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Pourquoi Henri IV anoblit un charbonnier du Pays d’Albret ?

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Personnages : biographies
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Henri IV : pourquoi anoblit-il en 1597
un charbonnier du Pays d’Albret ?
(D’après « Un amour d’Henri IV : Capchicot, légende
et histoire » (par Jules Andrieu), paru en 1885)
Publié / Mis à jour le dimanche 5 avril 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
En 1578, le futur Henri IV qui n’était encore que roi de Navarre, se trouvant à l’issue d’une longue chasse trop éloigné de ses compagnons, fut surpris par la nuit et s’égara en pleine forêt : se réfugiant chez un charbonnier dont la femme comptait au nombre de ses galantes conquêtes, il fit bientôt de son hôte un homme fortuné, lui octroya plus tard le château de Capchicot construit l’année suivante, puis l’anoblit en 1597

Le souvenir d’Henri IV est resté très vivant en Gascogne, dans le pays d’Albret surtout (sud-ouest du Lot-et-Garonne), où il vécut bien des jours heureux de sa jeunesse. Le poète agenais Jean-Baptiste Goux écrit au sujet du roi :

Jamais un roi pareil n’a réjoui la terre.
Petit, grand, chacun l’aime, et nul ne s’en défend ;
S’il a gagné les cœurs, voici tout le mystère :
Roi français, roi gascon, il fut roi bon enfant.

Après Arques, Ivry, couronné, triomphant,
Un Dieu presque, il garda sa rondeur militaire,
Sa belle humeur, son air sans façon, comme avant ;
Le souverain pouvoir chez lui n’eut rien d’austère.

Loin de là ! S’il trouvait un Gascon en chemin,
Lui frappant sur l’épaule, il lui tendait la main
Grande ouverte, songeant : Au diable l’étiquette !

La galanterie fut son faible, son incorrigible travers si l’on veut. Il allait par les chemins, contant fleurette à toutes, brunes ou blondes, jolies ou laides, élégantes ou communes : c’était un vrai Gaulois à l’humeur joviale et égrillarde. Les promesses, même écrites, ne lui coûtaient guère et il n’en fut jamais avare. « On ferait un calendrier, dit Emile Gaboriau, avec les noms de toutes les saintes que fêta ce dévot de la beauté » (Les Cotillons célèbres, 1861). Ses lettres d’amour ont une saveur particulière, car l’esprit et les sens avaient plus de part que le cœur dans ses incessantes et folles équipées.

Henri III de Navarre, futur roi Henri IV. Dessin à la craie réalisé vers 1570 par François Clouet (1520-1572)
Henri III de Navarre, futur roi Henri IV.
Dessin à la craie réalisé vers 1570 par François Clouet (1520-1572)

Que de fredaines ! Que d’histoires piquantes ! Que de noms inscrits sur ses tablettes, depuis Corisande, la belle comtesse de Guiches, jusqu’à l’altière Henriette d’Entrague, au grand scandale des Calvinistes dont les nombreux pamphlets, écrits dans la langue qui brave l’honnêteté, avaient le don de le réjouir.

La première période de la vie d’Henri IV est intimement mêlée à l’histoire de la Gascogne. En dehors des faits militaires et des agissements politiques, les anecdotes foisonnent. La Lande retentit longtemps du bruit des chasses du Meunier de Barbaste, et le pays tout entier a malicieusement souri à l’écho d’aventures galantes qui eurent parfois, semble-t-il, de tragiques conséquences.

Le peu que l’on sait sur la charbonnière de Capchicot fait vivement regretter l’absence de renseignements plus amples et plus précis. Capchicot est un nom de lieu — aujourd’hui, commune d’Allons, dans le Lot-et-Garonne — qui avait été donné au XVIe siècle à un pauvre charbonnier, Étienne Saint-Vincent, dont la modeste demeure se trouvait située en cet endroit. Les appellations métonymiques n’étaient pas rares autrefois dans ces régions.

C’était en 1578. Henri de Navarre habitait alors Nérac et se livrait avec toute sa fougue ordinaire à la chasse du sanglier et des belles dont ses chères landes de l’Albret étaient abondamment pourvues. Ni le souvenir des terribles évènements récents, ni les préoccupations de toute sorte que la situation du moment devait inspirer n’altéraient son humeur joviale et son entrain. Un jour, à la fin d’une longue chasse, Henri, trop éloigné de ses compagnons et surpris par la nuit, s’égara en pleine forêt...

Le comte Christophe de Villeneuve-Bargemont, préfet du Lot-et-Garonne, inséra en 1807 au sein de sa Notice historique sur la ville de Nérac le récit de cette aventure en ces termes :

« Le prince, après avoir chassé toute une journée dans les forets de Boussès et de Durance, où il avait un château, s’égara au milieu des Landes ; et surpris seul, par une nuit obscure, il chercha longtemps un asile où il pût manger et se reposer. Il découvrit enfin la cabane d’un charbonnier nommé Capchicot ; et, en entrant pour lui demander l’hospitalité, il reconnut en son hôtesse une brune piquante, avec laquelle il avait depuis longtemps des liaisons particulière, mais que diverses circonstances rendaient très rares.

« Le charbonnier ne connaissait pas le roi ; mais, voyant en lui un chasseur égaré et qui paraissait un assez bon convive, il le reçut avec cordialité. La femme ne fut pas sans doute moins affable, et dissimula prudemment ce qu’elle pouvait savoir. Du pain de seigle fort noir, un fromage du pays, connu sous le nom de Chevichou, de très mauvais vin : tel fut le repas qui fut servi au roi de Navarre. Mais il était affamé, et à côté d’une jolie femme : aussi trouvait-il tout excellent.

« Capchicot avait bien, dans un coin de sa cabane, une hure de sanglier, que sa compagne lui faisait signe de présenter ; mais comme la chasse de ces animaux était sévèrement défendue, il craignait de se confier à un inconnu. Enfin, vaincu par les instances de sa femme et par l’air de franchise de son hôte, il lui dit qu’il lui donnerait volontiers quelque chose de mieux, s’il pouvait compter sur sa discrétion ; s’il promettait, surtout, de ne pas le dire au Grand-Nez : c’était ainsi qu’il désignait Henri. Celui-ci promit tout, et fit honneur au nouveau mets.

« L’heure du coucher amena un combat de politesse entre le charbonnier et son hôte. Le premier voulait céder sa cabane et aller passer la nuit chez un voisin ; mais Henri, sous prétexte de ne pas le déranger, ne demandait qu’un réduit attenant où se trouvait un grabat, parce que sachant que, longtemps avant l’aurore, le charbonnier irait faire paître son bétail, suivant l’usage du pays, il se proposait de prendre sa place. Enfin on transigea : le charbonnier, qui voulut être maître chez lui, dicta les conditions, et se retirant dans le réduit, avec sa femme, il laissa son lit au roi, qui consentit gaîment à un arrangement qui assurait l’exécution de ses projets.

« Quelque temps après, le roi sut que Capchicot était venu à Nérac pour des affaires, et il l’envoya chercher. Celui-ci se crut perdu, et sa frayeur redoubla, quand il reconnut, dans son hôte, le Grand-Nez qu’il redoutait tant. Henri le régala, le remercia de l’accueil qu’il lui avait fait, sans dire un seul mot de la hure, et lui offrit toutes les grâces qu’il désirerait. Le modeste charbonnier se contenta de demander la concession de la place du marché au charbon, avec l’exemption de tous droits à l’avenir. Ce privilège lui fut accordé ; et les charbonniers en ont joui jusqu’à nos jours ! »

Le narrateur ajoute en note : « Henri IV eut un fils de la Charbonnière ; et ce fut là, dit-on, l’origine de la famille Lavaissière, du Mas d’Agenais, maintenant éteinte. On ajoute que Lavaissière était le vrai nom du charbonnier, et que Capchicot n’était qu’un sobriquet. Quoi qu’il en soit, il est certain que cette famille fut ennoblie (sic) et comblée de biens. »

Henri IV en roi des pauvres. Illustration de Jacques Onfroy de Bréville extraite de l'ouvrage Le bon Roy Henry d'Abel Hermant, paru en 1900
Henri IV en roi des pauvres. Illustration de Jacques Onfroy de Bréville extraite de l’ouvrage
Le bon Roy Henry d’Abel Hermant, paru en 1900

Christophe de Bargemont mêle ici l’erreur à la vérité. Henri de Navarre put fort bien avoir un fils de la charbonnière et les Capchicot furent réellement anoblis par lui en 1597 ; mais l’origine des Lavaissière, qui, en effet, s’allièrent plus tard aux descendants d’Étienne, est toute différente, comme nous le verrons plus loin.

Quant à la légende elle-même, un tel fait n’aurait assurément rien d’extraordinaire ni de bien exceptionnel dans la vie accidentée du Vert-Galant. La charbonnière était jolie, et Henri ne fut pas toujours ingrat. Les faveurs dont il combla Étienne Saint-Vincent et sa famille ont d’ailleurs une signification éloquente : ils supposent une reconnaissance que ne suffiraient peut-être pas à expliquer les menus services rendus au chasseur par l’humble forestier.

Le château de Capchicot (ou Cachicot), situé non loin d’Allons et dans l’arrondissement de Houillès, dut être construit vers 1579 par ordre d’Henri de Navarre, pour servir de rendez-vous de chasse dans cette partie des landes de l’Albret. La Tour-Neuve, située aux environs, était probablement domaine privé. Le prince affectionnait cette zone giboyeuse de la forêt ; il y était sans doute aussi attiré par les beaux yeux de la femme d’Etienne dont la chaumière était proche.

Ce château eut certainement d’abord une importance bien différente de celle qu’on lui connaît aujourd’hui, puisqu’il put recevoir en 1620 le maréchal de Bassompierre, qui, se rendant en Béarn, y passa avec sa suite la nuit du 11 au 12 octobre (voir les Mémoires du maréchal de Bassompierre, depuis 1598 jusqu’à son entrée à la Bastille en 1631). Plus tard, en avril et mai 1653, pendant les troubles de la Fronde, il servit de garnison aux cavaliers commandés par M. de Licogne. C’est d’ailleurs vers ce temps que la première construction dut disparaître, détruite par un incendie, et on n’éleva sur ses ruines qu’une petite gentilhommière d’assez modeste apparence.

Il paraît probable qu’Henri installa, dès le premier moment, Étienne Saint-Vincent dans le château de Capchicot, et qu’il lui en fit don peu après. La fortune rapide du charbonnier ne peut guère avoir d’autre origine que les libéralités du prince, dont la mémoire ne fût certes pas restée si fidèle à de simples services cynégétiques.

Devenu roi de France en 1589, Henri garda donc un doux souvenir de la châtelaine improvisée ; il se reportait sans doute volontiers vers cette époque ensoleillée de sa vie, si pleine de promesses en tout genre, et la reconnaissance du cœur le conduisit même un jour à user d’une des plus hautes prérogatives royales en anoblissant son ancienne amie et le fils qu’il s’attribuait.

Les lettres patentes d’anoblissement d’Étienne Saint-Vincent Capchicot sont du 20 avril 1597 et datées de Saint-Germain. Voici le texte de cet important document :

« Henry, par la grace de Dieu, roy de France et de Navarre, à tous présens et advenir, salut : Scavoir faisons que nous ayant esgard aux bons et recommandables services que nous a cy devant faictz nostre cher et bien amé, Estienne Sainct Vincens Cachicot, habitant de nostre duché d’Albret, ressort de Castelgeloux, et la despence extreme qu’il a supporté lors que nous estions en Guyenne, faisant ordinairement les assemblées de la chasse en la maison dud. [du dit] Cachicot laquelle a toujours servy de reffuge et passage à nos officiers, domestiques et personnes autres que nous avons envoyez durant les troubles pour nos affaires et service en lad. province de Guyenne, et ayant esgard que aud. [au dit] duché d’Albret les tailles sont réelles ;

« nous, pour ces causes et autres considérations à ce nous mouvans et affin de luy laisser et à sa postérité quelques marques de ses mérites et fruict de ses d. [dits] services, avons led. [le dit] Cachicot, ses enfans et postérité, masles et femelles, nais et à naistre en loyal mariage, de nostre grace especiale, plaine puissance et autorité royale, annobly et ennoblissons et du titre et qualité de noblesse décoré et décorons, voulons qu’en tous actes et endroicts, tant en jugemens que dehors, ils soient tenus, censés et réputés pour nobles et puissent porter le titre d’escuyer, user et jouir de tous les honneurs, prérogatives, prééminences, privilèges et franchises dont jouyssent et ont accoustumé de jouyr les nobles de cestuy nostre royaulme, extraicts de noble et ancienne race, et comme telz ils puissent acquérir, tenir et posséder tous fiefs et possessions nobles de quelque qualité et nature qu’ils soint et d’iceux, ensemble de ceux qu’ils ont acquis et qui leur pourront eschoir à l’advenir, jouyr et user tout ainsi que s’ils estoint naiz et extraictz de noble et ancienne race, sans qu’ils soient tenus ou puissent estre constrains en vuyder leurs mains, ayant d’abondant aud. Cachicot et à sa postérité de nostre plus ample grace permis et octroyé, permettons et octroyons qu’ils puissent doresnavant porter en tous lieux et endroicts, ou bon leur semblera, leurs armoiries timbrées telles que leur donnons par ces présentes et qu’elles sont cy empraintes et icelles eslever et mettre par toutes leurs seigneuries, tout ainsy et en la mesme forme et manière qu’ont acoustumé faire les autres nobles de nostre d. royaume, sans que pour raison de nostre présente grace iss soient teneus payer à nous et à nos successeurs roys aucune finance, de laquelle et quelque somme et valeur et estimation qu’ils soient ou puissent estre et monter, encore qu’elles ne soient ci especiffiées, nous avons audit Cachicot faict et faisons don par ces présentes signées de nostre main, à la charge de vivre noblement et de payer la somme à laquelle se pourra monter l’indemnité du lieu où il demeure, aucas toutesfois qu’il soit contribuable à nos tailles ;

Henri III de Navarre, futur roi Henri IV. Gravure réalisée d'après un dessin du peintre François-André Vincent (1746-1816)
Henri III de Navarre, futur roi Henri IV. Gravure réalisée d’après un dessin
du peintre François-André Vincent (1746-1816)

« sy donnons en mandement à noz amez et feaux conseillers, les gens tenant nostre court de parlement de Bourdeaux, trésoriers de France, généraux de nos finances et tous nos autres subjectz et officiers, chacun en droit soy comme il appartiendra, que de nos présentes grace, anoblissement, dependances et finances et de tout le contenu cy dessus, ils facent, souffrent et laissent led. Cachicot, ses enfants et postérité nais et à naistre en loyal mariage, jouir et user plainement, paisiblement et perpétuellement, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschemerts, au contraire lesquelles si fais, mis mi donne leur estoit, ils fairont mettre à plaine et entière délivrance, car tel est nostre plaisir, et afin que ce soit chose faicte à toujours nous avons faict mettre et aposer nostre scel à ces présentes. Donné à Sainct-Germain en Laye, le vingtiesme jour d’avril, l’an de grace mil cinq cens quatre vingt dix sept, et de notre règne le huitiesme. »

Êtienne Saint-Vincent était évidemment préparé de longue main à ce suprême honneur. Propriétaire du château royal de Capchicot, acquéreur du manoir voisin de la Tour-Neuve, il devait jouir depuis longtemps de la considération générale, dans une contrée si profondément dévouée au roi gascon. Comment donc s’expliquer le défaut d’entérinement des lettres patentes de 1597 ? Était-ce indifférence ou manque de ressources ? Quoi qu’il en soit, cette formalité indispensable et que ne pouvait guère ignorer le nouveau gentilhomme ne fut point remplie.

À la mort de l’ex-charbonnier, survenue vers 1612, ses deux fils, Bertrand et Jean, éprouvant des difficultés quant à la transmission du titre resté irrégulier, durent adresser une requête au roi pour solliciter une confirmation de noblesse. Henri IV était mort en 1610 ; mais Louis XIII, sa mère régente, accueillit favorablement la demande des deux frères, dont l’un, Bertrand peut-être, si la tradition est exacte, le touchait de fort près.

Les Lettres de confirmation délivrées aux fils d’Étienne sont datées de Paris, 20 juin 1613 :

« Louys par la grace de Dieu, roy de France et de Navarre, a nos amés et féaulx conseillers les gens tenus nostre cour de parlement à Bordeaux, trésoriers de France et généraux de nos finances aud. lieu et à tous nos justiciers et officiers et chascun en droit soy et comme leur appartiendra, salut : Noz chers et bien amés Bertrand et Jean de Sainct Vincens de Cachicot, nous ont humblement remonstrer et faict entendre que le feu Roy Henry le Grand, nostre tres honoré seigneur et père, que Dieu absolve, ayant esgard aux bons, fidelles et agréables services que feu Estienne de Sainct-Vincens de Cachicot, leur père, Iuy avoit rendus en plusieurs et diverses occasions, lui auroit dès le moys d’Apvril mil cinq cens quatre vingt dix sept octroyé des lettres patentes d’anoblissement de luy et sa postérité naiz et à naistre et à vous adressantes, lesquelles lors il n’auroit faict veriffier de son vivant, et craignants les dicts sieurs ses enfants, que on les leur veuille débattre et frapper de nullité a faulte de lad. verification, ils nous ont très humblement suplié et requis les pourvoir des nostres sur ce nécessaires, tant pour la confirmation d’icelles, en tant que besoin est ou seroit, que pour lad. veriffication, attendu mesures que en conséquence des d. lettres ils ont vescu tousjours noblement et porté les armes pour nostre service en toutes les occasions qui s’en sont présentées ;

« À ces causes, de l’advis de la Royne régente nostre tres honorée dame et mère, et pour les mesmes considerations qui meurent nostre d. feu seigneur et père à concéder les d. lettres d’anoblissement et que nous avons bien agreables et icelles confirmées et confirmons pour avoir lieu et sortir leur plain et entier effet selon leur forme et teneur au profit des exposans ;

« Nous vouions et vous mandons que vous ayez à les veriffier et faire enregistrer et du contenu, faire, souffrir et laisser jouer et user plainement et paisiblement les d. Bertrand et Jean de Sainct-Vincens de Cachicot frères et leur postérité naiz et à naistre en loyal mariage, pour leur donner d’autant plus de subject et occasion de nous continuer leurs d. services, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschemens au contraire, nonobstant que les sus dictes lettres soient surannées et ne vous ayent esté présentées du vivant dud. feu Estienne de Saint Vincens, que ne voulons nuire ny prejudicier auxd. sieurs Bertrand et Jean, ses enfans, les en ayant relevés et dispensés, relevons et dispensons, par ces mêmes présentes.

« Car tel est nostre plaisir, nonobstant aussi quelconques edits et ordonnances portant revocation d’anoblissement et lettres à ce contraires auxquelz et aux desrogatoires des desrogatoires y contenus nous avons desrogé et desrogeons par ces présentes. Données à Paris, le vingt huitiesme jour de juing, l’an de grace mil six cens treize et de nostre règne le quatriesme. »

Château de Capchicot, rendez-vous de chasse de Henri IV
Château de Capchicot, rendez-vous de chasse de Henri IV

Bertrand de Capchicot eut un fils, Guilhem, qui, à une date inconnue, épousa Jeanne du Castaing — fille de Me du Castaing, procureur du roi au siège de Casteljaloux et de Jeanne de Gillet — et mourut vers 1642, laissant une fille unique, Isabeau de Saint-Vincent. Sa veuve, jeune encore, se maria en secondes noces, le 18 décembre 1645, avec François de Lavaissière, né à La Réole vers 1600, avocat en parlement et ex-magistrat présidial en Guyenne, alors capitaine au régiment de Lusignan.

De son premier mariage, contracté le 18 mai 1628 à Bordeaux avec Luce de Galatheau — fille de Nicolas de Galatheau, sieur de Colomb, conseiller au parlement de Bordeaux, et de Jeanne du Périer —, François de Lavaissière avait eu plusieurs fils. L’aîné, Jacques de Lavaissière de Verduzan, épousa Isabeau, la fille de Guilhem de Capchicot. Son mariage eut lieu également le 18 décembre 1645, c’est-à-dire en méme temps que celui de son père avec la veuve de Guilhem.

Un autre fils de François de Lavaissière trouva la mort avec ce dernier dans une circonstance qui doit être rappelée ici, car elle se rattache à l’histoire particulière qui nous occupe. En 1645, l’évêque de Condom ayant accordé au seigneur de Capchicot, seul fief noble de la paroisse de Saint-Christophe d’Allons, le droit de sépulture et de banc dans cette église, ce droit fut contesté par André de Saint-Gresse, seigneur de Cugnos et d’Allons, dont le gendre François de Piis de Trajan, était très redouté pour ses violences.

Il ne fallut rien moins que l’intervention de Pierre de Caraman, chevalier du guet et vice-sénéchal d’Albret, pour permettre aux Lavaissière d’exercer le droit en question. Leurs adversaires, pleins de rage, combinèrent une affreuse vengeance. En avril 1646, François de Lavaissière, son fils et deux domestiques tombèrent sous les coups de Trajan de Piis et de ses acolytes dans l’église et dans le cimetière d’Allons. La terreur inspirée par de Saint-Gresse et de Piis était telle qu’aucun huissier de Casteljaloux ni de La Réole ne voulut signifier et opérer la prise de corps prononcée contre eux par le parlement de Bordeaux.

Les meurtriers, retranchés dans leur château d’Allons, osèrent même braver les archers, et furent condamnés par contumace à la peine de mort le 28 juin 1647 ; mais le pays était alors en effervescence et les troubles civils de l’époque leur permirent d’échapper au châtiment. La confiscation des biens des assassins fut obtenue par Anne du Castaing au bénéfice de son gendre, l’aîné des Lavaissière.

 
 
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