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Basilic et basilique - Histoire de France et Patrimoine


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Savoir : Mots, Locutions

L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus


Basilic et basilique
(Source : Académie française)
Publié / Mis à jour le lundi 24 avril 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Amusant hasard, l’histoire des mots a voulu que le mot basilic, associé avec le temps à une incarnation du diable, ait la même origine que son homonyme basilique, la maison de Dieu étant, en quelque sorte, le pendant étymologique du représentant du démon...

En français, le nom basilic désigne une plante ou un reptile. C’est à ce dernier que nous allons nous intéresser. Isidore de Séville nous donne l’origine de son nom dans ses Étymologies et présente certaines de ses caractéristiques : « Le nom grec basiliskos est traduit en latin par regulus [petit roi], parce qu’il est le roi des serpents. [...] Aucun oiseau ne peut passer sans dommage au-dessus du basilic en volant. Si ce dernier l’aperçoit, l’oiseau, aussi loin soit-il, finit brûlé dans la gueule du monstre. »

Dès le premier siècle de notre ère, dans son Histoire Naturelle, Pline l’ancien en avait déjà fait une description des plus surprenante : « Le serpent appelé basilic [...] a sur la tête une tache blanche, qui lui fait une sorte de diadème [cette tache en forme de diadème est, pense-t-on, à l’origine de son nom de « petit roi »]. Il met en fuite tous les serpents par son odeur. Il ne s’avance pas comme les autres en se repliant sur lui-même, mais il marche en se tenant dressé sur la partie moyenne de son corps. »

Le basilic, né d'un œuf de coq couvé par un crapaud. Lithographie extraite de Livre d'images pour les enfants (1792) de Friedrich Justin Bertuch
Le basilic, né d’un œuf de coq couvé par un crapaud. Lithographie extraite de
Livre d’images pour les enfants (1792) de Friedrich Justin Bertuch

Ce mode de déplacement particulier a parfois laissé supposer que le basilic était en fait un cobra mais la suite de ce passage montre qu’il n’en est rien : « Il tue les arbrisseaux, non seulement par son contact, mais encore par son haleine ; il brûle les herbes, il brûle les pierres, tant son venin est actif. On a cru jadis que, tué d’un coup de lance porté du haut d’un cheval, il causait la mort non seulement du cavalier, mais du cheval lui-même, le venin se propageant le long de la lance. Ce monstre redoutable [...] ne résiste pas aux belettes [...]. Elles tuent le basilic par l’odeur qu’elles exhalent. » Plus loin, Pline ajoute : « Quant au basilic, [...] on dit qu’il tue l’homme simplement en le regardant… » L’expression faire des yeux de basilic était d’ailleurs en ancien français l’équivalent de notre fusiller du regard.

Au Moyen Âge, le portrait du basilic devient plus extraordinaire encore : on le pense né d’un œuf de coq couvé par un crapaud, même si l’historien et naturaliste Élien faisait du coq et du basilic deux ennemis mortels : « Le basilic craint le coq ; à sa vue, il commence à trembler et quand il l’entend chanter, il meurt atteint de convulsion. »

Pour toutes ces raisons le basilic fut très vite considéré comme une incarnation du démon, et parce que la femme n’est jamais loin de ce dernier, c’est bientôt elle qui fut comparée au basilic, son pouvoir de séduction et ses œillades assassines étant assimilés au regard mortel du monstre. Érasme écrit ainsi : « Le basilic tue par son seul regard... il en va de même des femmes belles et impudiques qui font périr d’un seul coup d’œil. » Et si l’on en croit les Chronica Gentis Scotorum (L’Histoire des Écossais), ces dernières sont même plus dangereuses que le basilic, puisque « la femme infecte l’air par son apparence, comme le basilic, qui tue l’homme simplement en le regardant, mais elle, elle tue non seulement quand elle voit, mais aussi quand elle est vue. »

C’est sans doute en raison de la renommée que lui avait value sa capacité destructrice, que le basilic donna son nom quelques années plus tard à une pièce d’artillerie de forme allongée, que Rabelais évoque dans Gargantua : « Plus de muraille demolist ung coup de basilic que ne feroient cent coups de foudre. » L’analogie de forme n’est pas non plus étrangère à cette appellation puisqu’à cette même époque les noms serpentin, serpentine et couleuvrine désignèrent eux aussi des pièces d’artillerie à fût étroit.

Saint Pierre de Rome. Lithographie de 1880
Saint Pierre de Rome. Lithographie de 1880

Amusant hasard, l’histoire des mots a voulu que cette incarnation du diable ait la même origine que son homonyme basilique, la maison de Dieu étant, en quelque sorte, le pendant étymologique du représentant du démon. Basilique vient en effet du grec basilikê, adjectif substantivé tiré de l’expression basilikê stoa, proprement « portique royal », parce que c’est là que siégeait l’archonte-roi.

Le latin l’emprunta au grec sous la forme basilica pour désigner un grand bâtiment pourvu de portiques intérieurs et extérieurs, qui servait de tribunal, de Bourse de commerce, de lieu de promenade et sur lequel s’adossaient nombre de boutiques. À Rome, sur le forum, se trouvaient, de part et d’autre de la Via sacra, la Basilica Julia et la Basilica Aemilia. En latin chrétien, basilica désigne une grande église, une basilique.

Le français emprunta ce nom au XVe siècle sous la forme « basilique », mais ce mot eut aussi de nombreux doublets populaires comme basoche, baroche, basoge ou encore besace, qui tous désignaient de simples églises, formes que l’on retrouve aujourd’hui dans des toponymes comme La Baroche-sur-Lucé, Bazoches-au-Houlme, La Basoge ou Saint-Martin-des-Besaces.

 
 

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