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1er avril 1795 : insurrection populaire contre la Convention nationale - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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1er avril 1795 : insurrection populaire
contre la Convention nationale
(D’après « Éphémérides universelles, ou Tableau religieux, politique,
littéraire, scientifique et anecdotique, etc. » (Tome 4), édition de 1834)
Publié / Mis à jour le samedi 30 mars 2013, par LA RÉDACTION

 

La journée du 9 thermidor (27 juillet 1794, journée ayant marqué la chute de Robespierre) avait sauvé la France et provoqué une manifestation extraordinaire de l’opinion publique. De toutes parts, la Convention, victorieuse, recevait des adresses, dans lesquelles on l’exhortait à conserver le pouvoir : de toutes parts on invoquait l’ordre légal, et on repoussait les échafauds. Les membres du Comité de Salut public, les collègues de Robespierre ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’en renversant leur chef, ils s’étaient renversés eux-mêmes. Ils réunirent leurs amis, rallièrent à leur cause les débris de la Commune, les Jacobins, quelques députés. De ces éléments se forma le parti Terroriste, aussi nommé la Queue de Robespierre, tandis que l’immense majorité de la France et de la Convention composa le parti Thermidorien.

Jean-Charles Pichegru
Jean-Charles Pichegru

Ce dernier montra d’abord une grande modération, en se bornant aux seules mesures que prescrivait la justice. Il abolit la loi du maximum, et l’affreuse loi du 22 prairial, relative à l’organisation du Tribunal révolutionnaire. Les comités de Salut public et de Sûreté générale reprirent leurs fonctions, mais avec des limites plus étroites : les prisons s’ouvrirent, et d’innombrables proscrits rentrèrent dans leurs familles. Telle était d’ailleurs la réserve adoptée à cette époque par la Convention, que, lorsque le 12 fructidor (29 août), un membre connu par son caractère intègre et sévère, Lecointre, de Versailles, monta à la tribune pour accuser les membres des anciens comités , il n’obtint aucun succès, et vit sa tentative flétrie du titre de dénonciation calomnieuse.

De même, lorsque pour la première fois plusieurs membres sollicitèrent le rappel des députés qui avaient survécu au fatal 31 mai, cette proposition fut rejetée avec énergie. Mais ce système de prudence affectée ne pouvait durer toujours : bientôt la Convention se laissa entraîner dans la carrière ouverte à tous les partis, qui triomphent après avoir souffert longtemps. Une réaction s’organisa contre les bourreaux au profit des victimes. Le représentant Legendre ferma violemment le club des Jacobins, auxquels la jeunesse dorée de Fréron livrait tous les jours des combats en règle. Carrier, Fouquier-Tinville portèrent leurs têtes sur l’échafaud : les restes de Marat passèrent du Panthéon dans un égout. On révoqua le décret d’expulsion qui frappait les prêtres et les nobles : les églises furent rendues au culte, et les biens confisqués sur les fédéralistes leur furent restitués. Enfin, la Convention rappela dans son sein les glorieux débris de la Gironde, et lança un décret d’accusation contre Barrère, Billaud-Varennes et Collot d’Herbois.

Les Terroristes, menacés d’une destruction complète, imaginèrent un moyen de résistance qui décelait une tactique assez habile : ce fut de réclamer l’exécution de la constitution de 1793, œuvre informe et malheureuse, que les Jacobins avaient eux-mêmes voilée pendant leur domination, mais qui avait en sa faveur un droit positif. Pour donner plus d’effet à cette manœuvre, les Terroristes résolurent de profiter des circonstances, c’est-à-dire de l’impopularité dont la nouvelle marche de la Convention l’avait frappée dans les faubourgs, et de la disette, soit réelle, soit factice qui désolait Paris. L’arrestation des membres des anciens comités devint en quelque sorte le signal de l’émeute, qui deux fois entrava le cours de l’instruction commencée à leur sujet.

Dès le 1er germinal (21 mars), un rassemblement s’était porté à la barre de la Convention, demandant du pain, la constitution de 1793 et la liberté des patriotes détenus. La jeunesse de Fréron, armée de ses bâtons plombés, et soutenue par cinq à six mille citoyens des sections, parvint à calmer le tumulte : mais l’instruction du procès continuant toujours, la population des faubourgs demeura en révolte permanente, et, le 12 germinal (1er avril), une seconde violation de la représentation nationale fut consommée avec un redoublement de fureur et d’audace.

Des hommes, des femmes, des enfants, qui se prétendaient affamés, et dont la plupart étaient ivres, se précipitèrent sur la Convention, en forcèrent la garde, et se répandirent dans l’enceinte même des délibérations. La devise des factieux, écrite sur leurs chapeaux avec de la craie, était la même que douze jours auparavant . Pendant plusieurs heures, le désordre et la terreur régnèrent dans l’Assemblée : les seuls membres de la Montagne témoignaient par leur sécurité qu’ils n’étaient pas étrangers au mouvement. Tandis que les députés couraient les plus grands périls, et que les plus braves d’entre eux se consumaient en efforts pour détromper une multitude égarée, le tocsin sonnait, la générale battait de tous côtés. Des détachements de la garde nationale arrivèrent à temps pour délivrer une seconde fois la Convention. Les membres de la Montagne donnèrent eux-mêmes à la populace l’ordre de se retirer.

Rendue à elle-même, l’assemblée reprit sa séance : mais le trouble se prolongea encore dans Paris : quelques députés, chargés d’y rétablir l’ordre, furent arrêtés et blessés. A cette nouvelle, la Convention s’abandonna tout entière à son indignation : elle sévit contre ceux de ses membres qui avaient prêté le secours de leurs motions aux insurgés, et en même temps elle termina par une brusque sentence le procès qui avait fourni le prétexte de l’émeute. Billaud-Varennes, Barrère, Collot-d’Herbois et Vadier furent condamnés à la déportation ; Chasles, Choudieu, Léonard Bourdon, Amar et quelques autres, décrétés d’arrestation, furent saisis sur-le-champ et conduits au fort du Ham. Il était six heures du matin (13 germinal), lorsque l’Assemblée se sépara, excédée de fatigue : le conquérant de la Hollande, Pichegru, reçut d’elle la mission de faire exécuter ses décrets, et de pacifier la capitale. Le lendemain il vint leur annoncer que cette mission était remplie.




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