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Le château de Versailles objet du vandalisme révolutionnaire à partir de 1792

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Histoire des Français
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Château (Le) de Versailles : objet
du vandalisme révolutionnaire
à partir de 1792
(D’après « Le vandalisme jacobin » (par Gustave Gautherot), paru en 1914)
Publié / Mis à jour le dimanche 8 mars 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Si dès le 14 août 1792, Lefebvre, député d’Eure-et-Loir, demandait que les châteaux fussent « détruits et rasés », à la démolition du château de Versailles, jugée trop onéreuse, on préféra le pillage, rien n’étant épargné : au grand dam des Versaillais eux-mêmes qui s’insurgeaient contre une hérésie artistique, les meubles furent vendus à l’encan, les glaces et ornements furent arrachés pour ne laisser que les murs, des projets « patriotiques » voyant le jour comme celui de transformer le palais en lycée et en gymnase

Le 24 novembre 1792, Jean-Marie Roland de La Platière, ministre de l’Intérieur — il occupa ce poste de mars à juin 1792, puis d’août 1792 à janvier 1793 —, écrivit au président de la Convention qu’il conviendrait de vendre les matériaux des « ci-devant châteaux des émigrés ». Ainsi, les acquéreurs des fonds, « jaloux de se faire une habitation dans leurs nouvelles propriétés, joncheront ces campagnes de maisons utiles, riantes et commodes, nées des colosses qui ont si longtemps pesé sur la France ». Et cela était « l’exposition sommaire de pétitions innombrables » adressées au ministre.

Le 17 mars 1793, Barère recommande à l’Assemblée de réaliser une mesure « efficace pour le succès de la révolution dans les campagnes ». « Il y a, dit-il, une infinité de châteaux d’émigrés, vieux repaires de la féodalité qui resteront nécessairement invendus. Ces masures qui souillent encore le sol de notre liberté, peuvent, par leur démolition, servir à favoriser les pauvres et laborieux agriculteurs... Que les directoires soient chargés de vérifier le nombre des châteaux d’émigrés qui, par leur antiquité et leur tournure féodale, ne sont propres à d’autre usage qu’à fournir des matériaux pour construire des demeures aux agriculteurs ». Le Moniteur nous apprend qu’ « on applaudit » à ce discours. Toutefois ce fut seulement le 6 août suivant que la Convention décréta « le principe de la démolition des forts et châteaux de l’intérieur ».

Vue du château de Versailles prise de l'avenue de Paris. Gravure de Henri Courvoisier-Voisin (1757-1830)
Vue du château de Versailles prise de l’avenue de Paris.
Gravure de Henri Courvoisier-Voisin (1757-1830)

Les « repaires » de la royauté auraient-ils le sort des « repaires de la féodalité » ? Ils furent naturellement saccagés et, si on ne les détruisit point, on leur fit subir des mutilations qui devinrent pour les arts de lamentables désastres. Versailles et Fontainebleau en restèrent longtemps d’illustres témoins.

Le palais de Versailles chantait la gloire de l’ « exécrable » Louis XIV et d’un siècle entier où le « despotisme » avait atteint son apogée : ne fallait-il pas lui infliger le sort de la statue de la place des Victoires ? Le démolir était trop onéreux — raison qui empêchera, à Chartres, le citoyen Cochon Bobus de faire aboutir sa motion d’abattre la cathédrale —, mais on pouvait le dépouiller et le mettre en vente.

Les Versaillais — qui avaient été si cruellement lésés par le départ « du Boulanger, de la Boulangère et du petit Mitron » — tenaient cependant à conserver au moins leur château et ses merveilles, et lorsqu’en septembre 1792 ils en virent commencer le dépècement, grande fut leur douleur. Le 21 au soir, ils dépêchèrent à la première séance de la Convention une députation qui, au nom du département de Seine-et-Oise (aujourd’hui Yvelines), annonça l’envoi aux frontières d’un dixième bataillon de volontaires prêt à « sauver la république » ; puis, au nom cette fois du Département, des Sections de Versailles et de tous les corps administratifs « réunis », prononça le discours suivant, retranscrit dans le Moniteur et dont nous livrons ici quelques extraits :

« Représentants de la nation, nous avons vu les rois et leurs crimes, et nous les avons méprisés. Nous avons subsisté à l’ombre de leurs palais, des débris de leur indigne prodigalité, et nous avons préféré une honorable indigence à leur faste humiliant. (…) Une dernière ressource restait à cette cité déserte, à ses propriétaires ruinés. (...) Les habitants de Versailles espéraient que sur cette terre, enfin devenue libre, l’étranger viendrait contempler les restes d’une puissance destructive ; (...) que l’artiste, en copiant ces traits d’héroïsme tracés par d’habiles pinceaux, dirait : les habitants de Versailles n’en furent pas les vains admirateurs. Et cependant on leur enlève ces tableaux, ces superbes monuments ; on dépouille ces châteaux, comme si les enfants de la liberté n’étaient pas dignes d’être les gardiens des arts.

« Législateurs, n’empêcherez-vous pas cette injustice ? Le Muséum de Paris ne peut-il s’embellir que de notre ruine ? Il ne peut seulement contenir la moitié des chefs-d’œuvre amoncelés par le faste des Cours. (...) Puisque vous nous avez débarrassés de la royauté, que ferez-vous des superbes établissements dont il [Versailles] est plein, si vous ne vous rappelez qu’assez proche de la capitale pour offrir, avec le charme de la solitude, la ressource des sciences, il semble fait pour être le lycée de la nation française, la retraite de ses philosophes, l’école de ses artistes ? »

Ces revendications étaient exprimées en termes si « patriotiques » ; elles étaient d’ailleurs, en ce qui concernait l’utilisation du palais, si sensées, que la Convention vota d’enthousiasme, à onze heures du soir, « la suspension du décret relatif au transport des monuments de Versailles à Paris ».

C’est Jean Dusaulx, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui, à la séance du 21 août, avait déjà réclamé la conservation du parc de Versailles et de la porte de Saint-Denis : « Ils contiennent des antiques, s’était-il écrié, des antiques même aristocrates qu’il ne faut pas perdre. Gardons-les comme un simulacre d’horreur. Qu’on puisse dire dans la postérité : il y a deux mille ans que des despotes pesaient sur la terre ; les despotes ne sont plus. (On applaudit.) Pour moi, qui adore les arts, qui demande grâce pour leurs chefs-d’œuvre, je donnerai, si l’on veut, la clef de mon cabinet : on n’y trouvera pas la figure d’un roi ».

Jean Dusaulx. Pastel de Joseph Ducreux (1735-1802)
Jean Dusaulx. Pastel de Joseph Ducreux (1735-1802)

C’est ce singulier adorateur qui convertit en « motion » la demande des pétitionnaires. Il y avait été sans doute encouragé par le ministre de l’Intérieur, ainsi que le laisse supposer les remerciements adressés le 22 septembre à Roland par « les membres du Conseil permanent et commissaires des sections réunies » de Versailles :

« Monsieur, écrivaient-ils, c’est à vous que nous rapportons le succès que nous avons obtenu. Nous savons que deux officiers municipaux vous ont fait de notre part des représentations : aussitôt vous avez parlé à l’Assemblée Législative d’une manière énergique et pressante ; vous avez marqué, pour les habitants de cette commune appauvrie, généreuse, patriote et infortunée, un intérêt qui a fait sentir les inconvénients de l’observation du décret spoliatif : il présentait les signes de la dénudation et les présages de la nulité (sic) ou de la destruction... Nous désirons qu’en ce moment vous vous fassiez l’idée d’une cité entière réunie auprès de vous ».

Hélas ! que pouvait attendre la cité de protecteurs qui assimilaient ses chefs-d’œuvre à des « simulacres d’horreur », et ne voulaient même pas souffrir des rois en peinture dans leur cabinet ? À la séance du 20 octobre, on lut une lettre du ministre de l’Intérieur — de Roland lui-même — observant à la Convention « qu’il était instant de vendre les objets qui se trouvaient dans le château de Versailles » et de l’autoriser à faire procéder aux enchères : « Je convertis la demande du ministre en motion, dit aussitôt Manuel ; non seulement les meubles doivent être vendus, mais il faut aussi afficher maison à vendre ou à louer. » La Convention autorisa la vente des meubles et renvoya au Comité d’aliénation « la vente de la maison ». Dusaulx n’intervint plus.

L’effroyable gaspillage commença, ou plutôt continua, car il avait commencé le 25 août 1792 : de cette date au 30 nivôse an III (19 janvier 1795), on vendit pour une somme de 1 784 779 francs. « Au moment où on déménagea, raconte Gatin dans son Versailles pendant la Révolution française paru en 1908, rien ne fut épargné ; on arracha les glaces, les ornements dorés, pour ne laisser en quelque sorte que les quatre murs. » Les glaces furent d’ailleurs demandées plus tard par le ministre des Finances « en paiement pour les créanciers de la République » (9 juillet 1796) ; et les archives du département renferment des pièces de ce genre : le 5 frimaire an II (20 novemhre 1793), le Directoire du District de Versailles nomme un commissaire pour « faire dans les maisons nationales un choix de glaces dans les dimensions depuis 50 jusqu’à 65 pouces de largeur, sur 70 à 90 pouces de hauteur, avec leurs cadres, bordures et ornements choisis dans le meilleur goût, les plus frais et les mieux conservés, pour une somme d’environ 240 000 livres, y compris la valeur des cadres et bordures, pour être exportées et servir d’échanges avec l’étranger ».

Ces « reprises » nationales et gratuites furent beaucoup plus importantes que les simples ventes faites aux « bandes noires » qui s’abattirent alors, telles des nuées de corbeaux, sur le somptueux cadavre : à la date du 9 mars 1794, on avait déjà envoyé à la Monnaie pour 2 070 846 livres de métaux, dont 132 047 de cuivre, plomb et fer, le reste d’or et d’argent. Le palais était transformé en mine, en carrière et en magasin de bric-à-brac, tout comme les plus merveilleux monuments de l’architecture gothique.

Jean-Marie Roland de La Platière, ministre de l'Intérieur de mars à juin 1792 puis d'août 1792 à janvier 1793. Gravure d'époque de Nicolas Colibert
Jean-Marie Roland de La Platière, ministre de l’Intérieur de mars à juin 1792
puis d’août 1792 à janvier 1793. Gravure d’époque de Nicolas Colibert

Mais qu’étaient donc devenus les pétitionnaires du 21 septembre 1792 ? Ils rédigeaient, ou du moins deux d’entre eux — Rémond et Nuvé, signataires de la lettre à Roland du 22 septembre 1792 et du Mémoire du 27 août 1793 — unis à leurs successeurs à la Municipalité, imaginaient de « patriotiques » projets comme celui dont nous allons donner l’analyse.

La séance de la Convention du 8 juillet 1793 porte cette simple mention : « Carra. Décrétons dans ce moment le principe que le palais de Versailles sera transformé en gymnase et en lycée, et renvoyons au comité l’organisation de cet établissement. Cette proposition est décrétée. »

Le « principe » ainsi posé par le louche individu qui avait proposé de donner le trône de France au duc d’York, négocié avec le duc de Brunswick et appuyé en ces termes l’idée, exprimée par David, de détruire, au Palais de France à Rome, les bustes de Louis XIV et de Louis XV : « Laissons à Kellermann le soin de faire tomber tous ces monuments de l’orgueil et de la servitude et de les confondre dans la poussière avec les emblèmes de l’opposition sacerdotale », ce « principe » fut développé dans le Mémoire sur le projet de lycée départemental envoyé au ministre de l’Intérieur par la Municipalité de Versailles le 27 août 1793.

Il faut d’abord, exposaient les signataires — Mier, maire ; Rémond, J.-B. Bounizet ; Loiseleur, Messié, Nuvé et Grincome —, démolir, « comme inutiles », « les parties de bâtiments donnant sur la Cour de marbre, dépendant des deux ailes de droite et de gauche, et dans lesquelles se trouvent ce qu’on appelait cy-devant les petits appartements. Il sera substitué à la place des bâtiments démolis des cours vertes et des plantations. » Mais renonçons à souligner les « idées » les plus originales, car le Mémoire tout entier y passerait.

« Il ne sera conservé que les parties des bâtiments sur les jardins connus sous le nom de Grands Appartements, tant au nord qu’au midy, ainsi que la Gallerie. » Seront encore démolis : l’aile située « entre la cour royale et celle ditte des princes, et par suitte l’aile neuve ou de la nouvelle salle des spectacles » ; puis, ce qui était de moindre importance, « tous les bâtiments additionnés successivement dans les cours des ailes, sur les rues des Réservoirs et de la Surintendance, afin de ne plus faire qu’une seule cour de plusieurs petites ».

Les bâtiments conservés pourront alors être dotés des affectations suivantes :

Le rez-de-chaussée du « Corps du Château » recevra « tous les groupes de sculptures et bas-reliefs d’un mérite reconnu, ainsi que de très belles copies de l’antique » provenant des palais royaux, des édifices religieux et des maisons d’émigrés. On y « rassemblerait » même « tous les beaux morceaux du jardin qu*on remplacerait, (surtout au tapis verd et au fer à cheval), par quelques autres groupes répandus dans l’intérieur des bosquets de façon que le tapis verd et le fer à cheval se trouveraient toujours décorés ».

Vue du château royal de Trianon, dans le parc de Versailles. Gravure de Pierre Le Pautre (1652-1716)
Vue du château royal de Trianon, dans le parc de Versailles. Gravure de Pierre Le Pautre (1652-1716)

Au-dessus de ce Musée, « tout le premier étage sur le jardin, depuis et y compris le salon d’Hercule, les pièces ensuite, la galerie, les deux salons de la guerre et de la paix et le cy-devant appartement de la Reine jusqu’à la salle des Cent-Suisses, ne formera qu’un seul et même cabinet ». On y rangerait, « par écoles autant qu’il serait possible », tous les tableaux précieux du département ; seulement « il faut avant tout supprimer tout ce qui a rapport à la royauté ».

Passons aux ailes — du moins à ce qui n’en serait pas détruit. Du côté du midi, le rez-de-chaussée deviendrait une école de médecine, de chirurgie, de mathématiques et de « mécanique » ; le premier étage serait consacré à l’optique, à la physique et à l’histoire naturelle. Le côté du nord ou de la Chapelle serait occupé par les « beaux-arts », les estampes, la bibliothèque. À l’aile « attenant l’Opéra », rue des Réservoirs, on établirait « des ateliers de métiers en tous genres pour les jeunes citoyens », des écoles de géométrie et d’architecture militaire.

Dans « le reste », seraient installés les écoles primaires, l’« apothicairerie », les offices. Quoique monument de la superstition, la Chapelle serait conservée « pour les exécutions de musique, branche bien intéressante de l’éducation sociale en grand » ; de même, la salle de l’Opéra servirait « à apprendre à parler en public » ou « à des assemblées électorales et autres ». La nouvelle salle de spectacle, élevée dans « la cour ditte royale », sera, elle, abattue « avec l’aile », et « ses décorations serviront dans celle qu’on pourra établir dans la cour ditte des Princes pour l’éducation des jeunes citoyens ».

Dans les jardins, l’Orangerie, n’ayant rien de contraire aux principes de la Révolution, sera conservée. Sur la pièce d’eau des Suisses, on pourra établir « des écoles pour les premiers principes de la navigation ».

Les Trianons n’étaient-ils pas ce qu’il y avait de plus « infâme » à Versailles, puisque la « nouvelle Médicis » y avait couvert de pierres précieuses ses décors de théâtre, puisqu’aux rendez-vous nocturnes du Salon de Vénus, « sur un sofa en soie brochée tissée d’or fin, les jupes d’une reine de France traînaient [jadis] parmi les plis écarlates d’une robe de cardinal » ? Donc, à expurger !

Le Petit Trianon « doit être employé à un jardin de Botanique ou à une école d’agriculture dans tous les genres, en y réunissant le terrain depuis la rive nord du canal jusqu’à la porte Saint-Antoine. Il ne faut conserver que le principal corps de bâtiment et ceux jugés nécessaires pour les personnes qui seront attachées à ce service ». Le Grand Trianon sera de même « réduit au principal corps » ; l’aile de retour sera démolie.

La Ménagerie était plus précieuse : « Elle sera conservée et même augmentée autant qu’il sera possible pour l’utilité des arts et des sciences et pour une école vétérinaire. » Dans les fermes et terres d’alentour on pratiquera l’élevage « de bœufs, chevaux, moutons, etc. ». D’ailleurs, « en détruisant les murs des grand et petit parcs, et en y joignant quelques portions de terres aux habitations des Suisses et Portiers, on en ferait de petites métairies particulières qui seraient bien vendues ». Enfin, « il convient d’abattre l’avenue de Villepreux, d’en vendre les bois et de rendre le terrain à l’agriculture. Il convient d’en faire autant de plusieurs avenues du petit parc ».

Jules-François Paré, ministre de l'Intérieur d'août 1793 à avril 1794. Peinture de Jean-Louis Laneuville (1795)
Jules-François Paré, ministre de l’Intérieur d’août 1793 à avril 1794.
Peinture de Jean-Louis Laneuville (1795)

N’était-ce point le véritable retour à la nature, et Dusaulx lui-même ne devait-il pas s’incliner devant une application aussi complète des doctrines de son grand ami Jean-Jacques Rousseau ? Ce Mémoire conquit tout de suite la sympathie du ministre de l’Intérieur. Le 31 août 1793, Jules-François Paré, ministre de l’Intérieur (d’août 1793 à avril 1794) adressait en effet la lettre suivante « aux maire et officiers municipaux de Versailles » :

« J’ai reçu, citoyens, votre Mémoire sur le projet d’un lycée départemental et d’écoles primaires dans l’emplacement du cy-devant château de Versailles. J’ai cru devoir le renvoyer aux Comités d’aliénation et d’instruction publique auprès desquels ces renseignements peuvent être particulièrement utiles. Je leur ai rappelé, bien surabondamment sans doute, les sacrifices que votre commune a faits en tous sens à la Révolution. Je n’ai point trouvé de meilleure manière de recommander votre projet au Comité d’aliénation. »

Au dos du même document, se trouve le texte de la missive annoncée. Voici quelques lignes de ce texte :

« Paris, le 31 août 1793. — Le Ministre de l’Intérieur aux Représentants du peuple composant les Comités d’aliénation et d’instruction publique.

« La Municipalité de Versailles, citoyens, me fait passer, sous la forme d’un Mémoire, le programme d’un lycée départemental. (...) J’ai cru devoir, citoyens, (...) en soumettre les différents objets à votre sagesse. Je préviens du renvoi la Commune de Versailles à qui je fais espérer de votre justice et de votre amour pour les arts une attention à la demande vivement recommandée d’ailleurs par les grands sacrifices qu’elle a faits à la Révolution. »

L’ « espérance » de la Municipalité de Versailles fut singulièrement déçue. Son « amour pour les arts », en effet, ne semble avoir inspiré au Comité en question aucune décision. C’est huit mois après seulement qu’il fut de nouveau question du palais à la Convention nationale : au nom du Comité de Salut public désireux « de purifier en les utilisant les maisons nationales des environs de Paris qui avaient été trop longtemps des objets d’un luxe insolent et désastreux », Couthon fit décréter que Le Raincy deviendrait « un établissement pour l’éducation des troupeaux » et Versailles un établissement « d’éducation publique », révèle le Moniteur.

Ce décret, complété par celui du 15 septembre 1796 qui, après de longs débats, sauvegarda la ferme de la Ménagerie, parut assurer l’exécution du Mémoire du 27 août 1793. Mais il n’en fut rien, et, le 10 janvier 1798, le Directoire en était encore à adresser au Conseil des Anciens un message « sur la question de l’aliénation du château et du parc de Versailles » : il demandait « à quoi ce château pouvait servir ». On n’était pas fixé du tout.

Vue du château de Versailles du côté des jardins. Estampe de 1750
Vue du château de Versailles du côté des jardins. Estampe de 1750

Ce message « insistait, à cause de la Ville de Versailles, pour que ce grand monument ne fût pas détruit ». S’il ne fut pas détruit, il continua à être exploité ; le 21 pluviôse an VIII (10 février 1800), le ministre de l’Intérieur réclamait par exemple pour les Tuileries — où résidaient les Consuls — les glaces qui y restaient : « Vous ferez délivrer en même temps au même architecte et pour le même service les serrures, fermetures de portes, plaques, croissants, tant de cheminées que de rideaux et autres effets dorés et surdorés existant dans les magasins du ci-devant château ».

Les Consuls ne se contentèrent pas d’achever son dépouillement ; ils s’avisèrent d’utiliser ses murs et arrêtèrent, le 28 novembre 1800, qu’il serait « mis à la disposition du ministre de la Guerre pour y loger des militaires invalides ». Les arts en reprirent possession en 1837, dans de lamentables conditions.
sait dans quelles lamentables conditions.

 
 
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