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Naissance de la chevalerie en France au XIe siècle. Chevaliers - Histoire de France et Patrimoine


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Histoire des Français

L’Histoire des Français : systèmes politiques, contexte social, population, économie, gouvernements à travers les âges, évolution des institutions.


Chevalerie : née en France
au XIe siècle
(D’après « Histoire des Français depuis le temps des Gaulois
jusqu’en 1830 » (Tome 1) par Théophile Lavallée, paru en 1838)
Publié / Mis à jour le dimanche 19 novembre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Moyen de contrôler la violence féodale par l’application de sanctions religieuses, la Trêve de Dieu, instaurée au début du XIe siècle, consistait en une suspension de l’activité guerrière durant certaines périodes de l’année. Sous l’influence des idées qui l’avaient engendrée, et la complétant, naquit en France la chevalerie, dont la longue et brillante existence reposait sur les trois grandes passions de l’époque : la foi, la valeur et l’amour.

De même que, dans la Germanie, les chefs de guerre s’entouraient de compagnons qui banquetaient à leur table, et que les chefs de bandes établis dans la Gaule se donnaient une cour modelée sur celle des empereurs, les seigneurs féodaux appelaient auprès d’eux des vassaux peu puissants qu’ils s’attachaient en leur donnant des offices domestiques en fiefs, et ils se formèrent ainsi une petite cour et une troupe de guerriers. Tout souverain féodal eut bientôt son connétablecomes stabuli : c’était le roi de l’armée, et il avait droit sur toutes personnes qui étaient dans l’ost, même comtes et barons ; les maréchaux commandaient sous lui —, ses maréchaux, son sénéchal, ses écuyers, qui étaient plus immédiatement que les autres ses hommes, ses fidèles, ses chevaliers (milites).

Cette cour se grossit des fils des feudataires que ceux-ci envoyaient à leur seigneur pour que, étant élevés auprès de lui, les liens qui unissaient le vassal et le suzerain en fussent resserrés. De même que, dans les forêts de la Germanie, les jeunes hommes recevaient solennellement l’écu et la framée des mains du chef de guerre, ces fils de feudataires étaient initiés au rang des guerriers par des cérémonies religieuses : ils recevaient l’épée et la lance des mains du seigneur, se reconnaissaient ses chevaliers et lui prêtaient un serment qui était un hommage anticipé. De ces coutumes d’origine germanique naquit l’ordre de la chevalerie.

Le roi Jean II le Bon adoubant des chevaliers
Le roi Jean II le Bon adoubant des chevaliers

Depuis plusieurs années les sentiments moraux devenaient meilleurs, mais les faits restaient toujours mauvais. Le clergé s’efforçait de faire pénétrer les sentiments évangéliques dans les actions, de faire descendre les idées de bienveillance et de dévouement de la vie privée dans la vie publique, de diriger vers l’amélioration des hommes et de la société les coutumes de la chevalerie, en tournant à la défense des faibles la force guerrière qui ne s’exerçait que par des brigandages.

Les femmes, dont l’influence domestique grandissait sans cesse, mais qui ne trouvaient, hors de leurs foyers, que de la brutalité et de la tyrannie, prédicateurs plus adroits, plus opiniâtres, plus intéressés que les prêtres, travaillaient efficacement à la même réforme. Grâce à leurs efforts, la charité évangélique et l’héroïsme de la valeur engagèrent quelques jeunes chevaliers à consacrer devant les autels leurs épées à la défense des opprimés, et à se faire ainsi les exécuteurs et les garants de la trêve de Dieu ; ils prirent sous leur protection les pauvres, les prêtres et les femmes ; ils jurèrent « de combattre pour la foi, pour la gloire, pour le bien et le profit de la chose publique. » La dévotion et la bravoure s’exaltèrent ; et l’amour prit ce caractère dévoué et mystique, complètement inconnu aux anciens, qui a enrichi et épuré le cœur de l’homme.

Née en France, la chevalerie se propagea rapidement dans les autres pays ; mais la France et ses nobles en restèrent le foyer et les modèles. Basée sur les trois grandes passions de cette époque, la foi, la valeur et l’amour, cette institution toute poétique, tout idéale, ne fut jamais réalisée ; et néanmoins, dans l’imperfection et le vague où elle resta, elle fit faire de grandes choses, excita beaucoup d’enthousiasme, et eut sur le développement moral de la société la plus belle influence.

La pureté et la sainteté d’idées que la chevalerie proclamait, ses serments si nobles et si généreux, ses devoirs si délicats et si humains, étaient au-dessus de la nature et exigeaient la perfection ; or, malgré toute la sublimité de cette théorie, la brutalité et la grossièreté restèrent dans les hommes, les violences furent nombreuses, la licence très grande, l’état social orageux et mauvais. Cependant il y eut un immense progrès ; on avait un modèle idéal de perfection devant les yeux, on était blâmé par les femmes et parles prêtres de ses méfaits, on en était même souvent puni ; les actions étaient mauvaises, mais les principes étaient bons, et par cela seul le nombre des crimes dut nécessairement diminuer.

D’après son origine, l’ordre de chevalerie ne put être conféré qu’aux nobles — c’est par le mot miles que les chroniques latines désignent indistinctement le chevalier et le vassal. Ce mot est aussi synonyme de noble. Ce ne fut pas une institution politique, mais une dignité toute morale, à laquelle tous pouvaient parvenir, dans laquelle tous étaient égaux, que la valeur et la vertu seules donnaient : point de fonction légale ; c’était un caractère, une sorte de sacerdoce plus actif que celui des prêtres. Il fallut donc, comme pour la prêtrise, au guerrier qui voulait y parvenir, une sorte de noviciat ; et c’est ce qui acheva de faire, du service personnel d’un homme envers un autre homme, un honneur : il devint de règle constante que « tout noble homme qui voulait être chevalier eût premièrement un maître qui fût chevalier », écrit La Curne Sainte-Palaye dans ses Mémoires sur l’ancienne chevalerie.

Alors les fils des vassaux envoyés à la cour du seigneur se formèrent auprès de lui à la pratique des vertus chevaleresques et des exercices militaires, et le servirent successivement comme valets, comme pages, comme écuyers, avant que d’arriver à être ses égaux par la chevalerie. De même la châtelaine s’entoura des filles de ses feudataires, qui la servaient et dont elle faisait l’éducation. Dans les douceurs et les privautés du foyer domestique, auprès de ces femmes qui propageaient avec enthousiasme les idées chevaleresques, sous l’influence de la poésie, qui trouva dans la chevalerie, dans ses devoirs et ses aventures, une mine inépuisable de sensations, les mœurs s’adoucirent et prirent cette teinte de courtoisie, de délicatesse, d’élégance, qui a rendu les Français les hommes les plus sociables du monde.


Le roi Charles V prenant part aux joutes
(Extrait des Grandes Chroniques de France)

Ce fut dans les châteaux, et grâce à l’esprit chevaleresque, que se développa la condition des femmes et qu’elles acquirent, avec le sentiment jusqu’alors mal connu de leur dignité, cette force d’âme, cette finesse d’esprit, cette sensibilité de cœur qui tiennent une si grande place dans l’histoire moderne. La châtelaine était maîtresse ; elle servait le fief comme son mari, elle était intéressée comme lui à son honneur et à sa conservation ; elle pouvait d’ailleurs en hériter et le gouverner ; et les femmes, placées ainsi sur un pied d’égalité avec les hommes, tendirent à prendre la conduite morale de la société. Le christianisme avait fait cette révolution : sous l’influence du culte touchant de Marie, en qui la femme était divinisée dans sa double et mystique nature de vierge et de mère, les femmes furent adorées. C’est d’ailleurs sous l’inspiration de ce sentiment que fut fondé l’ordre de Fontevraud dont le fondateur ordonna que le chef serait une femme, qui commanderait également aux couvents d’hommes et aux couvents de femmes.

L’esprit de famille, cette condition indispensable de la vigueur des peuples, devint une passion toute-puissante ; le mariage ne fut plus un marché à l’avantage de l’homme, mais une institution sainte, basée sur l’égalité, un sacrement que le clergé sut faire respecter quand le caprice luxurieux des hommes venait à le violer.

Avec la chevalerie, les exercices militaires devinrent l’occupation de toute la vie ; et on les transporta bientôt dans des jeux publics où la chevalerie déploya son luxe, sa valeur et sa galanterie : ce furent les tournois, invention toute française, dont les premières traces apparaissent sous le règne de Charles le Chauve (IXe siècle), mais qui ne fut régularisée que dans le XIe siècle. Ces jeux n’excitèrent pas seulement la valeur, mais la loyauté et la générosité, qui allèrent des tournois dans les combats dont ils étaient l’image ; ils amenèrent des réunions nombreuses, de grandes fêtes qui adoucirent les rapports entre les hommes et favorisèrent l’industrie.




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