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Histoire du costume, costumes anciens : costume militaire sous Louis XI - Histoire de France et Patrimoine


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Mode, Costumes

Variations des costumes depuis les Gaulois jusqu’au XIXe siècle. Histoire du costume, vêtement, coiffures, chaussures. Mode vestimentaire


XVe siècle (Costume militaire au),
sous le règne de Louis XI
(D’après un article paru en 1848)
Publié / Mis à jour le samedi 16 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 

Louis XI pratiqua tout le temps de son règne le système de la paix armée. Le perfectionnement des forces militaires de la France fut sa constante préoccupation. Il chercha en premier lieu à donner aux francs archers un esprit plus guerrier. Chose fâcheuse à dire, vingt ans à peine s’étaient écoulés depuis la formation de cette milice nationale, que déjà elle succombait sous le ridicule. La bravoure des francs archers entre la table et le foyer était proverbiale, ainsi que leur prestesse à se mettre en sûreté quand paraissait l’ennemi.

Quoique les francs archers eurent montré dans plus d’une occasion qu’ils savaient se battre, leur indiscipline, leurs habitudes bourgeoises à l’armée justifiaient les plaisanteries faites contre eux. Louis XI, pour les tenir en haleine, les soumit à la surveillance d’inspecteurs divisionnaires, et les astreignit à tenir garnison de temps à autre dans les diverses villes du royaume. Il limita la quantité de bagage dont ils pourraient se faire suivre en campagne ; enfin, avec son esprit amoureux des détails, il régla jusqu’à leur équipement. Il existe un mémoire annoté par lui-même, où la façon du pourpoint, à l’usage des francs archers, est arrêtée en ces termes :

Harnais d'homme d'armes à l'italienne (Séré, Le Moyen Age et la Renaissance)
Harnais d’homme d’armes
à l’italienne (Séré,
Le Moyen Age et la Renaissance)

« Leur faut les jaques de trente toiles d’épaisseur ou, pour le moins, de vingt-cinq, avec un cuir de cerf. Les toiles claires et à demi usées sont les meilleures. Et doivent lesdits jaques être de quatre pièces ; et faut que les manches soient fortes comme le corps. Et doit être l’emmanchure grande, pour que la manche prenne près du collet et non pas sur l’os de l’épaule ; aussi que le jaque soit large sous l’aisselle et bien fourni. Que le collet ne soit pas trop haut derrière pour l’amour de la salade (c’est à dire de manière a ne pas empêcher le jeu de la partie postérieure du casque). Il faut que le jaque soit lacé devant, avec une pièce sous l’endroit qui lace. Pour l’aisance du dit jaque, il faudra que l’homme ait un pourpoint sans manches ni collet, de l’épaisseur de deux toiles seulement, et qui n’aura que quatre doigts de large sur l’épaule ; auquel pourpoint il attachera ses chausses. De cette façon il flottera dedans son jaque et sera à son aise, car on ne vit jamais tuer personne à coups de main ni de flèche dedans un pareil jaque. »

Ainsi on faisait la grâce aux francs archers de la brigandine, pièce trop lourde qu’ils ne demandaient qu’à ôter lorsqu’ils l’avaient sur le dos. On les soumettait au régime exclusif du jaque. C’est pourquoi un poète qui s’est plus d’une fois égayé sur notre vieille milice nationale, a dépeint le type si plaisant du franc archer de Bagnolet,

Avec un pourpoint de chamois,
Farci de bourre sus et sous,
Un grand vilain jaque d’Anglois
Qui lui pendoit jusqu’aux genoux.

L’armement des francs archers est l’objet d’un autre article du mémoire : « Il semble que les francs archers devraient se partager en quatre armes : les uns en voulges (sorte de hallebarde courte ou guisarme), les autres en lances, les autres archers et les autres arbalétriers. Ceux qui porteraient voulges, les devraient avoir moyennement larges et qu’ils eussent un peu de ventre, avec bonne tranche et bon estoc. Les dits guisarmiers auraient en outre salades à visière, gantelets et grandes dagues sans épées. Ceux qui porteraient lances, auraient aussi salades à visière et gantelets, et de plus une épée moyennement longue, roide et bien tranchante. Item, que leur lance soit de la longueur des lances de joute ; mais de même grosseur partout, excepté qu’elles aient au bas un peu d’entaillure, et petit arrêt d’un demi doigt de haut, derrière l’entaillure, pour leur donner façon. Et faut que le fer soit tranchant et un peu longuet.

« Les archers auront les salades sans visière ; arcs et trousses et épées assez longues et roides, qui s’appèlent épées bâtardes. Et si veulent porter boucliers, il n’y aura point de mal, et qu’ils aient les dagues moyennes. Les arbalétriers devraient avoir salades à visière qu’ils pussent lever assez haut quand ils voudraient, et que le dessous de la visière ne les arme pas si fort qu’elle couvre la vue, et aussi que le côté droit n’arrive pas si bas à la joue que le gauche, afin qu’ils puissent asseoir leur arbrier à leur aise. Item, auront longues épées, et que la ceinture hausse l’épée par derrière, afin qu’elle ne touche à terre. Et seront leurs arbalètes de dix carreaux ou environ, et banderont à quatre poulies ou à deux, s’ils sont bons bandeux. Et auront trousses empanées et cirées, de dix-huit traits au moins, et n’auront point de dagues. »

Ce règlement, qui fut appliqué vers 1468, remit les francs archers à flot pour quelque temps ; puis leur indiscipline provoqua contre eux de nouvelles plaintes. A la bataille de Guinegate, pendant que les deux armées de France et de Flandre étaient aux prises, ils abandonnèrent leurs lignes pour aller piller le camp ennemi : cette faute nous fit perdre la journée. La colère de Louis XI fut si grande qu’il cassa les francs archers.

Dans ce temps, il n’était bruit que des Suisses : avec leurs habits de toile et leurs piques de dix-huit pieds de long, ils venaient d’anéantir l’armée bourguignonne, réputée la meilleure de l’Europe. Louis XI en attira 6000 à son service ; il créa en outre divers corps de volontaires français, dont le total pouvait s’élever à 20000 hommes, et ces nationaux, joints aux Suisses, constituèrent dès lors notre force militaire en fait d’infanterie.

Les Suisses, du temps de Louis XI, se ressentaient encore de leur simplicité montagnarde. Ils ne connaissaient pas ce luxe de panaches, de rosettes, de bouffants dont on les voit surchargés dans les tableaux d’Albert Durer. Ils mettaient leur amour propre à ne point porter de fer, si ce n’est au bout de leur lance. Leur large poitrine n’était protégée que par un pourpoint très serré qu’ils recouvraient en campagne d’une casaque ouverte sur le devant, et à manches pendantes. Leur coiffure consistait en un large bonnet de laine frisée, de la forme des bérets basques. Ils affectionnaient déjà les habits bariolés. Presque tous avaient leurs chausses et leurs manches faites d’une pièce rouge et d’une autre pièce bleue, blanche ou verte.

Quant à la cavalerie, elle acheva de recevoir sous le même règne cette belle discipline qui fut cause de nos succès en Italie. Grâce à l’invincible persévérance de Louis, XI, les camps cessèrent d’être des bazars ; la soie fut bannie entièrement du costume, tant des gens d’armes que de leurs officiers. Ce n’est pas sans de nombreux actes de sévérité qu’il obtint ce résultat. Les contemporains crièrent beaucoup à la tyrannie ; le roi n’en poursuivit pas moins son oeuvre. On verra par l’anecdote suivante quelle était sa rigueur sur ce chapitre.

Un jour, il vit d’aventure entrer en sa chambre un gentil écuyer gendarme, qui commandait seize ou vingt lances sous un autre capitaine. Or le cas fut tel que cet écuyer, qui était bien mis et curieux de beaux habits, avait vêtu, ce jour-là un pourpoint de velours. Le roi demanda à aucuns d’auprès de lui à qui était cet homme et qui il était.
- Sire, lui fut-il dit, c’est un gentilhomme vaillant et de bonne sorte, qui a commandement sur vos gens d’armes. Il est à vous.

- A moi, reprit le roi ! Par la Pâque-Dieu, à moi n’est pas, je le renie, et à moi ne sera jamais. Comment diable ! Il est vêtu de soie ; il est plus joli que moi !

Disant ces mots, il appela le maréchal de France et lui ordonna de casser aux gages ledit gentilhomme, et de le mettre hors de ses compagnies, attendu qu’il ne voulait de tels pompeux autour de lui.

Prince, grand écuyer et varlet au XVe siècle
Prince, grand écuyer et varlet
au XVe siècle

Le luxe proscrit des armées du roi de France se réfugia dans celles du duc de Bourgogne. Charles le Téméraire quoique bon capitaine et très entendu à l’organisation des troupes, partagea l’erreur de son siècle. Il crut la bravoure en habits nécessaire au soldat pour lui donner celle du coeur. Il eut des escadrons d’une tenue éblouissante que les peuples proclamaient invincibles, et qui pourtant fondirent comme neige dans trois rencontres qu’ils eurent avec les Suisses. On expose encore dans la cathédrale de Berne, à certains jours de fête, une partie des dépouilles échues à la ville après Granson et Morat. On y voit des journades de velours, des huques de drap d’or, des mantelines en soie richement fourrées. Tout cela n’a reçu d’avaries que de la vétusté. Les vainqueurs n’ont eu qu’à les prendre sans que ceux qui les avaient sur le dos aient fait d’efforts pour les défendre.

La gravure ci-contre est faite pour donner une idée de la magnificence bourguignonne : c’est celle où l’on voit un jeune prince armé par son grand écuyer, qui lui attache le ceinturon de son épée, tandis qu’un varlet lui chausse ses éperons. Le travail, ainsi que le dessin, sont d’environ l’an 1470.

Le prince est habillé d’une demi-armure : jaque de velours piqué de clous d’or avec gardes aux bras et aux épaules. Des genouillères, grevières et demi-cuissots sont attachés par- dessus ses chausses. Un gorgerin de mailles complète son armement. Il a sur la tête un petit chapeau de satin noir, pareil à ceux que portaient les chevaliers du Saint-Esprit du temps de Louis XIV. Le grand écuyer porte pour coiffure un bonnet de velours. Il est armé de plein harnois. Une dalmatique ou tabard en broderie d’or recouvre son armure. Le baudrier de velours qu’il porte en écharpe est pour soutenir l’épée d’apparat que les grands écuyers tenaient dans les cérémonies devant les rois et princes souverains. Qu’on remarque parmi les pièces de son harnois la forme bombée des gardes appliquées sur ses épaules : c’est une mode italienne qui fut générale, non seulement en Bourgogne mais dans toute la France. Elle détermine d’une façon toute particulière l’époque de Louis XI.

 
 

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