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Homme pressé et société moderne. Manuel du savoir-vivre, guide du snobisme - Histoire de France et Patrimoine


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L’Histoire éclaire l’Actu

L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu


Petit manuel du savoir-vivre
en société moderne pour homme pressé
(Extrait de « Lectures pour tous », paru en 1934)
Publié / Mis à jour le dimanche 28 décembre 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Existe-t-il un philosophe, un mathématicien, un homme de lettres, qui nous expliquera la raison mystérieuse pour laquelle notre temps est dévoré, chaque jour davantage, par un millier de petites occupations sans importance ? s’interroge en 1934 une chroniqueuse de Lectures pour tous, qui nous propose un véritable manuel à l’usage des gens pressés désireux d’être incollables en société et de tenir bonne place dans la conversation en toutes circonstances...

Madame Bovary, au lieu de rêver à Rodolphe, passerait aujourd’hui sa vie à faire du sport et Monsieur de Joubert écrirait ses Pensées au dos des menus de chaque déjeuner littéraire. On s’agite de par le vaste monde, on tourne à vide parmi les... plaisirs et les... embêtements de la grand’ville, observe notre chroniqueuse.

Comment trouver le moyen de songer à ce que nous faisons, comment surtout avoir le temps de penser à ce qu’il faudrait avoir dans l’esprit, à ce qu’il faudrait lire, à ce qu’il faudrait savoir ? Nous avons heureusement le snobisme, bienfaisante école dont le dictionnaire et le lexique tiennent en peu de pages, car on a vite fait le tour de ses préoccupations. Grâce au snobisme, nous possédons sur toutes choses actuelles une opinion à laquelle il n’est pas besoin une seconde de réfléchir, et nous pouvons parler de tout sans savoir si ce que nous disons est très intelligent ou purement idiot. « On » a décidé pour nous, la chose est faite... n’en parlons plus.

« Le nommé On mangera ta soupe jusqu’à ce que tu me l’amènes », dit l’adjudant au régiment. Ne recherchons pas le tout-puissant « on » du snobisme. « On » existe, puisqu’il va dans la nouvelle « boîte » où l’on s’amuse, dans le petit restaurant bondé où vous êtes si serrés que vous ne savez pas très bien si vous mangez dans votre assiette ou dans celle du voisin. « On » a fait du nouveau livre, de la nouvelle pièce, du nouveau film, une analyse définitive. Et ses arrêts ont ceci d’agréable qu’ils peuvent très bien être diamétralement opposés d’un jour à l’autre, apportant une agréable diversité dans nos amours ou dans nos haines, tandis que les adjectifs dont nous nous servons varient suivant le goût de l’heure présente.

C’est ainsi qu’il sied en ce moment de parler par hyperbole, le juste milieu étant avant tout haïssable. Le mot « formidable » sert à tout et s’applique à n’importe quoi. Vous avez mangé une omelette « formidable » ce matin, le dernier livre de Chauze est « formidable », la robe que va vous livrer Machinchouette est « formidable », le toupet de Stavisky est « formidable ». Ce « formidable » est formidable parce qu’il qualifie également nos admirations, nos mépris, tout ce que nous louons, tout ce que nous raillons. Quelques jeunes femmes ont trouvé moyen de se surclasser en se servant également, et sans le moindre discernement, de la formule toute simple : « C’est à en mourir ». Cette femme est belle « à en mourir » ; ce poulet aux morilles était bon « à en mourir ! » On ne peut aller plus loin dans l’exagération.

Ceci dit, quelques opinions sont malgré tout nécessaires pour tenir notre place dans la conversation, mais il est facile d’en décider d’avance. Parle-t-on voyage ou tourisme ? Une fois pour toutes vous avez été partout, vous avez tout vu, naturellement. Et ne vous embarquez pas dans des histoires de monuments, d’églises romanes ou gothiques, de châteaux Renaissance... dites : « Telle ville ? oh... charmante ! » Toutes les petites villes de France sont charmantes. Et puis, ajoutez : « Il y a sur une petite place... » ou bien « dans une petite rue à droite de la mairie un restaurant où l’on déjeune merveilleusement pour 10 fr. 50. Et l’on y boit un de ces petits vins du pays !... »

Notez l’astuce de cette information : il y a toujours une mairie, une petite rue à droite, un petit vin du pays. Que si le quidam malencontreux s’avise d’y aller voir, vous pouvez toujours affirmer ensuite que l’auberge a fait faillite, ou qu’il s’est trompé de nom, qu’il s’agissait non pas de Trou-sur-Aube, mais de Trou-sur-Marne, ou bien de Trou-sur-Saône. Et vous avez montré, une fois de plus, que vous étiez à la page.

Puisque nous sommes sur le chapitre de la gastronomie, souvenez-vous que dans le restaurant qui fut à la mode l’année dernière, tout ce qu’on mange à présent est « infect », tandis que vous détaillez admirativement le menu du nouveau bistrot qui a vos faveurs. Surtout n’oubliez pas le mot « bistrot », le seul digne de désigner votre récente trouvaille. Il est bon d’avoir aussi quelques recettes inédites et complètement « maboul » que vous dicterez minutieusement à l’interlocuteur naïf. Plus le plat est simple, plus la recette doit être compliquée. Si vous pouvez trouver un nouveau moyen de cuire les œufs à la coque, les pommes de terre à la vapeur, ou d’ajouter un ingrédient imprévu au pot-au-feu, vous avez des chances d’être le héros de la soirée.

Passons au chapitre des arts. Pour parler de peinture moderne, deux ou trois phrases sont indispensables et suffisantes. Si le jaune éclate à côté d’un rouge aveuglant et d’un vert agressivement épinard, vous dites (sauf le respect que je vous dois !) : « Ça vous a une de ces gueules ! »... Si vous ne distinguez rien du tout, dans une brume opaque, vous soupirez : « Il y a là-dedans une telle atmosphère ! » Ces deux opinions bien placées suffisent pour asseoir votre réputation d’amateur. N’allez pas plus loin, vous pataugeriez. Évidemment vous pouvez aussi être désabusés. « Ce que je reproche aux peintres modernes, c’est d’ignorer vraiment trop le dessin ! » On a dit cette vérité avant vous, on la dira certainement après, mais cela donne néanmoins, vis-à-vis du commun des mortels, un petit air connaisseur.

En littérature, il faut plus de circonspection. Surtout n’admirez jamais le livre que vous signale un prix littéraire et déclarez, chaque fois que l’on en parlera devant vous : « Il y a des histoires de coteries là-dessous, car ce n’est vraiment pas fort ». D’abord, vous avez plus de chances de dire vrai que si vous vous abandonnez à l’extase, la médiocrité demeurant, hélas ! bien plus répandue que le génie.

Afficher une violente passion pour un auteur étranger est assez passé de mode. Il est en ce moment mieux porté de s’encanailler que de « s’enténébrer », si j’ose risquer un néologisme. Vous pouvez, avec certaines snobinettes, avouer un amour immodéré pour les romans policiers, ou bien relire avec d’autres les livres pour enfants de sept à dix ans, ou bien encore collectionner les romances populaires. L’originalité est en règle générale assez commode, car vous risquez moins d’être obligés à de périlleuses précisions.

En musique, vous adorez le jazz et surtout cette cacophonie exaspérante qui s’appelle le jazz « hot ». Vous trouvez à ces élucubrations « un rythme étonnant », vous dodelinez du bassin, vous vous trémoussez à la nègre en écoutant ces inventions mirifiques. Si l’on parle d’autres compositeurs modernes, voici quelques phrases admiratives : « C’est jeune ! » « C’est plein de dissonances imprévues ! » « C’est inouï de mouvement ». « C’est d’une écriture musicale très neuve ». Tout ça ne veut rien dire et par conséquent exprime bien ce qu il faut avoir dit.

Au théâtre maintenant... Vous n’avez pas vu la pièce que l’on analyse ? Alors déclarez sans ambages : « Moi, je n’aime plus le théâtre ; c’est lent, c’est conventionnel... Je ne vais plus qu’au cinéma » ; et réciproquement : « Vraiment il y a trop de films stupides, j’ai décidé de ne plus aller qu’au théâtre ». Il y a bien aussi l’amour du cirque, qui fait à la fois « artiste » et « sport » et qu’il n’est pas mauvais d’avouer, même si vous n’avez pas vu de piste depuis l’âge de sept ans.

Et voilà le mot, le grand mot prononcé : les sports. Vous idolâtrez le sport, tous les sports, et surtout les sports d’hiver. Vous « adorez » la neige, vous aimez « passionnément » la montagne, vous ne pourriez plus vous passer de faire du ski. Si par hasard le froid vous dégoûtait, la neige vous fichait le cafard ou des rhumatismes, ne l’avouez pas, ne l’avouez jamais. Déclarez modestement qu’en ski vous êtes « de force moyenne » et discutez hardiment des mérites de l’école suisse ou de l’Aarlberg. En dix minutes de lecture un journal de sport vous apprendra ce qu’il faut dire.

En été, vous « faites du soleil » et le reste du temps vous parlez rugby, hockey, cross-country. Il est fort bien porté de s’intéresser aux sports populaires, et si vous pouvez arriver chez la duchesse en disant : « J’ai suivi aujourd’hui la course des triporteurs, le championnat des garçons de café, ou le rallye des Bazars », vous serez l’objet d’un intérêt flatteur.

Enfin, il y a les faits dont parlent les gazettes : catastrophes, escroqueries, débâcles financières, inondations, incendies, crimes retentissants. Pour tous ces sujets la méthode est la même : vous prenez un air bien informé, vous insinuez discrètement que le public est loin de tout savoir... que vous seuls connaissez l’envers des choses. Enfin vous terminez par la phrase toujours bien accueillie : « Et d’ailleurs, tout ça !... c’est la faute du gouvernement. »

 
 

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