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Amulette

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Savoir : Mots, Locutions
L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus
Amulette
(D’après « Bulletin de la Société d’anthropologie de Paris », paru en 1877)
Publié / Mis à jour le mercredi 30 décembre 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Imposant momentanément au XVIIIe siècle à ce mot le genre masculin tout en lui conservant son orthographe, l’Académie y renonça en 1878, laissant à squelette le privilège d’être le seul substantif masculin se terminant par ette

Le mot amulette avait toujours été féminin, lorsque le Dictionnaire de l’Académie, dans sa quatrième édition, en 1762, le mit pour la première fois au masculin, sous le prétexte que le mot latin amuletum est neutre (Pline).

Jusqu’à la septième édition (1878), qui réhabilita le féminin, la plupart des dictionnaires français se soumirent au décret académique instaurant le masculin, amulette restant toutefois féminin dans le langage usuel et dans le langage écrit, dans la prose aussi bien que dans la poésie, et jusque sous la plume des académiciens, tels que Chateaubriand et Alfred de Vigny.

Extrait de la quatrième édition du Dictionnaire de l'Académie (1762)
Extrait de la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie (1762)

C’est qu’il ne dépend pas de l’Académie de faire accepter des innovations contraires au génie de la langue. Les substantifs en ette sont extrêmement nombreux ; ils remplissent huit à dix colonnes dans les dictionnaires des rimes ; tous sont féminins, à l’exception d’un seul, squelette, sur lequel nous allons revenir.

C’est probablement la plus générale de toutes les règles de la langue française. L’Académie, gardienne de ces règles, aurait pu se dispenser d’y introduire une exception choquante, et que rien ne justifie, car le prétexte de l’étymologie latine est absolument faux ; les mots latins qui, en passant dans le français, ont changé de genre sont innombrables (chaleur, douleur, couleur, mer, arbre, et tous les noms d’arbres, etc.).

Le savant latiniste qui a découvert en 1762 qu’amuletum n’est pas féminin, aurait bien dû s’apercevoir qu’il ne prend qu’un seul t, et s’il voulait revenir à l’étymologie, il aurait dû commencer par écrire amulète ; alors il aurait pu mettre ce mot au masculin, sans violer la langue française, dont il était chargé de conserver les règles.

C’est ce qu’a fait le lexicographe Napoléon Landais dans son ouvrage posthume intitulé Dictionnaire des rimes françaises, dans un ordre nouveau, d’après la distinction des rimes en suffisantes, riches et abondantes (1853). Il a accepté respectueusement le masculin de l’Académie ; mais le mot masculin amulette faisait une note si discordante dans la liste des mots en ette, qu’il l’a écrit avec un seul t. Si l’Académie avait commencé par là, sa correction aurait peut-être été acceptée ; les latinistes du moins se seraient mis de son côté ; mais elle n’a respecté ni le latin ni le français, et voila pourquoi son autorité n’a pu prévaloir.

Joséphine-Éléonore-Marie-Pauline de Galard de Brassac de Béarn, princesse de Broglie, représentée portant une amulette. Détail d'une peinture de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1853)
Joséphine-Éléonore-Marie-Pauline de Galard de Brassac de Béarn, princesse de Broglie,
représentée portant une amulette. Détail d’une peinture de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1853)

Le mot squelette, qui fait seul exception à la liste des noms en ette, est tiré du grec et a été introduit dans le français par les anatomistes, Les auteurs du XVIe siècle l’écrivaient correctement squelète. En passant dans la langue vulgaire, ce mot devint féminin ; le peuple, qui ne connaissait ni l’étymologie ni l’orthographe, ne vit que la désinence ; il ne consulta que son oreille, et bientôt les écrivains eux-mêmes, obéissant à l’usage, mirent squelette au féminin en redoublant le t pour se conformer aux règles de l’orthographe.

Quant aux anatomistes et à leurs élèves chirurgiens ou barbiers, ils réussirent à maintenir le genre du mot, mais sur la question de l’orthographe ils finirent par céder ; et voilà comment, dans les livres du XVIe et du commencement du XVIIe siècle, on trouve tantôt un squelète, tantôt une squelète, tantôt une squelette, et tantôt enfin un squelette.

L’Académie française aurait eu là une belle occasion d’intervenir en faveur de l’étymologie et des règles orthographiques. Elle a négligé de le faire, et laissa ainsi établir un précédent.

 
 
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