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28 janvier 1547 : mort de Henri VIII, roi d’Angleterre

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28 janvier 1547 : mort de Henri VIII, roi d’Angleterre
Publié / Mis à jour le lundi 23 novembre 2009, par LA RÉDACTION
 

Il y a dans la seule personne de Henri VIII un empereur, un sultan et un pape : de cette trinité bizarre résulte une forme de tyrannie monstrueuse et nouvelle : romaine par sa barbarie, orientale par sa licence, italienne par sa subtilité. Ce prince, qui cumula tous les genres de despotisme, qui remua sans pudeur la conscience de ses peuples, qui se couvrit du sang de ses femmes, de ses ministres, de ses sujets, trouva toujours un parlement prêt à légitimer ses crimes, et mourut dans son lit !

L’avare fondateur de la dynastie de Tudor, Henri VII, avait laissé peu de regrets : l’avènement de son fils, jeune, beau, spirituel, prodigue, excita la joie publique. Né le 28 juin 1491, il monta sur le trône le 22 avril 1509, et la veuve de son frère aîné, Catherine d’Aragon, y prit place à côté de lui.

Henri VIII, qui devait jouer successivement tous les rôles, débuta par celui d’un monarque aimable, savant et dissipé. Les trésors amassés par son père se consumèrent en fêtes et en tournois : Henri s’y distinguait par sa force et par son adresse. La musique et la théologie, qu’il aimait avec une égale ardeur, le délassaient des exercices violents : il composait des motets, qu’on exécutait dans sa chapelle, et relisait saint Thomas d’Aquin, son auteur favori.

Deux ministres se disputèrent la confiance du nouveau prince, le comte de Surrey et Fox, évêque de Winchester. Pour supplanter son rival, Fox introduisit Wolsey, qui les supplanta tous les deux : le fils du boucher d’Ipswich, d’abord simple aumônier, bientôt premier ministre, se fit un art d’entourer son maître de plaisirs, et de le dégoûter des affaires. (voy. 28 Novembre 1530, Mort du cardinal Wolsey.) Cependant au bruit des armes Henri se souvint qu’il était roi.

Le pape Jules II voulait chasser les Français d’Italie, où il les avait attirés : il envoie au jeune souverain, qui réunissait les droits longtemps opposés des deux rosés, une rosé d’or, ointe de saint chrême et parfumée de musc : en même temps il charge Ferdinand V, sou beau-père, de lui offrir le litre de roi très chrétien, s’il voulait l’aider à en dépouiller Louis XII.

La guerre éclate, et, dans la première campagne, Henri, dupe de Ferdinand, lui prête ses troupes pour conquérir la Navarre. Dans la seconde, il s’empare de Térouenne, gagne la bataille de Guinegate. A la même époque, ses généraux remportent la victoire de Flodden-Field sur le roi d’Écosse, Jacques V, l’allié des Français. Henri prend alors le titre que lui avait offert Jules II, et reçoit en outre de Léon X celui de champion de l’Église. Louis XII expire (voy. 1er janvier 1515) ; François Ier lui succède : de nouvelles chances d’alliance et d’inimitié s’ouvrent pour la France et pour l’Angleterre. L’astucieux héritier de l’Empire et de l’Espagne, Charles-Quint, cherche toujours à se placer entre les deux monarques, et n’y réussit que trop souvent.

Mais laissons le tableau des débats extérieurs, et voyons Henri VIII chez lui : c’est là qu’il apparaît dans toute l’énormité de son dévot et cruel génie.

Le roi très chrétien, le champion de l’Église brûla du pieux désir de combattre Luther. Pour réfuter le livre de l’hérésiarque, il fallait le lire : Henri écrit au pape, qui lui en accorde la permission. Il compose un ouvrage dans lequel il embrasse la cause des sept sacrements. L’ouvrage, envoyé à Rome, est comparé aux écrits de saint Jérôme et de saint Augustin : un bref, souscrit par vingt-sept cardinaux, décerne à son auteur le titre de défenseur de la foi.

A toutes ces pompeuses dénominations, conquises par ses armes et par sa plume, Henri VIII, dix ans plus tard, en substitue une seule, celle de protecteur et chef suprême de l’Église anglicane.

Ni la raison d’état, ni les calculs de la politique n’influèrent sur cette révolution, l’une des plus grandes qui aient changé la face d’un royaume, et modifié celle de l’Europe. « On sait, dit Voltaire, que l’Angleterre se sépara du pape, parce que Henri VIII fut amoureux. Ce que n’avaient pu ni le denier de saint Pierre, ni les provisions, ni les annates, ni les collectes, ni la vente des indulgences, ni cinq cents années d’exactions, toujours combattues par les lois des Parlements et par les murmures des peuples, un amour passager l’exécuta, ou du moins en fut la cause. La première pierre qu’on y jeta suffit pour renverser ce grand monument dès longtemps ébranlé par la haine publique. »

Depuis dix-huit ans Henri vivait sans scrupule, comme sans amour, avec Catherine d’Aragon. Plus d’une femme s’était rendue à ses vœux : une fille d’honneur de la reine les irrita par sa résistance : Anne Boleyn mit ses faveurs au prix du mariage ; et le roi se décida sur-le-champ à rompre des nœuds qui rendaient son bonheur impossible. Il pria Clément VII de vouloir bien révoquer la bulle de Jules II, et déclarer son hymen avec la tante de Charles-Quint contraire aux lois divines et humaines.

Clément VII, qui venait de conclure un traité de paix avec l’empereur, après avoir senti la pesanteur de son bras, n’était pas tenté de recommencer la guerre. « François Ier, roi de France, devenu, par son second mariage, neveu de Catherine d’Espagne, soutint à Rome le parti de Henri VIII, comme son allié, et surtout comme ennemi de Charles-Quint devenu si redoutable. Le pape, pressé entre l’empereur et ces deux rois, et qui écrivait qu’il était entre l’enclume et le marteau, négocia, temporisa, promit, se rétracta, espéra que l’amour de Henri VIII durerait moins qu’une négociation italienne ; il se trompa C’était un spectacle curieux et rare de voir d’un côté le roi d’Angleterre solliciter les universités de l’Europe d’être favorables à son amour, de l’autre l’empereur presser leurs décisions en faveur de sa tante, et le roi de France, au milieu d’eux, soutenir la loi du Lévitique contre celle du Deutéronome, pour rendre Charles-Quint et Henri VIII irréconciliables. »

Enfin, l’archevêque de Cantorbéry, Cranmer, prononça la nullité du mariage de Henri et de Catherine. (voy. 21 Juin 1529 et 23 Mai 1533. ) « Le pape Clément VII ne put alors se dispenser d’accorder à Charles-Quint, outrage, et aux prérogatives du saint Siège, une bulle contre Henri VIII. Mais le pape, par cette bulle, perdit l’Angleterre. »

Théologien despote et législateur souvent contradictoire, le nouvel adversaire de Rome n’en demeura pas moins l’opiniâtre ennemi de Luther. L’échafaud témoigne de l’atroce impartialité avec laquelle il traita les deux croyances. Si le vénérable évêque Fisher, si le chancelier Thomas Morus, catholiques zélés, paient de leur tête le refus de prêter le serinent de suprématie, un bûcher s’allume pour trois luthériens, dans le temps même où cette suprématie est instituée. En moins de seize ans, les arguties scolastiques du roi pontife conduisirent à la mort soixante-dix-huit mille victimes ; et Catherine Parr, sa dernière épouse, faillit en augmenter le nombre.

Sa dernière épouse ! Henri VIII se maria six fois, et presque toutes ces unions royales se dénouèrent en lugubres tragédies. La faveur d’Anne Boleyn finit ainsi qu’elle avait commencé : l’une de ses filles d’honneur lui ravit le cœur du monarque. Catherine d’Aragon était morte dans la douleur et dans les larmes ; Anne Boleyn périt de la main du bourreau (voy. 19 Mai 1536 ) ; Jeanne Seymour perdi la vie en la donnant à un fils, qui depuis régna sous le nom d’Edouard VI (voy. 24 Octobre 1637 ) ; Anne de Clèves fut aussitôt répudiée qu’épousée (voy. 12 Juillet i54o) ; la tête de Catherine Howard tomba comme celle d’Anne Boleyn (voy. 12 février 1542 ) ; Catherine Parr ne dut son salut qu’à son adresse (voy. 12 Juillet 1545).

Cet homme, qui avait tant ordonné de trépas, défendit sous peine capitale que l’on osât prédire le sien. Au terme de ses jours, sa férocité s’aigrissait encore par les souffrances physiques : personne ne l’avertissait de son état : un seul membre du Conseil en eut le courage. Henri montra plus de résignation qu’on ne s’y attendait : il demanda Craumer, et ne pouvait déjà plus parler lorsque l’archevêque arriva. Celui-ci l’exhorta à témoigner par un signe qu’il mourait dans la foi chrétienne : Henri lui pressa la main, et expira : il était dans la cinquante-sixième année de son âge et la trente-huitième de son règne. Un jour plus tard, le duc de Norfolck, l’oncle d’Anne Boleyn et de Catherine Howard, subissait sa sentence, et mourait comme ses nièces : il /avait mérité, en présidant la commission qui jugea la mère d’Elisabeth.

Quand on sait par cœur les règnes de Tibère et de Doiuitien ; quand on a vu le Sénat se prêter lâchement à toutes les cruautés, à toutes les extravagances des empereurs, la servilité du parlement anglais sous Henri VIII étonne encore et afflige la pensée. Si ce corps essaya quelquefois une faible opposition, bientôt réprimée par la peur, c’était toujours à propos d’argent : du reste, il fit bon marché au prince du sang de ses sujets ; il abolit toutes les libertés ecclésiastiques et civiles ; il renversa la Constitution, en déclarant que les édits royaux avaient la même force que les lois passées par les deux Chambres.

Le règne de Henri VIII n’a pas encore trouvé de Tacite pour le peindre. Hume, dans sa grande histoire, l’esquisse avec trop d’indulgence et de mollesse : l’écrivain sceptique semble n’avoir vu dans Henri VIII que l’ennemi de Rome et le destructeur du papisme. — Monnais.

 
 
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