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Coutumes et traditions : procession des Harengs - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Procession des Harengs
(D’après un article paru en 1911)
novembre 2002, par LA RÉDACTION

 

Jadis, au bon vieux temps à Reims, en Champagne, avait lieu, le Mercredi-Saint de chaque année la cérémonie la plus bizarre qu’on puisse imaginer. Après le chant des Ténèbres, le clergé de Notre-Dame grossi des moines de Saint-Remi, des chanoines de Saint-Symphorien et de Saint-Denis, ainsi que des autres églises de Reims, se massait sur le parvis de la cathédrale. Facilitée par un minutieux travail préparatoire, la grave question des préséances n’était qu’un jeu ; mais il fallait un certain temps pour le groupement et l’évolution des nombreuses personnes composant le cortège. Enfin, la voix des cloches, dominée par les accents majestueux et graves des bourdons, annonçait le départ.

Alors, en de longues théories, à travers les rues de la cité, tendues de tapisseries et d’étoffes précieuses, se déroulait très lentement la procession endiguée par la multitude des curieux et des fidèles. C’était une rare merveille de voir s’avancer les porte-lanternes et les thuriféraires, les croix et les bannières de chaque église avec ses chanoines et ses prêtres vêtus de lourdes chapes d’or, les moines de tous ordres, les porteurs de reliquaires, les confréries et les clercs, les notables de la ville, les corporations et l’Archevêque enfin, qui, la dextre levée, bénissait le foule agenouillée sur son passage. Cependant, malgré l’apparat des costumes et la solennité des cantiques, l’étranger assistant à cette cérémonie pour la première fois, ne pouvait s’empêcher de s’égayer tant la démarche des processionnaires était burlesque !

Les uns marchaient à pas menus et comptés, les autres faisaient au contraire, de grandes enjambées et tournaient sans cesse la tête en arrière, comme si tous eussent été poursuivis par une meute de chiens furieux à travers un sol hérissé de pointes et d’épines. Pourtant, aucun danger n’était menaçant ! D’autre part on n’exécutait point une de ces danses religieuses ou de ces processions dansantes alors en honneur dans certaines provinces et dont la tradition subsistait encore au XIXe siècle.

Mais chaque membre du cortège traînait derrière soi un hareng attaché à une ficelle et s’occupait gravement à mettre le pied sur le hareng de celui qui le précédait, tout en s’efforçant de garantir le sien de toute atteinte. Du parvis de Notre-Dame au sanctuaire de Saint-Remi longue était la route, que l’on prît par les vignes dit Barbâtre ou que l’on empruntât les rues de la cité ; fréquemment aussi, le cortège s’arrêtait à cause des porteurs de châsses. Et après chaque station la procession se remettait en marche, avec son allure sautillante.

Cette curieuse fête allégorique mi-religieuse, mi-profane, fut en usage à Reims au quatorzième siècle. Les origines de cette cérémonie bizarre sont obscures, car les chroniques de l’époque ne fournissent que des explications très insuffisantes. Il est cependant à présumer que l’intrusion des Harengs dans la procession symbolisait - aux yeux du peuple - la fin du Carême et la cessation du jeûne prolongé : trois jours encore et les poissons dont on se nourrissait allaient pouvoir être délaissés, foulés aux pieds.

Au lieu de commémorer un événement quelconque et lointain dont le souvenir ne se serait point gardé, cette coutume semble être née spontanément en plein Moyen Age : c’est en effet, un spectacle bien en rapport avec la naïveté de l’époque ! Il se place tout naturellement dans cette période de transition qui a vu les drames religieux, mystères et miracles dégénérer en ces pièces allégoriques procédant à la fois de la religion et des farces grossières qu’on représentait hors l’église, sur les places publiques.

L’historien Varin place en l’an 1300 la Procession des Harengs ; cette coutume ridicule dura peu, car d’après Coquaull, elle fut abrogée en 1439. Si la disparition de cette cérémonie baroque mais originale, affligea les amateurs de pareils spectacles, les pauvres de la ville de Reims se réjouirent du moins, car la somme d’argent affectée à l’achat des harengs leur fut libéralement distribuée. Sage réforme humanitaire !




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