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Grippe et moyens de lutter contre ce fléau - Histoire de France et Patrimoine

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Histoire des Français
L’Histoire des Français : systèmes politiques, contexte social, population, économie, gouvernements à travers les âges, évolution des institutions.
Grippe et moyens de lutter
contre ce fléau
(D’après « Le Petit Journal illustré » paru en 1935)
Publié / Mis à jour le dimanche 8 décembre 2019, par LA RÉDACTION
 
 
 
Loin d’être une maladie moderne, la grippe, sévissant sur les pauvres humains depuis des siècles, reçut toutes sortes de noms plus ou moins euphoniques, et fut un temps combattue en vain par la célèbre thériaque, préparation médicinale comprenant une soixantaine de composés

Les appellations qui au cours des âges furent données à la grippe sont nombreuses. On l’appela successivement tac, horion, dando, grippette, baraquette, petite peste, petit courrier, follette, coquette, grenade, cocote, influenza... sans compter les noms latins que lui donnaient messieurs les médecins : catarrhus febrilis, febris catarrhosa, catarrhus epidemicus, etc. Et tout cela c’était toujours la grippe.

Décrite voici 2400 ans par Hippocrate, cette maudite affection fit semble-t-il son entrée à Paris il y a tout près de sept cents ans. La première mention qu’en fassent les chroniques date de l’année 1239. Le mois de décembre avait été pluvieux et doux, la Seine avait donné beaucoup de brouillard. Tout le monde allait toussant et éternuant par la ville. La maladie faisait tant de ravages que les médecins ne suffisaient pas à la soigner.

Frontispice réalisé par Chauveau de l'ouvrage An Volvulo Balneum ? (1659) et représentant la médecine ou la Faculté de médecine tenant d'une main le bâton chargé d'un serpent et de l'autre un écusson aux armes de la Faculté de médecine de Paris. Deux génies soutiennent des écussons aux armes des apothicaires
Frontispice réalisé par Chauveau de l’ouvrage An Volvulo Balneum ? (1659)
et représentant la médecine ou la Faculté de médecine tenant d’une main le bâton
chargé d’un serpent et de l’autre un écusson aux armes de la Faculté de médecine de Paris.
Deux génies soutiennent des écussons aux armes des apothicaires

Il y avait pourtant alors, dans la capitale, une trentaine de « mires » et huit « miresses ». Car la profession médicale était déjà ouverte aux femmes en ce temps-là. Mais les doctoresses étaient non moins impuissantes que les docteurs à préserver les Parisiens des rigueurs de l’épidémie.

À cette époque, il semble bien que la, grippe n’avait pas de nom. C’est au début du XVe siècle qu’on l’appelle tac ou horion. En 1404, chose curieuse, l’épidémie éclate au printemps. Me Nicolas de Baye, greffier au Parlement, écrit dans son journal qu’à la tin d’avril presque tous les membres du Parlement étaient enrhumés et avaient la fièvre. On toussait tellement que le pauvre greffier se trouvait dans l’impossibilité « d’enregistrer au vrai ».

Dix ans plus tard, nouvelle épidémie de tac. « Le lundi 5 mars, écrit encore Nicolas de Baye, n’a pas esté plaidoyé, ne n’avait aulcun advocat ni procureur, ni parties, par le palais, pour une moulte griève maladie qui généralement couroit Paris, par laquelle la teste et tous les membres doloient et souffroient de moult fort rhume... »

L’épidémie semble avoir été, cette année-là, particulièrement grave. Les audiences du Parlement et du Châtelet furent suspendues ; le clergé dut cesser la célébration des messes chantées. Le Journal d’un bourgeois de Paris rapporte que, pour conjurer le fléau, le chapitre de Notre-Dame ordonna une procession générale.

Bien d’autres épidémies marquèrent dans l’histoire du passé : il y en eut de plus ou moins graves an cours des XVe et XVIe siècles. C’était bien la grippe. Cela commençait généralement par un rhume de cerveau. « Les narines, dit un malade, distilloient sans cesse comme une fontaine. » Et puis on grelottait de fièvre, on éprouvait une grande lassitude dans tous les membres. On avait mal à la tête, et chaque quinte de toux vous faisait dans la poitrine un déchirement.. Tous les mets, prenaient un goût amer. On ne mangeait plus, on ne buvait plus, on ne dormait plus.

Mais les médecins, du moins, n’étaient plus pris au dépourvu comme à l’époque des premières manifestations du tac. Ils avaient des médicaments, un médicament surtout, la thériaque, qui devait rester, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le remède classique contre la grippe.

Apothicaire délivrant de la thériaque. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis (Tableau de santé) dans sa version latine illustrée du milieu du XVe siècle (manuscrit cote 9333)
Apothicaire délivrant de la thériaque. Enluminure extraite du Tacuinum sanitatis
(Tableau de santé) dans sa version latine illustrée du milieu du XVe siècle (manuscrit cote 9333)

Or, la thériaque était l’un des médicaments les plus compliqués en ce temps où l’on trouvait dans la pharmacopée les compositions les plus invraisemblables. Elle ne comprenait pas moins d’une soixantaine de substances différentes, parmi lesquelles figuraient le gingembre, la racine d’aristoloche, le poivre noir, le dictame de Crète, les fruits du persil, l’opium officinal, la mie de pain desséchée, l’oblan, le bitume de Judée, l’opopanax, la myrrhe, l’encens, sans compter une foule de produits tirés des animaux comme du cœur de vipère desséché et des rognons de castor.

Quand on avait pilé ensemble ces ingrédients variés, on passait au tamis la poudre obtenue et on la mélangeait à de la térébenthine. Puis on y ajoutait du vin de grenache et du miel blanc. On formait ainsi une pâte. Mais cette pâte n’était pas employée immédiatement. On la laissait reposer quelques mois, après quoi on la reprenait et on la triturait de nouveau dans un mortier. Alors seulement elle était propre à guérir les pauvres gens atteints de la grippe. Et on la leur prescrivait indifféremment en cataplasmes pour l’usage externe, et en pilules pour l’usage interne. Dix, vingt pilules par jour, suivant la gravité de la maladie. Nos aïeux, pour digérer cette mixture, devaient avoir de fameux estomacs.

Cependant, en dépit de la thériaque, l’épidémie continuait à multiplier ses visites à Paris. Au XVIIe siècle, maints auteurs de Mémoires parlent des ravages que ce rhume obstiné fait par la ville. En 1676. un étranger de passage à Paris au cœur de l’hiver en est incommodé. « Ce mal est si général, dit-il, qu’on l’appelle le mal à la mode. » Ainsi l’épidémie n’a pas encore, à cette époque, acquis le nom qui doit lui rester. Ce n’est qu’un siècle plus tard, en 1776 exactement, qu’elle reçut le nom de « grippe ».

Cette année-là, elle fut d’une singulière violence. C’est parce que la maladie se déclarait subitement, avec l’aspect d’un mal qui vous frappe au passage, qui vous « agrippe » qu’on lui donna le nom de « grippe ». Les médecins ne savaient où donner de la lancette — on saignait beaucoup à cette époque —, et en vain ordonnaient-ils la -classique thériaque, en vain abreuvaient-ils leurs malades des sirops les plus variés, le mal ne cédait pas.

C’est un changement de temps qui triompha de la maladie. Le froid arriva tout à coup. Il gela à dix degrés au-dessous de zéro, la Seine fut prise, et la grippe disparut brusquement comme elle était venue. Chose curieuse, l’épidémie n’avait pas altéré la bonne humeur de Paris. On chansonna la grippe sur tous les tons. Il se trouva même un auteur facétieux pour la mettre en vaudeville. Cet auteur soutenait cette thèse, pour le moins originale, que la grippe n’était pas du tout causée par le mauvais air, mais bien plutôt par les mauvais auteurs dont les pièces attaquaient le cerveau et y causaient des migraines et des rhumes.

C’est à cette époque qu’on s’avisa de donner à la maladie toutes sortes de petits noms de fantaisie, qu’on l’appela la « coquette » ou la « grenade », la « baraquette » ou la « follette ». Le Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie de 1780 s’insurge contre cette manie de donner à la grippe des noms « qu’on croit plaisants, mais qui ne sont que ridicules, et qui, au lieu de désigner la maladie, en éloignent jusqu’à l’idée ». Quant au nom d’ « influenza », il fut appliqué pour la première fois à la grippe en Italie, lors d’une épidémie très violente qui eut lieu en 1775.

On a essayé de découvrir, si l’on peut dire, la patrie primitive de ces sortes d’épidémies. D’où vient la grippe ? Elle naît tantôt sur un point de l’Europe, tantôt sur un autre. Parfois, elle apparaît en même temps dans des régions fort éloignées les unes des autres. Les vieilles chroniques signalent notamment que la grande épidémie de 1580 éclata à la fois en Hollande et en Espagne. Elle fit périr neuf mille personnes rien qu’à Rome, et dépeupla plusieurs contrées de l’Europe. Mais il est possible que cette grippe ait été plutôt une de ces contagions pestilentielles contre lesquelles nos aïeux étaient totalement désarmés. Ces sortes d’épidémies faisaient de tels ravages, tuaient tant de monde que, souvent, dans les villes, les cercueils manquaient et que l’on devait creuser de grandes fosses où l’on jetait les victimes par douzaines.

La préparation des vipères destinées à la confection de la thériaque. Gravure extraite du Hortus sanitatis (Jardin de santé), Strasbourg, 1586
La préparation des vipères destinées à la confection de la thériaque.
Gravure extraite du Hortus sanitatis (Jardin de santé), Strasbourg, 1586

Une série d’enquêtes sur la grippe à travers les âges, menée par un médecin, montra qu’en général la marche des épidémies allait du nord vers le midi et de l’est vers l’ouest. C’est le cas de toutes les épidémies de grippe du XVIIIe siècle qui, nées soit en Russie, en Pologne ou en Saxe, gagnèrent l’Allemagne, la Suisse, la Hollande, puis l’Angleterre, la France, l’Espagne et l’Italie. La grande contagion de 1837 avait commencé en Suède et au Danemark. De là, elle envahit Londres, puis Paris.

C’était une rude tâche que celle d’un médecin aux époques où régnaient les épidémies.. Aussi, les praticiens, dès le XVIIesiècle, avaient-ils imaginé certaines précautions de nature à les préserver des contagions. Ils s’enfermaient la tête dans une sorte de cagoule avec de petites fenêtres rondes en cristal à l’endroit des yeux et un long nez, en forme de bec d’oiseau, dont la cavité était remplie de parfums. De cette façon, l’air extérieur n’arrivait à l’odorat qu’imprégné de la senteur des drogues enfermées dans ce bec.

 
 
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