bientôt avec le vicomte de Bolingbroke, chargé d’y conclure définitivement un double traité de paix et de commerce. D’un autre côté, l’évêque de Bristol et le comte de Strafford allèrent notifier à la Haye l’irrévocable résolution de la reine.

Enfin , malgré le duc de Marlboroug et le prince Eugène, malgré les Etats-généraux des Provinces-Unies, et le conseil de l’empereur d’Allemagne, les peuples respirèrent. La fameuse paix d’Utrecht fut signée (11 avril 1713) par toutes les puissances, à l’exception de l’empereur qui devait bientôt se voir forcé d’y accéder lui-même. Tels sont les mystères et les jeux de la politique, que dans le traité la reine Anne faisait stipuler l’expulsion de son frère Jacques III, hors de France, et la transmission de sa couronne, après elle, à la maison de Hanovre, tandis qu’elle attendait précisément de ce traité le repos et les mesures nécessaires pour assurer son héritage à ce même frère qui, de son côté, protestait formellement contre toutes ces stipulations.

Les Whighs, à l’affût de tout ce qui pouvait rendre l’existence à leur pouvoir, ne s’élevèrent pas seulement avec force contre la paix qui venait d’être signée, et contre l’énorme disproportion qu’ils y trouvaient entre les avantages stipulés pour l’Angleterre, et le prix dont elle les avait achetés. Cet argument, présenté seul, eût pu, dans l’espèce particulière, être vivement rétorqué par les accusés contre les accusateurs ; et en thèse générale, combien y a-t-il de guerres où les victoires et les conquêtes vaillent le sang, les trésors et tous les malheurs qu’elles ont coûtés ?

Mais les chefs du parti crurent avoir démêlé les intentions secrètes de la reine en faveur du prétendant, et l’ouverture du parlement de 1714 se ressentit des impressions qu’ils avaient su répandre. On mit en question dans la chambre haute, si le droit de succession de la maison de Hanovre n’était pas en danger sous le gouvernement de la reine ? La majorité décida que le danger n’existait pas, précisément parce que beaucoup y croyaient et l’appelaient. Mais, sur une nouvelle motion des Whighs, cette même majorité n’osa se refuser à supplier la reine de mettre à prix, pour la seconde fois, la tête de son frère. Anne résista.

Le parti opposé à la cour vota que le successeur désigné de la reine fût invité à venir en Angleterre veiller sursoit héritage. Anne écrivit à la princesse Sophie et au prince électoral, et elle sut les détourner d’un voyage qu’elle leur présenta comme le signal d’une guerre civile. Il est même incertain si la princesse Sophie, petite-fille, par sa mère, de Jacques Ier, ne préférait pas en secret la restauration de son cousin Stuart à l’élévation de son fils Brunswick. Tout à coup vint se montrer publiquement à Londres, un envoyé de la reine douairière, femme de Jacques II, répétant treize années d’un douaire de 50 000 livres sterling, que le roi Guillaume s’était engagé à lui payer par un article secret du traité de Riswick. Les Whighs crièrent plus fort que jamais.

Anne, pour les apaiser ou les tromper, consentit à la proclamation qu’ils lui redemandèrent encore. Elle chercha seulement à en adoucir les expressions, en promettant une récompense de 5 000 livres sterling à quiconque amènerait devant un juge de paix, le ci-devant appelé prince de Galles, qui se disait aujourd’hui roi d’Angleterre, en cas qu’il débarquât dans la Grande-Bretagne ou dans l’Irlande. Des Mémoires secrets autorisent à croire que Jacques III débarquait secrètement à Londres, pour y voir sa sœur, dans le temps même où elle lui défendait d’aborder en Angleterre, sous peine de s’y voir hors de la loi. Le frère et la sœur eussent peut-être triomphé de l’opposition des Whighs ; mais la discorde se mit parmi les Torys, et jusque dans le sein du ministère.

Oxford et Bolingbroke devinrent irréconciliables. Le premier accusa le second de vouloir remettre le prétendant sur le trône, et devint tout à coup ardent pour la ligne de Hanovre. La reine, désespérée de cette division entre des serviteurs sur lesquels reposaient toutes ses espérances, répéta qu’elle n’y survivrait pas. Fatiguée des adresses du parlement, que les Whighs du dehors trouvaient moyen de dominer, elle venait de le proroger pour un mois, le 20 juillet 1714, lorsqu’elle tomba dans un état de faiblesse et de léthargie qui la mit au tombeau le 12 août suivant, n’étant âgée que de quarante-neuf ans, et dans la treizième année de son règne.

Elle avait laissé échapper, dans son dernier jour, ce mot qui révélait le secret de toute sa vie : « Ah ! mon cher frère ! que je vous plains ! » Aussitôt qu’elle eut rendu le dernier soupir, le conseil privé s’assembla ; un envoyé de l’électeur de Hanovre (l’électrice douairière était morte depuis deux mois) y parut portant les ordres, et annonçant l’arrivée de son maître.

Les chefs de l’aristocratie Whigh, rassemblés en un faisceau, se trouvèrent investis de la régence ; les espérances de Jacques III, errant et proscrit, les projets de ses partisans nombreux, mais épars, s’évanouirent, et la maison de Brunwick se vit établie sur ce trône où la reine défunte l’avait si souvent appelée avec tant de désir de l’en éloigner : étrange destinée qui, consacrant tous les actes officiels de cette princesse, et frustrant toutes ses intentions secrètes, lui composa une vie aussi triste que son règne était beau.

Le règne de la reine Anne n’est pas moins célèbre en Angleterre par l’éclat qu’y jeta la littérature, que par la gloire des armes, et l’importance des fonctions politiques. Jusqu’alors, des hommes de génie, tels que Shakespeare, Dryden, Milton, etc., y avaient paru ; mais les lettres n’y avaient jamais été cultivées à la fois par un si grand nombre d’écrivains supérieurs. C’est sous ce règne que vécurent, outre Prior, dont on a parlé, Pope , Swift, Addison, Congrève, Parnell, Gay, Rowe, Steele, Arbuthnot, Young, Thomson, lady Montague, et plusieurs autres, dont les productions rendirent cette époque presque aussi brillante pour l’Angleterre, que le siècle de Louis XIV venait de l’être pour la France.

 
 
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