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Reine Frédégonde (Neustrie), mérovingienne. Naissance, mort, mariage, règne. Mérovingiennes - Histoire de France et Patrimoine


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Reines, Impératrices

Biographie des reines et impératrices françaises. Vie des souveraines, faits essentiels, dates-clés. Histoire des règnes


Frédégonde
(née vers 545, morte en 597)
(Épouse Chilpéric Ier (roi de Neustrie) en 568)
Publié / Mis à jour le mercredi 13 octobre 2010, par LA RÉDACTION

 

Frédégonde naquit d’humbles parents, à Montdidier, en Picardie ; elle était douée d’une beauté remarquable, d’un génie puissant, mais sauvage, que ne réglait aucune morale. L’ambition lui entra dans le cœur, dès qu’elle fut attachée au service de la douce et inoffensive Audovère, première épouse de Chilpéric Ier, qu’on l’accuse d’avoir fait répudier par une grande perfidie. Obtenant alors du roi (565) une promesse de mariage, elle manqua son but : Chilpéric désirant s’honorer par une aussi noble alliance que celle de son frère Sigebert, qui avait épousé Brunehaut, fille d’Athanagild, roi des Visigoths, il épousa en 566 Galswinthe, sœur aînée de Brunehaut.

Frédégonde
Frédégonde

Mais Frédégonde dissimula sa colère avec une ruse de sauvage pour frapper plus sûrement l’innocente Galswinthe, qu’on trouva un jour de 568 morte dans son lit. Frédégonde l’avait fait assassiner avec l’approbation de Chilpéric, le désir de la reine qui souhaitait reprendre sa liberté menaçant en effet le royaume. Pour apaiser la colère de la reine comme le résultat d’un crime la mort de sa sœur Galswinthe, son époux le roi Sigebert Ier convoqua Chilpéric à une assemblée présidée par leur frère Gontran, prononçant que les cités que Galswinthe avait reçues à titre de domaine et de présent du matin lors de son mariage, deviendraient immédiatement la propriété de Brunehaut et de ses héritiers.

Cinq années passées dans la paix n’éteignirent ni le ressentiment de Brunehaut, ni le mécontement de Chilpéric qui regrettait amèrement la perte de ses bonnes villes, et pour qui la soumission apparente qu’il avait faite devant ses frères n’avait été qu’une ruse pour gagner du temps. Grégoire de Tours rapporte que dès lors, alternèrent attaques pour la reprise de ces villes et périodes de paix entre Sigebert et Chilpéric qui se déchiraient avec une extrême vigueur. Frédégonde était devenue reine, en épousant Chilpéric.

En 575, Chilpéric fut battu et assiégé dans la ville de Tournai, avec auprès de lui Frédégonde, semblable à la lionne qu’on poursuit dans son repaire, frémissant de rage et de douleur. Un enfant qu’elle mit au monde à cette heure de détresse lui parut destiné à un malheur si certain, qu’elle voulait prévenir la fortune et le tuer elle-même. Mais l’instinct maternel lui suggérant bientôt une autre pensée, elle le fit baptiser et le nomma Samson, comme si, en lui donnant ce nom, elle avait cherché un présage de délivrance. Puis, s’adressant à Chilpéric, que rien ne tirait de sa stupeur : « Déguisons nos fils, lui dit-elle ; que, si leur oncle arrive, il ne puisse les reconnaître ». Elle avait conçu un moment la pensée de les faire passer pour des mendiants et de les confier à quelqu’une de ces femmes dont la profession était de vivre d’aumônes sous le portique des églises.

Un projet détruisait l’autre dans l’esprit de Frédégonde ; elle se promenait dans le palais, tantôt poussant des rugissements comme une bête féroce, tantôt roulant dans son esprit de sinistres combinaisons ; son plan est arrêté : elle jette les yeux sur deux jeunes hommes, dévoués à son mari jusqu’à la frénésie, leudes fidèles attachés à leur seigneur et prêts à tout pour le servir. Elle les fait venir, leur verse des liqueurs enivrantes, leur dit son abandon, sa douleur, le peu d’espoir qui lui reste ; « Vous pouvez, dit-elle, si vous avez du courage, sauver votre roi, sa femme et ses enfants, faire seuls ce que le conseil et l’armée ne peuvent tenter ».

Frédégonde donnant l'ordre d'assassiner Sigebert, roi d'Austrasie. Vitrail de la cathedrale de Tournai, XVe siècle
Frédégonde donnant l’ordre d’assassiner
Sigebert, roi d’Austrasie. Vitrail de
la cathédrale de Tournai, XVe siècle

Et comme, entraînés par ses discours, ils sentaient croître leur enthousiasme, elle leur donna à chacun un long couteau, le skramasax des Francs : « Allez, poursuit-elle, Sigebert veut notre ruine et la mort de son frère ; prévenez-le, assassinez-le dans sa tente. Si vous revenez vivants, je vous comblerai de tant d’honneurs que personne avant vous n’en aura eu de semblables ; si vous périssez, je ferai dire tant de messes et de prières, je ferai distribuer tant d’aumônes, que saint Pierre sera forcé de vous ouvrir les portes du Paradis », rapporte la Chronique de Saint-Denis. Brunehaut et Frédégonde méditaient le même crime ; mais la reine d’Austrasie se laissa surprendre par le génie de sa rivale.

Tandis que Brunehaut recevait dans Paris les agréables nouvelles de l’inauguration de son époux, les envoyés de Frédégonde avaient franchi la courte distance de Tournai à Vitry sur la Scarpe. Ils s’annoncent comme deux Francs-Neustriens qui viennent rendre hommage au roi Sigebert ; on les introduit ; Sigebert, sans défiance, et gracieux pour ses nouveaux sujets, donne audience à ceux-ci ; mais, en se baissant comme pour le saluer, les deux émissaires tirent les skramasax et percent le roi. Sigebert tombe en poussant un grand cri.

Cependant le cri du roi a appelé ses serviteurs ; son camérier entre le premier ; les meurtriers ne peuvent soutenir la lutte et succombent après des efforts inouïs ; mais tout était changé par cette mort. Frédégonde peut s’applaudir ; c’est au tour de Brunehaut à trembler. Brunehaut à Paris, veuve tout d’un coup, et au pouvoir de ses ennemis, que va-t-elle faire ? Sortir de Paris, pourra-t-elle gagner l’Austrasie ? Rester, quel sort lui réserve sa rivale ? Elle prendra le seul conseil dont cette situation désespérée lui permette de tenter le succès : avant toutes choses, elle cherchera à sauver son fils Childebert, l’unique héritier de Sigebert, ce jeune enfant qu’elle a amené si imprudemment avec elle, et que la mort d’un père livre à l’ennemi. L’Austrasie l’acclame déjà comme nouveau roi.

Brunehaut combina ce plan sans que ni Frédégonde ni son mari en eurent le moindre soupçon. Dans sa joie de se voir délivré, Chilpéric avait commencé par se rendre à Vitry, théâtre du triomphe et de la mort de Sigebert. Tout y redoutait la présence du roi de Soissons, les Neustriens qui l’avaient trahi, et les Austrasiens qui ne songeaient qu’à garantir leurs domaines, que la mort de leur roi livrait au pillage. Chilpéric exila Brunehaut, et tout rentra dans l’ordre à Soissons et à Braine ; Frédégonde y exerçait sa pleine puissance sur son époux.

Fils d’Audovère et de Chilpéric, Mérovée vouait une haine profonde à Frédégonde : avec l’aide de Prétextat, évêque de Rouen qui était aussi son parrain, il épousa Brunehaut, attisant la haine de Chilpéric son père qui tenta pourtant de les séduire par des festins et de bonnes paroles. Grégoire de Tours révèle qu’après une tentative ratée d’enlèvement de Frédégonde par les Austrasiens, celle-ci persuada son époux qu’il était impossible que Mérovée y fût étranger, et alla jusqu’à faire craindre à Chilpéric que le jeune prince ne voulût le faire périr, lui, son père, afin de régner sur la Neustrie avec la femme qu’il venait d’épouser.

Par un contraste assez bizarre, c’est aux soupçons qui perdirent Mérovée, que Brunehaut dut la liberté ; en même temps que Chilpéric effrayé enleva à son fils toute espèce d’armes et le fit garder à vue, il accueillit le message des seigneurs austrasiens qui venaient au nom de leur jeune roi désavouer l’entreprise tentée sur Soissons, et demander le retour de leur reine. Heureux de se délivrer de la présence d’une femme habile en intrigues, et qui, en si peu de temps, avait déjà su se faire un appui du fils même du roi, Chilpéric donna la liberté à Brunehaut, mais sans lui rendre son époux. Il lui permit seulement d’emmener ses filles ; elle quitta en toute hâte la terre fatale de Neustrie, tandis que Mérovée, privé de son bouclier et de son épée, vivait dégradé dans le palais de son père.

Au bout de quelques mois, l’arrêt de ce prince, dicté par Frédégonde, fut prononcé par le roi. Il fallut que le fils d’Audovère et l’époux de Brunehaut laissât couper sa chevelure. C’était pour un prince franc perdre tous ses droits au trône, au moins jusqu’à ce que les cheveux eussent repoussé. Afin de lui ôter à jamais la possibilité de régner, on annula son mariage et on le fit ordonner prêtre malgré lui, au mépris des canons de l’Église ; puis, dans un équipage peu conforme à ses goûts, le prince, vêtu de l’habit romain devenu le costume du clergé, monta à cheval pour aller au Mans. Sa mère y était religieuse, victime de Frédégonde ; le fils allait dans une communauté de prêtres et de moines se former aux habitudes de la vie ecclésiastique. Mais la rage était dans son cœur. Comme il avait encore des amis, son bonheur, du moins le bonheur du moment, permit que l’un d’eux, Gaïlen, vînt assaillir la petite escorte du prisonnier et le délivrer.

La joie de Mérovée fut grande en reprenant les armes et le vêtement des princes francs ; il regardait son ordination comme nulle, et il comptait sur la reine Brunehaut, puissante et libre maintenant. Il se rendit à Tours sous la protection du pieux évêque Grégoire, et dans l’asile de saint Martin. Grégoire reçut le proscrit royal avec une courageuse hospitalité, ainsi qu’il avait reçu tant d’autres proscrits dans ces jours de malheurs. Mais la prudence l’obligea à envoyer un diacre au roi pour lui rendre compte de ce qui se passait.

Chilpéric Ier et Frédégonde. Illustration du Recueil des rois de France par Jean du Tillet (XVIe siècle)
Chilpéric Ier et Frédégonde. Illustration
du Recueil des rois de France
par Jean du Tillet (XVIe siècle)

Chilpéric commençait à écouter le message lorsque Frédégonde entrant : « Ce sont des espions qu’on vous envoie, dit-elle ; ils viennent s’informer de ce que fait ici le roi, pour aller tout reporter à Mérovée ». Sur ces paroles de Frédégonde Chilpéric dépouille le diacre et son compagnon, les fait arrêter tous deux, puis il écrit à l’évêque Grégoire : « Chassez l’apostat hors de votre basilique, ou j’irai brûler tout le pays ». « Nous lui répondîmes, raconte simplement Grégoire, qu’il était impossible de faire en un temps chrétien ce qui ne s’était pas fait du temps des hérétiques », et l’évêque maintint courageusement le droit d’asile.

Mais Mérovée était-il innocent ? Non seulement les plaintes qu’il avait à faire s’exhalaient de son cœur tant il en était plein et chargé, mais encore il faisait des habitudes et des mœurs du roi l’objet d’ignobles plaisanteries et de joyeux propos ; il racontait beaucoup de crimes de son père et de sa belle-mère, « et, quoiqu’ils fussent vrais en partie, dit le saint évêque à qui nous empruntons ces détails, je ne crois pas qu’il fût agréable à Dieu qu’ils fussent divulgués par un fils ».

Un jour où Grégoire venait d’être témoin de ces scandaleux propos , Mérovée le pria de lui faire une lecture. Qu’on juge de l’impression que durent éprouver et l’évêque et le prince, lorsque le premier passage qui s’offrit à eux fut ce verset de Salomon : « L’œil qu’un fils tourne contre son père lui sera arraché de la tête par les corbeaux de la vallée. » Une autre fois des présages non moins sinistres effrayèrent l’âme de Mérovée. Passant des joies bruyantes à la prière, le jeune prince avait jeûné et veillé au tombeau de saint Martin, en suppliant le Seigneur de le faire vivre et régner : il ouvrit au hasard le Livre des Rois et il trouva : « Parce que vous avez abandonné le Seigneur votre Dieu « pour suivre des dieux étrangers, le Seigneur vous a livré aux mains de vos ennemis. » Au Livre des Psaumes, il lut : « Tu les as renversés au moment où ils s’élevaient. Oh ! comment sont-ils tombés dans la désolation ! » Et au Livre des Évangiles, le premier verset qui lui tomba sous la main, fut celui-ci : « Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours, et que le fils de l’homme sera livré pour être crucifié. »

Pendant que le fils de Chilpéric et d’Audovère se tourmentait dans le désir de sortir de la pénible situation où il se trouvait, son père était irrité au dernier point de ne pouvoir fléchir la volonté de l’évêque. Il n’osait toutefois violer l’asile de saint Martin ; mais la superstition lui inspira l’idée la plus bizarre, pour obtenir la certitude de ne pas offenser le saint en violant son tombeau. Il écrivit une longue lettre dans laquelle il exposait ses griefs contre son fils. La feuille de papier laissée à dessein, resta blanche. Le roi n’osa aller plus avant.

Cependant, à travers mille peines et mille périls, Mérovée ayant quitté la basilique, parvint à fuir jusqu’en Austrasie. Là il croyait voir ses maux finis ; mais Brunehaut était crainte des leudes et détestée des grands ; le conseil de régence s’était bien promis qu’il ne lui laisserait pas l’appui d’un mari et d’un roi étranger. Elle eut donc la douleur de ne pouvoir rien pour Mérovée. Non seulement les seigneurs austrasiens ne lui permirent pas de le recevoir comme époux, mais ils refusèrent opiniâtrement aux larmes de la reine et à ses prières réitérées de le laisser vivre en paix dans quelqu’un des asiles du royaume ; ils alléguaient le danger d’irriter Chilpéric.

Mérovée dut reprendre avec une douleur amère le chemin qu’il venait de parcourir ; il entra avec quelques amis dans une ferme où, traqué comme une bête fauve, il comprit que sa dernière heure était venue. Alors, assailli par les plus sombres terreurs, des images de supplice et de tortures venant épouvanter son esprit, il voulut échapper par le suicide à ce dernier terme de la douleur. Il dit à son ami, le fidèle Gaïlen : « Mon frère, jusqu’à présent nous n’avons eu qu’une âme et qu’une pensée ; ne me laisse pas, je t’en conjure, à la merci de mes ennemis ; prends une épée, Gaïlen, et tue-moi. » Quand Chilpéric entra, il trouva son fils sans vie (577). Sans respect pour la mémoire de la victime, le roi fit saisir les amis du malheureux jeune homme, et il n’y eut pas pour eux de supplices assez cruels... Gaïlen eut les mains, les pieds, le nez et les oreilles coupés ; Grind expira sur une roue, Gaukil eut la tête tranchée.

S’il n’était pas mort ainsi, Mérovée aurait sans doute succombé sous les coups de Frédégonde, car le meurtre du jeune Clovis, le seul qui restât des trois frères, prouve que la mort des enfants d’Audovère était résolue par la reine. Frédégonde laisse l’image d’une femme pour qui la conscience n’existait pas, chez qui l’ambition de la puissance dirigeait la vie ; qui se servait des hommes et des choses avec impassibilité et dont les plaisirs étaient grossiers et cruels. On ne voit jamais en elle ce bouillonnement de la passion qui excite au crime. Elle agit de sang froid, ou si elle entre en de violentes colères, c’est quand elle craint d’être traversée dans ses desseins, ou quand elle se voit méprisée ; du reste, elle s’occupe de tout avec un esprit libre et satisfait.

Ses plans ne lui donnent point de travail : contre celui-ci, elle aura le poison ; contre celui-là, l’exil ; à cet autre, elle réserve la honte d’un jugement ; à ce quatrième, la torture ; et dans le même temps elle mange, elle chante, elle rit ; ou, si elle croit qu’il faille toucher Chilpéric par des larmes, elle pleure ; et elle fait ensuite les honneurs de la table, car en ce siècle la reine offrait elle-même les mets à ceux qui visitaient le palais ; c’eût été un affront de quitter la maison du roi sans avoir été invité à la table royale. Les manières de Frédégonde, sans avoir la noblesse de celles de Brunehaut, sa rivale, ne manquaient pas d’une certaine dignité qu’elle avait su prendre dans le rang auquel son habileté l’avait fait monter. Après le meurtre de Mérovée qu’elle excita, elle voulut perdre Prétextat et elle osa le faire juger, lui évêque, dans un concile d’évêques sur cette triple accusation : le mariage de Mérovée, une conspiration contre le roi, et un vol qu’elle supposa de choses précieuses appartenant à Brunehaut.

Il faut lire dans Grégoire de Tours cette profonde douleur dont l’épiscopat entier fut saisi à la nouvelle de l’arrestation de l’évêque. Prétextat fut condamné malgré la sagesse et la fermeté de Grégoire, dont la conduite dans cette circonstance fut admirable. Toutefois, comme la condamnation n’alla qu’à l’exil et à la suspension des fonctions épiscopales, la haine de Frédégonde n’était qu’à demi satisfaite ; elle se vengea en faisant maltraiter dans sa prison ce vieillard malheureux qui subit l’horreur des chaînes, et se vit frappé par ses gardes. Mais au bout de deux mois, comme il avait essayé de fuir, Chilpéric voulut se débarrasser du soin de le faire garder, et l’exila dans l’île de Jersey.

Frédégonde conserva le souvenir de l’opposition de Grégoire de Tours. Elle lui avait fait offrir des présents dans l’espoir de se le rendre favorable. Mais le saint prélat avait dit aux envoyés : « Allez, dites à la reine qu’elle m’offrirait mille livres d’argent et d’or, que je ne pourrais faire autre chose que de suivre l’ordre du Seigneur. » Frédégonde voulut se venger et trouva le moyen de faire accuser l’évêque d’avoir tenu des propos injurieux contre elle et contre le roi. Il fut appelé à comparaître devant un synode assemblé à Braine, et jugé par ses accusateurs mêmes. Quand on eut lu l’accusation : « En vérité, dit Grégoire d’un ton calme, je n’ai rien dit de cela. - Mais enfin ces propos ont couru ; tu dois en savoir quelque chose, dit le roi. - D’autres l’ont dit, j’ai pu l’entendre, répondit l’évêque ; mais je ne l’ai jamais pensé. » Un murmure de satisfaction parcourut la salle, et tout le peuple en dehors cria : « Il est innocent ! il est innocent ! », et cette réponse mit fin aux débats.

Frédégonde et ses sicaires
Frédégonde et ses sicaires

Chilpéric se leva, et, imposant silence de la main aux leudes et au peuple, il dit avec gravité : « Ce qui a été dit contre la reine est un outrage pour moi. J’ai dû le ressentir ; si vous trouvez nécessaire qu’on produise les témoins contre l’évêque, entendez-les ; sinon dites ce que vous croyez bon qu’on fasse. » Il ne se trouva pas un seul témoignage contre Grégoire. Il sortit triomphant de cette épreuve, mais la reine se vengea en faisant périr Leudaste qui avait tramé le complot.

Frédégonde voulait que Leudaste pérît dans la torture ; et comme il s’était cassé une cuisse en voulant fuir, elle ordonna de le guérir afin de lui laisser plus de force pour le supplice. La gangrène se prit aux plaies du malheureux comte et menaça d’enlever à Frédégonde le plaisir de prolonger ses tourments. Alors on inventa un supplice nouveau. Arraché mourant à son lit de douleur, Leudaste se vit étendre sur le pavé glacé, le cou soulevé sur une barre de fer, et les bourreaux le frappèrent à coups redoublés sur la gorge jusqu’à ce qu’il eût rendu le dernier soupir.

Les aveux du diacre Rikulf avaient aussi amené dans cette affaire le nom du jeune Clovis, le dernier fils de l’infortunée Audovère, non comme complice de Leudaste, mais comme servant de ralliement, puisqu’on devait profiter de la colère de Chilpéric contre sa femme pour proclamer Clovis héritier du trône. Depuis ce moment, Frédégonde avait résolu la mort du jeune prince. Clovis ne donnait point d’armes contre lui à sa belle-mère ; il passait sa vie aux exercices de la chasse, parmi ses jeunes leudes, et il avait la prudence de ne pas prendre part aux événements. Mais il arriva qu’une épidémie qui ravageait la Picardie, fît sentir ses atteintes à Soissons et à Braine. La reine, malade la première, guérit heureusement ; le roi, qui tomba malade aussi, guérit ; mais les enfants, atteints successivement, périrent tous les trois, quoiqu’à plusieurs reprises le mal eût laissé quelques lueurs d’espérance.

Un jour, tandis que Frédégonde veillait auprès du lit du plus jeune de ses fils, elle chantait douloureusement des complaintes qu’elle-même composait en pleurant - c’étaient des plaintes et des prières ; - tout à coup elle eut la pensée d’apaiser le Seigneur par une expiation : sans doute, quand quelque accident la frappait, le souvenir de ses crimes, qui n’éveillait en elle aucun remords dans les moments heureux de sa vie, venait la troubler et lui faire craindre le châtiment. Elle songea aux pleurs du peuple : car depuis la dernière guerre (une expédition de Chilpéric en Bretagne), on avait vu les habitants des campagnes se réfugier dans les villes et dans les asiles des églises, plutôt que de continuer à cultiver la terre, tant le poids des impôts les avait découragés.

Frédégonde va trouver le roi : « Voilà, lui dit-elle, voilà que la main de Dieu est sur nous ! Elle est sur nous et sur nos enfants ; ce sont les pleurs des orphelins et les cris des mères que Dieu a écoutés, et il nous ôte nos enfants ! Nos trésors sont pleins de bijoux et de pierreries, de pièces d’or et d’argent ; nos celliers regorgent de vin et nos greniers de froment ; cependant nous exigeons du pauvre la récolte de son champ. Dieu châtie notre iniquité ; pour moi, je veux l’apaiser. » Et, de ses propres mains, elle brûla les rôles de contributions des villes de son domaine.

Mais Chilpéric résistait. Frédégonde devint à la fois menaçante et suppliante : « Ne résiste pas à la voix de Dieu : ne commets pas plus longtemps l’injustice. Qu’as-tu besoin de plus de trésors que n’en possédait ton père ? Vois, Dieu nous a ôté notre fils, dernier né ; ceux-ci vivent encore et il peut nous les rendre ! » Le roi consentit à abandonner les impôts. Mais Dieu n’exauça pas les prières de la reine pour la vie de ses fils : Dagobert, l’aîné, mourut ; on transporta de Braine à Soissons, le jeune Clodebert, dans l’espoir d’obtenir pour lui un miracle sur le tombeau de saint Médard, mais en vain ; les fils de Chilpéric périrent.

Quand Clovis vit la mort planer sur le domaine royal et frapper tous les fils de sa belle-mère, l’espoir qui rentra dans son cœur diminua sa prudence ; il osa parler de ce qu’il ferait quand il serait roi, et Frédégonde dit à Chilpéric : « La vue de ce jeune homme irrite ma douleur. Faut-il que je le voie près de nous, tandis que tous mes fils sont morts ! » Le père laissa éloigner l’unique fils qui lui restât, et permit qu’on l’envoyât à Braine où régnait la contagion, et où étaient morts ses jeunes frères. Peut-être Frédégonde espérait-elle que l’épidémie enlèverait Clovis ; si elle avait fait cet horrible calcul, elle s’était trompée : il lui fallut chercher un autre moyen pour perdre le fils de son mari.

Clovis aimait la fille d’un des lites de Frédégonde. Un jour la reine vient trouver Chilpéric : « Malheureuse que je suis ! Pourquoi ai-je cherché dans les châtiments de Dieu, la cause de la mort de nos fils ? Sais-tu qui il faut en accuser ? Sais-tu qui les a fait périr ? » Et comme le roi ne savait ce qu’elle avait à lui dire : « Qui est-ce, poursuivit-elle, sinon celui qui, par leur mort et la tienne, espère régner ? C’est ton fils Clovis, qui se voit seul maintenant, et qui triomphe de son crime ; mais voici que j’ai saisi sa complice, et elle avoue ses forfaits. »

Cette complice, c’était cette jeune fille qu’aimait Clovis : quelques lites, gagnés sans doute, l’accusaient d’user de magie, elle et sa mère, et d’avoir, par leurs sortilèges, causé la mort des princes. Frédégonde jette la jeune fille en prison après avoir fait couper sa chevelure qu’elle envoie attacher à la porte du palais de Clovis ; ensuite elle convainc Chilpéric par les aveux que la torture arrache à la malheureuse mère. Jamais l’ascendant d’une femme ne rendit un père plus cruel et plus faible. Chilpéric livra lui-même son fils aux mains de Frédégonde ; et, après avoir attiré le jeune prince à lui sous le prétexte d’une partie de chasse, et l’avoir mandé de Braine à Villers-Cotterêts, il le fit désarmer sous ses yeux, dégrader, charger de liens, et conduire à la reine.

Trois jours de menaces, de promesses et de tortures morales, ne purent arracher à Clovis que des paroles d’indignation et d’énergiques protestations de son innocence ; mais la reine était bien résolue à ne pas laisser échapper sa victime. Elle fit conduire le prince à Nogent-sur-Seine, et on ne sut ce qu’il était devenu ; mais le corps inanimé du fils du roi, reconnu à sa longue chevelure et trouvé sur le bord de la Seine percé de deux coups de couteau, ne pouvait laisser douter du crime (580).

Frédégonde ne parla plus de lui, et quand, sur son ordre secret, on vint dire à Chilpéric que son fils avait disparu, et que sans doute il s’était tué lui-même, le roi feignit de le croire, et ne donna pas une larme à son enfant. La mère de la jeune fille accusée de magie était au désespoir de voir l’issue de ses fatals aveux. Elle les rétracta tous. La reine lui fit subir le supplice du feu, mais tant que la douleur lui permit de parler, elle proclama l’innocence du prince et la sienne.

Frédégonde se souvint alors d’Audovère ; peut-être la douleur de la mère à la mort de son dernier fils, lui arracha-t-elle quelque plainte que sa persécutrice trouva importune : son heure était venue ; Frédégonde envoya des meurtriers qui forcèrent le monastère, massacrèrent la reine répudiée (580), saisirent la jeune Childeswinthe, cette enfant que l’astuce de Frédégonde avait prise autrefois pour première victime ; les ministres des vengeances de la reine l’enlevèrent, l’enfermèrent dans un cloître et rapportèrent à Frédégonde ce qu’Audovère et sa fille avaient encore de trésors. Quelque temps après, Childeswinthe put se réfugier auprès de sainte Radegonde, à Poitiers ; ainsi la descendance de Chlotaire Ier, persécutée, trouva un asile auprès de la fille des rois de Thuringe.

Frédégonde avait eu deux autres enfants ; mais leur naissance même devint pour elle l’occasion de nouveaux crimes. Théodoric (ou Thierry), né en 582, étant mort à quelques mois (584), la cruelle reine accusa le préfet du palais de Chilpéric, qu’elle haïssait, d’avoir usé de maléfices contre lui ; elle fit mettre à la torture plusieurs femmes qui confessèrent dans les tourments qu’elles avaient fait périr l’enfant royal, par des opérations de magie, afin de préserver la vie du préfet ; sur cette accusation, Chilpéric, à l’instigation de la reine, met le comte à la torture ; et, quoique le courage de ce seigneur triomphât de l’horreur des supplices, et qu’il n’avouât rien, on allait lui trancher la tête lorsqu’un ordre inexplicable de Frédégonde lui laissa la vie ; la reine lui enlevait tous ses biens, ses titres, ses dignités, et le reléguait à Bordeaux, où il était né. Il mourut en y arrivant.

Mais telle était l’impression que faisaient sur Chilpéric les accusations réitérées de sortilèges jetés sur ses fils, que lorsque Clotaire naquit (584), il voulut le faire nourrir à l’écart, dans sa maison de Vitry, « afin qu’on ne le montrât pas au peuple », et que personne ne pût approcher de lui. Cet enfant n’avait que quelques mois ; Chilpéric était encore dans toute la vigueur et la force de l’âge, lorsqu’un événement que l’histoire n’explique pas vint mettre un terme à sa vie. Il était à Chelles, dans une maison de plaisance ; au retour d’une partie de chasse, comme il revenait à la nuit, il se sentit frappé furtivement de deux coups de couteau, et tomba sans que la mort lui accordât un moment.

Grégoire de Tours ne donne pas d’autres détails, et paraît ignorer le nom du meurtrier et l’auteur du meurtre. Le moine Aimoin raconte que Frédégonde aimait un leude du nom de Landry, et que ce jour-là même, le roi étant entré inopinément dans une salle où était la reine qui le croyait déjà parti, l’y trouva occupée à parfumer ses cheveux. Si l’on en croit le chroniqueur, elle aurait été assise sur une bancelle peu élevée, et le roi l’aurait légèrement frappée sur l’épaule d’une baguette qu’il tenait à la main ; la reine, sans se retourner, aurait attribué cette familiarité à Landry, et lui aurait dit : « Landry ! Landry ! le roi est à peine parti ; tu n’es pas sage. » Le moine ajoute que Frédégonde, effrayée de la fureur de Chilpéric qui la quitta brusquement pour méditer à la chasse sur le parti qu’il allait prendre, fit assassiner le roi par Landry. On a contre la vérité de ce récit, l’embarras extrême où la mort de Chilpéric laissait Frédégonde ; mais on aurait pour l’appuyer la crainte présente d’un péril bien autrement imminent, si le roi l’avait en effet surprise dans sa faute.

Étrangère ou non à la mort tragique de Chilpéric, Frédégonde, toute à la difficulté de sa position, ne songea pas même à rendre les derniers devoirs à son époux. Le corps du roi fut, comme l’avaient été ceux de tous ses fils, abandonné sans sépulture, jusqu’à ce que la charité de l’évêque de Senlis, Malhulfe, lui eût rendu ce service pieux ; le prélat recueillit les restes du roi (qui avait été cependant son persécuteur) ; il lava le corps, le couvrit de vêtements, lui laissa la longue chevelure, marque de sa dignité royale, et conduisit le cercueil sans appareil et sans bruit jusqu’à l’église de Saint-Vincent de Paris, où il le déposa.

Frédégonde avait employé ces trois jours à réunir tout ce qu’elle avait de trésors à Chelles, et à se diriger aussi vers Paris, pour y chercher provisoirement un asile dans la cathédrale. Là, elle eut le bonheur de trouver fidèle l’évêque Ragnemode, en sorte que le peuple, dont elle aurait pu craindre la sédition, ne témoigna que des respects à la veuve do son roi. Les seigneurs neustriens qui redoutaient l’Austrasie, s’étaient divisés en deux partis. L’un, très faible, voulait nommer un certain Gondebaud (ou Gondevald), enfant de Gontheuque né vers 530 et qui se disait fils de Clotaire Ier ; l’autre, ayant pour chef Landry, jugea prudent de reconnaître le jeune Clotaire (dernier-né de Frédégonde) et entoura l’enfant à Vitry pour empêcher qu’il ne fût enlevé.

Dans ces conjonctures favorables, la reine assembla ses amis, et arrêta la résolution de remettre sa personne, son royaume et son fils sous la protection de Gontran (frère du défunt Chilpéric et roi de Bourgogne), à qui cette proposition fut portée, et qui y répondit en venant avec une armée prendre possession de Paris, accorder à Frédégonde ce qu’elle souhaitait, et faire reconnaître Clotaire pour roi, sous le nom de Clotaire II. Cette prompte démarche sauva Frédégonde, car Childebert II (fils de Sigebert Ier) venait avec des troupes pour s’assurer la possession de Paris : la ville avait déjà reconnu Gontran et Clotaire II, Childebert dut se retirer ; la politique et les inclinations des Neustriens n’auraient pas reçu volontiers un roi d’Austrasie ; c’est là surtout ce qui fut favorable à l’ambition de Frédégonde.

Les années qui suivirent ne se passèrent pas sans amertume pour elle : Gontran prit souvent plaisir à l’humilier ; mais le meurtre continua de servir toutes ses haines et de la rendre redoutable. A la nouvelle de la mort de Chilpéric, les habitants de Rouen avaient rappelé leur évêque Prétextat. Le malheur avait retrempé l’âme de Prétextat et lui avait rendu sa dignité et son énergie. Touché de la fidélité de son diocèse, il vint à Paris solliciter de l’équité de Gontran que ce roi revît avec soin son procès. Frédégonde, dans son emportement, voulut lutter contre Gontran : « C’est une chose inouïe et impossible, s’écria-t-elle, qu’on rétablisse un évêque déposé par un synode. - Si un synode l’a déposé, qu’un synode s’assemble pour le rétablir, dit paisiblement Gontran, c’est le droit des évêques ; et, cette fois, continua-t-il avec une intention qui ne pouvait échapper à Frédégonde, leur sentence sera libre et parfaitement régulière ! »

Mais Frédégonde déjà humiliée le fut bien davantage par l’avis de l’évêque de Paris qui déclara inutile la réunion du synode, en s’appuyant sur ce que Prétextat avait été suspendu et non exclu de ses fonctions épiscopales. Dès que Gontran connut cette décision, il fit asseoir Prétextat à sa table, et le renvoya comblé d’honneurs à son siège épiscopal. Frédégonde frémissait de colère : Gontran, qui prenait de plus en plus plaisir à l’humilier, dit un jour, en sa présence : « Il est honteux pour nous que nos neveux Mérovée et Clovis soient confondus sans sépulcre avec les malfaiteurs et les proscrits. Ils sont de race royale : malheur à nous si nous ne les découvrons ! Ils sont morts, malheureusement ; ayant âge d’homme, s’ils vivaient, ils gouverneraient le royaume. »

Dans cette disposition, Gontran est un jour averti qu’un pauvre pêcheur vient lui demander audience ; il le reçoit, et cet homme, se prosternant à ses pieds : « Roi, assure-moi qu’il ne m’arrivera aucun mal, et je te découvrirai ce que tu souhaites. » Gontran lui répondit : « Sois sans inquiétude sous ma protection, et crois que si tu dis vrai, non seulement tu n’as rien à craindre, mais encore tu seras récompensé. » Et le pêcheur de dire : « Eh bien ! Je te découvrirai la vérité. Sache que quand Clovis fut mort, on l’ensevelit près d’une chapelle ; mais la reine a fait déterrer le corps, et ses serviteurs, pour lui obéir, l’ont jeté dans la Seine. Le lendemain, en retirant mes filets, j’ai vu la chevelure royale qui était arrêtée entre des ronces, j’ai reconnu le prince, je l’ai chargé sur mes épaules en pleurant, et je l’ai enseveli près de ma maison, dans une fosse que j’ai creusée et recouverte de gazon. » Gontran continua : « Bien ! Je saurai si ce que tu dis est vrai, et ta piété aura sa récompense. »

Sans rien dire à personne autour de Frédégonde, Gontran, sous le prétexte d’une chasse, va vers la cabane du pêcheur, visite la fosse, trouve le corps assez bien conservé pour qu’on en reconnût les traits, et surtout pour que la chevelure ne laissât aucun doute sur la naissance. Gontran fit faire au jeune prince des funérailles dignes de son rang, accompagna lui-même le convoi, et fit inhumer le corps à côté de celui de Chilpéric. Les restes de Mérovée, retrouvés aussi au lieu de leur sépulture, furent solennellement transportés près du tombeau de Clovis.

Enfin Frédégonde, de plus en plus abaissée, reçut de Gontran l’ordre de quitter Paris, et de laisser son fils entre les mains de gouverneurs, dont le roi d’Orléans se réserva lui-même le choix et la surveillante. Il fallut plier sous la nécessité, mais l’adresse de cette reine lui fit conserver des amis parmi les leudes qui l’accompagnèrent à Rueil, près de Rouen, et qui ne la quittèrent qu’en lui jurant de veiller avec soin sur son fils. La jalousie inquiète des leudes de Neustrie, qui ne voyaient qu’avec défiance l’autorité de Gontran, donnait en eux un appui à Frédégonde, tandis qu’en Austrasie les leudes voyaient en Brunehaut une souveraine qui leur enlevait la tutelle de son fils.

Quand Frédégonde, offensée par Gontran, se trouva à Rouen, en présence de Prétextat, sa fureur éclata : « Évêque, il viendra un temps où tu retrouveras ton exil, lui dit-elle un jour, rouge de colère. - En exil ou hors d’exil, je ne cesserai point d’être évêque, répondit Prétextat, mais toi tu cesseras un jour d’être reine. De l’exil, avec l’assistance de Dieu, nous passerons au céleste royaume ; toi, par sa justice, tu seras précipitée de ton royaume terrestre dans les abîmes éternels. Il aurait mieux valu pour toi, laisser là tes méchancetés et tes folies, te convertir à une meilleure conduite, dépouiller cet orgueil qui bouillonne en toi, afin que tu puisses obtenir la vie éternelle, et amener à âge d’homme l’enfant que tu as mis au monde. »

Frédégonde sortit violemment irritée contre l’évêque. Les fêtes de Pâques se préparaient ; le jour de la solennité, l’évêque de Rouen, levé plus tôt que de coutume, chantait les psaumes du matin ; attentif à sa prière, il ne voyait pas ce qui se passait autour de lui ; un meurtrier profite de ce recueillement pour approcher sans être vu et lui porte un coup sous l’aisselle. Prétextat s’écrie ; les clercs suspendent l’office ; ils voient leur évêque, renversé sur les marches de sa tribune, tomber en défaillance. Tandis qu’ils s’empressent pour le secourir, le meurtrier fuit. Au bout de quelques instants, l’évêque, revenu à lui, rassemble toute sa force pour se traîner à l’autel. II attire le cordon qui tenait suspendu le vase où étaient renfermées les hosties consacrées ; il en prend une, se recueille un instant, communie à la vue de son peuple ému : « Maintenant, dit-il, recevez, Seigneur, votre pauvre serviteur ! » Après cet effort, il tombe entre les bras de son clerc.

Cependant la rumeur s’étend, et la nouvelle est portée jusqu’au palais de Frédégonde : « Qui a pu commettre ce meurtre ! s’écrie-t-elle, et assassiner le prêtre au pied de l’autel ? » Suivie de ses leudes, elle se rend à la maison épiscopale. Les amis du prélat et les prêtres de son église entouraient son lit en pleurant ; l’évêque se montrait résigné, il les remerciait et leur recommandait de prier pour son âme. « Notre douleur est profonde, lui dit Frédégonde en approchant ; nous déplorons avec ton peuple une si détestable profanation. Plût à Dieu de nous faire connaître l’auteur du crime, afin que nous le punissions comme il le mérite ! »

Fixant ses regards sur la reine, Prétextat lui répondit : « Qui est coupable, sinon celle qui a si souvent répandu le sang innocent, et qui a commis tant d’autres forfaits en ce royaume ? » Mais la reine, comme si ce discours ne se fût pas adressé à elle : « Ta blessure n’est pas mortelle, bon seigneur, dit-elle ; je veux t’envoyer mon propre médecin pour la soigner. - Dieu m’appelle, dit alors Prétextât ; les soins sont inutiles. Toi, de qui sont venus tous ces crimes, tu seras maudite dans tous les siècles, et tu paieras à Dieu le prix de mon sang. »

Ces énergiques paroles frappèrent de stupeur tous les assistants. Le crime était augmenté de l’horreur du sacrilège. L’évêque de Bayeux ordonna que les offices fussent suspendus dans le diocèse, et les églises fermées jusqu’à ce qu’on eût découvert l’auteur du meurtre. Cet exemple de courage et de fermeté enhardit les faibles : c’était à qui exprimerait l’horreur qu’inspirait Frédégonde ; il semblait qu’on eût cessé de la craindre ; les outrages se multipliaient autour d’elle. Un chef franc osa la braver jusque dans sa propre maison, et lui dire : « Tu avais déjà commis bien des crimes, mais celui-ci surpasse tous les autres ; que Dieu venge promptement le sang de son prêtre ! Nous savons quel est l’assassin : il est temps de mettre un terme à tous ces meurtres ! »

La reine dissimule et feint de n’être pas émue de ce discours ; mais dès que ce seigneur est parti, elle envoie sur ses pas : « Ne sais-tu pas qu’il n’est pas séant d’entrer dans la demeure royale, sans y boire et manger ? lui dit-on. - Je ne prendrai rien dans la maison de cette reine. - Tu ne peux, sans lui faire une mortelle injure, quitter sa demeure sans avoir, du moins, bu à la coupe qu’elle t’envoie. » Le Franc, se retournant, reçoit un breuvage mêlé de vin, de vinaigre et de miel, et remonte à cheval ; au bout de quelques pas il tombe mort.

Cependant Gontran voulait punir le meurtre de Prétextat : Frédégonde comprit qu’elle était en péril ; elle livra elle-même le meurtrier. C’était un de ses serviteurs : « Le voilà, dit-elle avec une grande expression de douleur, le voilà, celui qui a accompli le meurtre, et qui m’a chargée d’un crime que lui seul a commis. » Le neveu de Prétextat exigea qu’on mît le coupable à la torture, afin de connaître tous les complices ; le malheureux lite divulgua tout : « La reine m’a commandé ce meurtre ; elle m’avait promis ma liberté et la liberté de ma femme ; elle m’a donné cent sous d’or, l’évêque Mélantius cinquante, et l’archidiacre cinquante autres. » Mélantius, ennemi de l’évêque de Rouen, avait été élevé à l’épiscopat pendant l’exil de Prétextat, et n’avait cessé de le haïr.

Le neveu de Prétextat ne put entendre plus longtemps le criminel et l’acheva d’un coup d’épée. On ne rechercha ni Mélantius, ni l’archidiacre ; la reine les protégea tous deux ; elle avait un appui auprès du peuple de Rouen en Mélantius, qui devenait sa créature. Elle en avait un autre auprès de Gontran dans les gouverneurs de son fils qui étaient Neustriens, et qui ne voulurent pas laisser prendre une trop grande autorité au roi d’Orléans. La fermeté qu’avait mise Gontran à poursuivre les meurtriers de Prétextat, avait été une injure trop vive faite à la reine pour qu’elle la lui pardonnât.

Qui peut dire tous ses crimes ? Elle tenta, mais sans succès, de faire assassiner Gontran ; ses satellites furent découverts à l’église où ils devaient accomplir le crime. Elle ne réussit pas mieux contre Brunehaut et contre Childebert ; on découvrit les meurtriers en Austrasie, et on les lui renvoya ignominieusement. Elle les fit périr, et pour avoir manqué le crime, et pour l’avoir découvert. Elle en choisit d’autres auxquels, comme aux assassins de Sigebert, elle remit des couteaux trempés dans le poison ; ils lui parurent incertains dans leur résolution : elle les fit empoisonner comme elle avait fait empoisonner le chef franc.

Frédégonde tentant d'assassiner sa fille Rigonte
Frédégonde tentant
d’assassiner sa fille Rigonte

Elle n’épargna pas sa propre famille. Citons simplement l’essai qu’elle fit sur sa fille. Rigonte (ou Rigonde), fiancée du vivant de Chilpéric à Racarède, roi des Visigoths, avait vu ses trésors pillés, et était revenue en Neustrie où elle vivait en mauvaise intelligence avec sa mère, et lui reprochait le dénuement où on la laissait. Il arrivait même souvent que la mère et la fille en vinssent à se frapper mutuellement. Un jour la reine appela sa fille : « Tu m’importunes sans cesse, lui dit-elle, et tu me reproches de na pas te donner part aux richesses de ton père ; viens, je vais te montrer tout ce qui me reste de lui ; tu pourras en prendre ce que tu voudras, et en user selon ton bon plaisir ».

Rigonte suit sa mère qui ouvre devant elle un coffre fermé à secret, dont elle sort plusieurs choses précieuses ; puis, comme si elle était lasse : « Achève et prends ce qui est le plus à ta convenance ». Rigonte se baisse, mais la mère referme brusquement le coffre sur le cou de sa fille, dont les efforts ne peuvent la faire sortir de cette étreinte. Le bruit, les cris étouffés de Rigonte et les efforts de Frédégonde, qui luttait pour empêcher sa fille de revenir à la vie, appelèrent du secours, et on délivra la princesse.

Ce n’était pas assez pour Frédégonde de se délivrer de ceux qui lui déplaisaient, le crime était encore entre ses mains un moyen d’administration. A la suite de quelque querelle arrivée à une noce, la ville de Tournai se trouva partagée entre deux partis, celui des Francs et celui des habitants ; Frédégonde vient à Tournai, elle invite à un festin les principaux de la ville, et, à la fin du repas, quand tout le monde est ivre, elle fait massacrer trois chefs, pour abattre leur parti par leur mort. Mais, ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est que le voisinage de Childebert et l’animosité des gens de Tournai la jetaient en un grand péril. Tout à coup sa maison est entourée ; elle est prisonnière, et la ville appelle Childebert. Que serait-il advenu si les gens de Tournai eussent réussi, et que Brunehaut se fût vu livrer son ennemie ? Mais les troupes arrivèrent à temps pour délivrer la reine.

Après est événement, Frédégonde, qui redoutait l’alliance de Childebert avec Gontran, essaya de se réconcilier avec celui-ci. Elle lui envoya un message humble et soumis. « Pourquoi monseigneur, dit-elle, est-il offensé ? Qu’il vienne jusqu’à Paris ; qu’il y tienne mon fils sur les eaux saintes du baptême, et qu’il le nomme son enfant. » Gontran, depuis longtemps, devait être le parrain du jeune Clotaire, mais Frédégonde avait usé de ruse pour éloigner le baptême. Plusieurs fois, le temps choisi, elle ne s’y était point rendue. Enfin, le roi était venu lui-même à Paris pour la cérémonie, et n’y ayant trouvé ni la reine, ni son fils, il avait assemblé le peuple. « Mon frère Chilpéric, avait-il dit, a laissé un fils : sa mère et son gouvernent m’ont prié de le présenter au baptême ; j’y ai consenti. Le jour fut pris pour la Nativité du Seigneur, et ils ne vinrent pas. On le remit à la solennité de Pâques, et ils ne s’y trouvèrent pas. Enfin j’indiquai la fête de saint Jean ; la voilà arrivée, je viens moi-même à Paris, et on me cache l’enfant. Que dois-je penser ? N’est-il donc pas fils de mon frère ? Je déclare que, pour le reconnaître, j’attendrai désormais qu’on m’ait solennellement certifié sa naissance. »

A cette époque la reine avait fait prêter serment par trois évêques et trois cents personnages considérables, que cet enfant était bien né à Soissons, et qu’il était fils de Chilpéric. Mais le baptême n’avait pas été fait ; ceci s’était passé en 584. Au milieu de tous ces mécontentements, Gontran avait renouvelé son alliance avec Childebert. Le 28 novembre 587 avait été signé entre eux, sous le nom de traité d’Andelot, ce pacte fameux qui commence par ces mots : « Au nom du Christ, les très excellents seigneurs-rois Gontran et Childebert et la très glorieuse dame Brunehaut se sont réunis à Andelot (Andeleaüm), pour l’amour de la charité, afin de terminer par une mûre délibération tout ce qui pourrait engendrer des différends entre eux ».

Suit la teneur du traité. Le nom de Galswinthe s’y retrouve encore à propos de ce don du matin, qui y est rappelé. Il déclare qu’il donnera en toutes choses aide et protection, « à la mère du Seigneur Childebert, à la dame reine Brunehaut, à sa fille Chlodoswinthe (Clodesinde) et à la reine Faileube [femme de Childebert II], et qu’il leur demeurera attaché comme à une bonne sœur et à de bonnes filles » Ainsi, Brunehaut avait consolidé son alliance avec Gontran ; elle veillait, soupçonneuse, à ce qui se passerait entre lui et Frédégonde.

En 591, Gontran, ayant reçu de nouveau la demande de tenir Clotaire sur les fonts de baptême, y accéda et alla, non à Paris, mais à Nanterre, car il craignait quelque trahison à Paris. Childebert s’alarme et fait dire à son oncle : « Tu tiens mal ta promesse ! Tu te lies avec les ennemis de Childebert ; Dieu te jugera ! - Que Dieu me juge, dit Gontran ; puis-je refuser de tenir sur les fonts sacrés le fils de mon frère ? C’est une faveur qu’un chrétien ne refuserait pas même à son serviteur. Que Childebert garde le traité ; s’il est rompu, ce ne sera jamais par ma faute. » Et Gontran acheva le baptême. Il imposa au prince le nom de Clotaire. « Qu’il croisse, dit-il, qu’il accomplisse les promesses de ce nom, et qu’il parvienne à la même puissance que celui qui l’a autrefois porté. »

Gontran survécut peu à cette adoption. Childebert avait âge d’homme ; selon le traité d’Andelot il recueillit l’héritage de son oncle ; Clotaire avait dix ans à peine, Frédégonde se hâta de le conduire à Braine ; là, le tenant par la main, elle lui fit parcourir les rangs de l’armée : « Soldats de Chilpéric ! dit-elle, voici votre roi ; prendrez-vous son enfance en mépris plutôt qu’en pitié ? Voulez-vous obéir au roi d’Austrasie ? Ne vous défiez-vous point de Brunehaut ? Voici que nous venons à vous pleine de confiance en votre courage ; si vous vous engagez pour nous dans le péril, nous vous y suivrons. »

Les troupes répondirent par des acclamations : Vive notre roi Clotaire ! Vive le fils de Chilpéric ! Et dans cet enthousiasme l’armée, conduite par Landry, attaqua celle de Childebert à Tournai et fut complètement victorieuse. Mais le duc Wintrion revenant attaquer les seigneurs, il y eut une nouvelle action et un carnage effrayant. Trente mille morts restèrent dans la plaine (à Droissy), la victoire ne demeura pas moins à Frédégonde (593). Elle ramena son fils triomphant à Soissons. C’est à cette action que se rapporte la fable des branches d’arbres que portaient les Francs et que l’ennemi aurait prises pour une forêt mobile.

Quatre ans après ce dernier triomphe, la succession de Childebert II (mort en 595) qui avait amené un partage entre les enfants, amena aussi une guerre contre Clotaire II, et la première bataille, livrée à Latofa près de Sens, fut à l’avantage de Frédégonde. Mais ce fut le terme des succès de cette femme audacieuse et cruelle ; elle mourut en 597 au retour de l’expédition, en proie aux douleurs d’une maladie aiguë, laissant son fils âgé de treize ans.

Frédégonde eut six enfants avec Chilpéric : Samson (né en 575 et mort en 577) ; Dagobert (aîné de Clodebert né avant le mariage de Frédégonde avec Chilpéric, mort en 580) ; Clodebert (né en 565 avant le mariage de Frédégonde avec Chilpéric, et mort peu de temps après son frère Dagobert, en 580) ; une fille, Rigonte ; Thierry ou Théodoric (né en 582 et mort en 584) ; Clotaire, né en 584 et qui fut fait roi de Neustrie à l’âge de quatre mois sous le nom de Clotaire II, avant de devenir roi des Francs en 613.

 
 

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