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Avilissement des pratiques politiques et perte du sens de l'honneur

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L’Histoire éclaire l’Actu
L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu
Avilissement des pratiques politiques
et perte du sens de l’honneur
(D’après « Le Gaulois », paru en 1904)
Publié / Mis à jour le dimanche 3 juillet 2022, par LA RÉDACTION
 
 
 
Assistant à la silencieuse déliquescence des moeurs politiques, un chroniqueur du Gaulois déplore en 1904 la propension de ses contemporains à répondre par une indifférence de plus en plus manifeste lorsqu’un scandale impliquant un ministre vient à éclater...

Il fut un temps où le pays se montrait soucieux du bon renom de ceux qui avaient l’honneur de le gouverner. Les hommes publics ne méprisaient pas la calomnie, sachant bien « qu’il en reste toujours quelque chose », et lorsqu’on portait atteinte à leur considération, jamais ils n’hésitaient à confondre celui qui les accusait injustement. Nous étions susceptibles, même chatouilleux, et quand le glaive de la justice avait seulement effleuré, sans l’atteindre, un ministre ou un ex-ministre, il se considérait lui-même comme à jamais disqualifié.

Aujourd’hui, nous sommes beaucoup plus accommodants. Nous avons eu depuis quelques années tant d’occasions de mépriser et de flétrir les maîtres de la France, que notre sens de l’indignation s’est à peu prés émoussé. Si l’on nous signale un méfait, un acte honteux dont se serait rendu coupable un fonctionnaire haut placé, nous n’en éprouvons aucune émotion.

Devant les scandales de l’affaire Humbert — scandale secouant le monde politique et financier, qui éclata au tout début du XXe siècle et impliquait une certaine Thérèse Imbert, coupable d’escroquerie durant vingt ans et mariée au fils du ministre de la Justice —, l’opinion publique demeure indifférente, et si l’on nous démontrait demain que les puissants du jour ont essayé de faire chanter les congrégations religieuses, je crois bien que nous nous contenterions de hausser les épaules, déplore le chroniqueur du Gaulois.

Le Combes de l'activité dévorante pour faire le mal. Caricature parue dans Le Pèlerin du 27 juillet 1902
« Le Combes de l’activité dévorante pour faire le mal »
Caricature parue dans Le Pèlerin du 27 juillet 1902

Récemment, un journal officieux nous faisait connaître qu’un trésorier-payeur qui avait volé les fonds confiés à sa garde avait été couvert et protégé par M. Combes — Émile Combes, président du Conseil des ministres entre juin 1902 et janvier 1905. Cette révélation sensationnelle n’a pas été relevée, observe notre journaliste ; — à la Chambre on ne s’en est point occupé. La semaine dernière, M. Combes avouait publiquement qu’il avait délibérément soustrait à ses juges naturels un corrupteur émérite ; on en a parlé sans passion et comme d’une chose toute naturelle sous le régime où nous avons la honte de vivre.

Aujourd’hui, la commission d’enquête, au début de ses travaux, a découvert des faits qui suffiraient à déshonorer l’Empereur ou le Roi qui les eût tolérés. On a expurgé des dossiers d’instructions judiciaires, faussé l’inventaire des procès, etc. Le peu qui subsiste cependant nous montre la république actuelle soutenue par une bande suspecte, qui la subventionne pour en obtenir d’importantes faveurs. C’est à peine si cette situation difficilement avouable provoque chez les braves gens de légères nausées.

Enfin, l’on raconte publiquement, à tort ou à raison, qu’on avait trouvé dans un coffre-fort appartenant à l’un des plus influents dignitaires de la défense républicaine, toute une fortune dont l’origine demeure inconnue. On s’en étonne, quelques-uns en sourient, d’autres, moins sceptiques, se contentent de dire : « Je ne l’aurais pas cru. » Et c’est tout.

Nous nous accoutumons à l’avilissement des fonctions publiques et surtout de ceux qui les exercent et si parfois nous en éprouvons quelque dégoût, nous ne jugeons pas utile d’en laisser rien paraître. Encore quelques mois de ce régime, et les honnêtes gens seront considérés comme des êtres démodés, s’obstinant contre toutes raisons à vivre en dehors du siècle.

Un jour — peut-être prochain — nous entendrons un membre de l’opposition répondre à un ministre en ces termes : « L’honorable fripouille qui descend de la tribune... » Et le président ne songera même pas à le rappeler à l’ordre.

 
 
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