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5 mars 1886 : l'anarchiste Charles Gallo jette une bombe dans la Bourse de Paris

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5 mars 1886 : l’anarchiste Charles Gallo
jette une bombe dans la Bourse de Paris
(D’après « Plutôt la mort que l’injustice. Au temps des
procès anarchistes » (par Thierry Lévy) paru en 2009,
« Je prie pour Carnot qui va être assassiné
ce soir » (par Karine Salomé) paru en 2012 et « Le Figaro » du 6 mars 1886)
Publié / Mis à jour le jeudi 5 mars 2026, par Redaction
 
 
Temps de lecture estimé : 5 mn
 
 
 
À la fin du XIXe siècle, la presse anarchiste radicalise la propagande par le fait : journaux prodiguant des conseils pour la confection de « produits antibourgeois », attentats symboliques. De Florion à Gallo, les violences visent prêtres, bourgeois et institutions, plus démonstratives qu’insurrectionnelles, l’anarchie proclamant sa pédagogie explosive sans renverser l’ordre social.

Dans Le Droit social, on invite les paroissiens à faire cadeau de légumes et de fruits empoisonnés au curé, les servantes à assaisonner la cuisine du bourgeois avec du poison, le paysan à retourner son fusil contre le garde-champêtre passant à sa portée. On peut aussi incendier les entrepôts préalablement imbibés de pétrole. Le Révolté, La Lutte, Le Drapeau noir, L’Action révolutionnaire contiennent le même genre d’incitations. Ces moyens criminels, selon l’expression de Garraud, n’étaient pas destinés à changer la société mais à montrer aux « exploiteurs » que « les travailleurs commencent à comprendre les vraies causes de leur servitude ».

Souvent illicite, la propagande se fait aussi à l’occasion de réunions, systématiquement surveillées par la police lorsqu’elles sont publiques et par des mouchards lorsqu’elles sont privées. Elles sont donc difficiles, voire impossibles à organiser sans l’accord ou à tout le moins la passivité des autorités. En dépit de cette intense agitation, les actions violentes antérieurs à 1892, au demeurant peu nombreuses, ont surtout causé des dégâts matériels.

Antoine Cyvoct en 1883, anarchiste accusé, à tort, d'être l'auteur de l'attentat de l'Assommoir et dans un bureau de recrutement de l'armée
Antoine Cyvoct en 1883, anarchiste accusé, à tort, d’être l’auteur de l’attentat de l’Assommoir
et dans un bureau de recrutement de l’armée

En 1881, Émile Florion, un ouvrier, envisage de tuer Gambetta. Il cherche en vain sa victime autour du Palais Bourbon, mais de crainte d’être remarqué et arrêté, prend la décision de frapper « le premier bourgeois venu ». Dans un texte qu’il adresse au journal Ni Dieu, ni maître, il envisage son geste comme un « devoir révolutionnaire », visant à « débarrasser la société d’un de ces coquins qui personnifient la bourgeoisie ». Il se rend à Neuilly et tire deux coups de pistolet sur le docteur Meymar dont l’apparence et la décoration suffisent, à ses yeux, à établir sa qualité de bourgeois. Le docteur n’est que légèrement blessé. À l’annonce de sa condamnation à vingt ans de travaux forcés, Florion lance devant la cour d’assises de la Seine : « Vive la révolution sociale ! »

En octobre 1882, Antoine Cyvoct est arrêté à la suite de l’explosion d’une bombe au restaurant du théâtre Bellecour, à Lyon. Condamné au bagne, il continue à nier toute implication et fait l’objet d’une mesure d’aministie en 1898. Un adolescent de 17 ans, lecteur de journaux anarchistes, Paul-Marie Curien, a bien exprimé la volonté de tuer le 16 novembre 1883 Jules Ferry, alors président du Conseil, mais venu à Paris dans ce but, il n’a pu accéder jusqu’au chef du gouvernement dont il n’a pas réussi, bien qu’armé, à se faire ouvrir la porte, barrée par un huissier. Il est condamné à trois mois de prison.

Plus sérieux, les faits commis l’année suivante par Louis Chaves, jardinier licencié, ont provoqué la mort de la supérieure du couvent qui l’avait employé ainsi que de graves blessures sur la seconde de cette institution religieuse de Marseille. « Anarchiste convaincu et d’action », il avait annoncé à L’Hydre anarchiste qu’il allait se venger de ses anciennes patronnes, ce qu’il fit en tirant sur elles avant d’être abattu par les gendarmes venus l’arrêter.

Abandonné par sa mère à sa naissance au Palais (Morbihan), Charles Gallo, devenu clerc d’huissier à force de persévérance, a cru que la fausse monnaie le ferait échapper à sa condition. Condamné à cinq ans de réclusion, il est sorti de prison plus déterminé que jamais. En jetant une bouteille d’acide du haut des galeries surplombant la corbeille à la Bourse de Paris, il espérait tuer, dira-t-il aux assises, le plus de gens possible. Alertés par l’odeur, pris de panique, les coulissiers et les employés de banque s’étaient dispersés sans être atteints par les coups de feu tirés par Gallo.

Le Figaro du 6 mars 1886 relate les circonstances de l’attentat en ces termes :

« Vers deux heures et demie, un étudiant en médecine, M. Stéphane Normand, qui était venu à la Bourse par curiosité et pour la première fois de sa vie, se trouvait au premier étage, dans la galerie sud, et regardait le spectacle mouvementé du grand hall et les allées et venues de centaines de spéculateurs autour de la corbeille et entre les colonnades.

« À côté de M. Normand, accoudé comme lui à la balustrade, entre les deux piliers qui portent au centre d’un médaillon les noms Barcelone et Cadix, se trouvait un individu, vêtu proprement tout en noir, coiffé d’un chapeau forme melon, et ayant au cou un foulard de soie à raies grises.

« Cet homme paraissait absorbé et ne répondit pas à une question, que lui adressa M. Normand.

« Dix minutes après le coup de cloche, c’est-à-dire à trois heures dix, et alors que la foule des spéculateurs était encore des plus compactes dans le hall, M. Normand vit l’inconnu tirer de la poche intérieure de son veston un flacon de verre blanc, à peu près semblable à ceux dont se servent les pharmaciens, et le jeter à toute volée dans la salle.

« Presque au même moment, cet homme prit dans la poche droite de son pantalon un revolver de fort calibre, et dirigeant le canon sur les groupes des boursiers qui se trouvaient en bas, pressa deux fois la détente.

Ayant prévu de tuer le plus de personnes possible à l’aide d’une bouteille d’acide projetée au sol,
Charles Gallo emporte également un pistolet. © Crédit illustration : Araghorn

« Ces deux premiers coups ayant raté, M. Normand crut à une plaisanterie ; il changea d’avis en entendant presque aussitôt trois détonations consécutives ; l’inconnu avait cette fois tiré comme au hasard, d’abord sur la galerie, en face de lui, puis en bas, vers la deuxième arcade, et enfin presque verticalement.

« La chute et le bris du flacon n’avaient produit, parmi les assistants, qu’une émotion très minime, mais les trois coups de revolver causèrent une panique bien compréhensible, et pendant quelques secondes un désordre indescriptible régna dans toutes les parties du palais de la Bourse.

« Disons tout de suite qu’une seule personne, M. Gaston N..., employé de banque, avait été atteinte par une des balles qui, ayant fait ricochet, lui érafla très légèrement la jambe.

« Au bruit des détonations, un des surveillants de la Bourse, M. Nicolle, qui se trouvait dans la galerie Sud, à quelques pas de l’homme au revolver, s’élança sur lui, arracha son arme et le maintint vigoureusement. D’autres gardiens arrivèrent et, peu de minutes après, l’auteur de cet attentat était amené devant le commissaire spécial de la Bourse, M. Lechartier.

« Interrogé sommairement, cet homme refusa de faire connaître son nom ; il se borna à dire qu’il avait voulu effrayer les bourgeois que « ça avait raté », mais qu’il recommencerait ; il ajouta qu’il avait failli s’asphyxier en préparant le contenu de son flacon. »

Le Figaro nous apprend encore que les débris du flacon avaient été recueillis pour être examinés par des experts, avant de poursuivre :

« À quatre heures et demie, le préfet de police, puis le procureur de la République et le juge d’instruction, prévenus par dépêche, arrivaient à la Bourse et interrogeaient de nouveau l’inculpé.

« Nous croyons savoir qu’il a continué à refuser toutes explications, mais qu’il a dit se nommer Petrovitch. On a tout lieu de croire que ce n’est pas son vrai nom. Quant à sa profession, il dit n’en avoir pas d’autre que celle-ci : anarchiste. On a trouvé sur lui plusieurs exemplaires de journaux révolutionnaires du Midi, entre autres le Drapeau noir et la Lutte, six cartouches de revolver, une clef et un porte-monnaie tout usé contenant une pièce de cinq francs en argent.

« À cinq heures, Petrovitch a été remis aux mains de trois gardes républicains et conduit à pied au poste.central de police du deuxième arrondissement, rue de la Banque. »

Mentionnant que l’auteur de l’attentat est « de taille moyenne et semble très maigre ; son visage émacié est encadré d’un collier de barbe noire ; les yeux sont très vifs, les cheveux abondants et relevés en brosse », le quotidien relate plus loin les dernières informations le concernant :

« Le soi-disant Petrovitch se nomme, en réalité, Charles-Auguste Gallo ; il est âgé de vingt-huit ans et est natif du Palais, chef-lieu de Belle-Isle-en-Mer (Morbihan). Gallo, qui se dit chimiste, demeurait depuis quinze jours dans un petit hôtel garni de la rue Mouffetard, au n° 64. D’après un bruit qui courait hier soir, Gallo aurait déjà subi une condamnation comme faux monnayeur.

« Rien dans ses allures n’avait encore attiré l’attention de son logeur ; hier matin, toutefois, Gallo manifesta une certaine agitation. Après son déjeuner, à une heure, il descendit, les poches bourrées de journaux et de papiers, et se fit indiquer le plus prochain stationnement de voitures. On lui désigna la place du Panthéon et il partit en disant qu’il avait beaucoup de courses à faire. Deux heures plus tard, Gallo commettait l’attentat que nous avons raconté. »

La Bourse à Paris. Lithographie d'après la peinture de François-Auguste Biard réalisée en 1863
La Bourse à Paris. Lithographie d’après la peinture de François-Auguste Biard réalisée en 1863

Au cours des interrogatoires, Gallo confesse avoir voulu non pas épouvanter les députés, mais tuer le plus grand nombre possible de ces « très peu respectables agioteurs » qui se trouvaient dans le bâtiment. Il avoue également pensé à faire sauter la chambre de commerce de Nancy, avant d’y renoncer, jugeant le danger encouru disproportionné en regard des effets possibles. Il avait aussi abandonné l’idée de déposer une bombe lors du congrès de Versailles en 1884 afin de frapper les députés et les sénateurs réunis pour voter une révision partielle de la Constitution.

À l’issue d’un procès qui le condamne à vingt ans de travaux forcés, il proclame, une fois sorti de la cour d’assises : « Vive la révolution sociale ! Vive l’anarchie ! [...] Vive la dynamite ! » Déporté en Nouvelle-Calédonie, condamné à mort après s’être révolté contre un garde-chiourme (peine commuée), il n’était plus en 1902, selon le dernier témoignage conservé, qu’un « cadavre vivant ».

À partir de 1887, et surtout au cours des années 1888 et 1889, une série d’attentats visant les commissariats et les bureaux de placement est recensée. Un pétard descelle des pierres rue Chénier, à l’adresse de l’une de ces officines. Les locaux du bureau de placement des garçons limonadiers sont attaqués à deux reprises ; la vitrine de l’agence de la rue Boucher est brisée par une cartouche de dynamite, celle de la rue Française également mais, cette fois, un brigadier faisant sa ronde est blessé par des éclats de vitre. Des explosions sans conséquences graves ont lieu dans divers commissariats, rue de la Perle, rue de la Cerisaie, rue des Colonnes.

 
 
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