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Coutumes et traditions : foire de la Minée à Challans (Vendée) - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Foire de la Minée à Challans (Vendée)
(D’après « Revue du traditionnisme », paru en 1909)
Publié / Mis à jour le lundi 18 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Cette foire est un rendez-vous annuel que donne la petite ville de Challans à tous les habitants des régions avoisinantes. A dix lieues à la ronde, du fond du bocage vendéen, des confins de la Bretagne, de Machecoul, des extrêmes limites du Marais, de Beauvoir et de Saint-Jean-de-Monts, et mêmes des îles d’Yeu et de Noirmoutier, tous paysans, bourgeois, artisans accourent en foule traiter leurs affaires, échanger leurs denrées, faire leurs provisions d’hiver, mais aussi se divertir et marquer d’une ou deux journées de ripaille leur paisible et laborieuse existence.

Danse maraîchine à Challans
Danse maraîchine à Challans

Aussi la coquette cité, si calme d’ordinaire, revêt-elle pour la circonstance sa physionomie des grands jours de fête. Les jeunes et élégantes Challandaises arborent de nouvelles toilettes, les jeunes gens organisent des divertissements de toutes sortes, les commerçants qui veulent allécher la pratique, procèdent à l’embellissement de leurs magasins : les devantures sont repeintes à neuf, les maisons blanchies au lait de chaux, les débits, les auberges, alignent leurs rangées de bancs massifs et de tables fraîchement cirées où bientôt le petit vin blanc du cru coulera à flots, servi par d’accortes maraîchines en manchettes et tabliers blancs et sabots « canets ».

Le deuxième dimanche de septembre, premier jour des réjouissances, se tient la foire aux meubles. Ebénistes et menuisiers ont transporté sous les grandes halles, les nombreux bahuts, lits, armoires, buffets, qui bientôt solliciteront la convoitise des acquéreurs, des fiancés ou des jeunes mariés qui attendent cette occasion pour se pourvoir et monter leur ménage.

Et le coup d’oeil n’est pas banal, à la sortie de la grand’messe, de ces maraîchins et maraîchines (gens du marais), de danions et danionnes (gens du bocage) qui se rendent en foule visiter cette exposition toute locale et faire leurs emplettes. On débat les prix à grands renforts de gestes, et dès que les marchés sont conclus, les meubles sont placés sur de petites charrettes à âne qui disparaissent presque sous leur volumineuse charge et attendent paisiblement toute l’après-midi le bon vouloir de leurs propriétaires, car maraîchins ou danions...

Ne sont pas si fous
De se quitter sans boire un coup...

Et marchands et acheteurs se rendent en hâte au cabaret voisin déguster leur breuvage favori, le café additionné de pousse-café qui leur donnera des jambes et des muscles pour faire sauter leurs galandes en dansant la Maraîchine. C’est leur triomphe, cela, leur danse nationale, et la veze (biniou) qui va sonner la branle aura bientôt fort à faire pour maintenir le rythme et mettre un frein à la fougue des danseurs. C’est un curieux spectacle que celui de ces groupes évoluant en cadence, les gars marquant la mesure du martèlement de leurs sabots, les filles tenant leur devantière (tablier) et réglant leurs pas sur celui des hommes.

Par moments, danseurs et danseuses se partagent en deux camps et se donnant la main vont au devant l’un de l’autre ; puis, sur un signe du vezouneur, toujours en mesure, chaque homme prend sa cavalière par la taille, des deux mains, la soulève, l’abandonne, fait un tour sur lui-même et revient se placer devant elle, en exécutant des entrechats qui témoignent de la souplesse de ses muscles. Et cette danse rapide, faite de sauts plutôt que de glissades, se poursuit toute la soirée, sans fatigue apparente de la part des hommes, non plus que des filles qui se font un point d’honneur de ne pas manquer un seul branle.

Challans. Passage en yole.
Challans. Passage en yole.

Le lendemain, le lundi, a lieu la foire aux oignons et aux bois. C’est le jour choisi par toutes les ménagères challandaises pour faire leur provision de l’année et ce leur est facile tant est grand l’approvisionnement, tant sont nombreuses ces liassées d’oignons, d’échalottes ficelées artistement et dont les paysans sont affublés comme d’immenses chapelets qui leur donnent des airs de marabouts.

C’est aussi la foire aux aiguillons, aux jougs, aux uingles, ces grandes perches de châtaignier qu’utilisent les maraîchins pour franchir les nombreux canaux qui entourent leurs demeures. Enfin, le mardi, c’est la foire, tout court. C’est le jour de grand commerce et de réjouissances, c’est l’arrivée à la queue leu-leu des carrioles à ânes, à bardots, qui s’échelonnent sans interruption dès le matin, sur toutes les routes. La plupart de ces charrettes sont remplies de cages à agrouts (poulets) qu’amènent les gens du bocage, et à potets (canards) en provenance du marais. Derrière chaque charrette est attaché un boeuf ou une vache, un cheval ou un âne qui suit tranquillement en paissant à même une botte de foin suspendue aux ridelles du véhicule. Et ce sera tout à l’heure un joli concert, celui que feront tous ces animaux entassés sur le champ de foire, sans parler des émanations violentes qui résulteront de leur grouillante promiscuité.

Mais les héros du jour, ce sont les potets. Les pauvres se passeraient sans nul doute de ces succès, car pas un ne reverra la grande mare où naguère, tout jeune, il s’essayait à barboter. Les acquéreurs sont là, ces volaillers des bords du lac de Grand-Lieu. Ils auront vite fait place nette et entassé cage sur cage dans leurs immenses charrettes. Ils vont donc partir, les petits potets maraîchins, faire une saison sur les bords du lac en attendant que leur nouveau propriétaire les expédie à Paris, la dernière étape où ils feront le régal des gourmets qui prisent fort leur chair savoureuse.
Challans. La place des Halles un jour de marché.

Challans. La place des Halles un jour de marché.
Challans. La place des Halles un jour de marché.

Mais, sans doute, ils ne songent guère à tout cela, les gais maraîchins, éleveurs de potets. Ceux-ci sont vendus et bien vendus, la bourse est replète à coeur-joie. La fête bat alors son plein, mais pendant que les orgues des chevaux de bois font rage, que les pitres s’époumonnent devant leurs baraques et débitent d’alléchants boniments, la plupart de nos paysans, fidèles aux vieilles traditions et peu sensibles aux quolibets des forains bariolés, retournent dans les auberges, qu’ils transforment eux-mêmes hâtivement en salles de danse.

Les tables hissées les unes sur les autres sont rangées le long des murs. Dans un coin, sur la plus haute, se tient le vezouneur. Et la danse recommence comme la veille, comme l’avant-veille, mais cette fois avec plus d’entrain, une furie extrême. Garçons et filles veulent utiliser gaiement les derniers moments de loisir. Les filles ne le cèdent pas aux garçons et font preuve d’une endurance remarquable. Elles savent que les galants tiennent en haute estime celles qui dansent plusieurs branles de suite sans fatigue.

Il est fort avant dans la nuit, quand le vezouneur se résigne à descendre de ses tréteaux pour boire le café d’adieu avec ses danseurs, et la route est longue pour retourner aux borderies ; mais qu’importe, la foire de « Minée » ne se termine qu’au soleil levant. Aussi s’en vont-ils gaiement par groupes, vers les demeures lointaines, riant, parlant haut, s’interpellant dans la nuit. A la sortie de la ville, l’un d’eux entonne une mélopée traînante, composée il y a longtemps sans doute, et les autres reprennent en choeur le refrain. Ou bien, par instants, ils lancent aux échos du marais des hou-hou retentissants, comme le faisaient jadis les vieux chouans leurs aïeux, pour se reconnaître entre eux.

Et le jour point à l’horizon, quand on se quitte pour rentrer au logis, et prendre un repos bien nécessaire avant de se remettre au dur labeur quotidien.




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